V I E D E Mr. B A Y L E.
S
(i) II avoitépousé iasale duDuc deMaribo-lough.
si) lettredu 33 deJuillet
1706 , p.toy6 , LeCil/.
Sc s’cn divertit avec ses amis. On écrivit aussi í.u Comte de Sunderland : on l’aíTura queMr. Bayle avoit eu des conférences avec le Marquis d’Aìiegre, prisonnier de guerre, lorsqu’il paíîà en Hollande pour venir cn Angleterre. On ajouta que Mr Bayle íëmoit par
170&.
version pour les maximes qu’on attribuoit à Mr. Bayle, qu’il avoit de passion pour rabais-sement de la France, & pour la gloire du Général Anglais (1), ne parloit de Mr. Baylequ'avec des transports d’indignation Sc de colere. Je tâchai de le ramener, m;iis inutile-ment: fa prévention étoit trop forte. J’avouë que j’en fus alarmé. Je craignois qu’il neportât la Cour à se plaindre aux Etats de Hollande, qui, vû les circonstances du tems,ne pouvoient rien refuser à l’Angleterre ; Sc que sur de si puissantes représentations, on nedonnât ordre à Mr. Bayle, simple particulier, de sortir des dix-sept Provinces. C’étoitapparemment le but de ses ennemis. J'eus recours à Mylord Shattsbury, St lui fis con-noitre le danger où se trouvoit Mr. Bayle. Ce Seigneur me promit de parler à MylordSunderland ; mais en même tems il me dit qu’il íëroit à souhaiter que pour fermer la bou-che à tes ennemis, Mr. Bayle prit occasion dans quelcun de ses Ouvrages de parler dusuccès des armes des Alliez,qui étoit principalement dû a la sagesse Sc à l’activité du Con-seil d’Angleterre, St à l’habileté du Général Anglois. II ajouta que cela pouvoir sc fairesens affectation, & fans s’éloigner de 1 a qualité d'Histoà; & me fit connoitre que jclui ferois plaisir de l’insinuer à Mr. Bayle comme de mon chef.
Je crus devoir rendre compte à Mr. Bayle de ce qui se passoit, St de la conversation quei’avois euë avec Mylord Shaftsbury. II me répondit (z) que Mr. Silvestre lui avoit déjaapris la mauvaise humeur de Mylord Sunderland, fondée fur ce qu’il avoit eu des conte-rences avec le Marquis d’Allcgre; mais que c’étoit la plus grande fausseté du monde. A
(j) Lettredu 2, deJtl'ilCt
I7C6 , p.
J ICO, &
fuiv.
( 4) Lettre»î» 29d’Ostobre1706, p,1123, &fuiv.
„ ses Ministres & Généraux, ni au désavantage des Alliez: car il ne faut pas, ajouta-t-il,„ mettre en ligne de compte les Pensées fur les Comètes ; livre, comme j’en ai averti au
devant de la troisième édition,qui fut fait dans la vuë de le faire imprimer à Paris, Scc.On fait que l’Abbé Renaudot sc fonda, entr’autres choses, pour empêcher que monDictionaire n’entrât en Fiance, fur ce qu’il contenoit des choses contre l’Etat”. Ilrejetta bien loin le parti qu’on lui avoit conseillé de prendre, pour détruire les calomniesdc ses ennemis. Incapable de flatter par des vuës intéressées, ou même de louer hors deil envisagea de ce côté-là ce qui lui étoit proposé, & déclara qu’il ne lui conve-
n
0 ) A Rot-terdam en>7 «C.
(«) Mr. dela Motte.
noit point de faire cette démarche. „ Au reste, dit-il, le plan que vous me marquez,
„ comme une chose qui désarmeroit mes ennemis, est un conseil de bon ami; je vous en„ remercie de tout mon cœur; mais il est impratiquable pour moi. II ne me conviendroit„ pas à mon âge de cinquante-neuf ans, qui est quant à la faiblesse de tempérament que„ la nature m’a donnée,une vieillesse plus infirme qu’à l’égard des autres hommes l’âge de„ soixante-dix, où de soixante-quinze ans; qui d’ailleurs lute depuis plus de six mois„ contre une maladie de poitrine, mal héréditaire dont ma mere Sc la mere font mortes,
„ & qui par conséquent ne me permet pas de me proposer un long séjour en ce monde:
,, il ne me conviendroit pa^, dis-je, d’ecrire en courtisan St en flateur des personnes en„ place. Mes ennemis voudroient bien que cette inégalité de conduite me pût être re-„ prochée”.
Mr. Bayle écrivit aussi à Mylord Shaftsbury (j), pour le remercier des nouvelles mar-ques de bienveillance qu’il lui donnoit: il lui protesta qu’il n’étoit point vrai qu’il eût endes conférences avec le Marquis d’Allegre; qu’il n’avoit même su que par les Gazettes quece Marquis avoit été en Hollande, St qu’il étoit passé en Angleterre. II ajouta que My-lord Shaftsbury savoir mieux que personne quels étoient ses principes fur le-Gouverne-ment , puis qu’il avoit eu l’honneur de lui en parler plus d’une fois ; Sc il le pria de dé-tromper Mylord Sunderland. Mylord Shaftsbury y réussit. 11 lui repiéscnta que Mr.Bayle enfermé dans son cabinet Sc uniquement occupé de ses Livres Sc de ses Ecrits, nese mêloit en aucune maniéré des affaires d’Etat, que ce n'éto-t ni son génie ni son talent,Sc que toutes ces accusations n’étoient qu’un effet de l’animosité dc quelques Auteurs quiavoient eu des disputes avec lui, Sc qui s’éforcoient de le rendre odieux. Mylord Sun-derland reconnut enfin qu’on lui en avoit impolé, Sc rendit justice à Mr. Bayle. MylordShaftsbury l’en informa tout aussi-tôt, Sc Mr. Bayle lui témoigna (4) combien il étoitsensible à ses généreuses atte ntions, Sc la joie qu’il avoit d’apprendre „que les impressions„ calomnieuses dont ses ennemis avoient prévenu Mylord Sunderland, étoientheurcuse-„ ment dissipées par ses soins”.
Dans ce tems-là, Mr. Bayle reçut un petit Livre imprimé à Paris sous ce titre: Re-marques critiques sir la nouvelle Edition du Dictionaire historique de Morery , donnée en 1704.L’Auteur avoit tiré presque toutes ses Remarques du Dictionaire de Mr, Bayle, se lesétoit appropriées, Sc ne laissoit pas de le critiquer quelquefois. Mr. Bayle jugea que cetEcrit meritoit d’être connu en Hollande, Sc pour le rendre plus utile il voulut bien lefaire réimprimer (y), avec des Notes qui éclaircissoient plusieurs faits où l’Auteur s'étoittrompé, ou qu’il ne rapportoit pas avec assez d’exactitude. II indiqua même les fautesqu’ii avoit faites contre l’usage de la Langue Françoise, Sc ses expressions ambiguës ouéquivoques. Enfin , il y ajoûta une longue Préface pour servir d’instruction aux nou-veaux Editeurs du Moreri. Le rapport qu’a cet petit Ouvrage avec le Dictionaire de Mr.Bayle, engagea un de mes Amis (6) à me le demander, pour le joindre à la quatrièmeEdition de ce Dictionaire. Je le lui envolai, accompagné de quelques Observations, oùj’ai marqué les endroits que l’Auteur a tirez du Dictionaire critique, Sc où j’ai distinguéles fautes qu’il a reprises dans le Moreri Sc qu’on a ôtées des dernieres Editions, d’aveccelles qui restent à corriger dans l’Edition de ijzs.
Mr.
\