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Tome premier. A - B.
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ACHILLE.

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Sìgée ( K) ; &, après 1a prise de la ville - ils immolèrent Philoxene fur son tombeau , comme sonOmbre le demanda. Ce guerrier, le plus violent de tous les guerriers , & si brave que son nomdevint celui de la suprême bravoure (Z,), aimoit beaucoup la Musique (M), & la Poésie (p), &

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lostrate fait mention dans le Tableau de Neoptoleme. C’estqu’aiant été ordonné aux Grecs , par f oracle de Dodone ,a aller faire tous les ans F Anniversaire d’Achille, les Thes-saliens furent les premiers qui joignirent des couronnes d’A-marante aux autres cérémonies.

( K ) lis ïenterrèrent au promontoire de Sìgée. ] Presque tousles Dictionaires le remarquent. Lloyd, rejettant les autrescitations de Pline, qu’il avoir trouvées en mauvais état dansCharles Etienne , garde celle du chap. XII du IV livre,mais à tort ; car Pline ne parle point là du tombeau quiétoit à Sigée il parle de celui qu’on difoit être dans uneIle du Pont Euxin. C est au chapitre XXX du V livre,qu’il dit qu’il y avoir eu une ville nommée Achilleon , au-près du sépulcre d’Achille , sur la côte de Sigée. II est éton-nant, qu’après la correction de ce passage , Isaac Voffius fesoit avisé d’accufer Pline de mettre le tombeau d’Achilleau rivage deRhetée,8c celui d’Ajax au rivage de Sigée (12.3).Pline a fait tout le contraire. Solin, par un abus qui lui estaster, ordinaire , a transporté ce sépulcre sur un autre Capvoisin , savoir sur celui de Rhetée , où étoit le tombeaud’Ajax (114). Cette méprise se trouve dans les Emblè-mes d’AÌciat.

Aìacidu tumulttm Rhœteo ìn littore cernis (125).

Ses Commentateurs avouent qu’il s’est trompé , à la réser-ve de Pignorius, qui a soutenu le contraire. II est pourtantcertain, par le témoignage unanime des Auteurs, que le•tombeau d’Achille étoit au rivage de Sigée. Nous avonsdéjà dit qu’on y-alloit tous ks ans lui offrir des sacrifices:la tradition étoit, que son fantôme s’y faisoit voir armé,8c en posture menaçants ; ce qui n’empêcha point Apollo-nius de vouloir s’aboucher avec lui (izó). Je croi mêmequ’on a dit qu’il fe faisoit des miracles à ce tombeau.Voiez l’Article suivant.

(A) Son nom devint celui de lu suprême bravoure.] Mr. Mo-réri, sans citer livre ni chapitre > prétend qu’Aulugelle a dit,que quand^on veut parler de quelque soldat généreux , ondit que c’est un Achille : mais il est faux qu’Aulugelle disecela. II dit seulement, au chapitre XI du II. livre, que Si-cinius Dentatus , pour avoir fait des actions fort surprenan-tes à la guerre , fut nommé l’Achille Romain. Notre Au-teur en raporte quelques circonstances prises de cet endroitd’Aulugelle , fans nous avertir d’où il les prend; de fortequ’il le cite, non quand il le faut, mais quand il ne le fautpas : non quand il lui emprunte son bien , mais quand illui donne ce qui ne lui est point dû. S’il avoit cité Sur-vins (117), st eût allégué de meilleures preuves. Or cen’étoit point seulement la vigueur martiale , ç’étoit aussicelle qu’on faisoit paroître au service de Venus, qui faisoitdonner lc nom d’Achille ; témoin ce débauché , qui, sesentant déja mort quant aux parties qu’on ne nomme pas,dit dans Pétrone, Bunerata est ìllapars corporis quâ quondamAchilles eram*. 11 avoit aparemment plus de regret à ce-la , que Milon à la perte de la force de lés bras ; 8c il au-roit para plus blâmable à Cicéron , que cet Atblete , pourde très-bonnes raisons. &u& vox potes este contemptior quàmMilonis Crotoniata, qui cum jam senex effet, athletasque sein currìculo exercentes videret, ad/pexiffe lacertos suos dìcitur,illacrymansque dixiffe , at hi quidem jam mortut sunt ? Nonvero tam istt quàm tu ipsè nugator , neque enim ex te unquames nobilitatus , sed ex lateribus ex lacertis tuis (12.8).

Le Dictionaire de Charles Etienne, dans l’Edition de Pa-ris en 162.0, revue 8c corrigée par Frédéric Morel, Profes-seur Roial, 8c dans celle de Geneve en 1662 , corrigée en-core d’une infinité de fautes, à ce que le titre porte, attri-bue à Áulugelle bien cité, non pas que les soldats généreux ,mais que les Capitaines d’une valeur extraordinaire étoientapellez Achille; 8c que l’argent s’apelloit Achilléen , parcequ’il étoit insurmontable, ou lors qu’il étoit insurmontable.Tant st fortitudinis fiiiffe fertur ( Achilles ) ut teste Gellio , lìb.2, cap. n, infigni fortitudine duces Achilles appellent ur, exargentum vocetur Achilleutn , quod stt infitperabile ex insolubi-le (129). Le texte Latin de Charles Etienne peut s’enten-dre en ces deux façons ; 8c j'avoue même , qu’aux dépensd’une mauvaise situation de paroles, 8c de beaucoup d’in-éxactitude , dont on se reconoîtroit coupable , on se pour-roit sauver de l’accusation d’avoir imputé à Aulugelle ce quiregarde ce prétendu argent Achilléen. Mais, ni CharlesEtienne, ni ses Correcteurs, ni Mr. Lloyd , ni Mr. Hof-man > qui Font suivi pied-à-pied, ne peuvent fe justifier d’a-voir pris argentum , pour argumentum. Car c’est pour uneobjection insoluble, qu’on se sert de l’épithete d’Achillea ;8c l’on apelle ordinairement dans les Ecoles le principal ar-gument d’une Secte , son Achille. Ce qui ne vient pas tantde ce qu’Achille étoit un invincible guerrier, que de la dif-ficulté tout-à-fait embarrassante que Zenon d’Elée propo-sait contre Féxistencedu mouvement (izo). II mettoit unetoitue en comparaison avec Achille , pour montrer que ja-wais un mobile lent, qui précéderait tant soit peu un mo-bile vite , n’en pourrait être devancé. Calepin, citant d’ail-leurs fort mal Aulugelle, met argumentum , 8c non pas ar-gentum; ce qui nous aprend que le mal vient d’une ancien-ne source, qui a formé comme deux branches de Copistes.Les uns aiant à moitié chemin perdu argumentum , aparem-ment par la faute de Flmprimeur qui substitua argentum,

ont été cause que leurs descendans conservent de main enmain ce dernier mot : les autres, à cet égard, n’ont pointencore forligné; ainsi, ceux qui vont à eux , comme ontfait les Correcteurs de Calepin , évitent le défaut qui s’estglissé dans l’autre branche.

(Aí) Aimoit beaucoup la Mustque. ] Mr. Moréri en a parléavec très-peu d’éxactitude : il a dit qu’Homere fait souventconoítre, que le son de la Lire avoit un merveilleux pouvoir ,pourfaire paster la colere d’Achille, ex calmer cette paffionfurieusequi avoit tant donné de peine aux Troyens. II ajoute qu ' Athe-née ï a remarqué auffì, âpres Theopompe. Mais il est certain ,qu’on ne remarque dans Homere , sinon que les Députezde Farinée trouvèrent Achille, chantant fur la lyre les bel-les actions des grands hommes, pour fe divertir.

Tor T f ùgov tpplvx reprebuevor Çogpusyt Xtyetrì

Tjí oye h-usûìi ers^rrev à c ; se b eeçcc y.Xtot ccvbpav (13 r),

Achille, offensé par Agamemnon, avoit alors abandonnéde dépit 8c de colere la cause commune. C’est tout cequ’Homere nous en aprend. Pour des réfléxions, il n’enfait point fur Foccupation où les Députez trouvèrent Achil-le : c’est Athénée, qui en conclut, qu’Homere a voulu si-gnifier , que la lyre étoit d’un grand secours à ce Héros ,pour modérer l’ardeur violente de la colere (132). II n’eltpas vrai qu’Athenée fasse cette remarque après Théopom-pe ; 8c je fuis fort trompé , si la cause de F égarement deMoréri n’est- un passage de Voffius au Traité de la Musique.Ce savant homme aiant cité Athenée , pour l’observationqu’on vient de voir, dit tout de suite , que les Ambassa-deurs des Gères , qui alloient ,pour quelque Traité de paixou de treve, vers des gens dont il saloir apaiser Firritation ,se presentoient jouant de la lyre (133) , 8c allégué pour songarant Athenée, qui raporte cela du XLVI livre de l’Hii-toire de Théopompe. Mr. Hofman est à-peu-près dans lamême erreur que je viens de remarquer. On eût trouvé unpeu mieux son compte dans Philostrate ; car il observe queChiron, aiant aperçu qu’Achille né pouvoit vaincre sa co-lere, lui enseigna la Musique (134).

II y a eu des gens, qui ont voulu dire qu’Achille chantoitfur la lyre, non les beaux exploits des grans hommes; maisles maux que l’amour lui faisoit souffrir.

Talis cantata Briséide venit Achilles

Acrior, ex pofìtis erupit in HeSlora pleBris (135).

J Ile Pelethroniam cecinit miferabile CarmenAd citharam, cìtharâ tenstor ipse suâ (136).

Ce sont, je croi, des médisances, qu’on peut réfuter par laréponse que fit Alexandre le Grand à celui qui lui offrait lalyre de Paris : fe m en soucie peu , lui dit-il ; mais je verroisvolontiers celle d’Achille, fur laquelle il chantoit les aílions desHéros du temspaffé. Plutarque, qui raporte ainsi la chose,dans la Vie de ce Prince, lui attribue ailleurs (137) une au-tre réponse, savoir celle-ci : fe ri ai que faire de celle-là; carj' ai celle d’Achille, au son de laquelle il fe reposoit, en chantantles louanges des vaillans personnages •• mais celle de Paris avoitune harmonie trop molle, ex trop féminine ,sur laquelle il chan-toit des chansonnettes d'amour. Ce n’est pas le seul exemple,qui montre que Plutarque se rendoit tellement maître decertains faits, qu’il les tournoit, 8c les apliquoit tantôt d’u-ne façon , tantôt de l’autre. . Assurément, Alexandre n’apoint répondu ces deux choses ; 8c , aparemment, c’est laderniere qui est de F invention de l’Historien. Pour ce quiregarde ces paroles, car fat celle d'Achille , on croi t aisé-ment qu’Aléxandre eût voulu l’avoir; mais qui doute qu ilne soit très-faux qu’il Fait eue ? Elien raporte le fait con-formément à la prémiere narration de Plutarque (138). UnCommentateur d’Elien assure qu’Homere représente en di-vers endroits Achille chantant fur la lyre les exploits desgrans Capitaines (139). II se trompe : Homere ne le faitqu’en un seul lieu ; 8t son erreur, étant celle d’un hommetout autrement fort de reins que Moréri en fait de litératu-re, pourrait consoler Moréri , s’il étoit en vie. líuhnius necorrige point cette faute (140). Stace, qui, contre les ter-mes formels d’Homere , supose qu’Achille pendant sa re-traite chantoit ses amours, 8c fa Briseïs, témoigne en d’au-tres endroits, que dès fa plus tendre jeunesse , il avoitemplois ses instrumens de Musique dans l’antre de Chiron ,à célébrer les grandes actions des anciens.

-- Nec major in istis

Sudor, Apoïïmeo quàm fila sonantia plefîro

Cum quaterem, priscosque virum mirarer honores (141).

Ce furent les combats d’Hercule, ceux de Pollux, 8c ceuxde Thesée , qu’st chanta devant sa mere, qui l’étoit allévoir dans cet antre, à quoi st joignit les fameuses nôcesde son pere.

- Canit ille libens immania laudttm

Semina, qui tumidst superarit juffa novercaAmphitryoniades : crudum quo Bebryca cafluObruerit Pollux ■ quanto circumdata nexuRuperit XEgides Mìnoi brachia Tauri,

Maternos in fine thoros, fuperisque gravatumPelion (142).

J’avoue cependant, que Philostrate le fait chanter, fous laHî dísci-

(p) Vo!tt,Urmtarque (Bjde l'^Anìcle

Achillsa,

(13 1 ) Ho-mer. Iliad,Lihr. IX,Vers. ig S.

(132) Athé-niens , Libr.XIV , pag,624,

(133) Vos-ÍÏUS de Mu-lice, pag . 4 5.Le Passaged? Athenéeefi gag, 62 7 „

(134) A-He-rnie. pag .7 °S, C. Videetiam AîiianíHist. Var.Libr. XIV,c. XXIII.

(135) Sta-.tius, Siiv.IVi Libr. IV,Vers. 35 .

(i3<>)rria-

peior.Carm;

LXIX.

(137) Plu-tarqtie de laFortuned’Alex.Livr. I.thepèVI.

(138) jïlia-ni Histor.Var. Libr.IX , Cap .XX XVIIL

(139) Schef*fer, in hunelocum ^£Jia-ni.

(140) Kuh-nius injEiian. ibi d*

(141) Sta-tius, AchilLLibr.U, Vers.,442 .

(142) Idem ',ibidem, Libr «1 . Vers. z%$ì