Band 
Tome premier. A - B.
Seite
61
JPEG-Download
 

A C H I L L E A.

6t

toîent non seulement leurs amours , mais aussi les vers d’Homere (t). II ajoûte qu’Achille culti-Voit alors avec d’autant plus de foin le talent de la Poësie , dont Calliope l’avoit gratifié (B ),qu’il n’en étoit point détourné par des occupations belliqueuses. II ajoûte encore , que ceux , quipassoient auprès de ce rivage , entendoient une musique qui leur donnoit une admiration mêléed’horreur , & qu’ils entendoient aussi un bruit de chevaux, un cliquetis d’armes, & des cris com-me à 1a guerre. Maxime de Tyr , & Arrien, ne disent pas des choses moins surprenantes ÇC). IIne faut point douter que ce ne fût là , qu’Achille fit le miracle dont Tertullien a parlé (D). IIen fit bien d’autres , dont celui qu’il exploita contre l’impiété des Amazones ( E) , qui vouloientpiller son Temple , ne fut pas le moins éclatant. Celui qui concerne le vol des oiseaux (F) a été

mal

(iJPhîlqftfâtjin Heroïc.

{4) îlutarch.

facie inor be Lunae,K?- 93 8 ,

■£*. Paris.•A- 1624.

b) Istoriade ’ PoëtiG , r 'à, p*g. 6 ."f à reporte layrjìon Latine“ e PUttarcjuc

•omme t’il y

**••> àir,H-

alluit.

Aluìt ejl p 01irte moins

hbn.

auffi

( S ) Homer.Uiad. Libr.Xlx ,f. Z47.< 7 ) PhUostr.Ppoïc. i nAchille ,f? 1 * 319 ; tr‘"Neoptol.

â- 338 .

b) MaxhnusPyrites, Ora-í, ««« XXVII.

(s) Artìîn.■» Periplor ? Ilt >Eu x i-

<11.

^°)SaeIq K>ans

pensé

qttesont

rî 9 »*Ar-* leíl fait% c d Adonis.

í t ÌUe ^ n

fan u

c °“r*rEmL

r ‘ ur Adrien.7° ,e z.Casau-,P n - mspar.

Uanum, vit.

■Uadtiani

t îâlìan.

^omni ent

Historiq

ÌT; fi fa»«adnen.

1 !I ) Da »s la

Cu) Tertull.fat. de Ani-

ma

Cap.

I’ 5 ) AUatiusPotdiHomeii

f a £.

(B) Le talent de la Poésie, dont Calliope l’avoit gratifié.’]

II y a des gens , qui veulent que quand Plutarque raporte,que Minerve , la Déesse des Sciences , coula des goûtes denectar & d’ambrosie à Achille , qui ne vouloit rien man-ger , il nous insinue que ce Héros avoit une science univer-selle. H' A’S-íjVíí rf A’ytÁÁÛ tiíxéjapóç n y.x: àfiÇçoe-ietf hie-s-«|e imì ■sr^tto-itia.éycf Tçe?r,)i (4). M'merva Achillem nutrimen-tum refpuentcm netîare c? ambrofia instillatis alluit. C’est unedes autorité! emploiées par Lorenzo Crasso (5), pour prou-ver qu’Achille doit tenir rang parmi les Poètes Grecs. Dansle langage des pointes, ce íèroit de la science infuse , 011bien il n’y en auroit jamais eu. Mais, quoi qu’il en soit ,les paroles de Plutarque ne servent de rien à prouver ce queLorenzo Crasso en infère ; il s’agit là dune véritable nour-riture du corps, comme il paroit par le XIX Livre de l'Ilia-de , d’où elles ont été prises. Homere nous conte que Ju-piter s’étant aperçu qu’Achille , après la mort de Patrocle ,ne vouloit ni manger ni boire , dit à Minerve de lui infu-ser du nectar & de l’ambrosie dans le corps, afin qu’il nemourût pas de faim. Oi iisxtuç re x-cc) ccftGpoTitiv içalettr.r'T.ràsiov Iví ■r/sj'e'rC tvoc tan w'v Aiy.'te, iy.ré]oci-. Et nectarque ZSTambrestam amabilem instilla in perfora , ut ne ipfum famés oc-cupés (6). C’est à Philostrate qu’il faut recourir, pour prou-ver que ce Héros a été Poète (7). C’est un témoin qui parlefort clairement là-dessus.

(C) Maxime de Tyr, z? Arrien, ne disent pas des choses moinssurprenantes.] Celui-là dit qu’Achille demeurait dans uneIle proche du Pont Euxin > à l’opofite du Danube, & qu’ily avoit des Temples & des Autels ; qu on auroit eu biende la peine à y descendre , avant que d’avoir offert des sa-crifices ; que l’équipage des vaisseaux a voient souvent vuAchille sous la figure d’un jeune blondin , qui, avec ses ar-mes d’or , dansoit une danse guerriere : quelques-uns l’en-tendoient chanter, sans le voir ; d’autres le voioient & l’en-tendoient tout ensemble.. II arriva que quelqu un , setantendormi, fans y penser , dans cette Ile , fut éveillé parAchille, & conduit dans une tente , où on lui donna à sou-per. Patrocle versoit à boire , & Achille joiioit de la lyre :Thetis & les autres Dieux étoient présens (8). Arrien avoitouï dire , & le croioit, que ceux , qui étoient j estez furcette Ile par quelque tempête , alloient copsulter l’Oracled’Achille , pour savoir s’il leur étoit expédient de lui im-moler la victime qu’ils choisiraient eux - mêmes au pâtura-ge ; qu’en même tems ils consignoient fur l’Autel le prixquelle leur sembloit valoir ; que fi l’Oracle rejettoit leurproposition , ils ajouraient quelque chose à ce prix , jus-ques à ce qu’ils pussent conoitre par son aquiescement ,qu’ils avoient atteint la juste valeur ; que cela fait, la Vic-time se présentoit d'elle-même au Temple > & ne s’enfuioitplus ; qu’Achille aparoissoit en songe à ceux qui s’apro-choient de l’Ile , & leur montrait le lieu qui étoit le pluscommode pour sabordage ; qu’il se montrait auffi quelque-fois à ceux qui veilloient , íkc (9). Arrien trouvoit celadi^ne de foi, entre autres raisons , parcç qu’Achille étoitmort jeune , & qu’il avoit été extrêmement beau , Sc siconstant en amour & en amitié , qu’il voulut même mou-rir pour F objet de ses amours , «s *») èvoioroâ-mctv ixfastcatoTí n-csii'íxaTç. L’équivoque de ce dernier mot, & la moin-dre réflexion fur le péril où il s’expofa , afin de venger lamort de Patrocle , suffiront à bien des gens, pour mettreArrien parmi ceux qui disent que la passion de ces deuxpersonnes passoit l’amitié (10). Volez la Remarque (P) del’Article A c hi l l e , & ci-dessous (’i 1) l’une des merveil-les au’Arrien a débitées. C’est celle de ces oiseaux, qui ba-lioient chaque jour le Temple de File d’Achillea.

(D) Le miracle dont Tertullien a parlé.] Tertullien, com-me le remarque Mr. M.oréri, nous aprend qu’Achille gué-rit en songe un Athlète , nommé Cleonyme (iz) : c’est-à-dire , très-áparemment, que Cleonyme crut voir en songeAchille, qui lui enseignoit le remede nécessaire. Tertulliense sert de ce fait, & de plusieurs autres semblables, contreles Epicuriens , qui ne vouloient reconnoitre rien de íurna-turel dans les songes. Cette avanture n’est gueres conue ;car on n’en trouve rien dans un grand nombre d’Auteurs,qui ont amplemeïit parlé d’Achille. Pamélius , dans sonCommentaire sur Tertullien , ne fait que nous renvoier àHomère , qui, autant qu’il m’cn peut iouvenir, ne parlepoint de ce songe. Un passage cité par Léon d’AUazzi (13),donne quelque jour à ce fait : il porte que Leonyme , Gé-néral de ceux de Crotone dans la guerre contre ceux deLocres, fut blessé fans savoir par qui, en attaquant unepartie des Troupes ennemies qui ne se retranchent jamais >Parce qu’on la consacrait aux Héros, dont on croioit quela protection lui devoir suffire ; que ce Général ne pouvantguérir consulta l’Oracle de Delphes, qui lui aprit qu’Achil-qui savoir blessé, le guérirait auffi; que fur cela, il fut

le >

I ‘ K ’ à l’Ile de Leuce faire ses prières à ce Héros ; qu’il vit en

dormant quelques Héros ; qu’Achille fut celui qui le gué-rit ; que les autres lui ordonnèrent de faire lavoir aux hom-mes certaines choses ; & qu’Helene en particulier le char-gea de dire à Stesichorus ,, qui étoit devenu aveugle pouravoir écrit contre elle , qu’il se rétractât, s’il vouloit re-couvrer la vue. II est clair que cette histoire , & celle quePansait las (14) & Conon (15) racontent, sont la mêmequant au fond : mais, dans Pansa nias, c’est Ajax fils d’Oi-léds qui blessa Leonyme, & qui le guérit. Dans Conon, cen’est point Leonyme qui fut blessé & guéri par cet Ajax ;mais Autoleon. II y a quelques autres diversitez , que jene remarque point, me contentant de conjecturer que leCleonyme de Tertullien est venu de ce Leonyme. Au reste,l’Auteur cité par Léon d’Allazzi (16) dit une chose que jene dois pas oublier: c’est qu’Homere, gardant des brebis-auprès du tombeau d’Achille , obtint par ses offrandes &par ses suplications que ce Héros se montrât à lui ; mais, ilse fit voir environné de tant de lumière , qu’Homere n’enput soutenir Féclat. II fut non seulement ébloui de cettevue > mais auffi aveuglé.

(E) Celui qu il exploita contre ïimpiété des Amazones. ]Qu’st me soit permis de conter le lait selon la Version deVigénere : elle a se? grâces, & ses agrémens , quoi qu’envieux Gaulois. Voici donc comment parle cet Auteur, aprèsavoir dit que les Amazones firent faite des vaisseaux, pour al-ler piller le semple d’Achille.Zíyîíz»* abordées enl'lfle, dit-il (17), ^

la premiere chose quelles firent fut de commander à ces efirangersde 1‘Hellespome d'aller couppcr tous les arbres plantez, en rondaultour du temple : mais les coìgnéesse venans rembarrer contr eux-mesmes les exterminèrent la fur la place, er tomberewt tous roïâ-des-morts au pied des arbres. Et là destits les Amazones s'estansespandues à l'entour du temple, se mirent çt vouloir presser leursmontures ; mais Achille les ayant regardées felonneujement zsrd, un mauvais œil, de la mesme sorte que quand devant llion ilS alla ruer sur le Scamandre , donna un tel espouvante h leurschevaux , que c este frayeur se retrouva assez plus forte que labridde, fl que se cabrans ils rebondirent en arriéré, estimans quece qu ils portaient fur leur dos fust une charge extraordinaire ztreftrange ; zsr à guise de befies sauvages se retournèrent contre leurscavalcatrices , les jettans par terre e? foullans aux pieds , lescreins heristez de la furie ott ils estaient ev les oreilles drefféesencontremont , ainsi que de cruels lyons les definembroient à bel-les dents , cr leur devoroient bras er jambes , faisans un fortpiteux carnage de leurs entrailles. Apres donques qu ils se furentsaouliez de cette chair , ils se prindrent à bondir z? à galopper àtravers Piste pleins de rage zsr fonenerie, zsr les babines teintes àesang , tant qu'ils parvindrent au hault d’un cap , 'déott descou-vrans la marine aplanie en bas , er cuiddans que ce fuft unebelle large catnpaigne , tls s’y jetterent à corps perdu z? ainsi pé-rirent. Cpuant aux vaisseaux des Amazones , un impétueuxtourbillon de vents estant venu donner 0 travers , d’aultantmesmes qu’ils estaient vuiddes <& destituez de tout appareil pourles gouverner , ils venaient 0se froisser ïun ' contre lautre , nyplus ny moins qu en quelque grosse rencontre navalle , dont ilsse brisaient er mettoient à fonds , spécialement ceux qui eftoientinvestis Z2‘ choquez en fianc de droit fil par les espérons zjr prouesdes autres , comme il advient ordinairement en des vaisseauxdesgarnis de leurs conducteurs , de maniéré que le bris de ce nau-frage [e venant rencontrer vers le temple ou il y avoit force Per-sonnes a demy mortes respirantes encore , z? plusieurs membreshorriblement dispersez (0 z? la, avec la chair que les chevauxinaccoutumez 0 telle pâture avoient reieitée , ce lieu fainct de-vait estre bien prophané .- mais Achilles l’eut bientost purgé ré-concilié & expié comme il estait aisé 0 faire en une iste défi peud’eftendué ou les flots battaient de toutes parts 0 ïenviron , pqué Achilles y ayant attiré le sommet des ondes tout fut lavé z?nettoyé en moins de rien.

(F) Celui qui concerne le vol des oiseaux.] Ce que Morérifait dire à Pline , qu’on ri y voit point voler cï oiseau , est malraporté. Voici les paroles de Pline : Perdîtes non transi-tant Bxotia fines in Attica, nec ulla avis in Ponto , ïnsula quasepultus est Achilles,sacratam et &dem (18). C’est-à-dire, LesPerdrix ne volent pas au delà des frontières de la Béotie dansl’Attique , rit aucun oiseau ne vole au delà du Temple d'Achil-le , qui est dant une lie du Pont Euxin. Mr. de Saumaiseprétend , qu’il faut entendre par cés paroles , qu’aucun oi-seau n’élevoit jamais son vol au dessus de ce Temple ; &il prouve , par un passage d’Antigonus Carystius, qu’on’ dé-bitoit cela anciennement (19). Et comme d’ailleurs il prou-ve par un passage formel d’Arrien que les oiseaux entraientdans ce Temple tous les matins , afin d’y faire tomber seaudont ils s’étoient mouillé les ailes, & afin de ballet ensuitele Temple avec leurs ailes (10), il insulte Solin, pour avoirdit , quéaucun oiseau rientre dans le Temple d’Achille , er ques’il arrive 0 quelqu’un de s’en aprocher , il s en éloigne au plusvite tout auffi tôt. Mr. de Saumaise veut que Solin n’ait rienqu’il n’ait emprunté de Pline , & que celuí-ci air dit la mê-

H 3 îne

(14) Pausan;Libr. IIï ,

P a & IO ~f 15) Phot*Biblioth.

Codice 186»Narrât. 18.Votez. Mézi-riac fui lesEpîtresd’Ovide»

ZZL, OÙtl reltve quel-ques bévuesfaîtes par Vi-genere fur-le p.'tjfaqe de

Pausanias,

(l 6)Ilfcnom~wfHcrmiasïic passage queLéon d’Al-

porttéy cjl tired’un Com-mentaire inPhtfdrumrlatonis nonimprimé.

(17) rhilos-

trate dans leNeopto!eme>de la Trad. deVigénere ,Tom. //, folio341 > de i’E*dit ion in 4.

(18) rlinilHift. Nat.Liir. X, Cap.XXIX ,

(TsO.SalmafiExercit. Fli-nian. in So-Bn,Cap.XIX>

M- -ra

(20) /« Peri-plo PontiEu-xini. Pliilos- -trate a dit à-peu-près laraème chose.En ceste ille

( dit-il , selonla Traduit tonde Vigenere,Tom. II, folio337 , verso det Edition in 4}il y a certai-ne engean-ce d’oiseaux:tous blancs,mais aquati-ques & scn-tansleur ma-rine , dontAchille sesert à ncs-toyer son sa-cré bosquet,le balliansde l’esvente-ment de leursailles,& l’ar-rouíans deleur pen-nage mouil-- L d’eau dsmer ; car ilsvoilèrentpour cest esefect un bieHpeu soubs-levez d«terç,