ACHILLE.
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nourricier d’Achille. Les inquiétudes de Thetis ne lui permirent pas de laisser son fils dans l’antrede Chiron pendant tout le tems qu’elle auroit Voulu ; elle l’en tira qu’il n’avoit encore que neufans (e) , & le cacha parmi des filles , déguisé en fille , à la Cour de Lycomedes , Roi de l’ile deScyros, dès qu’elle eut su les préparatifs que l’on faifoit contre les Troiens. La raison de fa con-duite , la voici : elle savoir , d’un côté , que fi son fils alloit à Troie , il n’en reviendroit jamais;& de l’autre , que Calchas avoir prédit qu’on ne prendroit jamais la ville de Troie fans Achille.La ruse de Thetis ne lui servit de rien : le devin Calchas découvrit aux Grecs ou étoit Achille (/),qu’ils avoient cherché en divers endroits , fans le trouver ; & , là-dessus, Ulysse aiant été députéà la Cour de Lycomedes , y démêla aisément Achille (L>) , & l’en retira lans peine , quoi qu’ilfût tellement aimé de la Princesiè Déídamie , fille du Roi, qu’elle lui avoit permis de l'engros-ser (E). Voilà d’où sortit Neoptolemus, ou Pyrrhus, comme nous le dirons en son lieu. Achil-le fit une infinité de beaux combats pendant le long .siège de Troie , & avant que l’on eût cam-pé devant la ville. La grosse querelle qui s’éleva entre Agamemnon & lui, par leurs garces , ( carAgamemnon aiant rendu Chryléís, qui étoit la sienne, enleva Briíéís, qui étoit celle d’Achille g);)obligea celui-ci à sc tenir dans fa tente , fans fe vouloir plus mêler de guerre : & rien ne fut capa-ble de le faire changer de résolution , que la mort de son cher ami Patrocle , auquel il avoit prêtéses armes , dont Heétor l’avoit dépouillé, aussi bien que de la vie (h). Vulcain, à la priere de The-tis , fit alors de nouvelles armes à Achille (ì) (F). La mort de Patrocle fut vengée bientôt
après ;
(t) ApoIIa-'.dor. Bi-blioth.
Libr. III ipag- 235.
(/)Statíus,Achilléid.Lìbr. I, vfi493. seqq.
tO H orner.II. Libr. /jVs. 323 .seejfi
(b) Ibidem ,L-'br. XVI tVs 818.
(i) Ibidem ,Libr. XVIlU
(74) Voie.princìpam
Scholiast,
tlomeri
Wad.L/í,
,ir
,L,
•ACiîophcConv. p897- U.to Libr. IRepu'bl.;
II > pag. :
L. CicenVrat Mb,f"?-IJ. Sb °> Ubr.
297.
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Il , Cap.
Statius,va/n-r.;
3^. 191.tarch. ;
">?»4*• 72.cian. rMort.lostr. L efV-136.
w XI -
yottiere cri-
'Yué tou-à-wr le dis .c °urs H»
ceptorat de Phénix (74) , ne font pas en plus petit nombre.
11 ne faut donc pas tant s’étonner que même, selon quelquesanciens Auteurs, Phénix & Chiron aient.été tous deux Pré-cepteurs d’Achille : il fe faut contenter de dire que ces Au-teurs - là n’avoient point examiné la chose de près, ouqu’ils n’avoient eu aucun égard à l’incompatibilité. qui ré-sulte des circonstances du préceptorat de Phénix , & des cir-constances d u préceptorat de Chiron.
J’ai donc pu nier dans le Projet , que Stace , en parlantde Phénix & de Chiron comme de deux Précepteurs d’A-chille , puisse aporter quelque secours à Decimator & à sescomplices; car, outre que Stace ne marque point s’ils éxer-cérent cet emploi, en même tems, ou l’un après l’a-utre ,ni lequel des deux fut le prémier, on ne peut le mettre d’ac-cord avec Homere , qui, en cas de concurrence , le doitemporter hautement fur lui. Considérez bien ces deuxpastàges :
Non tib't certasfet juvenìlìa fingere cordaNestor , zsr inàomitì Phœnix tnoderator alumrìi ,
Sjuique tubas acres lituosque audire volentemALaciden , alio frangebat carmine Chiron (7 ;).
C’est le prémier ; & voici l’autre :
- Tenero fie blandus Achillt
Semifer JEmonium vincebat Pelea Chiron.
Nec senior Peleus natum comitatus in armaTroica , fed caro Phœnix harebat alumno (76).
Xénoplion (77) & Lucien (78) , qui donnent ces deuxPrécepteurs à Achille , font exposer à la même baterie queStace ; &, au pis aller, sont-ils Homere, que Décimator adonné pour son garant ? Notez , qu’encore que Stace diseque Phénix accompagna Achille à Troie (79) , il ne s’en-luit pas qu’il le faste successeur de Chiron ; car il exprimeassez clairement que Phénix avoit été auprès d’Achiste avantce volage: il nomme celui-ci alumnus de Phénix (80). Pource qui est de Tzetzes, qui nous conte dans son Commen-taire sur Lycophron , que Pelée aiant mené Phénix à l’an-tre de Chiron , où Achille étoit élevé, lui dit, Voilà, tonfils , conduis-le donc comme un bon fere doit élever son fils , ilne prouve rien contre moi; Sc 11 n’est point favorable à ceuxqui voudroient recourir à la distinction de Gouverneur & dePrécepteur, qui est si claire dans Plutarque à 1 égard du filsde Philippe Roi de Macédoine. Volez l’Article L y s r m a-c h u s. Je ne pense pas que les Poêles nous la fassent voirquant au même tems dans ces siécle^ si reculez; &, en toutcas, il ne paroit point que Pelée ait commis à Phénix laCoadjutorerie de Chiron : & si Tzetzes, en s’exprimanttout-à-fait mal, avoit voulu dire cela > il ne mériteroit point. de créance. C’est un Auteur trop nouveau venu > pour mé-riter d’être suivi à l’égard d’un fait que l’on ne peut accor-der , ni avec Homere , ni avec les Auteurs anciens qui ontattribué à Chiron l’éducation du petit Achille.
Finissons cette trop longue Remarque par un trait qui pa-roitra bien hardi. Je ne saurois qu’y faire. J’ose avancer qu’ilne faut que lire le discours de Phénix dans le IX Livre del’Ilíade , pour admirer ceux qui admirent encore aujour-d’hui ce Poème. Car sont-ce là des discours dignes de la ma-jesté du Poème Epique ? Et Horace, qui, au raport de Mr.Moréri (8ri , fe vante dans la VI Satire du I Livre , qu’ilavoit apris l’Iliade par cœur, avoit fans doute oublié cetteHarangue chargée de mille inuti!itez,lors qu’il donna à l’Au-teur de l’Iliade cet éloge , qu’il court toujours à son but,qu’il va vite à la conclusion :semper ad eventum festinat (8z).Si cela étoit, amuseroit-il un Député de l’Armée Greque,chargé dune commission très-importante 8c très - pressan-te ; l’amuseroit-il, dis-je , à de petits contes de nourrjce,& au récit de ses vieilles avantures ?
(D) r démêla aisément Achille. ] Mr. Moréri prétend,ave C peu d’éxactitude , qu’Ulysse le découvrit, lui ayantsfiil présenter par un Marchand des bijoux des arnìes ; car,si 1 on s’en tient à ce qu’Ulysse lui- même en dit dans faHarangue aux Généraux de l’Armée, ce fut lui qui pré-fOM.i
sentâ , non seulement à Achille ; mais auíîi à toutes les jeu-nes Demoiselles de la Cour , ces bijoux ty ces armes (83). Sil’on s’en raporte à Hygin , 8c au jeune Philostrate , c’estencore Ulysse , qui les présenta , étant l’un des Ambassa-deurs que les Grecs envolèrent à Lycomede , pour lui de-mander Achille. Que fi l’on s’en raporte à Stace ; l’on di-ra bien que ce ne fut pas Ulysse même , le Chef de l’Am-bassade Greque > qui fit l’étalage ; mais non pas , qu’i] lefit faire par un Marchand. Quelques modernes disent quille fit lui-même , déguisé en Marchand (84). J e n’oseroissoutenir qu’ils forgent cela ; mais 11 est bien sûr qu’ils nePont pas pris dans les bonnes sources. Langius prétend queLycomede fit tout ce qu’il put par ses pleurs 8c par ses priè-res , pour empêcher qu Achille ne suivit Ulysse (8 j) , 6c ilaccuse Cicéron d’avoir pris le fils pour le pere dans ces pa-roles. Nec enim . . . Trojam Neoptolemus capere potuijfet , fiLycomedem , apud quem erat educatus , tnultis cum lacrymisiter suum impedientem audire voluijset. C’est Langius qui fetrompe , & non pas Cicéron. Volez la Remarque (A) del’Article Pyrrhus fils d’Achille.
(E) Elle lui avoit permis de l'engrosser .Achille étoit alorsfi jeune, qu'il y a peu d exemples d’une faculté générativeauffi prématurée que la sienne. Néanmoins , la bonne ins-truction avoit été encore plus prornte , & il n’y avoit paseu là le désordre dont Montagne fe plaignoit dans le chapi-tre XXV du I Livre de ses Essais. O» nous aprend à vivre,dit-i!, quand la vie est passée. Cent escoliers ont pris la verolle ,avant que d'efire arrivez, à leur leçon d'Aristote de la Tempé-rance. Mais, fi l’on vouloir moraliser sur l’Hiítoire Poéti-que , on diroit à Montagne, que cette avanture du fils dePelée est un avertissement, qu’on a beau faire prendre ledevant à l’éducation, elle ne laisse pas de succomber sous lepoids de la nature.
Je dirai en passant, que les fictions des anciens seroientun peu plus suportablcs qu’elles ne le sont, s’ils s’étoientdonné la peine de ne pas tant se contredire les uns les au-tres ; mais il paroit qu’ils ont regardé leur Histoire fabu-leuse , comme un pais où chacun faifoit ce qu’il lui plai-soit, sans dépendance d’autrui. Apollodore dit qu’Achillen’avoit que neuf ans, lors qu’on l’amena dans l’Ile de Scy-ros , 8c que l’on parloir déjà de l’expédition de Troie (86).Selon Stace , les préparatifs des Grecs avoient déjà duré unan , lois qu’Ulysse fut envolé à l’Ile de Scyros, pour en re-tirer Achille. Quand Ulysse y arriva , Achille étoit déjà pe-re (87) : jugez si la nature avoit été lente à lui accorder lesforces viriles > 8c s’il différa long-tems à les éxercer fur lajeune Déídamie. Stace n’a pas oie retenir le calcul d’Anol-lodore : il donne pour le moins douze ans à Achille, avantque de le tirer de l’antre de Chiron (88). Je ne sai pas com-ment Barthius a pu trouver , que, selon le calcul de Stace,il faloit que le fils d’Achille eût plus d’un an , lors de l’Am-bassade d’Ulysse (89) ; car, quand même ce jeune Hérosauroit joui de la Belle dès le prémier jour, son fils auroitpu n’avoir que trois mois à l’arrivée d’Ulysse. II y en a quiont dit qu’il réitéra la dose à là Maîtresse, après les premiè-res couches , 8c qu’il en eut un autre fils (90). Mais, puisqu’il étoit né avant le volage des Argonautes (91) , entrelequel 8c l’expédition de Troie les Chronologues mettentpour le moins trente ans (qz) , jugez si les anciens Poètesont bien concerté leurs calculs.
(F) Vulcain ... fit alors de nouvelles armes k Achille, jPersonne ne doit trouver mauvais, que Charles Etienne,8c Mrs. Lloyd, Hofman > Moréri, 8cc , parlent des armesimpénétrables, que Thetis fit faire à son fils par Vulcainpour l’éxpédition de Troie. Car, encore qu’elle lui eut déjàrendu le corps invulnérable , en le plongeant dans le Styx,on fait qu’il y a peu de précautions qui paroissent superfluesà la tendresse maternelle. Malherbe a voulu marquer cesdeux précautions de Thetis, quand il a dit,
Bien que fa mere eût à ses armes
Ajouté la force des charmes (93).
VJ, A,bz.seq^
k83) Ovidií 1Metamorph*Lìbr. xui K
Vs- I 7 S>.
Mais, néanmoins, il ne les a pas marquées; parce que softexpression fait plutôt penser , que Thetis donna des armes
Ú fées
(8+) Tex-tor, Oftìcirî.Líbr. II, Cep,XXX/I- Naf».Cornes, My-thoj. L-b kz,Cap. I j Vigé-
nere,jKr hù-
lostrate , auSommaire dtla Nourrir,d’Achille jPomey , inPanthéo .Mythico ;
&c.
(8;>/« Ci'cer,de Amicìt,Cap. XX,
(s«j n*í
èytnlt e’v-iveetTqçi
Barthius citeces paroles danstapage 1579,
&danslai 6 t$
dt* lll Tomede son Com-mentaire furStace ; H-,néanmoins , ildit dans lot -page 1584,
9»’Apollo-dore ne mar-que point l’âged? ^iihìlle.
(87) Star.Acíiill. Libr,
n, U-234.
(8 8) Ib,d.
Vs. 395 .
(89) Barri,.'in Statium,
Tom. III,pag. 1684*1736.
(»o) Votez
Euitathiusia
Uiad. XI, &Prol. He-ph-TÍh apudPhotium.
(91) Apol-lon. Argon,Lib.l,VJ.s S g.Valer. Flac-ens, Argon.Lib.l,Vs.z$ 6 \
(92) VotezCalvisiussur Pan dttMonde 2727 ,8^2767; é-le P. Labbe,Chronol.ïranc. Tom,I, pag. 127,
(93) Mal-herbe , LívfiIII-Pag. 7h