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Tome premier. A - B.
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LXXXIX
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V í E DE Mr.BA YLE,

LXXXIX

S704. 5, ses Lecteurs de découvrir les embarras & les défauts de ses natures plastiques”.

Mr. le Clerc prit la choie bien autrement. „ Lorsque Mr. Ray le, dit-il (1), accusa (t)

„ Mr. Cudworth de donner lieu aux Athées de rétorquer quelques-uns des raisonnemens, ^"rom.'„ qu’on fait contr’eux ; je crus d’abord que c’étoit faute de bien entendre la pensée de ix. Art.

,, Mr. Cudworth, car en effet il ne l’entcndoit pas.mais comme j’ai vû qu’il ne

,, vouloit recevoir aucun éclaircissement là-dessus, après lui en avoir donné par trois fois,

„ je n’ai plus douté qu’il n’eût dit cela, à dessein d’excuser les Athées, comme il le fait

„ dans ses Ouvrages des Pensées fur les Comètes , Sc de leur Continuation .Fâché,

„ comme il semble, de voir Mr. Cudworth triompher des Athées , d’une maniéré très-,, glorieuse 6í très-avantageusc pour le Christianisme, ce qu’il n’a pas osé nier ; il a fallu,

,, à quelque prix que ce fut, qu’il ternît la maniéré de philosopher de ce grand homme,

„ en l’accusant de fournir des armes à ceux qui nient qu’il y ait un Dieu”. Mr. le Clercdit ensuite que toute la difficulté est réduite présentement à cette seule proposition : ,, S’il„ peut y avoir une Nature immatérielle Sc agissante par elle-même , qui forme en petit,

„ par la faculté qu’elle en a reçue de Dieu , des machines , telles que sont les corps des,, Plantes Sc des Animaux, fans néanmoins en avoir d’idée”. II soutint que cela se pou-voir, en supofant toujours que celui qui a fait cette Nature , a en lui-même des idéesclaires de ce qu’elle fait, lans quoi il scroit impossible qu’un Nature aveugle agit avec or-dre. Mais qu’il ne s’enfuit pas que cette Nature soit un pur instrument passif entre lesmains de Dieu ; parce que selon la fuposition , c’est une Nature agissante. II allégual’exemple des Bêtes, que les hommes employeur , comme des instrumens actifs, à tirerdes chariots chargez Sc à tourner des meules, dans un certain ordre ; fans qu’elles sachentni ce qu’elles font, ni pourquoi elles le font, ni si elles observent quelque ordre, ou non.

II donna aussi une liste des principales actions des Oiseaux ; Sc dit que quelque admirablesque soient ces actions, elles sont faites fans connoissance, puis qu’autrement, il en sou-droit conclure que ces animaux ont beaucoup plus d’esprit Sc raisonnent infiniment mieuxque l’hommej ce qui scroit une très-grande absurdité. 11 avoua qu’il n'avoir point d’idéeclaire des substances plastiques , qu’il ne connoissoit pas comment Dieu les aplique à lamatière, ni comment il les dirige , fans être néanmoins l’auteur de leurs actions : maisqu’il avoit une idée trcs-claire d’un instrument actif, qui est l’auteur de ses propres actionssens savoir néanmoins ce qu’il fait, parce cju’il voyoit que les bêtes étoient à divers égardsdes instrumens de cette nature ; Sc que c’ctoit-là de quoi il s’agissoit. 11 ajouta qu’il neselloit pas, comme faisoit Mr. Bayle, détacher du sentiment de Mr. Cudworth une seuleproposition, comme s’il n’avoit avancé que cela seul, Sc la faire prendre aux Athées pourla rétorquer: que Mr. Cudworth n’a pas soutenu en général, que ce qui n’a point d’idéede l’ordre peut agir avec ordre ; mais qu’un ctre tout-puissimt qui a l’idée de l’ordre peuten faire d’autres qui ne l’aient pas Sc qui néanmoins l’observent ; parce qu’il leur peutdonner une certaine activité, qu’ils ne peuvent exercer que de la maniéré qu’il veut, Scqu’il les aplique à la matière, fur laquelle ils agissent d’eux-mêmes, quoi que nous ne sa-chions pas comment. Après avoir ainsi expliqué le sentiment de Mr. Cudworth , il ditqu’il ne veut pas „ s’arrêter à réfuter en détail les comparaisons de Mr.Bayle, qui ne sont„ point justes, qui font disparoître le vrai état de la question , Sc qui ne roulent que fur,, des idées confuses, qu’il brouille à dessein pour favoriser les Athées. Je ne m’arrêterai„ pas non plus, ajoutc-t-il, à relever de menus raisonnemens, pour montrer qu’il ne m’a„ pas bien entendu, Sc qu’il n’a pas bien pris garde, dans quelle vue je par!ois. Ce se-„ roit ennuyer le Lecteur , Sc l’on ne pourroit éviter des redites fâcheuses Sc des difeut-„ fions fatigantes de bagatelles”.

Mr. Bayle regarda se derniere réponse comme la fin de cette dispute , Sc se contentade faire quelques réflexions fur la répliqué de Mr. le Clerc. „ On peut désormais, dit-„ il (z) , tenir pour finie la dispute concernant les êtres plastiques de Mr. Cudworth. <v)

„ Ce n’est pas que Mr. le Clerc ne s’en fasse encore une grande afaire ; mais il ne fait que f e„ paraphraser ce qu’il avoit déja dit, Sc il laisse en leur entier toutes nos répliqués. On„ n’a donc pas besoin de les soutenir d’aucune nouvelle remarque ; il íufit de iiiplier les <t» ;,, Lecteurs de les comparer avec son dernier Ecrit”. II observa que Mr. Leibniz avoit re-connu pour bonne la rétorsion des Stratoniciens. „ Mais ne parlons plus de rétorsion, / - s„ ajouta-t-il; Mr. le Clerc y remedie suffisamment par la nécessité qu’il suppose qu’il y a,

„ que Dieu intervienne dans le travail de ces natures plastiques. On lui a prouvé qu’une k-"-„ direction interrompue ne suffiroit pas , d’où il s’ensuit que Dieu les dirige sens inter-,, mission, ce qui fait qu’elles ne peuvent passer que pour une cause instrumentale. Or„ en ce cas-là il ne reste plus de sujet de disputer ; car Mr. Bayle a toujours posé cette al-„ ternative, ou que la rétorsion des Stratoniciens avoit lieu , ou que les natures plasti-,, ques n’étoient pas une véritable cause de l’organisetion du fœtus. La conséquence que. „ l’on doit tirer de la réponse de Mr. le Clerc , est qu’elles ne sont qu’un instrument en„ la main de Dieu , soit qu’il les dirige immédiatement, soit qu’il les place comme un„ ressort dans une machine dont la forme soit la cause permanente de la direction de tou-„ tes les pieces , soit qu’il sc serve de quelqu’autre détermination équivalente à celle-là.

„ Et qu’on ne me dise pas qu’elles sont douées d’activité, car cela n’empêche point qu’el-„ les ne soient un pur instrument”. II dit qu’il avoit démontré que Mr. le Clerc ne

Î >ouvoit pas se prévaloir de la comparaison des bêtes; & que de supposer , comme il fai-òit, que les Oiseaux exécutent plusieurs choses avec une régularité merveilleuse , quoiqu’ils ne soient dirigez ni par leurs propres connoissances, ni par les loix du méchanisme;c’étoit ramener les facilitez occultes des Scholastiques. „ Ce seroit, ajouta-t-il (3), une . . Iby .„ espece d’inhumanité que de pousser davantage Mr. le Clerc: il avoue lui-même lès em- P ! }4 .' *„ barras, ce qui est un ligne qu’ils le réduisent à l’extremité. Le voila donc assez puni,

,, & principalement si l’on considéré que s’étant infatué de ses natures plastiques au point„ qu’il l’a fait, il s’est immolé à la moquerie de tous les Philosophes modernes. ]Js nepeuvent comprendre qu’un homme qui avoit paru de bon goût en d’autres choses, ai-,, me mieux donner dans le plus absurde galimatias,que de le défaire de son entêtement”.

T o m. I.

II