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Tome premier. A - B.
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A C C I U S.

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II se fit conoître avant la mort de Pacuvius ; car on représenta l’une dê ses pièces la même an-née que Pacuvius (C) produisit fur le théâtre une piéce de fa façon. Celui-ci avoit alors 80 ans :l’autre n’en avoit que 30 . On ne fait point le nom de la piéce qu’Accius fournit cette année-là;mais on fait celui de plusieurs de lés Tragédies, par le moien de quelques Auteurs qui les ont ci-tées (a). 11 prit les plus grands sujets qui euslènt paru fur le théâtre des Athéniens : AndromaqueAndromede , Airée , Clytemneftre , Medée (D), Maleagre , Philocteîe , la Thebaïde , Terée , lesTroades , &c. II n’emprunta pas toujours des Orées la matière de fes pièces : il en fit une, dont lesujet fut entièrement Romain : elle s’apelloit Bruíus (£), & traitoit de la destitution de Tarquin.S’il est vrai qu’il ait fait une piéce intitulée les Noces , & une autre intitulée le Marchand (b) , onauroit raison de croire qu’il faisoit auffi des Comédies {F). II nc fe borna pas à faire des pièces dethéâtre : il compost quelques autres Livres , &: nommément des Annales , que Macrobe , Prif-cien, Festus, ôt Nonius Marcellus, ont citées. II eut pour ami & pour patron Decimus Brutus,qui fut Consul l’an de Rome 6 if , & qui remporta en Ffpagne plusieurs viéfoires , qui lui valu-rent l’honneur du triomphe quelque tems après (c). Ce Brutus prit tant de plaisir aux vers oùAccius l’avoit loué , qu’il en orna l’entrée des Temples & des Monumens (G) qu’il fit construirede.la dépouille des ennemis. On pouvoit faire cela beaucoup plus par un principe de vanité, quepar un principe d’amitié ; & ce pouvoit être moins une preuve qu’on aimât le Poète, qu’une preu-ve qu’on aimoit les louanges : mais, en tout cas, cela faisoit voir que Decimus Brutus trouvoitbeaux les vers d’Accius. Orc’étoit un homme, qui pouvoit juger d’un Ouvrage de cette nature {H).Je ne trouve point que Cicéron ait accusé Accius d'une rudesse de style un peu trop affectée ; cela re-garde un autre Poète (7) , comme Mr. Moréri l’eût facilement reconu , s’il ne s’en fût point fié

à

(«) Valet.■Maxim.

•£*•. Ití,

c *p. vu.

( 7 ) Saint E-FMmont, fe-CjHelques-

^Histoire deì AcadémieFrançoise,

è'í- 69 z maiste Che-'’rsana, pag.

on attri-bHc cette Saii-att Corate^Etlan.

Intitulée ,

■La Comédiedes Acadé-

mistes. r t

«•***

■'-olietct, )eVous trouveun gentilViolon , re-fait cette %é-tpnse , Noussommes tousjSaux,étantd’ApoI-

L) Ascon.Fcdian. i n

( Io ) Sueton.** Vita,<a P- LVl.

K 11 ) Cicetom Bruto.

(12) Ctinitusue Poët. LatGlan-dor P- Ono-matt.^. z,

Cor-rad. in çi-cer. Brut.

H- H2.

<H) Voffius«o Histor.lat - 30.(rs; Voter.•^elcalopîej,

Çommentaé

jn Cicer. de

tUln , f. 3 8i.

P«) Ctinit.°o,koët.Eat.

L>ibr. I ,

Caff Vil,

Cr 7 ) PaulusManutiusrn Philipp.

- 1 Cicer.

fin.

^ I8 ) Cice-*° n - Epist.* d Attic.

L-d t. XVr

■Fc. il fy. ^

rexit , non majestatis ejus immtmor , fed quod i» comparationecommunium studiorum alïquanto superiorem fe ejJè confident.Quapropter insolentia crìmine caruit, quia ibi voluminum, nonimaginum certamina exercebantur (6). Cette derniere penséerevient à celle doiit l’Auteur (7) d’une Satire contre f Aca-démie Françoise (8) se servit. J’avoue que ce n’est pas fansquelque difficulté , que l’on peut étendre la vie du PoèteAccius jusques à la grande prospérité de Jules César ; 8 cc’est ce qui a obligé Corradus à suposcr qu’il s’agit de SextusJulius César dans ce passage de Valere Maxime. Mais,pourquoi n’entendroit-on point ce Caïus César, qui fut tuépar les satellites de Marins-, 8c qui, n’aiant été qu’Ldile,ne laissoit pas d’avoir un fi grand crédit, que fes disputesavec le Tribun Sulpitius excitèrent la guerre civile (9) ? IIétoit un des premiers Orateurs de son rems, & bon Poètetragique. Quoi qu’il en soit, souvenons-nous que César futPoète de fort bonne heure. Feruntur ex à puero ex ab ado-lescentulo quetdam script a , ut Laudes Herculis, Tragœdia Oe-dipus (10).

(C) La même année que Pacuvius .] Cicéron le raporte, furle témoignage même d’Accius. Ut Accius iisdem Mdilibu s aitfe ex Pacuvium docuijfe fabulam , cum ille oíloginta , ipse tri-ginta annot m tus ejfet (n). II y a dans Cicéron iisdem JEdi-libus ; mais quelques-uns aiánt mal écrit ou mal lu cela,ont débité que ces deux Poètes publièrent leurs Ouvragesdans la même maison , in iisdem adibus, peu d’années l’unaprès l’autre, paucis quidem annis interposais (11). Ce qui estvisiblement une double falsification. Corradus croit qu’Ac-cius avoit écrit cette circonstance de fa vie dans ses Anna-les (13) : mais Voffius prétend que ce fut dans un Ouvra-ge .intitulé Didascalica (14). II en donne pour raison, qu’Ac-cius traitoit de la Poésie & des Poètes dans cpt Ouvrage,comme on le peut recueillir de ce que Charisius & Aulu-gelle en ont cité. Mais cette raison n’est nullement forte :Voffius se réfute lui-même , en réfutant Corradus. Celui-ci a recouru aux Annales d’Accius ; farce, disoìt-il, qu unPoète ne parle pas de lui-même dans une piéce de théâtre. LesPrologues de Terence font voir le contraire. CommentVoffius, qui s’est servi de cette raison, n’a-t-il pas vu qu’Ac-cius pouvoit fort naturellement faire réciter dans un Pro-logue , qu’une de fes pièces avoit été produite fur le théâ-tre en même tems qu’une piéce de Pacuvius? Joignez à ce-ci, qu’outre les Annales & les Didascalica, Accius avoit faitdes Livres, qui n’étoient point pièces de théâtre.

(D) Medée. ] La conjecture du Pere Lescalopier me pa-roit fort vraisemblable , que les vers citez par Cicéron , auII livre de la Nature des Dieux , apartenoient à la Medéede notre Poète (1 ç). Ces vers décrivent l’étonnement oùl’on suposoit un berger, qui, n’aiant jamais vu de vaisseau,découvrit du haut d’une montagne celui qui portoit lesArgonautes. Le bon Pierre Ctinitus, en conséquence de cepassage , se figure que Cicéron avoit allégué une Tragédied’Accius , intitulée les Argonautes (16). Quand même cePoète auroit composé une semblable Tragédie , Ctinitus nelaisseroit pas d’être blâmable ; puis qu’il l’auroit assuré furun très-méchant fondement. L’Auteur, dont je viens deraporter la conjecture, ne devoir pas nous prouver par letémoignage de Ctinitus, que les Grammairiens font men-tion de la Médée d’Accius : il devoir citer tout droit No-isius Marcellus. Je viens de voir dans les fragmens des Poè-tes tragiques, recueillis par Scriverius, que les vers tou-chant le vaisseau des Argonautes apartiennent à la Tragé-die intitulée Medée.

(E) Elle safpelloìt Brutus.] Manuce a cru faussement,qu’elle fut représentée quand on célébra les jeux Apollinai-res, ausquels le frété de Marc Antoine présida en la placede Brutus, qui s’étoit absenté de Rome (17) ; mais il estclair, parles Lettres de Cicéron, que la Tragédie d’Accius,qui fut représentée en cette rencontre , étoit le Terée (18).II est surprenant que la plupart des Commentateurs de Ci-céron aient ignoré cela. Maturantius a cru qu’on représen-

TO As. *

ta l’Atrée : Béroalde & Hégendorphin ont cru qu’on repré-senta le Brutus.

(P) Qu il faisoit auffi des Comédies. 1 Le GrammairienDonat ne nous permet pas d’en douter ; car il met entreles perfections de Terence de s’être contenté de faire desComédies , fans avoir jamais succombé à la tentation defaire des Tragédies : ce qui, avec d'autres choses, ajoute-t-il,a été au deffus des forces de Plaute , d'Afranius , ex d'Accius ,ex de presque tous les plus grands Poètes comiques. Comme jene m’attache pas servilement à traduire mot à mot, il estbon de raporter les propres paroles de cet Auteur. Hae cumartificiofiffimaTerentius secerit, tum illud est admirandum, quodex morem retinuit ut Comoediam scriberet, ex temperavit afìeC*-tum, ne in Tragœdiam transiliret, quod cum aliis rébus minimeobtentum este à Plauto, ex ab Afranio, ex ab Accio, ex multisfore magnts Comicis invenimus (19). On pourroit recueillir delà , qu’Accius au commencement ne faisoit que des Comé-dies ; mais, comme les Tragédies firent fa grande réputa-tion , je ne sai fi Donat a eu toute l’éxactitude nécessaire,lors qu’il l’a ainfi placé pa.imi les Poètes comiques. Mr.Dacier a très-bien su que c’étoit un Poète tragique, &iil’a dit expressément dans fa remarque fur ce vers d’Horace;

Nil comis tragìci mutât Lucilius Atti ? (io)

Néanmoins il a traduit ce vers en cette maniéré , Luci-lius . ne trouve-t-il rien à changer dans les Comédies

d'Attius ì

(G) Il en orna 1 entrée des Temples ex des Monumens , err.]Cicéron 8c Valere Maxime nous l’aprenent. Decimus quidemBrutus , dit le prémier (zi) , Jummus ille vir ex imperator,Accii amicijftmi fui carminibus templorum ac monumentorumaditus exornavitsuorum. Voici ce que dit Valere Maxime.Similiter honoratus animus erga poètam Accium D. Bruti fuistemporibus clari ducis extitit, cujus familiari culttt ex prompt alaudatione deleblatus,ejus verfìbus templorum aditus, qu t ex ma-nubiis confecraverat, adornavit (zi). Scriverius a cité un au-tre passage en ces propres termes : Amatus etiamnum in tan-tum Attìus à Decimo Bruto fuisse dicitur, ut Attianis verfìbustemplorum ex monumentorum front es ex aditus exernare confue-verit (zz). II le donne pour les propres paroles de Cicéronin Bruto ; mais je fuis iur qu’elles ne s’y trouvent point.Aparemment, quelque Auteur moderne l’a trompé de cettefaçon. II avoit cité Ctceron in Bruto touchant l’àge de Pa-cuvius , 8c d'Accius ; 8c puis il avoit raporté ce qui con-cerne D. Brutus, 8c s’étoit contenté d’exprimer le sens desparoles de Cicéron , 8c n’avoit pas laissé de citer idem Cice-ro. Sur cela , Scriverius s’est imaginé qu’on avoit cité lespropres paroles de Cicéron, & qu’on les avoit tirées dumême Livre qui avoit été cité auparavant, 8c il n’a pointpris la peine de vérifier. Voilà comment les Compilateursles plus laborieux 8c les plus habiles aiment à trouver be-sogne faite. Voffius, trompé fans doute par Scriverius, citeCicéron pro Archia ex in Bruto, touchant cette action de D.Brutus (14). L’illusion est peut-être plus ancienne que je nedis : Scriverius pourroit bien ne savoir pas eue de la pré-miere main. Quelque soigneux qu’il ait été de recueillit toutce qui a été dit d'Accius, st n’a point cité le passage de Co-lumella que nous verrons ci-dessous (zç).

(H) Qui pouvoit juger â'un Ouvrage de cette nature. ] Pa-terculus fait en peu de mots un grand éloge de ce Brutuspar raport à la vertu militaire (zó) ; mais voici commentCicéron le loue du côté de l’érudition. D. Brutus , M. films,ut ex familiari ejus L. Accio poèta fum audire folitus, ex dicerenon inculte folebat, ex erat cum literis Latinis, tìtm etiam Grx-

* cis , ut temporibus illis , satis eruditus (2,7).

(i) Cela regarde un autre Poète.] Savoir Attstius, dontCicéron parle , non feulement dans l’une de fes Lettres àAtticus, Hoc enim Attilius , poèta duriffimus (z8); mais auffi,dans un autre endroit. Cet autre passage mérite d’être ra-porté un peu au long ; parce qu’il aprend de quelle maniéréFî il

»

(<t) NonîtisMarcellus,Varron,Aulugelle,

&c,

(l) Voslîiis,de Poër. Lat.P“g. 7 > Ereces deux Piè-ces-, írUiet-mere fur Pau-torité de Var-ron : je n y íiipoint trouvécela dans V gi-ron.

(c) L’an 623.Voiez. les p as-tes de Sigo-nius.

(19) Donatjde Tragœd,& Comced,

f 20j Horat,'Sar. X, Lìbr,li if- S3.

(zi) Ciceropro ArchiaPoiita. Cap.XI.

(zz) Val.Maxim.

Lilr. VIII,Cap. XIV.

(23) Scriver.inTestimon,de Attio.

(24) VoffiUsde Poër. Lat.P«g- 7 -

(25) DansIdfcnsarejHé{Mj.

(z 6 ) Vell.FatcrcuLLìbr. Il,

Cap. V.

(27) Cicetoin Bruto,Cap. XXVI 11.

(28) Idem,Epist. XX,Libr. XIK,ad Attic.