CXIV
ACTES DU CONSISTOIRE DE ROTTERDAM
„ la règle de ce que nous devons croire, soit que la.raison le puisse comprendre, soit qu’elle ne le puiíîè pas, J’ai„ efperé auíîì que chacun se souviendroit que la qualité d’Historien imposé la nécessité de rapporter bien des„ choses qu'un autre Auteur ne diroit pas íur le fort Sc le foible de chaque parti, Sc que les Peres de l’Eglileont„ rapporté des détails d’impuretez, Sc d’obscénitez qui font horreur,
5 , Je déclare en second lieu, que je suis extrêmement fâché que contre mon intention Sc mes espérances, plu-„ sieurs personnes ayent été offensées de la liberté que j’ai prise ; si j’avois prévu cela je m’en serois abstenu avec un„ grand soin. Pour y remedier d’une maniéré éficace, je promets de rectifier dans une seconde édition, à laquel-„ le je travaillerai incessamment, les endroits qui ont donné lieu aux plaintes. Cela me paroit facile, toit par des,, rctranchemens, soit par des additions, soit par dés changemens d’expression. La lecture des Remarques de Mes-,, sieurs vos Commissures m’a fait connoître ces endroits, plus distinctement que je ne les connoissois. Je mecon-„ duirai dans la correction avec de très-grands égards auxdites Remarques, d’autant plus que je reconnois qu’elles„ ont été faites par des personnes très-habiles, Lc aux bons avis & aux lumières que Messieurs les Pasteurs de cette,, Eglise voudront bien me communiquer j Lc je considérerai beaucoup plus si une chose peut choquer une partie„ de mes Lecteurs, que si dans le fond elle est véritable Lc n’est pas contraire à nos Confessions de Foi.
„ Je promets en particulier de refondre de telle forte l’Article du Prophète David, qu’il n’y restera aucune,, pierre d’achopement. Quant à ce qui se rapporte à l’Hérésie des Manichéens ^ j’ai déclaré assez nettement qu’el-„ le est horrible, extravagante, contraire aux notions communes, 6c que par l’Ecriture sainte on la ruine sansau-,, cune peine. J’ai seulement établi que ses objections fur l’Origine du mal ne peuvent être résolues par les forces,, de nôtre raison, & je n’ai point crû que ce fut dire autre chose que ce que tous nos Théologiens avouent de,, l’incomprehensibilité de la Prédestination. Cependant je promets de méditer de nouveau fur cette matière, Lc,, de chercher des raisons Philosophiques contre ces objections ; Lc si Messieurs vos Pasteurs veulent bien se don-,, ner la peine de m’en fournir, je les méttrai en œuvre le mieux qu’il me sera possible, & avec d’autant plus de,, joie que le Manichéisme est une hérésie abominable à l’égard de la Morale, 6c ridicule Lc monstrueuse à l’égard„ de la Métaphysique. Ce que je promets à l’égard de cet Article sc doit aussi entendre en particulier à l’égard,, de celui de P yr rhô n.
,, En un mot je déclare que je recevfai avec joye, Lc pour en profiter, tous les avis qui me pourront être com-„ muniquez, asin de rendre mon Livre plus utile au public, Lc plus édifiant aux Eglises ; fur tout je recevrai„ avec beaucoup de soumission les bons avis de la Compagnie.
„ II ne me reste, Messieurs,que deux choses à vous déclarer. La premiere est, que je n’ai jamais eu dessein„ d’avancer comme mon sentiment aucune'doctrinequi fût contraire â la Confession de Foi de l’Eglise Reformée dont,, je fais profession, Lc dans laquelle je demande â Dieu la grâce de me faire vivre Lc mourir. S’il se trouve donc,, dans mes Ouvrages quelque doctrine de cette nature, je la désavoué, Lc je la rétracté entierement dès aujour-„ d’hui. La seconde chose est, que j’ai tout lieu d’esperer que la Compagnie n’ayant en vûë que la paix Lc l’édi-„ sicatioU du Public, sera pleinement contente de ce que dessus; car c’est, ce me semble,tout ce qu’on peutexi-„ ger d’un Auteur en semblables cas : outre qu’en prenant la voye de jugement, elle ne peut ignorer qu’il y aura„ beaucoup de longueurs, que j’ai des rasions justificatives à alléguer fur chaque point ; qu’il faudra peut - être,, palier d’un Tribunal à un autre, Lc en venir même à des Ecrits imprimez, qui ne serviront qu’à exciter denou-„ veaux troubles fans aucun fruit pour l’Eglise, Lc, au contraire, au contentement de nos Adversaires.
„ Si tout ce que je viens de dire ne produiioit pas l’entiere pacification de cette affaire, Lc fi nonobstant cela„ l’on en venoit à la voie du jugement, je demande qu’aucune des choses que j’ai déduites ci-deíliis nepuisie pré-„ judicier à ma cause, ni aux prétentions de récusation, s’il en faut faire, ni aux voies d’appel si le cas y échoit.„ Je demande aussi qu’on ne prenne point pour une partie de mon plaidoyé, ce que j’ai dit, soit à vôtre Gompa-„ gnie, soit à Messieurs vos Commissaires.
Et étoìt signés
B A Y L E.
Le Mardi j. Janvier 1698.
La Compagnie étant extraordinairement assemblée, suivant l’Acte dernier, Lc se trouvant incomplète, bien quetous les Membres fussent avertis spécialement pour resoudre sur ce íùjet, Lc considérant la brièveté du tems à causeque le Consistoire doit changer Dimanche prochain) après avoir examiné le projet de Ré> onse dressé par Messieursles Commissures, mentionnez dans l’Acte précédent, elle a trouvé à propos de faire seulement la lecture dudit pro-jet au Sieur Bayle, lequel en ayant demandé copie, la Compagnie n’a pas pris de résolution là-dessus, mais a trou-vé à propos de se rassembler ençore Jeudi prochain.
Le Jeudi 9. Janvier 1698.
La Compagnie étant encore extraordinairement assemblée suivant l’Acte précédent, & ayant lû de nouveau leprojet dressé par Messieurs les Commissaires & communiqué au Sieur Bayle, selon qu’il est mentionné dans l’Acteprécédent, l’a approuvé unanimement: dont la teneur s’ensuit.
La Compagnie continuant à délibérer sur l’affaire qui regarde Mr. Bayle, après avoir entendu ledit Sieur Bayledans ses éclaircissemens Lc réponses générales, tant en plein Consistoire le Mardi 2,4. Decembre dernier, que leLundi 30. de ce mois en présence des Commissaires qui lui ont communique de vive voix la substance des cinqMémoires dressez par la Compagnie fur son Dictionaire, & ont fait rapport de tout Dimanche dernier y du pré-sent mois ; après avoir aussi examiné f Ecrit, présenté à la Compagnie le même jour Dimanche dernier par leditSieur Bayle, Lc signé de se main, dans lequel il explique plus distinctement ses intentions, Lc ses desieins.
La Compagnie déclare qu’elle est bien aise de voir,
1. Que ledit Sieur Bayle protçfte de vouloir vivre Lc mourir dans la profession de la Religion Reformée queDieu lui a fait la grâce de connoître , Lc dans laquelle il a persévéré jusqu’à présent, désavouant Lc rétractant dèsaujourd’hui tout ce qu’il pourroit avancer dans ses Ouvrages contre nôtre Confession de Foi, posé qu’il s’y trou-vât quelque chose de tel, ce qu’il ne croit pas, pusiqu’il a toujours eu une intention toute opposée.
2. Que ledit Sieur Bayle est extremement fâché de ce que contre ses intentions & ses espérances, plusieurs per-sonnes ont été offensées de la liberté qu’il a prise dans son Dictionaire, Hc que s’il avoit prévû cela, il s’en seroitabstenu avec un grand soin.
3. Qu’il a en horreur le Manichéisme , comme une Hérésie que l’Ecriture renverse de fond en comble, Lc quiest abominable, Lc monstrueuse par rapport tant à la Morale qu’à la Métaphysique, ajoûtant qu’il travaillera forte-ment à la réfuter. Ce qu’il promet aussi à l’égard du Pyrrhonisme.
4. Qu’en particulier il se propose de corriger tellement l’Article de David dans une seconde édition, qu’iln’y restera plus nulle pierre d’achopement.
f. Qu’enfin pour remedier aux plaintes qu’on a faites contre son Dictionaire, il se propose de travailler inces-ctmmant à une seconde édition: dans laquelle il changera, corrigera, rectifiera, retranchera tout ce qui peut avoirchoqué, Lc que pour rendre cette édition plus correcte, il aura de grands égards aux Mémoires qui lui ont étécommuniquez par la Compagnie, Lc à tous les avis qu’elle voudra bien lui donner.
La Compagnie est bien aise de voir Mr. Bayle dans ces dispositions : mais elle ne peut aprouver diverses autres
choses