A. B E' L A R V.
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ses à Paris , où il troUva un célébré Professeur en Philosophie , nommé Guillaume des Cham-peaux (a). II fut d’abord son Disciple bien aimé ; mais cela ne dura pas long-tems : le Profes-seur avoir trop de peine à répondre aux subtiles objections de ce Disciple , pour ne concevoirpas du chagrin & de la haine contre lui. Les Factions naquirent bien-tôt : les Ecoliers avancésen âge , transportez d’envie contre Abélard , secondèrent la passion du Maître. Cela ne fitqu’augmenter la présomption de ce jeune homme } il sc crut déformais trop habile , pour ne s’é-riger pas en Docteur. 11 choisit pour cela un grand Théâtre j car il s’en alla lever une Ecoleà Melun (B ), où la Cour de France demeurait en ce tems-là. Champeaux fit tout ce qu’íl put,pour empêcher l’érection de cette Ecole > mais comme il avoir des Ennemis, qui avoient un grandpouvoir, son oposition fut la principale cause , qui fit réussir le dessein de son rival (b). Laréputation de ce nouveau Maître de Dialectique fit de merveilleux progrès , & éclipsa celle deChampeaux. Ces succès enflèrent de telle sorte Abélard , qu’il transporta son Ecole à Corbeil,afin de serrer de près son Ennemi par de fréquentes disputes ; mais i’aplication , avec laquelleil étudioit, lui causa une. Maladie, qui le contraignit d'aller prendre l’air natal. 11 demeura quel-ques années en Bretagne , 6c puis il retourna à Paris, où il trouva que Champeaux , qui avoirrésigné fa Chaire à un autre , 6c embrassé la Religion des Chanoines Réguliers , ne laissoit pasd’enfeigner chez eux. II disputa contre lui , avec tant de force , touchant la nature des Uni-versaux , qu’il Pobligea de renoncer à son sentiment, qui étoit dans le fond un Spinozifine nondévelopé (C). Cela fit tellement mépriser ce Moine , 6c tellement estimer son Antagoniste,qu’on n’alloit plus aux Leçons de Dialectique de Champeaux ; 6c que le Professeur même , queChampeaux avoir substitué à sa place , voulut devenir l’Ecolier de Pierre Abélard. Celui - ci nefut pas plutôt installé fur cette Chaire , qu’il se vit exposé de plus en plus aux traits de l’envie.Le Chanoine Régulier fit en sorte , que sous prétexte de quelques actions très - sales , on cassâtcelui qui avoir cédé fa place à Pierre Abélard , 6c qu’on lui donnât pour Successeur un Ennemide ce dernier. Alors Abélard sortit de Paris , 6c s’en alla à Melun , pour y enseigner la Dialec-tique , comme la prémiere fois. II n’y demeura pas long-tems j car, dès qu’il eut su que Cham-peaux s’étoit retiré dans un Village avec toute fa Communauté, il ie vint poster fur le MontSainte Geneviève , 6c y dressii son Ecole comme une espece de baterie (D) , contre celui quienseignoit à Paris. Champeaux, voiant fa Créature ainsi assiégée dans son Ecole, ramena les Cha-noines Réguliers à leur Couvent j mais, au lieu de dégager son Ami, il fut cause que ses Ecoliersl’abandonnérent : abandon, qui fut suivi quelque tems-après de l’entrée de ce pauvre Philosophedans un Couvent. Alors le Cédât ne fut qu’entre Abélard 6c Champeaux : ce furent eux seuls, qui
diípu-
(i) Pâquier,Recherch.de’ a Prance,■Livre VI,Chap. XVII.
(-) Natal.Alexander,•SmkI. XI,& XII,*««. III,
(ì) D u Pin,îìiblioth.
'l'rtri. IX ,
iosi
C) Votez. sonîolicraticus,fag. m , crson Métalo-giciis , pAg.
^45 j 8 cì jSl 4 , &c,^dit. de
Leide , m
i6 39, in 8.
L?) J a C.
^bomasius,**Vitd Abx-
Jardi. Voiez,
C‘-dejsoits , Ci-tation (13 s
^f)Abîelar-
di Epift T
H-s,
dc ces expressions, ne balance point à le prendre pour leFils aîné (i) ; mais d’autres disent positivement: qu’il étoitcadet. C’est le sentiment du Pere Alexandre. Militaris glo-ru pompam cmn hstreditate primo genitìs Eratribus derelinquens,dit-il (z), en parlant d’Abélard. 11 y en a même, qui le fontle plus jeune de la Famille (3). Si j’avois à choisir, je ne pré-férerais pas la derniefe explication à la prémiere. II ne fautpas douter que le surnom Palaûnus, qu’il portoit, n’eútpour fondement le mot Latin Palatium , qui étoit le nomde fa Patrie. II étoit si connu sous le nom de PeripatetícusPalatinus , que Jean de Sarisbéri ne le qualifie jamais au-trement (4). II y en a , qui soupçonnent , que la raisonde cette Epithcte venoit de quelque Palais magnifique oùil faisoit ses Leçons (5). Ce n’est point cela.
(B) Une Ecole à Melun.'] Je n’ai pas trouvé , en com-parant la Relation d’Abélard, avec l’Abrégé que Pâquier endonne, qu’elle ait été abrégée fort éxactement. Voici Tor-dre de ses Avantures, selon T Abrégé. Abélard fi vint cam-per d Corbeil , la prémiere fois qu’il quitta Paris : il revintà Paris, lors que. Champeaux se fut fait Moine : il fut con-traint d’en sortir pour la seconde fois ; & , alors, il s’enalla à Melun : il retourna à Paris, aiant su que Champeauxétoit allé résider à son Evêché de Châlons : Champeaux ,averti de ce retour , revint à Paris, pour traverser Abé-lard : celui-ci fut enfin contraint de quitter la partie , & sefit Ecolier d’Anselme , Lecteur en Théologie à Paris : ildevint ensuite lui-même Lecteur en Théologie , & fut priépar un Chanoine de vouloir donner tous les jours une heure deLeçons à sa Nièce. II accepta le parti volontiers ; & , âpresavoir quelque tems continué ce métier, Amour fi mit de la par-tie entre eux. II y a plusieurs fautes dans ce Narré. I. Abé-lard ne se campa à Corbeil, qu’après avoir été à Melun.11 . Quand il sortit de Melun pour la seconde fois, Cham-peaux s’étoit retiré dans un Village auprès de Paris, & nonpas â son Evêché de Châlons : cette Prélature ne lui avoirpas encore été donnée ; il n’étoit que Chanoine Régulier :& je m’étonne que Pâquier n’ait pas senti T absurdité desdémarches qu’il faisoit tenir à un Evêque , en le tirant deson Siégé Episcopal, pour le faire disputer à Paris contreun Régent de Philosophie. III. Abélard n’eut point dudessous en cette rencontre : il ne sortir de Paris , que pouraller voir fa Mere, qui vouloir se faire Religieuse. IV. Ansel-me enseignoit la Théologie à Laon, & non à Paris. V. LeChanoine ne demanda point des Leçons pour fa Nièce :ce fut Abélard , qui fit prier le Chanoine de le prendredans sa Maison. V I. Abélard avoir désiré la jouïílanced’Héloïse, avant que de lui avoir fait aucune Leçon. Dansquelle défiance ne doit-on pas être à T égard d’une infinitéde Livres ; puis que Pâquier bronche tant de fois en sibeau chemin i
(C) Un Spinozifme non dévelopé.] J’en fais Juges tousceux qui entendront ces paroles. Erat in ea fententiâ decommunitate Universalium ; ut eamdem efsentialiter rem totamstmul fingulis fuis inejjé aftrueret indivìduis , quorum quidemnulla effet in effentia diverptas , fid fila multitudine accidenttium varïetas (6). Les Scotistcs, avec leur univerfalc formaleaparté rei, ou leur mitas formalis à parte rei, ne s'éloignent
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point de ce sentiment. Or je dis que le Spinozifme n’estqu’une extension de ce Dogme ; car , selon les Disciplesde^ Scot, les Natures universelles font indivisiblement lesmemes dans chacun de leurs Individus : la Nature humai-ne de Pierre est indivisiblement la même que la Naturehumaine de Paul. Sur quel fondement disent-ils cela ?C’est que le même Attribut d’Homme , qui convient àPierre , convient auffi à Paul. Voilà justement T illusiondes Spinoziltes. L’Attribut, disent-ils, ne différé point de laSubstance d laquelle il convient : donc , par tout oh est le mêmeAttribut , Id auffi fi trouve la même Substance ; v , par con-séquent , puis que le même Attribut fi trouve dans toutes lesSubstances , elles ne font qu une Substance. II n’y a donc qu’u-ne Substance dans l’Univers, & toutes les diversitez , quenous volons dans le Monde , ne font que différentes mo-difications d’une feule & même Substance. L’Adversaired’Abélard n’eût eu rien de bon à dire contre cela ; & jene voi point ce que le Cordelier Fraffen (7) , qui n’a rienchangé à la Doctrine de Scot, au milieu des Lumières Phi-losophiques qui ont éclairé ce Siecle, pourrait répondre àSpinoza. Mais les autres Scholastiques naîtraient besoin ,pour renverser totalement ce mauvais Système , que dedistinguer entre idem numéro , & idem fpecie , ou fimulitu-àine. Pierre & Paul n’ont point la même Nature , ni lemême Attribut, si , par même , vous entendez autre choseque semblable.
(D) Comme une espece de baterie.] II faut T entendre lui-même. A/ri locum nostrum ab &mulo nostro ficerat occupari,extra Civitatem in monte S. Genovefa ., Scholarum nostrarumcastra posai, quafi eum obseffurus qui locum occupaverat nos-trum. Sjuo audito Alagifter noster statim ad urbem impnden -ter rediens , Scholas quas tune habere poterat , e? Conven-ticulum sratrum ad pristinum reduxit Monastcrium , quafi mt-litem suum quem deseruerat ab obftdione noftra liberaturus (8).La Vie d’Abélard , que Mr. Thomasius (9) a publiée enAllemagne , m’aprend une chose qu’André du Chêne ,François d’Ámboise , & peut-être tous ceux qui avoientparlé d’Abélard , ont ignorée. C’est qu'au milieu de sesennuis & de ses persécutions, & depuis qu’il eut placéHéloïse dans le Paraclet, il retourna fur le Mont SainteGenevieve , pour y faire des Leçons publiques. C’est dequoi Jean de Sarisbéri, qui y fut son Ecolier, ne nous per-met pas d’être en doute. Cum primìtm , dit-il (10) , adoles-cent admodum , studiorum causd migraffem in Gallias anno al-tero postquam illustris Rex Anglorum Henricus, Léo justifia, ré-bus exceffit humants , contait me ad Peripateticum Palati-num (11 j , qui tune in monte Sanôla Genovefa clams DoctorC? admirabilis omnibus prafidebat. ibi ad pedes ejus prima ar-tis hujus rudiment a accepi, cr pro modulo ingenioli met quicquidêxcidebat ab ore ejus tota mentis aviditate excipiebam. Deindepoft difieffum ejus , qui mìhi praproperus visas est , adh&fi Ma-gistro Alberico, qui inter cateros opinat'iífimus Dialeclicus enite-bat , cr erat re vera nominalis sectse acerrimus ìmpugnator.Voilà manifestement Tannée n z6. H faut donc que Pier-re Abélard soit retourné à Paris long-tems après le Concilede Solfions, & qu’il en soit sorti peu d’années avant leConcile de Sens.
(4) GuilleL
mus Cam-pellensis. Ilétoit lAnhi-^diacre deParis v
(b) QuonUràde Po'.entiôitîterr.z nonnttl -los ibidem ha*bebat ítmubs %frétas corunratíxilio voiìmeì corr.fios ex-titi , &plari-morum rníhiajjcnsum ip-jîus invidiamanifefta coìf tcjuïfìvìt .
AbcelardîEpist. I.
P a S- 5*
(7) Votez* UCapucin Cafï-mire deTou-loufe , inArom. Perí-patet. ToniiV. -pag, ijo %
(8) à-lardi Epiíh
pag. 6 .
(§) ll est filsde JaquesTíjomasius,Profejftur àLeipjit y ^Au-teur de celteVie d*Abé-lard, impri-mée a Hall , eis* 693 . Voiez,ci-dejsotiSy Ci-tation ( 13 ).
( 10 ) Jo. Sa-risber. Me-
Mlog. LU,.
1 1 ' Cap. X,
802 .
(11) C"est-à-diret Abé-lard , com-me CéAsitctir
P explicjue luir-mêmepag. 814 ^In hac opi-nione, dit-il*deprehensusest Peripate-ticus Palati-nus Ábelac*d»s noster,