A B E* L A. R D.
(24) Histoired’Eloïse &d’ Abélard,1693, /» 12.
(2j)Françoisd’Amboife.Voie z. sa Pré-face Ksipoloçé-ttque à la têtedes Oeuvresii’Abélard,
qu'll fìt im-primer a Pa-I'ani 6 i 6 yin 4.
(26) Abx-lardi Oper.
i§.
(27) ibi ' d .í a & 26.
( 28 ) Hquier,Recherch.dela France ,
,í,ivr. VI0 }ap. XVII.
J 2 -^ Abat-lardi Oper.
t“£. 2.0.
( 3 o)Pâqui er>
R-echerch.de
L France ,C.ÌVT. viChap. Xvù.
L!
liers ne tardèrent pas à sentir que ses Leçons étoient fort déchues, & iís en devinèrent bien*tôtla cause. Le dernier , qui ouït parler des amours de Pierre Abélard , fut le bon-homme Ful-bert , chez qui se jouoit la Farce. II n’en crut rien pendant quelque tems ; mais il ouvrit enfinles yeux , & fit sortir de chez lui son Pensionaire. La Nièce se sentit grollè quelque tems après,& l’écrivit à son Galant, qui trouva bon qu’elíe sortît de chez son Oncle. II l’envoia en Bretagnechez fa Sœur, où elle accoucha d’un Fils (d)- } &, pour apaiser le Chanoine, il lui offrit d’épousersécrétement Héloïfe. II fit goûter beaucoup plus facilement cette proposition à l'Oncle, qu’à laNièce ; car un excès de passion fort singulier faisoit qu’Héloïïe aimoit mieux être la Maîtresseque la Femme d’Abélard , comme nous le dirons ailleurs (e). Enfin elle consentit à ce Maria-ge secret ; mais elle protestait avec serment dans l’occasion qu’elle n’étoit point mariée. Ful-bert , qui avoit mieux aimé couvrir la honte de fa Famille , en divulgant ce Mariage, que tenirla parole qu’il avoit donnée à Abélard de n’en point parler , maltraita souvent sa Nièce , quandil vit son obstination à nier qu’elle sût Femme d’Abélard. Là-dessus elle fut envolée dans leMonastère d’Argenteuil, par son Mari, qui lui fit prendre l’Habit de Religieuse, au Voile près.Les Païens d’Héloïse s’imaginérent qu’il leur jouoit là un second tour de perfidie , Sc furent sitransportez de colere, qu’ils envolèrent chez lui des gens, qui entrèrent de nuit dans si Chambre,& qui lui coupèrent ces mêmes parties viriles , avec lesquelles il avoit déshonoré la Famille duChanoine. II en fut si honteux , qu’il s’alla cacher dans les ténèbres de la Vie monastique. Cefut la honte, 8 c non la dévotion, qui le poustà à prendre l’habit de Moine dans l’Abbaïe de St. De-nis (fi). Les désordres de cette Abbaïe , où les imputerez de l’Abbé étoient autant supérieuresà celles des simples Moines , que fa Dignité l’élevoit au dessus d’eux , chassèrent bien-tôt Abé-lard : il voulut devenir Censeur ; & il se rendit par là si fâcheux , que l’on fut ravi de s'en dé-faire. II se choisit un lieu de retraite fur les Terres du Comte de Champagne (K) , & y dressaune Ecole , où il attira un si grand nombre d’Auditeurs ( L) , que P envie des autres Maîtres, quise voioient abandonnez à cause de lui par leurs Ecoliers , commença à lui susciter de nouvellespersécutions. II s’étoit fait à Laon deux Ennemis redoutables (g) , qui n’eurent pas plutôt aper-çu le préjudice que leurs Ecoles de Reims recevoient de fa grande réputation , qu’ils cherchè-rent les occasions de le perdre. Ils les trouvèrent dans un Livre qu’il dicta fur le Mystère de laTrinité (M) : ils prétendirent y avoir découvert une Hérésie essroiable ; & ils obtinrent, par lemoien de leur Archevêque, la Convocation d’un Concile à boissons, environ Pan 112.1 (N).
Ce
bél-ard composa fur ce sujet plut extrêmement à tout lemonde , hormis à ceux qui étoient du même Métier quelui; c’est-à-dire, qui étoient Professeurs en Théologie.Fâchés qu’un autre eût trouvé des Explications & desEclaircislemens , qu’ils n’auroient pas pu trouver , ilscrièrent à l’Hérétique , & firent tant de vacarmes , quepeu s’en salut que le Peuple ne lapidât Abélard. Duo illipradtóH tmulï nofiri ità me m Clero c? Populo distamaverunt ,ut periè me Populus paucosque qui advenerant ex dijcipulìsnoftris prima die nofiri adventus lapidarent , dìcentes me tresDeos pradicare es 1 ficripfiste , fient ipfis persuafium fuerat (32).Leurs Cabales toutes puiílàntes extorquèrent du Légatdu Pape (33) la condamnation qu’on a vue dans le corpsde cet Article. Us avoient fait accroire qu’Abélard ad-mettoit trois Dieux : cependant il est certain qu’il étoittrès-orthodoxe fur le Mystère de la Trinité , & que tousles -procès qu’on lui fit fur cette matière font de mauvai-ses chicaneries , qui procédoient, ou de malice , ou d’i-Morance. La Comparaison, qu’il emprunta de la Logi-que , (c’étoit son fort que la Logique , ) va plutôt à ré-duire à une les Personnes divines, qu’à multiplier en troisl’Essence de Dieu : & voilà , néanmoins, qu’on l’accuse,non pas de Sabellianisme (34) : mais de Tri théisme. SaComparaison est , que comme les trois Propositions d’unSyllogisme ne sont qu’une même Vérité : de même , lePere , 1 e Fils , & le Saint Esprit > 11e sont qu’une mêmeEssence. Sícut eadem oratio eft propofitio , ast'umptio , es? con-clufio ; ha , eadem ejfentia eft Pater , or Filius , cr SpiritusSaníius (35). Les inconvéniens, qui peuvent sortir d’untel parallèle , n’égalent point, 011, pour le moins , ne sur-passent point ceux qui naissent du parallèle de la Trinitéavec les trois Dimensions de la Matière. Ainsi, puis qu’onne doute pas de POrthodoxie de Mi. Wallis, Mathémati-cien d’Oxford , qui a fait extrêmement valoir le Parallèledes trois Dimensions, on ne doit pas douter de celle dePierre Abélard , fous prétexte de la Comparaison du Syl-logisme. Ce qu’il y a de certain , c’est que sur le pied duSyllogisme , & sur celui des trois Dimensions, il s’en fau-drait bien que le Mystère de la Trinité ne fut ce qu’il est.Notez qu’un Ministre s’étoit servi du Parallèle des troisDimensions, l’an 168;. Cela parait par les Nouvelles de laRépublique des Lettres, à F Article 111 du mois de Juillet,à F Article X du mois d’Août, & à F Article XII du moisde Septembre. II fut réfuté par un autre Ministre, ï’an1694. Voiez Y Examen de la Théologie de Mr, sturieu parMr. Saurin , page 831.
(N) Environ l’an mi.] Le Pere Alexandre (36) prou-ve fortement cela , tant contre Jean Picard , Chanoine deSt. Victor , qui a mis ce Concile à Fan 1116, que contreBinius, qui l’a mis à l’an 1136. On avoit déjà censurédans la Préface des Oeuvres de Pierre Abélard , les fautesChronologiques de Binius > & celles de quelques autres. Onavoit dit que Platine avoit placé fous le Pape Lucius 11,le Synode qui condamna Abélard ; que Binius avoit donné-dans cette erreur dc Platine ; qu’il en avoit commis uneautre, en mettant fous l’année 1140 , le Concile de Sois-«sons, & celui de Sens ; & que Génébrard n’a mis qu’uneannée d’intervalle entre ces Conciles. Pour justifierque ce font des fautes, on avoit dit que lc Pontificat dece Lucius, qui ne fut pas d’un an tout entier, tombe surC 3 Vannée
losse , fous le nom de Beauté. C’est pourtant ce que j’ai ludans un Livret rimprimé en Hollande (2.4). Celui (25) ,qui se donna tant de peine , pour ramasser & pour conférerles Manuscrits d’Abélard , me parait plus digne de foi quece Livret. Or il dit positivement, que le Roman de laRose est l’Ouvrage de Guillaume de Loris, si l’on en ex-cepte la fin , qui fut faite par Jean de Meun. Plusieursautres Ecrivains bien informez assurent la même chose.L’Histoire d’Abélard & d’Héloïse a été insérée dans ceRoman.
( K ) Sur les Terres du Comte de Champagne. ] On décou-vre cela, en conférant deux passages. Voici le premier: AdCellam quandam recejfî, scholïs more fiolito vacaturus (26).Voici le second : Noùle latenter aufugi , atque ad terram Co-mìtis Theohaldi proxìmam, ubi antea in Cella moratus fueram,abscejfi (27). Pâquier n’a rien compris au premier; puisqu st y a trouvé ce sens : Se retirant en un arriéré-coin duMonafiere, lifioit iantofi en Philosophie, tantofl en Théologie (28).Ce ne fut nullement dans l’enceinte de l’Abbaïe de SaintDenis , qu’Abélard dressa une Ecole : il n’en eût pas étémoins importun aux Moines, dont il censurait les déré-glcmens ; 8c c’étoit à cause de ses censures , qu’ils souhai-tèrent de se défaire de lui.. Mr. du Cange explique très-doctement, selon sa coutume, ce que c’est que Cella. Voiezla Remarque ( A ) de F Article Pakaclet, où j’expliqueles diverses Stations de Pierre Abélard.
(£) Un ft grand nombre d’Auditeurs.) Touchant le grandnombre d’Ecoliers qu’il eut , voiez la Remarque {A) deî’Article Foulques, Prieur de Deuil.
{M) Sur k Mystère de la Trinité. ] L’occafion , qui portanotre Abélard à écrire fur cette matière , fut que ses Eco-liers lui en demandoient des raisons Philosophiques. Ilsne se paioient point de paroles , ils aimoient mieux desIdées, & ils diíòient hautement, qu’il n’étoit pas possiblede croire ce que l’on n’entendoit pas > 8c que c’étoit se mo-quer du monde , que de prêcher une chose qui est incom-préhensible , tant à celui qui parle , qu’à ceux qui écoutent.Humanas c f Philofiophicas rationes requirebant , e? plus qustintelligi, quam qu& dici postent , efflagitabant ; dicentes quidem■verlorum fuperfluam esse prolationem quam hitelligentia non,sequeretur , nec credi posfe aliquid nifi primitus intelleïïum ; e?ridiculofium esté aliquem aliis pradicare , quod nec ipse nec illiquos doceret intelleflu capere postent , Domino ipso arguente quodcaeci estent duces caecorum (29). Là-deffus, il se mit à leurexpliquer l’Unité de Dieu , par des Comparaisons emprun-tées des choses humaines. Pâquier l’accuse d’avoir soutfe-nu , g \uon ne devoit croire une chose dont on ne pouvoit rendreraison , qui eftoit en bon langage , poursuit-il, deftruire le Fon-dement général de nostre Foi (30). Je ne lui demande pas,qui lui a dit qu’un Professeur aprouve toutes les fantaisiesde ses Ecoliers, lors qu’il a la complaisance d’en prévenirautant qu’il peut les mauvaises suites ; car il y a quelqueaparence qu’Abélard trouvoit allez raisonnable les Maxi-mes qu’il attribue à ses Auditeurs : mais il ne faut pasapuier cette aparence fur le Passage que Pâquier allégué ;il vaut mieux la fonder fur ces paroles de Saint Bernard :Çstiià mugis contra Fidem , quam credere nolle quidquid nonpoffis Ratione attingere ; Denique exponere volens (Abaslardus)illud Sapientis , qui crédit cita levis eft corde , cito credere est,
inquit , adhibm fidem ante ratimm (z i). Le Traité qu’A-
(d) Onlehom-mn Astiola-bius,
( e ) DansB Article
He'loïse;
(/) In tanimìficrâ mecontritìone po-fitum confusionfateor,pudorispotius qiíf.mdevotto con—versionis ad
monasticoriim
latrbula claus-trorum com—pttlir Abx-lardi Epift.
18 .
AlbéricusRemensis,#-LottiJphusLombardus.Ce dernier ejinommé Leu-taldus No-variensis patOt hon dCFníïngen,
(32) Ab x*lardi Oper<pag. 10.
(33) Conan?Evêque dePrénefte. Uprésida à ceConcile deboisions .
(34) Othonde Frifingeri*de Gest. Fri - 1der. Libr.IyCap. XLVlïfdit pourtantqu' on P accusade C Hérésie deSabellius anConcile de£0/siens.
( 3-5 J Abx-laidi Oper,IO -
(îS) Nat,Alexandef,Hist. Eccl.Sic. X I,& XII,
P m. iii.pag. 43,6*
fil-