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Tome premier. A - B.
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(t) Eam totamnofiro magifie-rio commit-tens , ut cjuo-ties mihi ascholis reverfovacare" , tamindie cjuam innotleei docen-da operamda-rem , eamJi negligentcmsentirem ve-hementer con-firingerem.

AbadardiEpist, pag.

II,

sir) OthoFriíing. deGestis Fri-der. I. Lib. I.Cap. XLVII.(13) HistoriaSapíentix ÔcStultitiœ ,collecta àChristianoThomasio,Tom, /, pag.81. On ytrouve la Vied’AbélarcT,dont on a par-lé ci-dcjsusjdéfi- k-dirc-,celle (jue J a-ques Tho-maíius acomposée.

( 14) Voiez.les Notes dedu Chênefur la Re-lation d’A-bélard, pag.

1147.

(15) vu Fin,Diblioch.

Tom. /X,pag. 109 E-dii. de HoL

(16) Abx-lardi Oper.pag. 10.

(17) Frena li-bidinicœpi la-xare, qui an-tea vixeramcontinent ìjji-rne. Abxlar-di Oper.pag. ?.

ao A B E’ L A R D.

disputèrent le terrain ; & ce ne fut pas le plus vieux qui eut l’avantage. Pendant que ce chocsubsistoit encore , Abélard fut obligé d’aller voir sa Mere , qui, à l’éxemple de son Mari, vou-loir entrer en Religion. Etant retourné à Paris , il trouva que son Emule étoit devenu Evêquede Châlons : ainsi , pouvant renoncer à son Ecole , fans qu'on pût le soupçonner d’avoir quittéle Champ de Bataille, il ne songea qu’à étudier en Théologie -, ôt, pour cet effet, il se transportaà Laon (E) , où l’Ecolâtre Anselme faisoit des Leçons en cette Science avec beaucoup de ré-putation. II ne fut pas fort content de la capacité de cet homme (F) -, &, au lieu d’assister àlés Leçons, il s’avisa d’en faire à ses Condisciples. II leur expliqua les Prophéties d’Ezéchield’une maniéré qui leur fut si agréable , qu’il y eut bien-tôt foule dans ce nouvel Auditoire. Lajalousie d’Anfelme ne le permit pas long-tems : il défendit à ce nouveau Maître de continuer sesLeçons. Abélard s’en retourna à Paris, y expliqua publiquement Ezéchiel, & s’aquit bien-tôten Théologie la même réputation qu’en Philosophie ; Sc , outre cela , il gagnoit beaucoup d’ar-gent. Pour avoir tous les aises de la vie , il crut qu’il lui faloit une Maîtresse , Sc il jetta lesyeux fur Héloïfe , Nièce d’un Chanoine , préférablement à cent autres Filles ou Femmes, dontil fe trouvoit très-capable de fe faire aimer (G). Ce Chanoine , nommé Fulbert , aimoit l’ar-gent, Sc iouhaitoit avec passion qu’Héloífe fût savante. Abélard lui tendit des piégés par cesdeux endroits. Prenez-moi en pension chez vous , lui dit-il, je vous fais maître du prix. Le bon-homme , s’imaginant qu’il donneroit à fa Nièce un habile Précepteur, qui, bien loin de lui coû-ter de l’argent, lui paieroit une fort grosse pension, donna tête baissée dans le piège (c) : il priaMaître Abélard de bien instruire la jeune Fille , tant de jour que de nuit, Sc lui donna permis-sion d’user de contrainte , si elle ne faifoit pas son devoir. Ce prétendu Précepteur répondit fortmal à l’attente de Fulbert : il parla bien-tôt d’amour à son Ecoliere -, Sc il s’amusoit beaucoup plusà la tâtonner & à la baiser (é/), qu’à lui expliquer un Auteur. Ils s’abandonnérent d’autant plus àces sortes de plaisirs, qu’ils n’en avoient point goûté auparavant. II ne faisoit plus que par maniéréd’aquit ses Fonctions publiques, & n’inventoit plus rien que des vers d’amour (/}. Les Eco-

(£) lise transporta à Laon.] Othon de Frisingen a malarrangé les choies , quand il a dit qu’Abélard étudia d’a-bord fous Rozelin , & puis fous Anselme de Laon, 8c sousGuillaume des Champeaux , Evêque de Ghalons (12).L’ordre des tems n’est point là gardé ; 8c , d’ai'âeius , ceGuillaume ne fut point Evêque , pendant qu’Abélard futson Disciple. Je viens de setter les yeux fur un Livre (iz),où l’on conjecture qu’Abélard succéda Tan 1119 à ce Guil-laume en la Charge de Professeur en Théologie. Mais,premièrement, il ne parait point que ce prétendu Prédé-cesseur ait enseigné cette Science. De plus , il est tiès-certain qu’Abélard fit des Leçons en Théologie à Parisavant Tannée 1119 ; car il n’est pas possible que tout cequi lui arriva depuis ses prémieres Leçons, jusques au Con-cile de Soissons, fe soit passé dans deux ans : or Ton ade bonnes preuves que ce Concile fut convoqué Tan 1121.Joignez à cela que Guillaume des Champeaux devint Evê-que de Châlons Tan mz (14) ; Lc que, comme cettePromotion T éloigna des Ecoles de Paris, Abélard s en allaà Laon , pour y étudier en Théologie. Je ne fai pourquoid’autres disent que ce fut à Châlons qu’il s’en alla , pour yfaire cette étude (15).

(F) Content de la capacité de cet Homme. ] C’étoit unVieillard , qui n’avoit jamais eu beaucoup de génie ; deforte qu’on le mettoit aisément à bout, dès qu’on le tiroitde là routine. II ne paioit que de verbiage ceux qui lepouffoient T épée aux reins, comme faisoit le pointilleux& le subtil Abélard , dont on conoítra mieux le caractè-re , fi on lit ce que je m’en vais copier. Accejfi ad hunese-nem , eut magis long&vus nfus quàm ingenium vel memorianomen comparaverat ; ad quem ji quis de aliqtta Quifiione pul-Jandum accederet incertus , redibat incerhor. Mirabilis quidemerat 'm oculis auscultantium ,sed nullus in confpeclu quœftionan-tium. Verborum ufum habebat mirabilem, sedjensu contcmpti-bilem zz ratione vacuum. Cìtm ìgnem accenderet, domum suamsumo implebat , non lace illustrabat. Arbor ejus tota in foliisaspicientibus d longe conspicua videbatur , fed propinquantibus(Z diligentius intuentibus infruétuosa reperiebatur. Ad haneitaque cìtm accefijfem , ut frutìum inde colligercm , deprehendiillam ejse ficulneam cui maledixit Hominus , feu illam veteremquercum cui Pompejum Lucanus comparai dicens,

- Stat magni nominis timbra

Qualis frugifiro quercus fublimis in agro.

Ce Passage méritoit d’être copié : il montre le tour d’es-prit d’Abélard , Sc ce que font un grand nombre de per-sonnes.

(G) Tfes-capable de se faire aimer.] C’étoit le propre denotre homme , que la vanité ; 8c , Tailleurs , étant beaugarçon , & à 1a fleur de son âge , sachant faire des vers,aiant une réputation extraordinaire , 8c ne manquant pointd’argent , il faut trouver moins étrange qu’il ait espéréqu’on lui ouvriroit Ta porte, en quelque lieu qu’il s’adreffát ;Tanti quippe tune nominis eram > zz juventutis ZZ forma gra-tiâ prseminebam , ut quameumque feminarum noftro dignarer■amore nullam vererer repulsam (16). Pour un Philosophe,qui avoir vécu dans la continence (17), il ne raisonna pasen mal-habile homme fur ces matières _, lors qu’il espéraque Ta conquête d’Héloïse seroit plus aisée que celle d’uneautre ; qu’il l’espéra , dis-je , par la raison que le savoird’Héloïse donneroit lieu à un commerce réglé de Lettres,où Ton oseroit mieux déclarer les choses, que dans la Con-versation. Tanto saciliits banc mihipuellam consensuram cre-didi , quanta amplihs eam litterarum fcìentiam zz habere zzdiligere noveram , tìósque etiam absentes scriptis internuntus in-uicem liçeret prafemare , zz pUraqm audaciùs scribtre , quàm

liers

colloqui (18). Les Billets doux , & les Vers tendres, nefont pas de foibles machines ; & , fur tout, lors qu’on faitchanter soi-même les Chansons paiïionnées que Ton com-pose. Abélard toucha de telle maniéré le cœur d’Héloïse,& lui mit le feu au corps si furieusement par fa belle plume,6c pár fa belle voix , que, la pauvre Femme n’en put guérirde fa vie. Duo , lui dit-elle (19) , fat cor , tibì spécialiserinerant , quibus feminarum quarumlibet animos ftatim allicerepoteras , diSiandi videlicet zz eantandi gratta. Voiez la Re-marque (F) de son Article , où ce passage, raporté un peuplus au long , aprendra combien ces choses ont de force furle Sexe.

(fí) A la tâtonner zz à la baiser.] Pour mieux cacher lejeu à l’Oncle , il faisoit semblant de se servir quelquefoisde la permission qu’on lui avoir accordée de châtier Hé-loïse. II dit que 1 amour , 8c non pas la colere précepto-rat , le portoit à donner le fouet à son Ecoliere de temsen tems , 8c que c étoient des coups les plus doux du mon-de. Voici le plan qu’il nous donne des Leçons qu’il fai-foit a la jeune Pille. Sub occajìone disciplina amorì penitus■vacabamus , er sécrétas receffus , quos amor optabat , ftudiumlettionts offerebat. Apertis itaque liíris plura de amore quiimde letttone -versa se mgerebant , plura erant oscula quàm sen-tentu. Sapins ad f nus quam ad libros reducebantur manus:crebriùs oculos amor in Je refiettebat , quàm lefíio in scriptu-ram dirigebat. &uoque minus suspicionis haberemus , -veríeraquandoque dabat amor non furor , gratia non ira , qm om-nium unguentorum sua-vitatem tranjeenderent (20). Mais ily eut des occasions où tout de bon il voulut recourir aufouet : c’étoit lors qu’elle ne fe trouvoit point d’humeurou que le respect de quelque Pête solennelle lui inspiraitquelque scrupule. Voiez la Remarque (E) de T Articled’H e 'l o ï s e. LToublions pas Ta réflexion d’Abélard fur lasimplicité du Chanoine. Quanta ejus fimplicìtas effet vehe-menter admiratus, non minus apud me obstupui quàm fi agnamteneram famelico lupo committeret. &lui cìtm eam mihi nonJolum docendam , veritm etiam -vehementer confitrìngendam tra-deret , quid aliud agebat quàm ut -votis meis licentiam penitusdaret , zz occafioncm etiamfi nollemus offerret , ut ouam videli-cet blanditiis non pofjem , minis zz verberibus saciliits fiedleremComme st cite assez souvent les anciens Poètes /je me-tonne que fa jeune brebis livrée à un loup affamé ne Tait pasfait souvenir de ces paroles, de Virgile , ^

Eheu , quid volui misero mihi ? Floribus austrum

Perditus , zz liquidis immifi fontibus apros (21).

(Z) Gjue des vers d'Amour.] Depuis qu’il eut goûté lesplaisirs de la jouissance , il ne se plaisoit point à faire Le-çon ; 8c il demeurait à son Auditoire le moins qu’il pou-vois. La nuit étoit un tems tout-à-fait perdu pour lés Etu-des (22) : il vaquoit à d’autres choses ; il aurait donc vou-lu avoir à lui tout le jour, pour étudier. Voilà pourquoison Ecole lui étoit fort ennuieufe. Aussi, ne faisoit-i] querépéter ses vieilles Leçons, 8c s’il lui venoit quelque pen-sée , elle ne rouloit pas fur quelque difficulté philosophi-que ; mais fur des Chansons amoureuses , qui furent chan-tées long-tems en plusieurs Provinces, ita negligentem zztepidum IcBto tune habebat ut jam nihil ex ingénia , fed ex usucuncla praferrem , nec jam nist recitator priftinorum ejsem in-ventorum ; zz si qua invenire liceret carmìna ejfent amatoriá,non Philosophu sécréta. Quorum etiam carminum pleraque ad-huc in multis , ficut zz ipfi rtoftì , frequentantur zz décantan-te regionibus , ab his maxime quos vita fimilis oblefiat Ï2 2)Voilà, donc un fait constant, qu’il savoit faire des Vers*mais je ne saurais croire qu’il soit T Auteur du fameuxRoman de la Rose , Lc qu’il y ait fait le Portrait de son Hé-

loïsej

(18) Abxl«Oper. p-k10.

(19) Ibìiy

pag. 46 .

(20) llniotpag. 11.

(21) Virçí-Jii Ecl. II.V. 58, VoìíZjles Nouvel.Lettr. contrele Calvin, deMaimbourg.

pag. 41.

( 22 ) Tadîo-fum mihi vé-hément er eratadScholas procedere vel ineis morari pa-riter & làbe-riofum , lUTì*noélarnas ormorì vigiliasy(tftdiiírnas fia"dio confecra-

rem. Abariar*di Opéra,pag. 12.

(rz) ttiit.