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Tome premier. A - B.
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VIE DE Mr. B A Y L E.

doué d'une faculté dont il savoir bien qu’il feroit un mauvais usage. Ainsi en accordantà P homme une liberté même illimitée, la difficulté renaît toûjours, savoir, si la permis-sion & la prévision du péché peuvent s’accommoder avec la bonté, 6c avec la sainteté deDieu. Mr. Bayle se sert de plusieurs autres raisonnemens pour prouver que quelque partique l’on prenne, on ne peut pas faire servir le franc arbitre à resoudre les difficultez furPOrigine 6c fur les suites du mal moral j 6c il montre que Mr. Jaquelot a été contraint dese couvrir du même retranchement que les Prédeílinateurs. 11 fait voir les affreuses con-séquences qui suivent de cette réponse de Mr. Jaquelot, que puis que la permiffion du pé-ché étoit nécessaire à la manifestation de la gloire de Dieu, elle a été juste 6c conforme àtoutes les perfections divines. II examine Phypòthese de Mr. Jaquelot sur le mal physi-que, 6c l’idée qu’íl donne des peines étemelles ae Penser.

Le troisième chef de la dispute entre Mr. Bayle 6c Mr. Jaquelot regarde les Objectionsque le Pyrrhonisme peut fonder sur quelques dogmes revelez. On trouve dans le Diiïio-tiaire critique à PArticle de PyrrhonE récit d’une dispute entre un Abbé PyrrhonienLc un Abbé bon Catholique Romain. Le principe commun aux deux parties est que lesmystères de P Eglise Romaine, la Trinité, l’Incarnation, la Transubstantiation, la chuted’Adam, le péché originel, sont des dogmes indubitablement vrais. De cette supposi-tion reconnue pour véritable par les deux disputans, P Abbé Pyrrhonien inféré que l’évi-dence n’est pas le caractère certain de la Vérité,puisqu’il y a diverses propositions éviden-tes qui font fausses dès que l’on admet la vérité des mystères. Mr. Jaquelot prétend queMr. Bayle a voulu prouver par là que la Trinité 6c l’union hypostatique impliquent con-tradiction j £c il défend ces deux mystères en exposant ce que les Théologiens disent làdessus. Mais Mr. Bayle lui fait voir qu’il a mal pris la pensée de P Abbé Pyrrhonien. Lebut de ses Objections est seulement de montrer que ces dogmes font combattus par despropositions évidentes, 6c qu’ils nous ôtent la certitude que nous fondions fur cette évi-dence. Mr. Jaquelot auroit dû prouver que cela est faux, 6c faire voir que cet exemplede la fausseté des propositions évidentes ne donne aucun lieu aux Pyrrhoniens de se defierdes propositions qui nous paraissent les plus claires. Mais il prend le change, 6c se faitun fantôme pour le combattre. II prend pour une même chose, d’avouër que les mystè-res évangéliques doivent être crus encore que nôtre raison ne puisse pas les comprendre,6c de vouloir ruiner la religion en prétendant qu’elle est toûjours opposée à la raison. Mr.Bayle s’étonne qu’un esprit si pénétrant n’ait point vû qu’il n’étoit nullement questiond’expliquer les difficultez de nos mystères ; on les suposoit véritables dans l’objection, 6cil falloir même qu’on les suposât véritables, puisque de là on vouloir conclure que l’évi-dence n’est pas le caractère certain de la vérité. C’est uniquement cette conscquence queMr. Jaquelot auroit dû détruire.

Au reste, la dispute n’empêcha pas que Mr. Bayle ne rendît justice au mérité de Mr.Jaquelot. 11 avoua qu’il avoit un beau génie, beaucoup de pénétration, 6c un Style vif& éblouissant, qu’il avoit joint l’étude de la Philosophie moderne à celle de la Théolo-gie, 6c qu’il s’étoit signalé dans des Ouvrages de raisonnement.

Mr. Bayle défendit aussi dans cet Ouvrage la réponse qu’il avoit faite dans son Dictio-naire à l’Origenistc de Mr. le Clerc. Celui-ci avoit donné de nouveaux éclaircissemensdans fa répliqué (i) qui tendoient à faire voir que le Systeme de l’Origeniste levoit lestbe.m choì- difficultez du Manichéen, qui soutenoit qu’il n’étoit pas possible d’accoraer la permission

vu.'akÎ* 6c la fuite du péché , avec la bonté idéale ou souverainement parfaite de Dieu. Pour

VI11 -p. prouver cet accord, Mr. le Clerc remarqua

rû,°. i. Que Dieu qui a tiré l’homme du néant n’a pas été obligé de le créer si parfait qu’il

ne lui fût pas possible de s’écarter de son devoir, 6c que c’est une grande marque de sa bon-té qu’il lui ait donné le moyen d’être heureux, en gardant les réglés qu’il lui a prescrites,fans être engagé par aucune nécessité à les violer.

2-, Qu’on exaggere le mal que la liberté a fait aux hommes, 6c qu’ils auraient évité sicelui qui les a faits les avoit créez d’une nature à ne pouvoir pas s’éloigner de leur de-voir.

z. Que pour prevenir le mauvais usage que l’homme pourrait faire de fa liberté, 6cpour le conduire au bonheur, la bonté divine avoit bien voulu lui faire proposer des ré-compensés éternelles, 6c des peines illimitées dans l’Evangile: il ne tient qu’à lui d’éviterces peines, 6c d’obtenir les récompenses.

4. Dieu savoir bien ce qui arriverait, mais il n’a pas été obligé de prévenir par fa tou-te-puissimee le mal qu’il prevoyoit devoir arriver par la faute de l’homme, parce que cemal n’est que d’une très-courte durée en lui-même, 6c dans toutes ses suites, 6c ne fait au-cun désordre dans l’Univers que Dieu ne puisse redresser en un moment, 6c qu’il ne re-dresse enfin pour toute l’éternité.

5. L’inconvenient de passer par le mal avant que de ressentir tous les effets de la bontédivine, émane de la nature de l’homme, qui ne pouvoit se trouver dans le degré d’imper-fection où elle est, fans être sujette à ce qui est arrivé.

6 . Dieu qui a prévu que l’homme tomberait, ne le damne pas parce qu’il tombe, maisseulement parce que pouvant se relever, il ne se releve pas, c’est à dire, qu’il conservelibrement íes mauvaises habitudes jusqu’à la fin de fa vie.

7. C’est là un degré de miséricorde qui est de j a très-considerable, puisque personnen’est damné que par fa propre faute, 6c qu’on peut profiter de cette bonté de Dieu pourse relever de ses sautes 6c éviter les peines de l’autre vie.

8. Dieu a donné plusieurs autres marques de sa bonté aux hommes. II les a douez demille excellentes qualitez; il les a environnez de mille biens sensibles, qu’ils goûtent avecbeaucoup de plaisir, 6c qui leur font aimer la vie; il leur a donné le pouvoir de se rendreheureux après la mort ; il donne fans delai le bonheur éternel à ceux qui se sont repentisde leurs fautes, 6c se contente de faire paíser les impenitens par des peines modérées avantque de les mettre en possession de ce même bonheur.

p. Dieu a considéré comme un rien les maux de l’homme, en comparaison du bonheur

qu’il

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