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Tome premier. A - B.
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ACHILLE.

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venu le nom d’Achille (B). II ne se contenta pas de lui aguerrir le corps aux exercices les plus

.pénibles i

(lí)Batth.Comment,w Achill.Lîr. n,Vel - iii,1753 .

aa

VI.

On afeindreS u ’AchìlIe™ nourride mouellede lion.

f 2 4) Hoir,t.o d. vi. m ;1 > st- s.

s-5) Ho-7>». Iliad.

y ir -xxu.

*• Joo.

J?®) Horar.XVI,

Ne quittons point Barthius, fans remarquer , qu'il pré-tend que la leçon lup& , au lieu de lubens , fait beaucoupd'honneur à Stace, qui, par là, ne se trouve point en opo-íition avec Aristote, &c observe les mêmes distinctions qu’A-pollodore ; puis que celui-ci a dit, que Chiron faisoit man-ger des entrailles de lion , & des mortelles de sanglier 8cd’ours à son Achille (2.3). Mais, peu après, Barthius, re-prenant l’air de réfutation, rejette comme une absurdité ma-nifeste cette mouelle de louve : 8c dit qu il fait qu’un enfant,qui ne prendroit une telle nourriture qu’une fois, ne laisse-roít pas de mourir avant le lendemain. C'est pourquoi, ajoû-te-t-il, Grégoire de Naz.iimz.e accommode mieux la chose , enjoignant la mouelle de cerf avec celle de lion. On ne voit pascomment Barthius est d’accord ici avec lui-même , aiant ditdans la page précédente , que la réjection de la mouelle delion étoit à Stace une marque de jugement, 8c que l’aprochedes lions est très-dangereuíé à Fenfance.

Remarquons auffi, que la raison pour laquelle Apollodo-re 8c quelques autres ont plutôt parlé des entrailles, que dela mouelle des lions, pour la nourriture d’Achille , semblevenir de ce qu’ils auront ouï dire , que ces animaux fontpresque sans mouelle ; car il étoit d’ailleurs plus convena-ble de lui faire avaler cette mouelle , que de lui fournir unautre aliment, vu le caractère fous lequel les Poètes le re-présentent. Ce n’est pas tant fous l’idée de bravoure , quoiqu’on l’en partage dans un degré éminent, que fous celled’une colere indomtable. C’est par là qu’Homere se propo-se de le décrire dans Flliade , ou , selon la remarque d’Ho-race, il prend pour thème, Gravent Peleidi stomachum cederenefeii (24) , & où il débite par

Mîp/iy ’áeio'e 3 -eà TbiXrsiúS'eulram cane Vea P élida Achillis.

Or il est certain , que-pour faire remonter à la cause de cecaractère, par des fictions propres à la poésie, 8c impriméesdu merveilleux de ces anciens siécles, la mouelle de lionétoit quelque chose de mieux imaginé que toute autre nour-riture. C’est dans la mouelle que se trouvent les parties lesplus succulentes de F animal, & même, à ce qu’on prétend,les parties spécifiques 8c séminales. Homere nous insinuépar F exemple du petit Astyanax , que c’étoit le morceaud’un enfant gâté;

AV , Sí ire n itrt yétctTt irctrpoi

MvíAcv ûiov soeo-xs x-eti oteav iriovci óyt/.ov.

Astyanax , qui prius quidem fui super genua patris ,Medullam foìam comedcbat ecr oviumpìnguem adipem (25).

Et les railleurs disent quelquefois aux meres, que c’est celuidu gendre de la maison. D’ailleurs,. il 11’y a point d’animalaussi colere que le lion ; 8c c’est de lui qu’on fuposoit queProméthée avoit emprunté le principe qui avoir assujetti lepremier homme à la colere :

Jìertur Prometheus addere prìncipiLimo coaítus particulam undiqueDefeiïam , zif infani leonisVim ftomacho appofuijfe nostro (26).

Ce n’est pas qu’on n’eût pu trouver assez bien son compte,en donnant une lionne pour nourrice à Achille. Virgile asuivi cette idée , pour des reproches de cruauté :

( ")VirgìI.•C/fer. V1F- 36 S.

Macrob.

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Ca l- XI.

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f. S07 , irI*-díjT«* íePere 1 ,'A Cet-da.

(19") Ho-tnet. IViad.JLii>r. VII,ib. á( 3 o)Vi£étve-K

-— Durit genuit te cautibut horrens

Caucafus , Hyrcan&que admorunt ubera Tigres (27).

Et le Capitan de la Comédie des Visionaires ne s’en éloignepas dans cette Rodomontade :

Le Dieu Mars m engendra d'une fiere Amaxont ,

Et je Juçai le lait d’une affreuse lionne.

Par cette clef, on entendra pourquoi quelques-uns ontchoisi la mouelle de cerf préférablement à toute autre pourAchille : c’est qu’ils croient frapez de la tradition , qui luidonnoit beaucoup de vitesse à la course, 8c cpfi a porté Ho-mere à Fhonorer incessamment, ou de leloge de tt íìoesâx-oç , allant bien du pied , ou de quelque autre épithete de

meme signification , 7 rost óoy.rs , , 77 û stuc, rctfcùç , 77071

7 cty,ss 77 i, xfa.i 7 rta~i 7 i,eyc. Présentement, c’est ainsi que nousrecommanderions le mérite d’un Laquais Basque ; mais,anciennement, c’étoit une qualité héroïque (28) : & ainsi ,on ne pourroít tout au plus blâmer Homere, que d’en avoirfait une cheville de vers répétée trop souvent. On a donccru qu’il faloit feindre , qu’un Héros d’une vitesse extraor-dinaire avoit été nourri de mouelle de cerf; Sc, on s’est tel-lement apliqué à cette notion , qu’on n’a pas pris garde quela mouelle d’un animal si timide , étoit d’ailleurs très-peupropre à ce foudre de guerre, Sc à ce cœur de lion, A’xix-pr/fytop» 3 -v/A.oÀ£otlct(if) : Achillem frangentemviros, ani-ma leonino , qui, dans l’extrême mépris qu’il témoigna auGeneral de l’armée , lui dit entre autres injures ,

Va sac à vin , yeux de chien , coeur de cerf.

c ’est ainsi que Vigénere traduit (30) ce vers du I Livrede l’Iliade,

C>‘voSocph , utiyoí 'íiAíectr' ’é%eit , xpció'íw T ÌAccipeíe,

Je ne pense pas que , si l’on décidoit la chose à la plurali-té des voix , l’on jugeât que la mouelle de cerf ait été lanourriture d’Achille , ni que Mr. de Girac pût trouver laconfirmation de ce qu’il a dit trop légèrement, que cettemouelle a été la feule nourriture du Héros d’Hosnere , suivantl opinion commune des Anciens. Mais, quand cela seroit vrai,un vieux Traducteur François du Traité de Pallia (31) , n eseroit point excusable, d’avoir déterminé à celte mouellece queTertullien avoit dit en général de celle des bêtes sau-vages. Les Traducteurs n’ont point ce droit-là. llleferarummedullis educatus ( unde cr nominis confilium (32) , quando-quidem labïis vacuerat ab uberum guflu : ) Lui , qui avoit esténourri de mouelle de cerf, ( d'oìt il fut nommé d deffein, atten-du qu il navoit jamaisfuccemammelle défis levres) ejyc. Théo-dore Marcilius a bronché auffi fur ces paroles, aiant pré-tendu que Tertullien désigne F étymologie fine chilo, íttv(33) > ce qui est visiblement faux, comme Mr.de Sau-maife Fa remarqué. On auroit pu remarquer une autre mé-prise de ce même Auteur. La voici : c’est qu’Achille, selonVelius Longus, cité par Caffiodore, devoir ion nom au mot2k7a->;, comme s’il eût été de ces personnes qu’on nom-moit Chilones, ou Labeones, c’est-à-dire, qui avoient de gros-ses levres. Lucrèce leur donne le nom de labiofus (34) , 8cremarque qu’un Amant, qui veut excuser les imperfectionsde fa Maîtresse, dit, labioja , qsÍÁr.y-u ., une greffe lippue est unbeau ev spacieux champ de baisers. Mais il est faux que furce pied-là Achille doive son nom à %eixoç , levre : c’est plu-tôt sur le pied d’avoir été mutilé en cette partie ; quoi queMr. de Saumaise Fait nié, contre un passage formel de Pho-tius, dont j'ai déjà fait mention , Sc contre ce qu’en a ditpositivement un vieux Poète nommé Agamestor (35) , citépar Tzetzes. Voici les paroles de Saumaise, Si chilones diíîidmagnis çr improbis labrìs, Achilles ditlus fuerit quast utsv %u-Xim , non quod fine labris fuerit, fed quod labìorum minifterionon ufus fuerit infans (3 6). Je nc nie point qtt’Apoilodore nedise que le fils de Thetis, nommé Ligyron auparavant, futnommé Achille par Chiron , à cause qu’il n’avoit jamaisapliqué ses levres à la mammefle. <fn r«

» 7 rço 7 svéyicii (37) , quod mammis labra minime admoviffet.

(£) §pue c est de là qu est venu le nom d’Achille. ] Nousavons parlé des étymologies de ce nom dans la Remarque(B) de F Article précédent ; mais il faut parler en particu-lier de celle dont il s’agir ici. Elle va toujours de compagnieavec la tradition qui porte , qu’Achille ne fut nourri que dechair 8c de mouelle d’animaux. La liaison de ces deux cho-ses est fondée fur ce que le mot Grec x-a»? signifie propre-ment la nourriture que la terre nous fournit. Mais quel-ques Auteurs ont là-dessus une assez plaisante opinion. Lavoici, selon les propres termes du Pere Gautruche, dans sonHistoire Poétique. Je choisis cet Ouvrage plutôt qu’un au-tre , parce qu’il a été imprimé plusieurs fois, 8c en plusieurslangues,8c qu’il passe pour être propre à tout le monde (38).Or il n'y a point de fautes qu’il faille plus soigneusementremarquer, que celles qui peuvent séduire beaucoup de gens.Au lieu de lait, c’est le Pere Gautruche qui parle (39), csrdesautres viandes communes, Chiron ne le nourriffoit que de mouellede lion , ou de sanglier , pour faire naître en fa personne le cou-rage & la force de ces animaux. De là vient , selon l’opinion dequelques-uns , que n étant ainst nourri d'aucune viande , on lenomma Achille, c’est-à-dire , sans chile. Quoi que la der-niere période de ce paflage ne paroisse pas dans les dernieresEditions, je ne laisserai pas de remarquer, 1, Que c’est uneerreur de dire que l’on n’est nourri d’aucune viande , lorsque l’on n’est nourri que de mouelle d’animaux ; car Famouelle est comprise incontestablement fous le mot de vian-de , par oposition même aux alimens qui font permis du-rant le Carême : 2, Qu’il est faux que 1 a mouelle ne se con-vertisse pas en chile , 8c que ceux qui ne seroient nourrisque de mouelle , seroient sans chile. Ces remarques ne pa-roitront pas superflues à ceux qui considéreront, que cettedoctrine du Pere Gautruche se trouve dans une infinitéd’Exemplaires de son Ouvrage, 8c dans d’autres Ecrivains (40);8c que, dans l’Edition où l’on a suprimé les fautes, on ne ditpas pourquoi on les a ôtées.

L’erreur est venue de ce que le terme x‘>'°s , dont-Eu-phorion s’est servi dans des vers citez par F Auteur du grandEtymologícum , 8c par Eustathius , a été pris pour cettesubstance molle 8c blanchâtre , en quoi F estomac convertitles alimens, 8c que les Médecins apellent chyle , du motGrec x v ^ '• an lieu qu’il faloit entendre par jciVoç, commea fait Mr. de Méziriac (41) , après Eustathius, la nourriturequ’on prend des choses que l’on feme en terre. Natalis Cornes amal traduit Euphorion; car il lui fait dire qu’Achille n’avoitpoint goûté de lait (42). Vigénere 8c Fungérus, se fortifiantfaussement de l’autorité de St. Grégoire de Nazianze, ne ren-contrent pas mieux. Ils attribuent à St. Grégoire ce qui n’estque dans la Version Latine des Commentaires de NicetasSer-ron, Archevêque d’Héraclée, dans Fonziéme siécle, fur lesOraisons de ce Pere (43). Fungérus conclut qu’Achille a éténourri fine cibo, de ce qu’on ne lui donna à manger que de lamouelle de cerf. L’autre veut que x 1 ^ signifie suc, 8c qu’A-chille ait été nourri fans suc,pource qu il fut nourri,non de vian-des accoutumées aux hommes, mais de chairs de bêtes sauvages tou-tes crues (44). François Alunno adopte la moitié de cette

der-

VIII.Fautes dequelques In-terprètes deTertullien.

(31 ) Ed-mond Ri-cher, (fui pu*blìafa Verso/})à Paris e»I600, ìn 8.

(32) Mr. deSaumaise

abreuve ceuxc/v.i lisent

concilium*

(33) Not.Crit. inTertul. dcPâli. pag,77 , EdìuParis.

1614, in 8.

(34) Lucrct.Libr. iv «

(î$)DanfsonPoème íurles Noces deThetis & dePelée, qu’onprétend avoirprécédé celuiíftíéiiodesur le mimesujet. Ni Voí-lius , ni Lo-lenzoCralïò^ne disent rìe tide ce Poïte.

(3 6) SalmaC

in Tertull.dePalliOjpííj,281, Edit.

<An. 1656.

(37) Apol-lodor. Bi-bliot. Libr .III , pag K23$.

{î$)Ils ì en estfait une Edi-tion k Vtrecht ,#«16.90, k la-quelle on aajouté UTrarduSlion enLatin dr enflamand.LaTraduiïionLatine avoitdé j k paru à*part. Les.Anglais lepublièrent enleur languePan 1671.

(3 9) Histoi-re Toët,Ltvr. II,Chap . X Vypag. 1 S S,Edit. de laHaie , en1681 » quiest la qua-trième.

(40) Entre {autres dans /o

Di&ionaireHistorique diJuigaé.,

Conuuent, sai íhìlostr, d e j a NeuKitute d’Achille, 544,

g°» te.t*i- 543 -

( 44 ) vigeneje , Comment, fut íhilostr.

( 41 ) Asèzi-riac, Epî-tres d’Ovi-dc, pag 2 4 S,ex le folie

Euphorion

est mal nom-mé Eupho-10a.

(42) Natal.Cornes, My-thol. Lib.ix.C«P- XII.

( 43 ) CetteV erjìon est im-primée avecles Oeuvres

, de St. Gré-

«e la Nouait, d'Achille,