VIE D E Mr. B A Y L E.
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170 j*. plus de force à ses objections, Sc de faire voir que l’homme étoit injustement puni pour
aes crimes qu’il commettoit nécessairement & inévitablement. Mr. Bayle répond qu’iln’a rien nié ni affirmé exprefl’ement fur le franc arbitre : qu’il n’avoit garde de s’engagerdans une question préliminaire qui acrocheroit pour toujours la question principale. C’eltun sujet si embarrassant & si second en distinctions Sc en équivoques,que les diíputans ontdes ressources infinies,Sc qu’il leur arrive souvent de tomber eux-mêines en contradiction:
Sc qu’enfin il lui laissait le choix de suivre telle hypothèse qu’il jugeroit à propos, Sc d'al-ler s’il vouloit jusqu’au Pelagianisine, qui est presque le seul poste où l’on se puisse bienservir de la liberté d’indifférence. v
Avant que d’en venir à la question sur l’Origine du Mal, Mr. Bayle remarque qu’il nes’agit entre lui Sc Mr. Jaquelot d’aucun article de foi, Sc qu’ils font parfaitement d’accordfur le fond du dogme. II s’agit feulement de savoir íi nôtre raison peut comprendre l’ac-cord réel Sc effectif qui se trouve entre les atributs de Dieu, Sc le Systetne de la prédesti-nation, Sc si elle peut satisfaire aux difficultez qui nous dérobent la connoissance de cetaccord: il est question de savoir si elle peut non seulement convaincre, mais éclairer ausiîjiôtre esprit sur ce sujet. Mr. Jaquelot prend l’affirmative avec les Théologiens Natio-naux , Sc Mr. Bayle prend la négative Sc se conforme à l’hypothese des premiers Réforma-teurs, & de leurs disciples. 11 marque ensuite ce que Mr. Jaquelot a dû faire pour venirà bout de son dessein : il a dû prouver que l’on peut faire connoitre à nôtre raiion la par-faite intelligence qui se trouve entre la doctrine theologique du péché,Sc un certain nom-bre de maximes philosophiques -, Sc il rapporte sept propositions theoiogiques d’nn côté,
Sc dix-neuf maximes philosophiques de l’autre, qu’il faut concilier pour établir la con-corde de la foi avec la raiion.
Mr. Jaquelot croit que toutes les difficultez qui regardent le mal moral se peuvent re-fondre par le moyen du libre arbitre, qui selon lui est ,, le pouvoir que l’homme a sur ses,, actions, de sorte qu’il fait ce qu’il veut, parce qu’il le veut, si bien que s’il ne le vou-,, loit pas, il ne le feroit pas, Sc feroit même le contraire”. Un être, dit-il, qui a cet-te liberté est le plus excellent Sc le plus parfait de tous les êtres créez : la capacité de faireun bon ou un mauvais usage de son intelligence, Sc l’empire sur ses actions, est assuré-ment l’endroit par lequel l’homme aproche de plus près la Divinité: Dieu aiant formécet Univers jaour fa gloire, c’est à dire, pour être connu dans ses Ouvrages, Sc pour re-cevoir des créatures l’adoration Sc l’obéissance qui lui est due, un être libre étoit seul ca-pable de contribuer à ce dessein : les adorations d’une créature qui ne feroit pas libre necontribueroient pas davantage à la gloire du Créateur qu’une machine de figure humai-ne qui sc prosterneroit devant lui par ressorts, ou un éloge prononcé par un automate.Dieu aime la sainteté. Mais quelle vertu y auroit-il, si l’homme étoit déterminé néces-sairement par sa nature à suivre le bien, comme le feu est déterminé à brûler? 11 n’ypouvoit donc avoir qu’une créature libre qui pût executer le dessein de Dieu. Mr. Ja-quelot conclut de là , qu’encore qu’une créature libre pût abuser de son franc arbitre,néanmoins un être libre étoit quelque chose de si relevé & de si auguste, que son excel-lence Sc son prix l’emportoit de beaucoup sur les suites les plus fâcheuses que pouvoitproduire l’abus qu’on en feroit.
Mr. Bayle répond, que si le principe de Mr. Jaquelot étoit vrai, Pamour necesiaire queDieu a pour la vertu né meriteroit aucune louange: la sainteté des Anges Sc des Bienheu-reux feroit une sainteté machinale, Sc les Démons ne mériteraient aucun blâme pour leurhaine contre Dieu, puisqu’il ne dépend pas d’eux de faire autrement. II ajoûte, quepuis qu’une des plus sublimes perfections de Dieu est d’être si déterminé à l’amour dubien, qu’il implique contradiction qu’il puisse ne le pas aimer j une créature déterminéeau bien, feroit plus conforme à la nature de Dieu, & par conséquent plus parfaite qu’unecréature qui a un pouvoir égal d’aimer le vice Sc de le haïr. Mr. Jaquelot dit que l’étatdes bienheureux est un état de récompense, dans lequel leur connoissance est si épuréequ’elle porte toûjours la liberté an bien, Sc ne 1a sollicite jamais au mal. C’est à dire,qu’ils jouiront toûjours du libre arbitre, Sc cependant ils né fe tourneront jamais au mal.Or puisqu’il avoue que cet état est un état de récompense, il 1e doit considérer commeun état plus parfait Sc plus excellent que celui où nous vivons. Dieu pouvoit donc unirdans l’homme constamment Sc invariablement 1a liberté Sc 1a pratique de la vertu. Alorstout le prix que la liberté peut donner au culte Sc à l’obéissance que l’on rend à Dieu, setrouverait fur la terre comme dans le Paradis. Par conséquent, la gloire Sc la saintetéde Dieu n’ont aucun besoin des êtres libres abandonnez au mauvais usage de leur liberté,puisqu’ils peuvent être fixez au bon usage sans être moins libres. Mr. Jaquelot auraitplus de raison d’exalter les avantages Sc les prérogatives de la liberté, Sc de la faire passerpour la plus insigne faveur que la créature pût recevoir, fi elle n’eût servi qu’à rendrerhomme heureux. Mais Dieu ayant prevû que ce présent si magnifique feroit l’instru-ment de la perdition des hommes, J1 n’a pû le leur faire par un principe de bonté. Leprésent étoit trop dangereux Sc il ne les auroit élevez íi haut que pour leur faire faire une- -plus grande chute. II leur auroit fait plus de bien, s’il avoit révoqué un don qui leur aété si fatal.
. Mr. Bayle fait une autre réponse à Mr. Jaquelot encore plus forte. Tous les Théolo-giens conviennent, Sc Mr. Jaquelot avec eux, que l’operation de k grâce ne donne au-cune atteinte au libre arbitre, Sí que Dieu qui est le maître des cœurs, dirige infaillible-ment k liberté de l’homme comme il lui plait,fans violer les droits de cette liberté. D’oùil s’ensuit évidemment, que Dieu en affermissant Phomme dans le bon choix, Sc en ledirigeant infailliblement au bien, ne préjudieie point à son franc arbitre, Sc q n'en le pré-servant finalement du péché il ne le prive point, de cette liberté fi précieuse dont il P avoitrevêtu. S’il est nécessaire que les hommes puissent pecher, il n’est point nécessaire qu’ilspèchent effectivement, Sc Dieu peut les en empêcher fans donner atteinte à leur liberté.Cependant Dieu bien loin de disposer constamment l’homme au bien, le constitue d’unetelle maniéré Sc lui prépare telles circonstances, qu’il a prévû qu’il succomberait, Sc l’a
[n 3] doué,
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