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Tome premier. A - B.
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{ f) íiinius,Libra XXV,Cap. VIII.

(g) J ustin >

Libro X VyCap. J L

(h) ÏWitÇQlè'Á'Œ^qpt-

tcci fJ7r<ì rm7rivzx.4'yÇc&-fpojv avsc-'yçáfiovTcti,Plurimi au-to?! ^AbdcrittùexjUtêrc , de

ï4 ABDERE.

venir de quelques singularitez qu’on a débitées touchant Abdere. Les Pâturages des Environsavoient une telle force , qu’ils donnoient la rage aux Chevaux (/). II y eut si grande multitudede Grenouilles & de Rats dans cette Ville (g) , au tems de Cassander , Roi de Macédoine,que les Habitans furent contraints de fe retirer ailleurs (E) : mais il faut croire qu’ils y retour-nèrent bien-tôt (F ), ou que d’autres allèrent occuper leur place. Les Abdérites ont été fort dé-criés du côté de l’Efprit Sc du Jugement (G) j ôc , néanmoins , il est sorti beaucoup de grandsHommes de leur Villei un Protagoras, un Démocrite, un Anaxarque, PHistorien Hécatée, lePoète Nicœnetus , Lc plusieurs autres , dont les Catalogues des Hommes illustres faisoient men-tion (h). Rien n’eil plus étrange que la maladie qui régna pendant quelques Mois dans Abde-re (tì) , du tems de Lysimachus (i). C’étoit une Fièvre chaude , qui fe disiîpoit au septièmejour , par quelque crise ; mais elle causoit un tel trouble dans l’imagination des Malades, qu’elleles convertissoit en Comédiens. 11s ne faisoient que réciter des morceaux de Tragédie, Sc surtout de P Andromède d’Euripide , comme s’ils euíîent été fur le Théâtre : de forte qu’on voioit.

dans

{i«) Vigénë-xe dit fausse-ment^ que T a-tien, dans sonDiscourscontre lesGentils, ditq» Hen u!etrouva ^Abde-re a demi

(;?) Ptolem.

HcpKxft;açtfd Pho-tmm, page484.

(i?) Span-hemiiEpis-tohiadLaur.Beger.

(rp) Voiez,Gliîréanus -,dfins le JuftinVarioium deMr. Gncvius,3 33 .

( 20 ) Motéri

fuit ordinaire-ment la Chro-nologie de

Calvifius.

( 21 ) Justin,Lib. XV,Of. J L

( 22 ) Lîvius,Lib. XLIII.c. 4 . ext.

fiî) Cicerode Natur.Dcor. Lib. î yc. 42 .

(h) l uví -

n ai. Saur. X,Vers. 4 9‘.

valcs (16). Philostràte ne veut point, comme Apollodore,qu’Hercule ait fait bâtir une Ville auprès du Sépulcre de sonAmi ; mais , d’ailleurs, .Apollodore ne dit point, commePhilostràte, qu’Hercule ait ordonné des Jeux, ou des Exer-cices , en l’honneur d’Abdere. Je croi qu’il n’y a qu’un seulAuteur (17) , qui ait dit que Patrocle fut Frere de cet Ab-dere. On prétend pouvoir prouver par les Médailles, queles Abdérites aimoient mieux raporter le nom de leurville à Abdéra , Sœur de Dioniede , qu’au Mignon d’Her-cule (18).

(L) De fe retirer ailleurs.] Justin dit que Cassander, aiantpeur qu’ils n’envahissent la Macédoine , entra en Traitéavec eux , & les plaça fur les Frontières. On s’est un peumoqué de cette peur de Cassander (19) : lui, qui faiíbit trem-bler toute la Grece , pouvoit-il craindre que les Habitansdune feule Ville , qui fuioient des Rats & des Grenouilles,ne s’emparassent malgré lui de tout un Pais ? Mr. Mo-réri, qui aparemment n’avoit jamais su qu’on eût demandé.raison de cette peur à l’Historien Justin , a fait tout ce qu’ilsalait pour lui épargner cette Censure ; car il déclare queCassander reçut les Abdéritains dans la Macédoine , avec beau-coup de bonté. Ceux , qui s’en fieront à son Dictionaire, nesongeront pas à critiquer cet ancien Historien. On ajoute,que cette bonté de Cassander fe déploia l’an 3650 du Monde,jelon la Chronologie d’EuJebe. Qui croiroit, en lisant ce-la , qu’Eufebe n’a pas dit un seul mot de cette actiorí deCassander, & qu’il ne compte point les Tems selon les An-nées du Monde ? Venant au fond, je dis, que, selon Justin,les Abdérites furent placés par Cassander fur les Frontièresdu Pais , avant qu’il tuât les Fils d’Alexandre : or, selonCalvifius (2.0) , il acheva de s’en défaire l’an du Monde3641 ; ainlì , la Chronologie de notre homme est auliìfausse , que la bonté de Cassander est contraire au seul His-torien qu’il a pu suivre.

( F) Sjjtils y retournèrent bien-tôt , arc. ] Ce que Lucienraporte de la maladie des Abdérites , arriva fous le Régnéde Lyfimachus ; & , par conséquent, est postérieur à l’a-vanture des Grenouilles : car, selon Justin (zi) , elle pré-céda le tems auquel Lysimachus 8c Cassander prirent la qua-lité de Roi. Ajoutez à cela , qu’au tems du dernier Roi deMacédoine , la Ville d’Abdere étoit assez florissante. LePréteur Lucius Hortensius la pilla ; mais fa conduite futdesaprouyée par le Sénat Romain , & la liberté fut rendueaux Abdérites (zz).

(G ) Les Abdérites ent été fort décriés du côté de V Esprit &du Jugement .] On a déjà vu comment Cicéron les accom-mode dans ses Lettres à Atticus. II n’est pas plus obligeantdans un autre Livre (z 3), où, après avoir raporté une Opi-nion qu’il crois ridicule , il ajoute , 6J un quidem omniasuntPatriá Democriti , quám Democrito digniora. Juvénal , nepouvant nier que Démocrite n’eút beaucoup d’esprit & desagesse , prétend que c’est une preuve que les grands Hom-mes peuvent naître sous un air grossier , 8c dans le Paisdes Sots :

Ctljus prudentia monftratSumtnosposte Viras , or magna exempta daturos,

Vervecum in Patriá , crajfoque fub aère nafci (zq).

Martial n’a guere jugé plus avantageusement des Abdéri-tes , quand il a dit ,

(2s) Martial.Efgr. XXV,Lib. X .

(26) Vigenc-rel, Annor.fur le Sépul-cre d’Abde-re, de rln-lostrate.,,

( 27 ) MartiaLEpigr. XXV,liibr. X.

{•_*) Isaac.■Voffius inPompon.

Melam,

Si patiens fortisque tibi , durusqué videtur ,

Abderitana peâìora Plebis habes ’(zj).

Vigénère s’abuse grossièrement sur ce Passage : il le croîtadressé au Criminel , qui représenta sur le Théâtre Factionde Mutins Scévola , en mettant la main dans le feu (zó);mai/ il s’adresse à ceux qui seroient st dupes , qu’ils pren-draient cela pour un acte de constance , vu que ce Crimi-nel ne l’avoit iàit, que pour s’exemter d’être brûlé vif.

Nam cìtm dícatur tumea prafente molesta

lire manum , plus est dicere , non facìo (17).

ïiac Voffius , q u i étoit quelquefois assez singulier dans sespensées, a fait pour les Abdérites une Apologie d’untournouveau. 11 avoue, que plusieurs d’entr’eux naissoient ou de-venoient fous : mais il prétend que ce n’étoit pas une mar-que de stupidité ; vu q Ue j a Folie ne /attaque pas à dessourdants 8c à des stupides , qui n’ont rien à perdre , 8cqu’elle /empare très-souvent des plus grands Esprits (z8).Lt, quant à cc qu’Hippocrate a fait mention de plusieurs

Abdéritains, dont la Fièvre IVoit été accompagnée de dé-lire (z9) , Mr. Voffius prétend que ce n’est point de làqu’est né le Proverbe , qui décrioit cette Ville ; mais plu-tôt de la passion agréable qui succédoit à leur Fièvre. Exaffeiîu jucundistìmo , qui ipjòrum febribus fuccedere filebat , uttestatur Lucianus , Scripto de conjcribendá Historia (30). Ilsde venoient passionnez pour les Vers & pour la Musique, &ils íàifoient les Comédiens dans les Rués. Une folie com-me celle-là , dit-il, ne tombe point fur des gens grossiers& phlegmatiques : Tàm elegans ìnfanìa non cadit in crastos orpituìtofos j nedum in vervecea capita. Cet Auteur auroit dûle souvenir de la maxime d’Aristote , qu une Hirondelle nefait pas k Printems. Pourquoi tourne-t-il en coutume 8c enhabitude une suite de Fièvre , qui n’arriva qu’une fois ?Ce qu’il cite dc Lucien est un fait unique , qui ne fondepoint de tels Proverbes. Je dirai, en passant, qu’Erasmen’a pas bien pris là pensée de Cicéron (3 i) ; car on doitinférer des paroles de ce Romain , non pas que les Habi-tans d’Abdere fussent stupides ; mais, que par un grandégarement d’imagination > ils donnoient dans des Paradoxesincroiables 8c insoutenables. Abderitanis naturâ peculiaremfuijfe Mentis fluporem indìcat M. Tull. in Libris de NaturâDeorum ; c’est ce que dit Erasme (32.). De fort habilesgens (33) citent cela comme le propre Texte de Cicéron:tant iì est vrai que les Recueils de nous autres Gens de Let-tres tiennent du naturel de la Renommée ; ils aquiérent denouveaux traits en changeant de place (34). Ceux , quiprétendent que le terme d’A/ìé'iipa^ivoc , qui fe trouve pro-verbialement dans le Discours de Tatien contre les Grecs,-lignifie un Conteur de Sornettes , un Donneur de Billeve-sées , ne confirment point Faccuíhtion de stupidité , quel’on intentoit aux Abdérites : un Niais , un Sot, un Butor,n’en donnent pas à garder aux gens. Outre que Tatienaplique son mot aux Doctrines de Démocrite , qui, fausdoute , itéraient pas les rêveries d’un gros Animal.

(H) La Maladie qúi régna pendant quelques Mois dans Ab-dere. ] Lucien , qui en a décrit les symptômes, a préten-du en trouver la cause dans ce que je m’en vais dire. Ar-chélaiis , bon Comédien , avoit joué l’Andromede d’Euri-pide devant les Abdéritains, au milieu d’un Eté fort chaud :plusieurs sortoient du Théâtre avec la Fièvre ; 8c , commeils avoient Fimaginatìon toute imprimée de la Tragédie,les rêveries, que la Fièvre leur causa , ne faisoient que leurreprésenter Andromede , Persée , Méduse , & ce qui /en-suit ; 8c réveilloient de telle sorte les idées de ces Objets,8c du plaisir de la Représentation , qu’ils ne pouvoients’empêcher de réciter 8c d’actionner à limitation d’Arché-latis. Je pense que les prémiers, qui donnèrent cette Co-médie dans les Rues , après que leur Fièvre continue futpassée , gâtèrent plusieurs autres Convalescens. Les dispo-sitions étoient favorables alors aux progrès de cette con-tagion., L’Efprit est sujet aux Maladies épidémiques toutcomme le Corps ; il n’y a qu’à commencer fous de favo-rables auspices, 8c sors que la matière est bien préparée.Qu’il s’éleve alors un Hérésiarque , ou un Fanatique , dont1’imagination contagieuse , & les passions véhémentes sa-chent bien se faire valoir , ils infirmeront en peu de temstout un Pais , ou , pour le moins, un grand nombre dePersonnes. En d’autres Lieux, ou en d’autres Tems, ilsne sauraient gagner trois Disciples. Volez-moi ces Fillesde Mil et , qui furent pendant quelque tems si dégoûtées dumonde , qu’on ne pût les guérir de la fantaisie de se tuer,qu’en menaçant d’exposer nues, aux yeux du Public, cellesqui fe tueraient (35). Le remede seul témoigne que leurpassion n’étoit qu’une maladie d’Esprit, où le raisonne-ment n’avoit nulle part. On vit à Lion quelque chose desemblable , vers la fin du XV Siede (36). La differencequ’il y a entre ces Maladies , 8c la Peste , ou la petite Vé-role , c’est que celles-ci font incomparablement plus fré-quentes. Je croirais volontiers que le ravage , que le Co-médien Archelaus , 8c le Soleil, firent dans l’efpiit des Ab-dérires (37) , est moins une marque de stupidité , que devivacité: mais cetoit toujours une marque de foiblesse;Lc je m’en raporte à ceux qui ont observé quelles gensétoient les plus ébranlez de la Représentation d’une Piècede Théâtre. S}uos ( Terrores , ou Errores ) auxerunt Poète ;frequens enim confejfus Theatri, in quo funt muliercula c? pue-ri , movetur auàiens tam grande Carmen

Adfum aique advenio Acherunte vix via ait a atque ardua ,Per fpeluncas faxisstrudlas ajperis , pendentibus,

Maximis , ubì rigida constat crajfa caltgo infirám (38),

quibus dofto*rum Virortm*Indices commé-morant, Ste-phanus By-zant. Vert»

(;)LiicîanuiiQuomodoHistor. lîtconsciiben-Ú a a initie ;

( 29 ) Hip-poci.L/ô .//4de-Morîb.vulgar.

(30) inVossius, m?omp. Me-lam,

r?5.

( 3 l) Celle qtdeft att I Livre

De NaturâDeoium.

(S z) A da* *

gior. Chil.IV, Centur»VI, nv.m. 27 .

( 33 ) Cice-

io î dénatu-ra Deorum,Abderitanosnupori Men-tis obnoxiossenbit. Laur.Begerus Ob-serv. in Nu-misin. quid.P a g. 16 . Volez,aujjì Lloydir Hofman,att mot Ab-dera.

( 34 ) Mob-lî-tateviget, Vi-re/que tcqtti-rit eundo.Vilgil. JEn.Libr.IV, 1751

Us) PIu-tarch. defortibusP a ct. Mu-lierum.

(36) Ero-d*us, Mi-ssels Libr.V.Cap. XXVII.

(37) La Met-

xime ordinai-re des Philoso-phes , Sol &cHomo géné-rant Homi-nem , étoitici véritabled?une fafottspéciale ,

(38) Cice-IO, TuscuELib.l, 16 .