VIE DE Mr.. B A Y L E.
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poser qu’ils ont cru qu’elles étoient des principes actifs qui n’ont pas besoin d’être pous-sez 8c dirigez fans interruption, mais qu’il suffit que Dieu les place où il faut, 8c qu’ilveille fur leurs démarches pour les redresser s’il est nécessaire. Or cela posé, il soutintque la rétorsion avoit lieu. Car en allegant comme une preuve de Texistence de Dieul’ordre 8t la symmetrie du Monde, on supose que pour produire un Ouvrage régulier, ilen faut avoir Pidée: cependant selon Mr. Cudworth, les natures plastiques qui produi-sent les plantes 8c les animaux n’ont point d’idée de ce qu’elles font. Si on répond qu’el-les ont été créées par un Etre qui fait tout, 8c dont elles ne font qu’executer les idées, leStratonicien répliquera que si elles les exécutent en qualité de causes efficientes, c’eit unechose aussi incompréhensible que celle qu’on lui objecte, vû qu’il est aussi mal aisé d’exe-cuter un plan qu’on ne connoit pas, 8c qu’un autre connoit, que de suivre un plan quin’est connu de personne. Puisque vous convenez, dira le Stratonicien, que Dieu a pûdonner aux créatures une faculté de produire d’excellens ouvrages séparée de toute con-noissance; vous devez aussi avouer qu’il n’y a point de liaison nécessaire entre la facultéde produire'd’excellcns ouvrages, 8c l’idée de leur essence 8c de la maniéré de les produi-re ; 8c par conséquent vous avez tort de prétendre que ces deux choses ne peuvent pasêtre séparées dans la Nature, 8c que la Nature ne peut avoir d’elle-mêmc ce qu’ont, se-lon vous, les êtres plastiques par un don de Dieu. Pour abréger cette dispute, Mr. Bay-le la réduisit à cette question de fait : Ces Meffieurs ont-ils enseigné que les natures plasti-ques (st vitales ne font que des instrumens en la main de Dieu ? Mr. le Clerc, dit-il, sem-ble l’affirmer par l’exemple d’un Architecte qui fait un bâtiment très-regulier, quoi queles outils dont il s’elt servi soient destituez d’intelligence. II est visible, ajouta Mr. Bay-le, qu’à l’égard de l’Architecte tous ccs outils, 8c ses bras mêmes font des instrumens pas-sifs qui ne ie meuvent qu’autant qu’on les pousse. Si les natures plastiques 8c vitales fontdans le même cas, j'avoue qu’il n’y a nulle rétorsion à craindre; mais d’ailleurs Dieu feraseul la cause prochaine 8c immédiate de toutes les générations ; ce qui fera admettre ledogme Cartésien que l’on vouloir rejetter.
Mr. le Clerc répliqua (i), que Mr. Cudworth ne regardoit pas les Natures plastiquescomme des instrumens passifs; qu’ellcs font fous la direction de Dieu , qui les conduitquoi que nous n’en sachions pas la maniéré; que si elles agissent régulièrement, c’est fousles ordres néanmoins de Dieu, qui intervient comme il lui plait 8c quand il lui plait ; quela feule différence qu’il y a entre leur action 8c la faculté des Bêtesqui font diverses chosesrégulièrement lorsque les hommes les conduisent, quoiqu’elles ne sachent pas ce qu’eílessont, est que nous ne savons pas comment Dieu intervient, 8c que nous volons commentles hommes agissent. Mais quoi qu’il en soit, ajoûta-t-il, les Athées ne peuvent pas ré-torquer contre Mr. Cudworth son argument, parce que c’est Dieu qui est l’Auteur deTordre avec lequel agit la Nature plastique; 8c que selon l’idée des Athées, la matière semeut d’elle-même, fans aucune caule qui la réglé, ni qui lui ait donné le pouvoir de semouvoir régulièrement. Si Ton difoit qu’elle Ta d’elle-même, ce ne scroit pas rétorquerl’argument, ce scroit faire une supposition, qu’il seroit facile de renverser.
Mr. Bayle dupliqua (2), 8c rapeila d’abord T état de la question. II dit que la rétorsionétoit fondée sur ce que, si on supose qu’il y a des Etres qui. ont la faculté d’organiser lesanimaux, sans savoir ce qu’ils font,011 ne fauroit réfuter ceux qui prétendent que le Mon-dé a pû être produit fans l’operation d’une cause intelligente. II scroit inutile de leur ré-pondre que ces Etres ont reçu d’une cause intelligente cette faculté : car en faisant, cetteréponse, on ne laisserait pas de reconnoitre la compatibilité de pouvoir organiser la ma-tière avec le défaut de connoissance, 8é par conséquent on se reiuteroit soi-même. Mr.Bayle examina ensuite la répliqué de Mr. le Clerc. II avoua qu’on pouvoit très-bien con-cevoir qu’une créature destituée de connoissance pouvoit faire fous la direction de Dieucertaines choses aussi régulièrement qu’une cause intelligente; mais qu’alors cette créaturesera un instrument passif en la main de Dieu. Ainsi les natures plastiques de Mr. Cud-worth ne peuvent pas être la cause efficiente de l’organisation, mais tout au plus Tinstru-ment. Elles ne sont pas plus capables de discernement au premier moment de la concep-tion que dans tous les autres momens qui suivent jusques à ce que l’organisation soit ache-vée; il faut donc que Dieu les aplique, 8c les dirige fans interruption depuis 1c commen-cement jusqu’à la fin: d’où il fuit necessairement qu’elles ne sont qu’un instrument passifentre ses mains, 8c qu’ainsi Mr. Cudworth ne peut éviter la rétorsion qu’en fupoíant ceque íuposent les Cartésiens. E'exemple des bêtes, ajoûta-t-il, confirme la difficulté; carsi nous faisons la revue de tous les services que nous en tirons, il se trouvera qu’en tout ceoù leurs connoiflances ne leur servent point de guide , il faut les pousser ou les dirigercomme si elles étoient de pures machines.
Mr. le Clerc avoit dit que Madame Masham, fille de Mr. Cudworth, lui avoit écritune Lettre où elle se plaignait avec raison du procédé de Mr. Bayle , à T égard de son Pere-j8c qu’on lui avoit laissé la liberté de l’imprimer, mais qu’il avoit cru ne le devoir pas fai-re ; parce qu’il pourroit arriver que Mr. Bayle changeroit de sentiment, quand il auroitmieux compris le Systerne de Mr. Cudworth. On avoit prévenu Madame Masham con-tre Mr. Bayle:mais il en appella à ce qu’il avoit d’abord répondu à Mr. le Clerc, 8c ajou-ta que si cette Dame qui avoit beaucoup de lumières vouîoit bien Texaminer, elle trouve-roit qu’on Tavoit mal informée. En effet, lorsqu’elie eût vû les éclaircissemens de Mr.Bayle, elle pria Mr. le Clerc de supprimer la Lettre qu’elle lui avoit écrite (3).
Mr. le Clerc continua de soutenir que Mr. Cudworth ne donnoit point lieu à la rétor-sion. II dit (4) que la conception d’un dessein, comme celui de former les animaux, estincompatible avec le défaut de connoissance dans la premieré cause ; mais qu’il ne Testpoint dans les causes secondes, qui agissent fous la direction de cette premiere cause : qu’iln’est pas nécessaire que Dieu les dirige 8c les pousse continuellement, comme on fait lesinstrumens -passifs; 8c „ (y) qu’il Tavoit prouvé par Tuíage que les hommes font des Bê-,, tes; dont ils ne remuent nullement les organes, qui agissent néanmoins d’une maniéré„ reguliere, pour produire un certain effet, qu’ils ne connoissent pas. On ne les pousse
„ poinso
(t) B t'“lie mtheque Chvi-fie t Tom.VI. Alt.VIL p. 422.'ôc luiv.
(z) Hifloìredts Ouvragesdes Savaus 9Decembre1704, Art.XH. p. $ 40 ,
& íuiv.
(z) Voyezles Lettresà Mr. Cos«te du 30.d*Avril, &3. de juillet170s, p,101? Scíuiv.
(4) Bibtîo-ihsqnt Coqî-fle t Torq.VIL Art.VIL p 28r.Ôí íliiv.
K $) Ibïd.
p. 286,287.