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Tome premier. A - B.
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A F E R. A F R A N I U S. A G A R. 87

genoux , & cria merci, en déclarant qu’il redoutoit plus Péloquence de Caligula , que fa qualitéd’Empereur. Non seulement, on lui pardonna -, mais aussi on l’éleva au Consulat, par la desti-tution de ceux qui étoient alors en charge. Sa faute étoit bien légcre : il avoit érmé une statue àCaligula , & marqué dans l’inscription que ce Prince étoit Consul pour la seconde sois, à l’âge de27 ans. II croioit taire fa cour par là ; mais P Empereur le mit en Justice , prétendant qu’il luireprochoit fa jeuneflè & P inobservation des Loix (k).

Afer eut des enfìxns adoptifs. Pline le jeune vous l’aprendra , & vous en dira des circonstan-ces curieuses (E). L’Abbé Faydit dans ses Remarques fur Virgile, page ; , le fait de la MaiiònRoiale des Domitiens.

(k) Día,Libr. LlX,

b) Voífî. UWxtraut(pi dc P^i r -ì,c! ' de

<Cha r ie s (j e )

LoU E,

S-R AX-

ho )Vuit frd-'à- illis

[ u ) Ibidem,

493 .

le procès intenté à Domitius, il lui répondit , Je ne devoissas fuprimer un discours de cette importance. C’est autant ques’il avoit dit, %uo't ! fauro'ts travaillé inutilement à, ce plaiàoier?J’auro'ts mieux aimé renoncer aux louanges que ma rhétoriqueméritoit , que d'expo fer la vie de Domitius ì II n’y a que tíopde Grands , qui prendraient cela pour un grand désordre :ils croient que tout doit être sacrifié à leurs pallions. Ceuxqui ont dit que le Cardinal de Lorraine aima mieux expo-ser le Catholicisme à tous les dangers du Colloque dePoiíîì,que de se priver de la gloire d’y étaler son savoir & son élo-quence (9) , ne le conoiíïòìent pas mal.

(E) Des circonstances curieuses.] Domitius Afer adoptadeux freres, qui furent nommez Domitius Tullus, & Do-mitius Lucanus. II fit ensuite confisquer les biens de leurpere , & leur laissa les liens malgré lui en quelque façon ;car il y a beaucoup d’aparence qu’une surprise de la mortl’empêcha de révoquer le testament qu’il avoit fait à leuravantage. Domitius Lucanus, gendre de Curtius Man-tia , sc rendit odieux à son beau-pere. II eut une fille , enfaveur de qui Mantia ne voulut faire son testament, qu acondition que Lucanus l’émanciperoit ; mais , quand elleeut été émancipée , Domitius 1 ullus F adopta. Ce fut unecollusion des deux freres. Ils vivotent en communauté debiens St ainsi, dès que la fille eut été remise sous la puis-sance paternelle, par le moien de l’adoption, Domitius Lu-canus eut part à l’héritage de Mantia ; quoi que celui-ci eûtpris bien des précautions pour l’en empêcher (io). Domi-tius Tullus fut l’héiitier de son frété , préférablement à lafille qui leur étoit commune. II avoit lait espérer sa suc-cession à bien des gens , & s’étoit procuré par là toutes lescaresses, tous les présens, toutes les affiduitez empresséesqu’on met en usage auprès des riches vieillards, dont on bri-gue l’héritage ; mais il les trompa tous. La fille , qu’ilavoit adoptée, fut son héritière, & tous ses legs furent des-tinez à ses parens. II se souvint sur tout de sa femme ; caril lui laissa beaucoup de bien. Elle s’étoit déshonorée enl’épousant, vu le pitoiable état où l’âge Sc ies maladies l’a-voient réduit. II eût pu dégoûter en cet état une femme,qui auroit été à lui dès le tems qu’il étoit jeune Sc vigou-reux. A combien plus forte raison devoit-il paroitre désa-gréable à une épouse qui commençoit son commerce parun fi mauvais endroit ? Néanmoins, cette femme suporta ficonstamment tous les dégoûts de fa condition , & soutintavec tant de charité la vie infirme & caduque de son mari,qu’elle se réhabilita envers le public. Ce pauvre hommeétoit si perclus de tous lès membres, qu’il faloit que ses do-mestiques lui lavassent & lui curassent les dens ; & de làvint qu’il se plaignent d’être obligé chaque jour à lécher lesdoigts de ses esclaves. Cependant il n’avoit aucune enviede mourir (r r). Les paroles de Pline , qui nous aprenenttout cela, & qui contiennent tant de caractères des mœurs,méritent d’être raportées. Accepit (uxor) amœn'tjfmas vil-las, accepit magnam pecuniam uxor optima zy patienttjfima : ac

tanto melius de viro mérita, quanto magts efi reprehensa, quodnupfit. Nam mulier natalibus clara, moribus proba, &tate de-clivis , diu vidua , mater olim , parum décoré sequuta matri-monium videbatur divitis senis ita perdïti morbo , ut vjfe t&iiopofiet uxori , quam juvenis , sanusque duxijjét. Quippe omnibusmembris extortus C? fraSius tantas opes Jolis oculis obibat : acne in leiïulo quidem , nifi ab altis movebatur. 6 }uinetiam, fœ-dum miserandumque ditlu, dentes lavandos, fricandofque pra-lebat. Auditum est fréquenter ab ipso, quum quereretur de con -tumelìis debilitatis sua , se digitos fervorum fuorum , quotidielingere. Vivebat tamen, e? vivere volebat, sustentante maxi-me uxore , qua culpam inchoati matrimonii in gloriam perseve-rantià verterat (12). Les vertus de cette lemme seroient (12) Plì-sans doute plus admirables, si elle eût prévu la longue du- "îus, Epis-rée des infìrmitez de shomine quelle épousoit. Mais en- à xvuifin, elle mérita d’être louée ; car fi l’espérance d’acheter ir 'au prix de quelques dégoûts très-facheux , mais courts, undouaire très-ample , la trompa , elle ne fit point paraîtrepar son dépit, que sa condition lui déplût : elle fit toujoursson devoir de bonne grâce. Que de bons portraits danscette Lettre de Pline ! Que ce misérable perdus, qui craintla mort, représente vivement la foiblesse humaine ! défaut,dont nous parlerons ailleurs (13), Sc qui en ce tems-là étoit (iz) Dmsbeaucoup plus honteux qu’aujourd’hui ; car on prenoit l'anedes’Rj-pour une action de courage la résolution de mettre foi-mê- m s r( ì u ‘ s : d!me une fin à des maladies trop longues. Quel désordre, l sf r f ce ‘d’autre côté , que de voir un homme , qui a une fille , Sc E CENAS 'des petits-fils, faire savoir qu’il cherche des héritiers horsde fa maison , Sc qu’on n’a qu’à faire le siège de son hérita-ge dans les formes, pour prendre la place ! Quel trafic sor-dide ! Quelles ruses ! Côtoient de semblables gens , quitrou voient leur compte auprès de ceux qui bríguoicntdes successions.

-- Dominus tamen ztX Domini Rex

St vis tu fierì , nullus tibi parvulus aulaLuferit ASneas, nec filia dulcior illo.

Jucundum ejr carum sterilis facit uxor amicum (14).

Mais, si cette avarice étoit lâche , celle des gens qu’elledupa ne F étoit pas moins. Ils eussent été moins blâmables ,s’ils eussent brigué la faveur d’un homme qui n auroit pointeu d’enfans, Sc s’ils n’eussent point cric contre DomitiusTullus après fa mort. On se moqua de leurs plaintes, quifaisoient conoître leur honte : on loua le défunt, & l’onjugea que fa conduite étoit bonne pour un siécle aussi cor-rompu que celui-là. Servons-nous encore du pinceau dePline. Varït totâ civitate sermones : alii fiêlum , ingratum ,immemorem loquuntur , seque ipsos , dum ìnfeSlantur illum ,turpijjimis confeffìonibus produnt , qui de illo uti de pâtre, avo,proavo, quafi orbi querantur : alii contra, hoc ipsum laudibusferunt , quod fit frustratus improbas fpes hominum , quos fiedecipere pro moribus temporum prudentia est (15).

(14) Juvf-nal. Sat. V f

1. 134.

(15) PlinîlÈpistolaXVIII Liiri

nu.

t

AFRANIUS Quinctianus , Sénateur Romain, perdu de réputation à cause de ses impudî-citez infâmes , entra dans la grande conspiration contre Néron , qui coûta la vie à Seneque , l’ande Rome 818. II avoit une raison personelle de vouloir du mal à ce Prince , qui avoit fait contrelui une cruelle satire en vers. II nia long-tems qu’il fût de cette conspiration ; mais il le confessa M T 1 ac 'J-. íenfin , trompé par l’espérance d’avoir sa grâce. II témoigna , en souffrant le dernier suplice, plus xv] ’ap/."de fermeté que l’on n’auroit dû s’en promettre de la vie qu’il avoit menée (a). xlix, lvi,

AGAR , servante , & puis concubine du Patriarche Abraham , étoit Egyptienne (d). II y a u) Genèsequelque aparence qu’il la prit à son service , lors qu’il revint d’Egypte, après avoir recouvré fa xvlìfemme , que le Roi Pharao avoit enlevée. Mais c’est une fable que de dire , comme font lesJuifs (4/), qu’Agar étoit fille de ce Roi. Chacun fait que Sara, se volant stérile depuis long-tems (A),

I of " ua > ' (A) Comme font les Juifs.] On croit que le Paraphraste“ Thk tcha ' CfR'déen est le prémier qui ait publié cette fausse tradition,fiezet, h prétend que Pharao, aiant enlevé Sara, lui donna fa pro-yQ pre fille Agar , pour servante , & que Sara la fit venir avecelle au pais de Chanaan. C’est aussi la pensée du Rabin Jo-tiiarch ra ~ ^ (A U* 1 nutre Eabin conte la chose , comme si Pha-11, T ° m - rao , aiant remarqué les prodiges qui s’étoient faits fur fa(2) personne , depuis qu’il avoit enlevé Sara , avoit dit à Agar,

jarchi, a s^ à fille , il vaut mieux que tu fois servante dans cette maison-Heidcg. faj' là , que maîtresse dans une autre (2). Mais Abraham Za-C). >n Libro chuth ne la fait point d’une si bonne Maison : il se conten-- te de dire , qu’elle étoit servante de Churia , femme deMim eldcs ’ lìtao : Sc que Churia , après la mort de son mari, la( 4 j donna à Sara (3). St. Chrysostome veut que ce soit Pha-

Cot ael?\ rao lui-même , qui ait donné cette servante à Abraham (4).ç a P>de’ i n En effet, FEcriture observe , qu’entre autres présens qu’il171. lui fit, il lui donna des servantes (5). S’il lui donna celle-JL Genèse, ci, ne doutons point qu’il ne la choisit entre les personnes’ Is - dont la condition étoit de servir. Je croirais volontiers ce

pria

que dit Philon , qu’elle avoit embrassé la Religion d’Abra-ham (6) ; mais, quant à ce qu’il ajoute , que ce Patriarche de Abtahcessa d’en jouir , dès qu’il se fut aperçu quelle étoit grosse, '

je n’ai garde de le nier, ni de F affirmer. Ce sont des mys- cornel! àteres , dont il ne faut point être curieux : il faut suposer L apide’qu’ils se passent fous les voiles de la nuit, ou derriere le ri- Gen. p. 177.deau, & les laisser dans leurs ténèbres naturelles. Les Juifs, (gjAbénezr*toujours guindez fut les miracles, attribuent la conversion in GeneCd’Agar aux prodiges qui se firent chez Pharao , à cause du xv f’ ?>rapt°de Sara (7). , r Sb.

(B) Depuis long-tems.] II est dit dans la Genese , qu Abra- J97 ,ham avoit habité dix ans au païs de Chanaan, lors qu’il cou- [ 9 )Lafimiiiácha avec Agar; d’où les Juifs ont inféré, qu’un mari ne doit dc Sara ítoîtplus habiter avec fa femme , lors que pendant dix ans il Fa avant

éprouvée stérile (8) : absurde conséquence ; tant pavee qu’ll î" Abrahamy avoit plus de dix ans qu’Abraham étoit marié avec Sara, «ázrlors qu’elle lui proposa fa servante (9), que parce qu’il ne n ; r fcbaran*songeoit à rien moins qu’à la quitter, lors qu’il eut vécu dix Volez. G enc-ans avec elle au pais de Chanaan fans procréation de lignée, se, xi, 3-4