A G E S I L A U S.
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âns F Article de Conon, si Cornélius Nepos & Justin ont Fait leur devoir fur T Histoire d’A-gesilaiis. Ce Prince ne voulut jamais souffrir que l'on fit son effigie , soit en bosse , soit en platepeinture (/) ; & il le défendit même par son testament. Quelques-uns ont cru qu'il en avoitusé de la sorte , parce qu’il n’ignoroit pas fa laideur ; diffidens forma jua (m). Jamais personnen’a vécu dans une plus grande simplicité que lui (G). Mais il iìivoit très-bien loger Pesprit, lecœur , & la religion d’un Souverain (H) , sous cet extérieur de réforme , & sous cette frugalitéphilosophique. 11 ávoit une si grande tendresse pour ses enfans, qu’il s’amuíoit avec eux aux exer-cices les plus puériles (7) , comme est celui d’aller à cheval fur un bâton. ^
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voit entendre des défauts de Famé 7 ou de celui de la nais-sance. Ces deux dernieres fautes apartiennent au Suplé-ment de Moréri. Je ne remarquerai pas qu’on nomme mall’Egyptien à qui Agesilaiis rendit du service : il ne s'apel-loit point NaClenebon.
(G) N’a. vécu dans uns plus grande fimpliátéé] 11 n’y avoitpresque personne dans son Armée plus mal-habillé quelui v z6’. Après son expédition d’Aíìe , où il avoit aquisune si haute réputation , qui avoit reçu de nouveau un sigrand éclat à la bataille de Coronée , il vécut dans Sparte,tout connne auroit fait un bon Lacedeinonien du vieuxteins. II ne changea rien dans ses habits, dans í'es bains,dans ses repas ; & , ce qui étoit peut-être plus difficile , ilne souffrit point que sa femme fût mieux vêtue qu’aupara-vant, ni quelle distinguât sa fille dans les Processions pardes ornemens qui surpassassent ceux des autres filles. II nefit aucune réparation aux portes de son logis , quoi qu’ellesfussent ii vieilles, & si délabrées, qu’il lembloit que c’é-toient les mêmes qu’Ariílodeme y avoit mises (27). Notezqu’Aritlodeme étoit celui des Héraclides, qui eut pour fapart la ville de Sparte , & duquel descendirent les Rois de■Lacedemone divisés en deux familles, à cause des deux filsqu’il laissa. Ln hoc (Agesilao) illud in primis fuit admirabile ,cmn maxima munera et ab regibus c? àynastis civitatibujqueconferrentur , nihìl umquam in domum fuam contulit, nihil devkìu , nihil de vestitu Laconum mutavit. Domo eademfuitcontentas qua littrysthenes (28) progenitor majorum jtiorum suc-rât ttjiis , quam qui intrarat ntâlmn fignmn Itbidinis, nullumluxuria videre poterat : contra plurima patientia atque abftinen-tu. Sic enim erat instrucla m mtlla in re dijj’erret à cujusvisinopis atque privati (29). Quand on eut lu qu’Agelìiaùsétoit arrivé en Egypte, on lui envola de toutes sortes deprovisions : il ne choisit que les plus communes, & laissa àses valets les parfums , les confitures , & tout ce qui s’ytrouvoit de plus délicieux (30). Les Egyptiens , au lieud’admirer cela , se moquèrent de ce Prince , & le prirentpour un niais, qui ne favoit pas encore ce qu’il y avoit debon an monde, llle pretter vitulìna G hujufmodi généra ob/o-nii , qua prajens tempus defderabat, nihil accepit, unguenta,coronas , ficundamque menfam servis dispertiit , estera referrijuifît. Quo faólo eum barbari magis etiam contemfcrunt , quodeum ignoranûá bonarum rerum illa potijfimum sumpfife arbi-trabantur (31). Vous trouverez dans Plutarque , r , que cePrince se comporta de la même sorte, quand les Thafíenslui envoiérent des présens : 2, qu’il se moqua d’eux, quandils lui offrirent les honneurs divins (32).
(if) Le cœur , 1 esprit , e/- la religion d’un Souverains Plu-tarque témoigne , que ceux , qui gouvernoient dans Lace-demone , ne réconciliaient point d’autre justice, que ce quiscrvoit au bien 8c à ragrandissement de l'Etat (33). C’é-toit panni eux la réglé & la mesure du Droit & de l’Hon-nête : si une chose étoit utile au public , elle passoit dès làpour légitime. Je croi que Plutarque dit la vérité ; maisil ne devoit pas mettre en jeu la feule ville de Sparte. Cel-le d’Athenes (34) , 8c celle de Thébes , n’avoient point demeilleurs principes ; ce font généralement parlant les maxi-mes de tous les Etats : la différence des uns aux autres n’est
honnêtes de leur personne ? Mais s'agit-il de nuire à leursennemis, ils suivent tous, ou presque tous, les maximes deLacedemone. Ce seroit, je croi, un Livre de bon débit>que celui de La Religion du Souverain : il seroit oublier celuide La Religion du Médecin.
J’ai oui dire depuis deux jours à un homme de méri-te , qu'un Prince Italien demandant des conditions tropavantageuses, lors qu’il négocioìt un Traité de paix avecun puissant Monarque , qui lui avoit enlevé la plupart deses Etats, l’Envoié de ce Monarque lui répondit ; Maisquelle afárance voulea-vous que le Roi mon maître pttijfe pren-dre, s’il vous rend tout ce que vous demandez.? aíffúrez-le, ré-pliqua le Prince , que je lui engage ma parole, non pas en qua-lité de Souverain ; car , entant que tel , il faut que je Jacrifetoutes choses d mon agrandijjement, or à la, gloire c? a ïavan-tage de mes Etats, selon que les conjonctures s’en offriront : dites-lui donc que je lui engage ma parole, nonpas fous cette qualité-là-ce ne seroit rien promettre : mais comme Cavalier, G 1 honnête -homme. Quoi que ce langage ne réponde point aux idéesde ceux qui ont introduit dans le style de la Chancelerie laformule > nous promettons en foi g parole de Roi , il est pour-tant très-sincere & très-raifonnable.
Faisons encore deux Remarques. Prémierement, je dis-tingue entre ce que croioit Urbain VIII , & ce que croioitMaphée Barberin. La Religion du Souverain , entantque tel ; & la Religion, personnellement parlant, sont deuxchoses.
Autre Remarque. Agesilaiis avoit un respect extrêmepour ses Dieux : il ne souffrait po ; nt qu’on pillât, ou qu’onprofanât leu: s Temples, ni en Grece, ni aux païs des Barba-res ; & il mettoit au nombre des sacrilèges ceux qui mal-traitoient un ennemi réfugié dans un Temple (39). Pendantla marche de ses Troupes > il allait toujours loger dans lesTemples les plus literez; afin d’avoir les Dieux pour témoinsdes actions les plus sécrétés de son domestique. EVxjÍv» sov
x.x. 0 ' «úràv £V raìj àyìa-rároií itpoTs. à ft j ct oààoír.a.êo^Zo-i'ì tftèfuTrai orpxT r jor]ix.í nftSf , rdrm Axso ToidftsìeiÌtÍtìcíí x.ui ttúsvçxç. Tendebat enim , Cum iter faceret ,solusin sanSliffìmis delubris , ac quibus rébus paucos adhibemus arbí-tros,earum Deos facìebat infpeílores (40). Voilà sa Religionpersonnelle ; mais , dès qu’il se regardait comme Roi, lebien & l’avantage de son Roiaume étoit sa Divinité princi-pale , à laquelle il sacrifioit la vertu & la',justice, les Loixdivines & les Loix humaines. Je ne sai si tous ceux, qui ci-tent cette Sentence d’Euripide,
Nam , fi violandum est jus , regnandi grdtiâ
Violandum est : aliis rébus pielatem colas (41) J
en comprennent toute l'énergie : on y voit l’efprit, & deceux qui acquièrent des Roiaumes , &c de ceux qui gouver-nent les Etats ; ils vont quelquefois jusqu’à la superstition.Regardez la conduite particulière d’Agesilaiis : tout y estdans l’ordre, aliis rébus pietatem colas .- il ne fort de l’équité,qu’entant qu’il régné, regnandi gratiâ violandum est. Entantqu’homme , il vous dira sincèrement, comme un autre,amicus u/que ad aras : mais, entant que Souverain, s’il par-
(19) com;
Nepos, irtVit a Agesil»Coi. IV.
(40) Plut,?,s.Agesilao,fng. 603,
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que du plus au moins ; les uns sauvent mieux les aparences . le selon sa pensée, il vous dira, j V observerai le Traité de paix,Que les autres. Ouoi qu’il en soit , Agesilaiis étoit tout pé- pendant que k bien de mon Roiaume le demandera : je me mot
bs)U.tbìdAy- 617.
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que les autres. Quoi qu’il en soit, Ageiilaus étoit tout pénétré Je cette méchante Morale. Se voiant soupçonné d’a-voir induit Phebidas à surprendre la citadelle de Thebes enpleine paix , ík par une fraude qui faifoit crier toute laGrece , il représenta qu’il salait avant toutes choses exami-ner si cette action étoit profitable à la patrie , 8c que cha-cun devoit faire de son propre mouvement ce qui tendoità Favantage de l’Etat (35). II obtint que Phebidas seroitdisculpé , & qu’on enverrait une garnison dans la citadelle.Dans son expédition d’Egypte , n'abandonna-t-il point Ta-chais , qui Favoit pris à fa solde , & n’embrassa-t-il pas lesintérêts de Nectanabe , par la feule raison qu’il étoit plusimportant aux Lacedemoniens de soutenir cçlui-ci que ce-lui-là ? Action , qui , sous le masque du bien public, étoitnue trahison toute pure , comme Plutarque Fa remarqué.
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o-ía. (36). Absurdo G indigna facinori commodum pratexenspatrie. : quando hoc quidem velamento detraéïo nomen istius sabiiverijfimum eratproditio. En conversation, Agesilaiis ne par-lait que de justice : c’étoient les plus beaux discours du mon-de que les siens (37). Entendant dire qu’une certaine cho-se étoit agréable au grand Roi (38) , Par oh est-ilplus grandRoi que moi , s’il n est plus juste , dentanda-t-il ? Voilà nnebelle théorie ; mais la pratique n’y répondait pas, lors qu’ils’agissoit de l'on Roiaume. Je veux croire , que pour desintérêts particuliers , il n’auroit pas facilement contrevenu àses lumières ; & c est par là que je prétens qu’il avoit Fes-prit & la religion d’un Souverain. Combien y a-t-il deRois 2 í de Princes zêlez pour leur Religion, équitables 85
pendant que te oten ae mon Kotaume te demandera : te me motquerai de mon serment , dès que la maxime d’F.tat le voudra.Que s’il airnoit mieux que les Perses violassent laTreve,quéde commencer lui-meme à la violer , c’est qu’il espérois ungrand profit de cette conduite des Perses. Multum in eoconsequi se dicebat , quod Tiffdpbernes perjurio suo g hommesfuis rébus abalienaret , G Deos fibi iratos redderet (41I.
Notre bon Agesilaiis , qui eút cru blesser la belle Mora-le , s’il avoit été bien vêtu , & s’il eút fait bonne chere nese faifoit nul scrupule dette FUsurpateur d’un Roiauîne.C’est ainsi que certains Casuïstes damnent fans rémission lesfemmes qui s’ajustent trop mignonnement : ils ne peuventsouffrir, ni leurs rubans, ni leurs pierreries ; mais non seu-lement ils permettent aux hommes de se soulever, & dtìs’engager à une guerre civile ; ils les y exhortent aussi.
(I) Aux exercices les plus puériles^ Ún jour, qu’on le fur Jprit à cheval fur un bâton , avec lés enfans, il se contentade dire à celui qui Favoit vu en cette posture , Attendez d.en parler que vous fiiez ^«(43). On ne pourrait pas citer icices vers d’Horace ,
JEdijìcare cafits , ploftello adjungere mures ,
Luderepar impar, eqjjitare in arundine L 0 NGASi quem deleîlet barbatum , amentid lerfit (44) ;
(42) Coi-nel. Neposin Agesil,Cno. 11 .
Car ce Poète n’entend point parler de ceux qui par com-plaisance pour leurs propres enfans, s’amuséroient à de tel-les choses dans leur logis. La Mothe le Vayer n’est pointexact, lors qu’il dit, que le Roi Agefiiàús, aujfi bien qu’Aki-biade, furent surpris folâtrant au milieu des petits garçons ; pofi 2I78c que le Philosophe Socrate en faifoit gloire (45). On ci- à n,
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(43) ïlut. IÇAgesilao,
pcg. «10.
/Eli anus.Vai. Hist.Libr. XII,Cal . XV.
(44Ì Horar,Sat. Ut,Libr. II,f. 247
(45 La Mesthele Vayet»
Tom. / a