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Tome premier. A - B.
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(î) Evagr.Hiít. Ecd.L'br. /- Cap,XXL

(/;)Lindan.'iubitantiiDìal. II, pag.

I71.

fz) Gaulter.Tabul.Chro-nogr. Seculo11 , Cap.XJCXIIL

(9) vanXusin Augustin,de HairefCap. XXXI,folio Sz.

(ïo) Gaul-ter. Tabul.Chronogr.Scctdo II, Cap,XXXIII,

(ir) Dansasin August.dc Hxref.Cap, XXXI,folio 8z.

fri) Augnst.de Hxtd.L-/. XXXI..

(i3)Clem,Alex. Stro-mat. Lil-r.U(, pog. 430.

(14) Eva-'uigrius , Hist.Ecclcs. Libr..t, Cap. XXI.

80 A D A M I T E S.

qu’niant mange comme Adam du fruit défendu, il devoir être chaífé comme lui du Paradis; c’estainsi que ces gens-là nommoient leur Eglise. Voilà ce que St. Epiphane en raporte (D) , non paspour savoir lu dans quelques Livres, ou pour savoir apris de quelqu’un d’entr’eux ; mais fur cequ’il en avoit ouï dire à plusieurs autres personnes. II ne íait point si de son tems cette secte étoitentièrement abolie , ou si elle fubsiíloit encore. Evagrius fait mention de quelques Moines dela Palestine , qui, par un excès de dévotion, & pour bien mortifier leur corps, s’en alloient, tanthommes que femmes, dans des solitudes, tous nus, excepté les parties que la pudeur défend de nom-mer , & s'exposaient là d’une maniéré fort étrange (E) aux rigueurs du chaud & du froid (g).Nous parlerons des Adamites modernes fous le mot Picards. Je vois que les Catholiques & lesProtestans fe reprochent les uns aux autres (F) d’avoir de ces Adamites dans leurs pais : peut-êtren’ont-ils pas plus de raison les uns que les autres de fe le reprocher. Si je n’avois pas d’autrecaution que Lindanus (h) , je ne croirois pas qu’en if 3f on vit des Adamites à Amsterdam , riches

mes qui leur tomboient fous la mai i\, mulieribus fromiscuéutentes (8). Pour la citation d’Alphoníe de Castro , qu onvoit après celle de St. Epiphane à la marge du P. Gaultier,elle ne peut que multiplier le nombre des faux accusateurs.Lambert Daneau,qui accuse de la même impureté les Ada-mites , ne cite point St. Epiphane, mais Clément d Ale-xandrie cité par Théodoret : Extiníîis in fuo ccctu lucernispromifecue coèunt , quemadmodum ex Clemente Strom. notâtTheodoretus (o). On verra bientôt que ce passage n’a pasété bien allégué. II est assez étrange que St. Epiphane &St. Augustin n’aient rien ouï dire de cela ; car ce íont deschoses que la renommée ne laisse point périr , lors qu’unefois elle s’en trouve faille , à moins que la fausseté n’en de-vienne tout-à-fait palpable. Encore n’arrivfe-t-il pas toujoursen ce cas-là , que la renommée lâche prise. Voiez dans laRemarque suivante le moien d’accorder ces deuxPeres avecClément d’Alexandrie.

(p) Voilà ce que St. Epiphane en taporte. ] II ne dit pointque chacun se ruât sur fa chacune. dans leurs assemblées :c’est ce qui a été touché dans la Remarque précédente. IIleur imputé encore moins les hérésies de Prodicus , dont leP. Gaultier donne la liste (10), 8c que Moréri leur imputepour la plupart. Moréri n’est pas aussi blâmable en cela,qu’en ce qu’il assure que St. Epiphane nomme leurs tem-ples des lieux infâmes , a cause des crimes abominables qu ilscommettaient dans ces cavernes ddhorreur zjr de projíitution. CetAuteur ajoute , qu ils rejeîteient la priere. Daneau le ditaussi, fur la foi de Clément d’Alexandrie. Deum à nabisprecandum z? orandum esse negant , quia feit ipse per se quibusegeamus. Clemens hoc de illis tradit lib. 7. Strom, (ir). Ce-pendant , St. Epiphane 8c St. Augustin disent le contraire ;

T v pat t yàç ìx puirpoç .... trmAyoiTAi , xxi ràç Àoa-

yváitrsiç xal y.xt 7rt.iv o t id'J tri rrí Ay e'i.Ils s ajjemblent tout

mffi nus quits étoient au sortir du ventre de leurs meres , zv Cncet état ils font leurs leííures, leurs oraisons, ZV leurs au-tres exercices âe Religion. C est ainst que parle St. Epiphane,dans le Sommaire du II Livre du I Tome : 8c voici les ter-mes de St. Augustin , Nudi itaque mares fœmmaque conve-niunt , nudi lecliones audiunt , nudi or an T , nudi célébrantfacramenta (n). Le moien d’accorder ces deux derniersPe-res- avec Clément d’Alexandrie, scroit de supo-ser que les Ada-mites , aufquels celui-ci donne Prodicus pour fondateur,ne suivoient pas toutes les erreurs de Prodicus. Cette su-position n’a rien d’extraordinaire : il ne faut quelquefoisque trente 011 quarante ans, pour rendre une seéte fort dis-semblable à celui qui l’a fondée. Ainsi l'on n’est pointexact , lors qu’on attribue aux Adamites toutes les extrava-gances de Prodicus, fous prétexte qu’il a été leur fondateur.En effet , il est constant f par le témoignage de St. Epipha-ne , & par celui de St. Augustin, qu’ils se dépouilloient to-talement dans leurs assemblées; mais Clément d’Aléxan-drie , bien loin de dire rien de semblable des Sectateurs deProdicus, observe, qu’avant que d’en venir aux prises, ils iai-foient ôter les chandelles qui leur auroient donné de la hon-te. TÒ xxTA'.f'/fint'i xvtw'I tíjv sropsrxv.r tcLtîjv b'txxioTvìtqv Ixsro-è'ât 7To()j(j-sejK,£v#s <p£í Tií tS AtQvs irepiTpoT-îì fíiyntrâ-xi (13).Rumine amoto quod eorum fornicatoriam hant juffiitiam pudoreafficiebat averfi liicerna coire. Ainsi Daneau n’a pas eu rai-son d’apliquer aux Adamites ce que ce Pere avoit dit desSectateurs de Prodicus. En un mot, quand je considéréles calomnies des Païens contre les premiers Chrétiens , 8ccelles des Catholiques contre les Protestans , par raport auxassemblées nocturnes, je 11e croí pas de léger tout ce aue legros de l’arbre impute.

(£) T> une maniéré fort étrange .] Us renchérirent fur lesautres Moines , dont le même Evagrius fait mention , qui ,n’aiant pas un habit en propre , vu que celui qui avoit étéporté uu jour par un Religieux fer voit le lendemain à unautre, avoient du moins l’usage de quelque habit (14). LesSolitaires , dont je parle , fe contentèrent de porter uneceinture ; &, quant au reste > ils renoncèrent, autant qu’ilspurent, à l’humanité : ils ne voulurent point, fe nourrir desa'àens qui fervent aux autres hommes : ils fe mirent à paî-tre , comme font les animaux ; 8c ;ls ne paissaient qu’autantqu’ils en avoient besoin pour ne mourir pas. Ils devinrentenfin semblables aux bêtes. : leur figure changea, 8c leur sen-timent aussi. Dès qu’ils voioient d’autres personnes , ilsprenoient la fuite , 8c s’ils se voioient poursuivis , ils fe íau-voient à toute jambe , ou dans quelque trou inaccessible.Ouclques-uns rentroient dans le monde , 8c faifoient sem-blant d'être fous, afin de témoigner plus de mépris pour lagloire. Ils alloient manger dans les Cabarets, ils entroientdans les bains publics, ils conversaient & ils fe lavoìent

avec l’autre sexe ; mais avec tant d’infensibilité , que ni lavue, ni le toucher , ni même l’embrassement d’une fem-me , ne leur caufoient aucune émotion. Ils étoient honsimes avec les hommes, 8c femmes.avec les femmes : sisvouloient être de tous les deux sexes. Merx 4 vìp£v iì «»-

S'p aç ei'iAi , piíTK yviAinâi rs aô y waíxaç , ixArépaç re petrí-iûétett <pú<ret»í xai per, pti£f eiiAi (15). Cum virïs quidemviri funt , fœmim vero cum fœminis , non enim unius fedutriusque fimul sexus ejjé cupiunt. II y a de l’aparence qu’ilsn avoient pas beaucoup de peine à contrefaire les fous, 8cqu’ils l’étoient effectivement ; c’est à eux pour le moinsqu’on peut apliquer ce que Rutilius- Numatianus n’a pas euraison de dire de toutes fortes de Solitaires :

Qumam perverfi rabies tam ftulta cerclri,

JDum malœ formides , nec bonapojfe pati (r6) ?

A u reste , leur nudité étoit bien contraire aux principes deces Religieux dont je parlerai dans la Remarque suivante,8c ne pourroit pas même bien s’accorder avec la doctrinedu P. Sanchez.

(F) Se reprochent les uns aux autres. ] Mr. Moréri assurequ il y a des Adamites en Angleterre , ou ils font leurs ajjem-blées de nuit , z? n aprennent que ces mots , ,, Jure , parjure,ZV ne decouyrepeint le fécret ”, On a eu raison de lui dire,dans 1 Edition d Amsterdam, qu’il n’y a point de telles gensen Angletene, que la police y est trop bonne. pour y foujfrir uneinfamie de cette nature , qui ne pourroit pas demeurer cachée :ZV qu il n’y a gueres d.'apparence non plus, qu il y en ait en Po-logne ; car il avoit dit qu’il s’y trouve encore de ces dévoyés.11 ne pourroit pas fe défendre , en disant, qu’il ne prétendpoint que ces gens-là fe montrent nus au public , mais feu-lement qu’ils fe déshabillent dans leurs conventicules noc-turnes , ce qu’une bonne police peut ignorer : il ne pour-roit point, dis-j e , alléguer cela pour fa justification, puisqu’il venoit de parler des Adamites de Boheme , qui al-loient toujours nus, à ce qu’on prétend. II faut donc queMr. Moréri, s’il a entendu ce qu’il disoit, assure qu’il y aencore aujourd’hui en Angleterre des gens, qui, par prin-cipe de Religion , vont toujours nus , tant hommes quefemmes. Or c est ce que la police ne souffriroit pas, 8cne fauroìt ignorer. Voilà donc un Catholique, qui sou-tientqu’ss y a des Adamites dans les pais Protestans. Je nedis rien de ces contes vagues 8c ridicules touchant la Hol-lande, qui se voient dans le Sorberìana, à la page 17. Maisvoions d autre côté un Ministre , qui dit qu’il y a des Moi-nes en Italie , nommez Adamites, qui vont nus en consé-quence des vœux qu’ils font, conformément aux réglés lesplus sacrées de leur Ordre. Ac ne nunc quidem , dit-il (17),nomen ejus ( htereiîs Adamianorum ) extaret , nifi Monachiquidam , qui fe falso pietatis ZV vits. aufteritatis pratextu com-mendarunt , horum bxreticorum impudentes prorfus mores retì-nuiffent , ZV inter fanílijfima ordtnis cr regulx feu pr cepta po-feuijjént , quales ii qui etiam nunc hodie Adamita dicuntur, ui-gentque plurimum in Italia . . . Vivant enim nudi , non necejft-tate quadani adatli vel inopia vestìmentorum , fed ex voti pro-' feffione. Je voudrois qu’il eût eu plus d’empressement pourprouver ce fait,.. que pour faire une oposition entre la con-duite de ces gens-là , 8c celle des anciens Moines > qui nes’étoient jamais vus nus (18) , 8c qui difoient qu’un hommede leur profession ne pouvoir contempler lui-même fa nu-dité , fans faire une chose indigne de lui (19). Un Cafuïstemoderne, qui n est pas des plus rigides (20), compte néan-moins pour un péché véniel, propria verenda aspicere ex qua-» d- am curiojltate,absque alia mala intentìone z? pericuto : 8c pourun peche mortel , aspicere verenda alterius feexus operta vejii-bus ita feubtilibus , ut parum afpeíîui obstent (21). Voir na-ger une personne nue de différent sexe est , selon lui, unpéché mortel. Deux hommes d’un caractère grave, commecieux Prélats, qui s’entrevoient nus, commettent , dit-il (22) , un péché mortel. Le Bernia parle d’un homme,qui ne portoit jamais la main qu’avec le gant à ses partieshonteuses (23Ï. Pourquoi un Cafuïste ne pourroit-il pasexiger qu’on s’abslînt de les toucher à nud , aussi bien quede les contempler à nud ? Un ancien Philosophe, par affec-tation de chasteté , n’y alloit- ni avec le gant, ni fans gant :il s eloignoit bien en cçla du principe d’Anacharsis (24Ì.Cet ancien Philosophe étoit le fevere Xenocrate. Ariftote-les , irridens Chalcedonium Xenocratem , quod mejendo vìrili-bus non admoveret manum , inquit , ,, Pur& quidem manus ,at inquinata mens (25)”.

Nous dirons dans la Remarque (O) de l’Article Ha-drien VI, que. la Mothe le Vaier n’a point dû prendreau.pied de la lettre le passage du Bernia,.

(is) Eva-grius , Hist'Eccleíl Libr «/, Cap.. XXRi

(r 6) Rutil.'Itiner. Lïbu

I > f. 445 -

(17) t-imssOrmLus inAngust. deHsres Cap*XXXI.

(18) lAÍpnd

Socrat. Hid>

Ecclei. Libr-,IV , Cap.XXIII , &.Sozomen.Libr. /» CdQ+XIII.

(19) Votez:dans /’HistO-ria ltfdicrade Balthafo*Boniface,pag. 181, co?n~ment

me soutenois*Se quoqueipíam virgí'nem erubes-cere debere,nec fe lîb*nudam os-te*idere 5 &des Exempt*fur cela lottesfar Theodo -ret.

(20) San-chez, deM* -trimon.

Lib. IX, Dis"put. XLï Lnum. 27, &.28.

( ztr) Ibid.num. 2S , dT2 6 .

(22) Ibid.'

num. 27,

28.

(23) Voici.

]a Mothe I eVaier , He-•xam. tust-M- 7S.

(24 )VidcTkfetarchumGanulit.f' , í-505 , & Clé-ment Alé"xandrin ,Sttomat.L"V, pag. 568 -

(25) Athco,Libr. XIL13 °*