VIE D E Mr. B A Y L E. xcix
170S. quelques autres. „ Mr. le Clerc , ajouté-t-il ( 1 ), propose beaucoup de difficultez là-„ dessus, comme íì le plus afreux Pyrrhonssme étoit inévitable, au cas que les veritez re-„ vclées ne fussent pas conformes aux notions communes. On n’a rien à dire contre ce-„ la, si ce n’est qu’il y a long-tems que les Unitaires font ces objections , & que les Ca-,, tholiques Romains, les Luthériens , & les Reformez les réfutent”. II desie Mr. leClerc d'oser dire qu’il n’abandonne pas les notions communes, lorsqu’il reconnoit en Dieutrois personnes réellement distinctes, coëíî'entielles Sc consubstantielles: & par conséquent
Î uc c’est à lui à répondre aux difficultez qu’il propose contre le principe ordinaire des’héologicns, à la confirmation duquel Mr. Bayie fait servir toute la dispute en ques-tion.
Mr. Bayie fait un parallèle de son sentiment avec celui de Mr. le Clerc, afin, dit-il,que tout le monde puisse connoitre si Mr. le Clerc a eu raison d’intitulcr son Ecrit, Dé-fense de la Bonté (f de la Sainteté Divine contre les objections de Mr. Bayie. II supposeque Mr. le Clerc & lui disputent avec un disciple de Zoroastre sur l’unité du Principe detoutes choses. Mr. Bayie, dit-il, commencera l’attaque , & forcera i’ennemi dans tousses retranchemcns. Mais ce n’est pas là la difficulté: il s’agit de résister au Zoroattrien,lorsqu’il attaquera à son tour, Lc qu’il s'attachera à faire voir que lc péché & ses fuites ne«'accordent point avec l’idée d’un seul Etre infiniment bon & infiniment saint. Mr. Bay-ie l’arrêtera tout d’un coup, cn lui déclarant qu’il n’admet point pour la réglé de la bontéSt de la sainteté de Dieu, les idées que nous avons de la bonté Le de la sainteté cn général :Sc en lui opposant son syíteme, conforme aux principes des Théologiens les plus ortho-doxes, il défendra heureusement cette Thèse: ,,Dieu est infiniment bon Sc saint, quoi-„ que nos lumières soient trop petites pour concilier fa bonté Sc fa sainteté avec les mi-,, scres 6c avec les crimes du genre humain en cette vie , Sc avec les crimes & les tour-,, mens éternels du plus grand nombre des hommes dans la vie à venir”. Mais Mr, leClerc qui accordera à son Adverfaiie que les notions communes, c’est-à-dire, les idéesque nous avons de la bonté & de la sainteté en général, nous doivent servir de réglé pourjuger de la bonté Lc de la sainteté de Dieu, sera obligé de s’éloigner du sentiment des au-tres Chrétiens, en niant d’abord avec Origene l'éternité des peines de Penser; Lc ne trou-vant pas même ce poste soûtenable, il fera forcé de se jetter dans des conjectures, Lc deréduire la bonté Lc la iainteté de Dieu à un probleme , ' dont on n’apprendra la solutionque dans l’autre monde. Sur quoi Mr. Bayie observe que Mr. le Clerc s’étoit précisémentrois dans le cas fur lequel il fondoit son accuíàtion. Car selon lui, le grand crime de Mr.Bayie est de croire qu’aucun fysteme Chrétien n’est capable de refondre les objections Ma-nichéennes contre la bonté Lc la Sainteté de Dieu : or Mr. le Clerc est persuadé de la mê-me chose, puis que fur l’éternité des peines il abandonne tous les Systemes des Chrétiens,Lc même celui d’Origene, Sc qu’il se retranche seulement dans des peut-être , & des pro-babilitez. D’ou il s’ensuit que selon Mr. le Clerc il n’y a aucun fysteme Chrétien quipuisse refondre les objections du Manichéisme contre la bonté Lc la sainteté de Dieu.„ C’est néanmoins, ajoute-t-il (z), le seul fondement de l’accusation qu’il a intentée à„ Mr. Bayie: il s’est donc percé lui-même du coup qu’il lui a porté. II a mal tiré de ce3 , fondement de l’acculàtion plusieurs conséquences, qui sont les calomnies qu’il a debi-„ tées contre Mr. Bayie. II a dit que ceux qui soutiennent qu’on 11e peut répondre aux„ objections du Manichéisme, attaquent la bonté & la sainteté de Dieu, Lc l’accusent de3, n’être ni bon ni saint, Lc ne sont point recevables à dire qu’ils le croient bon Sc saint;„ car n’aiant aucune raison de croire qu’il le soit, ils tombent manifestement en contra-„ diction, Lee. Ces conséquences Sc toutes les autres que je n’articule pas , retombent3, également fur P accusateur Lc iur l’accusé. Cela ne peut plus souffrir de doute”.
Pour terminer cette dispute Mr. Bayie offre (z) à Mr. le Clerc de subir le jugementdes Facultez de Théologie de Leyde, d’Utrecht, de Franeker, de Groningue Lee. IIlui propose de faire dresser une Requête qu’on présentera à ces Facultez, Lc où l’on mar-quera la peine qu’il voudra que l’on inflige à celui qui perdra fa cause. Mr. Bayie signe-ra cette Requête conjointement avec lui. Mr. le Clerc y joindra les propositions qu’ilaura extraites des Livres de Mr. Bayie, Sc les communiquera à fa partie, qui au cas qu’el-les sc trouvent en autant de mots dans lés Ouvrages, Sc fans aucune mutilation essentielleles souscrira. Les Facultez de Théologie connoitront par cette Requête Sc par ces ex-traits ce que l’on demande d’elles, c’est qu’il leur plaise de prononcer fur cette question :Les propositions extraites des Livres de Mr. Bayie font-elles de bonnes preuves des accusationsque Mr. te Clerc lui a intentées? Mr. le Clerc le prétend , {j? Mr. Bayie le nie , CJj soutientde plus qu'elles n'ont rien d'opposé aux Confessons des Eglises Reformées de France , [f duPais-Êas. Mais comme Mr. le Clerc, ajoute-t-il, déclare qu’avant que d’avoìr examinéle second & le troisième volume de la Réponse au Provincial , il consideroit comme un jeud’esprit les objections de Mr. Bayie, Lc qu’elles n’cmpêchoient point qu’il ne le crût or-thodoxe; Mr. Bayie croit que pour abréger la peine des Professeurs, il suffira que les Fa-cultez de Théologie prennent la peine d’examiner ces deux tomes-là. On pourra même,continue-t-il, leur épargner la principale partie de cette peine , si Mr. le Clerc marqueles pages de toutes les propositions qu’il aura extraites , Sc si Mr. Bayie marque les pagesque son Délateur aura omises Sc dont la connoissance sera nécessaire aux Juges pour s’ins-truire mieux de l’état de la question.
Les ennemis de Mr. Bayie ne se contentèrent pas de le représenter comme un hommequi travuilloit à détruire la Religion, ils tâchèrent de le faire passer pour criminel d’Etat.C’étoit assez bien imiter Mr. Juneu. Cependant comme les fentimens de Mr. Bayie é-toient trop bien connus en Hollande pour qu une pareille accusation pût faire quelque ef-fet sur les personnes raisonnables , ses ennemis crurent qu’ils dévoient travailler à le dé-truire en Angleterre, où ils efperoient de trouver plus de facilité. On n’oublia rien pourprévenir le Comte de Shaftsbury. Mais on se trompa dans les efforts qu’on fit auprès dece Seigneur: il connoissoit trop bien Mr. Bayie, avec qui il avoit eu de grandes liaisonspendant le séjour qu’il avoit fait à Rotterdam. II pénétra les motifs de cette accusation,Tom. I. f o z] Lc s’en
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(1) Ibiet.P. M.
(2) H,id.
P- LC
(sHbid p.71 8 c fuir.