isspz.
r6s;.
VIE DE Mr. B A Y L E. lxviï
d’obtenir un dcsaveu des Ecrits dont on se plaignoit, qu’cn y intcrelìant tout le Corps.Ce moyen même ne réussit point: les Synodes qui auroient dû faire ce désaveu, gardè-rent le silence j personne n’osant parler, crainte de s’attircr une violente persécution dela part de Mr. Jurieu. On pourroit encore dire, qu’en général les reproches que Mr.Bayle mettoit dans la bouche d’un Catholique, avoient été réfutez mille fois; 6c que Mr.Bayle lui-même y avoit répondu avec succès dans ses Lettres contre Maimbourg: Enfin,que Mr. Bayle avoit dessein de réfuter VAvis (t ), 6c qu’on auroit dû l’engager à y travail-ler au lieu de l’en détourner par des accusations outrageantes.
Voila, ce me semble, le jugement qu’une personne équitable 6c désintéressée pourroitfaire de cet Ecrit, 6c du but de l’Auteur si c’eit Mr. Bayle. Cependant, Mr. Bayle atoûjours protesté à ceiix qui étoìent le plus avant dans fa confidence , que le Livre n'étoit pointde lui ; ains il faut l'effacer du catalogue de fes Ouvrages ; du moins cela J'uffit pour ne lepoint alléguer en preuve contre lui , if puis qu'il Va constamment nié , l'équité ne permet pasqu'on le cite en témoignage pour noircir fa mémoire. Ce font là les propres paroles de Mr.de Bauval (z).
Les accusations qu’on intenta à Mr. Bayle avoient interrompu fes travaux littéraires.L’étude demande un plein repos Sc une parfaite tranquillité. Mr. de Bauval avoit annon-cé dans le Mois de Novembre de Bannée 1 690 (3), un Ouvrage intitulé, Projet d'un Dic-tiomire critique , oh l'on verra la Correction d’une infinité de fautes répandues soit dans lesDibìionaires , soit dans d'autres Livres . „ C’est,ajoutoit Mr. de Bauval, le titre d’un Li-„ vre qu’un habile homme a dessein d’entreprendre. Comme il veut avoir l’avis Sc les,, lumières des Savans fur son dessein, il va faire imprimer une Préfacé, dans laquelle il„ expliquera particulièrement son Projet”. Cet Auteur, c’étoit Mr. Bayle. II se pro-pofoit de publier ce Projet peu de mois après, 6c on en commença l’impreffion au moisde Decembre suivant. Les Articles des trois premières Lettres étoient presque tous dres-sez, 6c pendant qu’on les auroit imprimez, Mr. Bayle devoit préparer les autres avec laPréfacé. Mais les violentes attaques de Mr. Jurieu l’obligerent d’interrompre ce travaildès que la premiere feuille eut été tirée, de forte qu’il abandonna son Projet peu de temsaprès l’avoir formé. II fe passa plus d’un an avant qu’il le reprît; Sc lorsqu’enfin le SieurLeers le pressa d’y travailler, ii fallut qu’il fe jettât fur les premieres matières que le ha-zard lui présenta, avant que d’avoir pû rassembler les Livres dont il avoit besoin (4).
Cet Ouvrage parut au Mois de Mai iópz (y), fous ce titre: Projet if Fragmens d'unDictionaire critique. A Rotterdam chez Reinier Leers. M. D.C. XCII. In 8. Dansune longue Préfacé, adressée à Mr. du Rondel Professeur aux Belles Lettres à Mastricht,Mr. Bayle donna une idée de ce Projet. II dit qu’il avoit dessein de composer un Diêlio-naire , qui contiendroit toutes les fausserez ou erreurs de fait qui fe trouvoient dans les au-tres Dictionaires, 6c un supplément à leurs omissions sur chaque Article. II promettoitmême de ne se pas renfermer dans ces espaces, quelque valses qu’ils fussent; mais de faireaussi des courses fur toutes fortes d’Auteurs, quand l’occasion s’en prefenteroit. Aprèscela, il faisoit voir futilité d’une telle compilation. „ Ne feroit-il pas à souhaiter, dit-,, il, qu’il y eût au monde un Dictionaire critique , auquel on pût avoir recours, pour être„ assuré si ce qu’on trouve dans les autres Dictionaires, 6c dans toute forte d’autres Livres,, est véritable? Ce scroit la pierre de touche des autres Livres, 6c vous connoissez un„ homme un peu précieux dans son langage, qui ne manqueroit pas d’appeller l’Ouvra-
„ ge en question, La Chambre des assurances de la République des Lettres . Vous
„ voyez bien que si, par exemple, j’étois venu à bout de recueillir fous le mot Sene-„ Qjtr e, tout ce qui s’est dit de faux de cet illustre Philosophe, on n’auroit qu’à consul-„ ter cet article pour lavoir ce que l’on devroit croire, de ce qu’on liroit concernant 8e-,, neque dans quelque Livre que ce fut: car si c’étoit une fausseté, elle scroit marquée„ dans le recueil, 6c dès qu’on ne verroit pas dans ce recueil un fait fur le pied de faufie-„ té., on le pourroit tenir pour véritable. Cela luffit pour montrer que si ce dessein„ étoit bien exécuté, il en resulteroit un Ouvrage très-utile, 6c très-commode à toutes„ fortes de Lecteurs”. Mr. Bayle ajoûte qu’il sentoit bien ce qu’il faudroit faire pourexécuter parfaitement cette entreprise, mais qu’il sentoit encore mieux qu’il n’êtoit pointcapable de l’executer: qu’ainsi il fe bornoit à ne produire qu’une ébauche, qui ne con-tiendroit qu’un volume in folio ; laissant aux personnes qui avoient la capacité requise, lefoin de la continuation, en cas qu’on jugeât que ce Projet, rectifié par tout où il scroitnécessaire, méritât d’occuper la plume des habiles gens. Mais que comme il avoit prévuque cette Ebauche auroit assez d’étenduë pour l’engager à un très-penible travail, 6c que(Bailleurs il se defioit beaucoup de la maniéré dont il executeroit son Projet, il avoit prisla résolution de bazarder quelques Fragmens de cet Ouvrage, afin de pressentir le goûtdu public, 6c par là sc déterminer ou à poursuivre son dessein, ou bien à l'abandonner.Ces Fragmens contenoient les Articles d’A c h i l l e , d’A ntoine Arnauld, deJeanne d’Arragon, de L. Cornélius Balbus, de l’Auteur déguisé sousle nom d’E tienne Junius Brutus, des Cassius en général, 6c en parti-culier de S p c r 1 us Cassius Viscellinus, de L. Cassius Longinus, deC. Cassius Longinus, de T. Cassius Se ver u s, qui lui donne occasion defaire une Digression concernant les Libelles diffamatohes. II y mit aussi les Articles de L.Cassius Hemina de C. Cassius Longinus , de Catius, de Come-n 1 u s, d’E r a s m e , de la Maréchalle deOuEBR!ANT,de I’Hippom ânes , du J o u r ,de Madame Des Loges, des trois sœurs Anne, Marguerite, 6c JeanneSeïmour, de Marie Touchet, 6c de Zeuxis. Tous ces Articles étoientpersonnels , excepté ceux de l 'Hippomanes 6c du Jour que Mr. Bayle appello ït réels^ parcequ’ils n’apartiennent ni à des personnes, ni à des lieux, ni par conséquent aux Dictio-naires Historiques 6c Géographiques (6).
Le Plan de ce nouveau Dictionaire ne fut pas goûté, quoiqu’un pareil Ouvrage eûtpû être d’une très-grande utilité. Mr. Bayle l’abandonna; mais en même tems il formale dessein d’un autre Dictionaire, auquel il travailla avec tant de diligence, que l’impref-Tom, I. L k z ] sion
il) Voyçzla Chimèredémontrée ,p. 307 ; Scla Hfiponse «ifisdpoloftede Mr. Ju-r eu par Mr.de Bauval*p. 8.
(2) Eloge d*Mr. Bayle,
<l) rag.i;«.
( 4) Voyezl’Avis duLibraireimpriméau itjtisdu titre duProjt, trTrag.-.’itns& c.
(s) L’Avisdu Libraireeít daté duj de Mai1631.
(C) Abcommen-cement del’ArticleHIPPOMA-NES, p. as?,
I