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Tome premier. A - B.
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V I E D E Mr. B A Y L E.

(t) Ibid.k-r 5, r 6-

( 2 ) Dt Ori-gine Mali,v AuthoreGtilidm 9King , S, T .X>. Épi(i0p9DertnjîyDìMinii ,MDCCII.In 8. IIfut réim-primé àLondresH me meannée.

Í 3 Ì Moisde Mi*i 2cde Juin,1703.,

Il dit qu’il étoit persuadé que si Mr. Cudworth avoir prévu les conséquences de son Syste- 1704*me, il l’auroit reformé ; 6c que s’il avoir été au monde lorsque la premiere réponse deMr. le Clerc parut, il auroit été bien surpris qu’on s’intereslat à fa gloire avec si peu denécessité: que l’obiêrvation de Mr. Bayle concernoit autant Thomas d’Aquin, Scot, 6ctels autres génies supérieurs, que Mr. Cudworth, 6c que Mr. Grew: que ce dernier nes’en étoit pas mis en peine , quoi que Mr. le Clerc l’y eût excité en quelque façon.

,, Mr. Cudworth, dit-il ( 1 ), n’auroit pas eu moins d’indilerence pour une objection à„ quoi il n’avoit pas plus de part que tout le genre htímain, 6c eût soupçonné sans doute„ qu’il ne servoit que de prétexte pour les premieres semences d’une querelle. 11 y a„ quelque anguille sous roche , se f'ût-il imaginé, quelque vieux levain, quelque abscez qui„ s’étoit forme depuis long-tems, 6c qui veut crever enfin”. Mr. Bayle ait encore queconnoissant la sensibilité de Mr. le Clerc, il avoir gardé de grands ménagemens avec lui,

6c s’étoit abstenu de lui reprocher qu’il avoir mal entendu le dogme de Mr. Cudworth :que Mr. le Clerc pour couvrir l’impuissance où il se trouvoit de réfuter ses raisons lesavoir traitées de bagatelles : enfin, que la victoire remportée fur lui au sujet des naturesplastiques l’avoit démonté; qu’il ne se possedoit point quand il retouchoit cette matière,

6c qu’il s’abandonnoit à la ca omnie ; semblable à ces Curez de village qui crieroient àVHérétique brâlable , si quelcun de leurs Paroissiens reconnoissant dans le fond la véritéd’une doctrine, ne convenoit pas de la force des raisons qu’ils lui en avoient données.

Voilà à quoi se réduisit la dispute que Mr. Bayle eut avec Mr. le Clerc , au sujet desNatures plastiques de Mr. Cudworth.

Sur la fin de l’année 170s , Mr. Bayle publia tout à la fois un second 6c troisième To- I 7°s*me de sa Réponse aux shteftions d'un Provincial. Dans la Préfacé du second Tome il re-marqua que ces deux volumes differoient du premier , en ce que celui-là contenoit beau-coup de divevsitez literaires 6c historiques, 6c peu de matières de raisonnement; 6c qu’aucontraire ceux-ci contenoient beaucoup de matières de raisonnement, 6c peu de diversitezliteraires 6c historiques. „ On n’avoit point ouï dire, ajoute-t-il, que personne se fût„ plaint qu’il y avoir trop de matières de raisonnement dans la premiere partie, 6c l’on„ avoir su que bien des gens s’étoient plaints de n’y en trouver pas assez. On a donc ju-„ gé à propos de changer les proportions, en faisant prédominer dans cette fuite de l’Ou-„ vrage ce qui n’étoit qu’un accessoire dans le premier tome”. Le plan de cet Ouvragelui fourniffoit naturellement l’occasion d’y faire entrer toute sorte de sujets : il en profitapour examiner quelques Ecrits qui venoient de paroitre, 6c où il se trouvoit intéressé.

Mr. King, Evêque de Londonderry, 6c depuis Archevêque de Dublin , avoir publiéun Livre fur l’Origine du mal ( 2) : Mr. Bayle examina ses principes : mais comme il n’a-voit pas cet Ouvrage, 6c qu’il eût été difficile de le trouver en Hollande , il se borna àfaire des observations générales fur les longs Extraits que Mr. Bernard en ayoit donnédans ses Nouvelles de la République des Lettres (3). Mr. King avoir composé cet Ou-vrage pour lever les dissicultez que les Manichéens font dans le Dictionaire de Mr. Bayleau íujet du mal physique 6c du mal moral. L’expericnce nous aprend que l’homme n’estpas feulement exposé aux maladies, aux douleurs, aux chagrins, 6c à diverses autres for-tes de miscres; mais encore qu’il est sujet à commettre une infinité de crimes. II s’agitde concilier ces faits avec les notions communes de la souveraine bonté 6c de la souverai-ne sagesse de l’Etre infiniment parfait. Mr. King avoir un grand fonds de discernement6c de justesse d’esprit. Sa pénétration lui fit comprendre toute l’étcnduë 6c toutes lesconséquences de la difficulté ; il employa de nouveaux principes pour la refondre. II po-là que la fin que Dieu s’étoit proposée dans la création de l’Univers , a été non pas de seprocurer de la gloire, comme le disent la plûpart des Théologiens,mais d’exercer fa puis-sance, 8c de communiquer sa bonté: que la terre n’a point été formée pour l’homme, 8cque c’cst l’ignorance ou l’orgueil humain qui ont inspiré cette pensée chimérique: que lasomme du bonheur qu’il y a dans le monde est au-dessus de celle du malheur qui s’y trou-ve; qu’on en a une preuve évidente dans l’horreur que les hommes ont pour la mort, 8cdans la passion violente qu’ils ont pour la vie , lors même qu’ils sont accablez des mauxdont ils se plaignent le plus amerement: que l’homme ayant été tiré de la matière, il estnecessaircment sujet aux maladies, à la tristesse 6cc ; mais que les douleurs 6c les passions,font utiles 6c nécessaires pour la conservation du corps humain , puisqu’elles Invertissentde ce qui pourroit le détruire; que les maux sont tellement liez avec le bien qu’ils en sdntinséparables; que ce font des inconveniens qui suivent necessaircment des loix de la natu-re ; que le mal physique a été aussi nécessaire à l’universalite des etres , que l’egalité desdiamètres est nécessaire à un cercle ; 8c que ces maux nécessaires n’interessent point la bon-té de Dieu.

Mais la grande difficulté regarde le mal moral,c’est-à-dire,les mauvais choix de l’hom-me, les mauvaises déterminations de fa volonté, 6c, en un mot, tout ce qu’on appelledes vices. Pour la refondre , Mr. King a recours au dénouement ordinaire , qui est lefranc arbitre ; mais il en donne une idée bien differente de celle des autres Théologiens.

II le fuit consister dans le pouvoir de choisir, indépendamment des autres facilitez de l’a-gent libre, 6c de la qualité des objets; de sorte que ce pouvoir n’est pas déterminé par labonté des objets , mais les objets sont rendus bons 8c agréables par son choix 6c par íadétermination. ^ "- r '• ' J -“ — J - /L,r - ’ ' '

que l'nomme tut capable

faire un mauvais choix 8c de tomber dans le péché. Dieu ne pouvoir empêcher le mau-vais usage de la liberté qu’en trois maniérés. 1. En ne créant aucun être doue de cetteliberté. 2. En employant fa toute-puissance pour empêcher que les agens libres rt’abu-sassent de leur liberté. 3 - transportant l’homme dans une autre habitation, où il n’yeût eu aucune occasion qui pût le porter à,faire un mauvais choix. Mais si aucune dcces trois maniérés n’a été pratiquable, il faut conclure que la permission du péché est lé-gitimé.