ADAM.
7 Z
des gens doctes ne leur font pas perdre les sciences qu’ils possédoient. On peut mettre encore au (f d! s » .rang des choses probables ce que disent quelques-uns touchant la beauté d’Adam (E) ; mais il 7fonií™”iiest tout-à-fait faux qu’il ait été créé avec les deux sexes (F). C’est avoir bronché lourdement fur leles paroles de l’Ecriture (d) , que de s'être imaginé une semblable rêverie. Les révélations d’An- us,toinette Bourignou (G) seroient alléguées mal-à-propos , pour confirmer cette fauslè glose. Au- f™ d È-
tant
(íj)Eugubin.
Colmo-
Pœìa, apttdSalian. An-nal. T07» .
P*g, 10 6.(-«) U. Mi.
ío) U. ibU.
h8) Salian.Annal. Tom.I > P“£. 106.
r (E) Touchant la beauté d’Adam. ] Si l’on s’étoit contentéde dire, qu’il étoit bel homme & bien fait, on n’auroit riendit qui ne fût probable ; mais on a donné fur cette ma-tière dans les gaietez de la Rhétorique > & de la Poétique ,8c même dans la Villon. On a débité que Dieu , voulantcréer l’homme , se revêtit d’un corps humain parfaitementbeau , & qu’il forma fur ce modele le corps d’Adam. Parlà , Dieu a pu dire à l’égard du corps , qu'il a fait l’hommeà son image. On ajoute que cette aparition de Dieu sousla forme humaine fut le premier prélude de l’Incarnation :c’est-à-dire , que la seconde personne de la Trinité se revê-tit des aparences de la même nature qu’il devoir un jourprendre jusques à la chair & aux os ; 8c que > fous l’apa-rence du plus bel homme qui ait jamais été , il travailla àla production d’Adam , lequel il fit une copie de ce grand8c divin original de beauté dont il s’étoit revêtu. Hanc spe-ciem divinamquepulchritudinem clementiffimus formofijfim'ujqueajsumens , quam erat pofi multa tempera ufque ad carnem zyojja ajfumpturus, creabat hominem, largiens ei Jpeciem hanc tan-tam, ipse primus Archetypus , speciofistimus ifje fjieciofijfims. pro-lis Creator (iç). II ne íàut pas s’étonner, âpres cela.qu’onlasse ces exclamations : S^uantam qualemve credas fuisteprimìhominis illius vemtftatem f quantum in ore decus , quas grattasinfedist'e (16) ? Car enfin , cette forme , dont le Verbe ierevêtit, étoit semblable à la forme qui fut vue par St.Pierresur le Thabor , & par Moïse sur le Mont de Sinaï , & àcelle que Moïse 8c Élie firent paroître le jour de la Transfi-guration. Mais ce qu’il y a de plus merveilleux, c’estqu’Adam voioit lui-même son propre Ouvrier , 8t la ma-niere dont son corps étoit formé par les belles mains de sonAuteur. Cum fingeretur homo manus Mas divinas afpexit am-brofiosqtte vultus illos , pulcherrtma brachìa corpus suum fingen-tia , stngulosque artus ducentia (17). C’est un fort habilehomme , qui a débité toutes ces visions (18) : & il ne man-que point de gens, qui en aprouvent une partie pour lemoins.
bs) ApudHeideg^e-rum, Hist.îatriarch.
Tom. I, pag.12!.
( 20 ) Conci-liât. in Ge-iteilm, aptiiHeidegge-n»n, Hist.îatriarcli.
Tf-Ep*s-
* 28 . Votez,^OQnibeeck,9 »/ le réfute«*Cbap ,/, duW Livre de
convertendisJ udaús.sfO In Mo-«h Nebo--cium, à
*>oe.xxx,
jud Hei-Hist.
îatriarch.
Tom -t>pag.
Mais notez ,
*tmme m'en n«otni MrVan Dale,Mr. Hei-ne ra -fontes fidè-lement i'Q-
Manassé^‘tlsiaël,ér Maïmo-
tudes, ont a p-proxvée ì tFus.
< 21 ) Matoln Convivio
t*g. 1185Edit. hran.of.Mn. 1602.
Dl) Imprimé1 on 1686.
f 2 4) Noilv.Vision, de"■otterdam,f a î- 36.
(F) ll est faux qu il ait été créé avec les deux sexes .] Ungrand nombre de Rabins ont cru que le corps d’Adam futcréé double, mâle d’un côté, femelle de l’autre ; & que l’undes corps étoit joint à l’autre par les épaules : les têtes regar- .dolent des lieux directement oposez , comme les têtes deJanus (19). Or ils prétendent que Dieu, quand il fit Eve,n’eut besoin d’autre chose que de diviser ce corps en deux :celui où étoit le sexe masculin fut Adam ; celui où étoit lesexe féminin fut Eve. Manassé Ben-Israël, le plus habileRabin qui ait vécu dans le XVII siécle , a soutenu ce bi-farre sentiment (20) , si l’on en croît Mr. Heidegger. Ledocte Maïmonidcs, l’honneur & la gloire de la Nation Ju-daïque , savoir déjà soutenu (11), fi l’on en croit le mêmetémoin. Eugubin ne s’en est éloigné qu’à l’égard de lasituation des deux corps ; car il prétend qu’ils étoient co-lez ensemble par les cotez , & qu’ils se ressembloient en^out, hormis le sexe. Le corps mâle étoit à la droite, &embrassent l’autre par le cou avec fa main gauche , pendantque 1 autre lui rendort la pareille avec fa main droite. Cha-cun etoit animé, chacun tomba dans un profond assoupis-sement , lors que Dieu voulut former Eve , c’est-à-dire, laséparer du corps mâle. II ne faut que savoir lire l’Ecriture,pour réfuter pleinement toutes ces visions. Avant que depasser à d’autres choses, je dirai un mot de ces Androgy-nes, dont Platon a parlé assez amplement (21). C’étoientdes corps hermaphrodites , à quatre bras & à quatre jam-bes , & à deux visages fut un seul cou tournez l’un versl’autre. Cette duplicité de membres leur donnoit beaucoupde force , & par là beaucoup d’iniolence ; ils ne songeoientpas à moins qu’à faire la guerre aux Dieux. On délibéradans le Ciel fur la maniéré de les mettre à la raison , & l’a-vis de Jupiter passa , qui étoit qu’il les saloir partager endeux. Chacune des pièces conserva une forte inclinationpour se ré unir avec l’autre ; & voilà s origine de l’amour,si l’on en croit ce Philosophe. Mais il salut faire des chan-gemens à la situation de certains membres, afin que la réu-nion fût féconde. Je remarquerai en passant > que ceuxqui parlent de ces Androgynes de Platon , ne raportent paspour s ordinaire la chose telle quelle est. Ils lui font direqu’an commencement les hommes avoient cette nature-là ;mais il ne le dit que de quelques-uns : il reconoit qu’il yavoir aussi comme à présent des mâles & des femelles.Volez les Remarques de l’Article Salmacis. L’Auteurd’un Livre intitulé Le nouveau Vifionaire de Rotterdam (23) ,assure , cjue selon les Rabins, Adam & Eve , avant leurpéché , croient tous deux hermaphrodites (24). Je ne sa-che que lui qui attribue cette opinion aux Rabins.
(G) Les révélations d'Antoinette Houri gnon.] Les Livresde cette Demoiselle font foi qu’elle a eu des sentimens fortparticuliers ; mais elle n’a peut - être rien avancé de plusétrange , que ce qui regarde le premier homme. Elle pré-tend , qu’avant qu’il péchât, il avoir en foi les principesfies deux sexes , 8c la vertu de produire son semblable fansle concours d’une femme: &que le besoin,que chaque sexea présentement de s’unir à l’autre pont la multiplication, estune fuite des changemens que le péché fit au corps humain,
TOM, 1,
Les hommes , dit-clle (15) , croyant â'avoir esté créez, de Dieutomme ils Je trouvent à présent, quoi que cela ne soit véritable;puis que le péché a défiguré en eux l'œuvre de Dieu : zsr, au lieudé homme qu ils dévoient estre, ils font devenus des monstres dansla nature , divisez en deux sexes imparfaits , ìmpuijjdns à pro-duire leurs semblables seuls , comme je produisent les arbres ex lesplantes , qni en ce point ont plus de perfection que les hommes oules femmes,incapables de produire seuls,ains par conjonction d'unautre , zc avez douleurs zsr misères. On explique dans un au-tre Ouvrage (26) le détail de tout ce mystère , selon qu’ilfut révélé de Dieu à la Demoiselle Bourignon. Elle crutvoir en extase comment Adam étoit fait avant le péché,
& comment il pouvoir produire tout seul d’autres hommes.Bien plus , elle crut aprendre qu’il avoir mis en pratiquecette rare fécondité , par la production de la nature humai-ne de Jélhs-Christ. Quoi que le passage soit un peu long ,je ne laisse pas de le raporter tout entier, afin qu’on dé-couvre mieux l’étendue des égaremens dont notre espritest capable.
„ Dieu lui représenta dans l’esprit, sans l’entremise des„ yeux corporels, qui auroient esté accablez fous le poids„ d’une fi‘grande gloire , la beauté du premier Monde , &
„ la maniéré dont il savoir tiré du cahos : tout elloit bril-„ lant, transparent, rayonnant de lumière & de gloire inef-,, fable. II lui fit paroistre de la mesme maniéré spirituelle„ Adam , le premier homme, dont le corps estoit plus pur„ & plus transparent que le cristal , tout léger & volant ,
„ pour ainsi dire : dans lequel , & au travers duquel , on„ voyoit des vaisseaux & des ruisseaux de lumière qui pé-„ nétroit du dedans en dehors par tous ses pores, des vaif-„ seaux qui rouloient dans eux des liqueurs de toutes for-„ tes . & de toutes couleurs , très-vives & toutes diafanes,„ non seulement d’eau, de lait, mais de feu, d’air, & d’au-,, tres. Ses mouvemens rendoient des harmonies admira-„ blés : tout lui obéissait ; rien ne lui rélistoit & ne pou-„ voir lui nuire. II estoit de stature plus grande que les» hommes d’à présent ; les cheveux courts, animiez, tirans„ fur le noir , la levre de dessus couverte d’un petit poil :„ & , au lieu des parties bestiales que l’on ne nomme pas ,„ il estoit fait comme seront rétablis nos corps dans la vie„ éternelle , & que je ne fài íi je dois dire. II avoit dans„ cette région la structuré d’un nés , de mesme forme que„ celui du visage ; & c’estoit-là une source d’odeurs & de„ parfums admirables : de là dévoient aussi sortir les hom-„ mes, dont il avoit tous les principes dans foi; car il y„ avoit dans son ventre un vaisseau où naissoieiit de petits,, œufs, & un autre vaisseau plein dc liqueur qui rendort„ ces œufs féconds. Et, lors que l’homme s’eschauffoit„ dans l’amour de son Dieu, le désir où il estoit qu’il y eult„ d’autres créatures que lui, pour louer, pour aimer, 8c„ pour adorer cette grande Majesté , faisoit répandre par„ le feu de l’amour de Dieu cette liqueur fur un ou plu-„ sieurs de ces œufs , avec des délices inconcevables : 8c„ cet œuf rendu fécond iortoit quelque tems après par ce„ canal hors de l’homme en forme d’œuf, 8c venoit peu„ après à éclore un homme parfait. C’est a nsi que dans„ la vie éternelle il y aura une génération sainte 8c sans fin,„ bien autre que celle que le péché a introduite par le„ moyen de la femme , laquelle Dieu forma de l’homme,„ en tirant hors des flancs d’A dam ce viscère qui contenois„ les œufs, que la femme possède, 8c desquels les hommes„ naissent encore à présent dans elle , conformément aux,, nouvelles découvertes de l’Anatomie. Le premier hom-„ me, qu’Adam produisit par lui seul en son estât glorieux,„ fut choisi de Dieu pour être le Trône de la Divinité, l’or-„ gane 8c l’instrument par lequel Dieu vouloir se commu-„ niquer éternellement avec les hommes, C’est là Jesus-„ Christ, le premier né uni à la nature humaine, Dieu,, Lc Homme tout ensemble (27) Je voudrois ques Auteur du Nouveau Vifionaire de Rotterdam n’eût pas insul-té , comme il a fait d’une maniéré trop enjouée , les Vi-sions de cette fille , 8c celles du Ministre qu’il attaque. Onpouvoir tourner en ridicule ce dernier fur ses imaginationsdu mariage d’Adam 8c d’Eve, fans égaier si fort ce iuj et.
Je joins à cela deux petites réflexions seulement. L’uneest , qu’Antoinctte Bourignon n’a pas dû croire qu’elle res-susciteroit ; car, selon ses principes, la matière crasse, quia été jointe depuis le péché au corps de l’homme , 8c quipourrit dans le tombeau , ne ressuscitera point (28) , & larésurrection n'est autre chose que le rétablissement de l’hom-me dans son état d’innocence : état, où, selon les bellesrévélations de cette Antoinette , il n’y avoit point de fem-mes. On condamna autrefois (29) à Paris, un Hérétiquenommé Amaulri, qui soutenoit entre autres erreurs , qu’àla fin du monde , les deux sexes seront reïtnis ensemble dansune méme personne , ev que cette réïmion avoit commencé enJ e s u s-C h r 1 s t ; c V que st ïhomme etoit demeuré dans l é-tat ob Dieu l'avoit produit , U n y auroit eu nulle diftinôtion desexes (30). Faber d’Etaples a cru, que dans l’état d’innocen-ce , Adam auroit engendré dc lui-même son semblable ,sans laide d’aucune femme (Zi). La Bourignon n’a doncpas été la prémiere , qui ait enseigné ces choses ; mais elle
K y a
(25) Préftueda Livre inli~talé, Le nou-veau Ciel Scla nouvelleTene, impri-mé d Mmjter-dam, en 16 J 9*
(26) Viecontinuéede Madem.Bourignon,rs- 3G'.
("27) Lk-m s B -
(22) Préfacedn NouveauCiel,
(Z9).Aa com-mencement dîtXIII Siécle-
ho) Prateo-li Eleneh.Hxret. voceAlmaricus;& , DefeníÏQRelationisde Ant. Bu-liga. in A£Lérudit. Lip-siens. inser-
ISO ,Qt) MpudComel.a La-pide' in Ge«■' nef. Cap. II,f. 24.