Band 
Tome premier. A - B.
Seite
128
JPEG-Download
 

iz8 A L A M A N D U

„ en un an ou deux il soit devenu Saint à canoniser, sans,, avoir donné aucune preuve de son repentir de tant de„ crimes qu’on luy impute, c’est avoir une estrange idée„ de la sainteté, ou plustost, c’est aimer mieux allier en-„ semai; la malice 8c la sainteté, que d’avouër qu un Pape,, s’est trompé, en déclarant un homme méchant, lors,, même que Dieu l’a déclaré saint. Mais la Bulle de„ Clément VII, de la Béatification de ce Saint homme,,, rapportée par Ciaconius, suffit pour confondre cet Escri-„ vain, puisque le Pape luy rend témoignage, non d’a-,, voir fait une grande pénitence des crimes qu il auroit„ commis ; mais d’avoir rendu à Dieu son aine très pure,„ après avoir vescu 60. ans. „

8. A L A M O S.

Ces Messieurs censurent très-justement Raynaldns à re-gard de la hardiesse avec laquelle il assure le repentir d’Ale-man, 8c ils réfutent d’une maniéré démonstrative fa pré-tention ; mais ils ont tort de I accuser de ce dogme hor-rible , qu’ils étalent si pompeusement : il n’est point vraiqu’il joigne ensemble la sainteté 8c l'impémtence ; caril supose , au contraire , que ce Cardinal se repentit,8c il reconoit en cela une adorable miséricorde du bonDieu.

Au reste, si je dis ici que Mr. Claude a reproché auxJansénistes d’avoir souflé le chaud 8c le froid touchant Ode-ric Raynaldus (6 ), ce n’est que pour faire voir qu’on leurattribue les Remarques que je leur ai attribuées.

(aj VoieZ,BÌDHothcc.1ScfiptorumHifpanix »Tom. I,

I 4 I -

(i' Amclotdc la Hous-saye, Dise.Critique, kU-t’tc de saTrainl’ondes Annalesde Tacite ,imprimée àParis ,

1690. Ce

Discours

Critique

avoit de'ìkf ara k (a tïtede fa Moral ede Tacite,

en 1686. Jleft m peuattiptentéd.msf Edition desAnnales.

(2) ImpriméÀ lAmter-dam, m 1683.

(t) Aan esla principaly de

mas mòmentOflUsta Otr».

ALAMOS (Balthasar) naquit à Medina-del-Campo, dans 1 a Castille. Aiant étudiéen Droit à Salamanque, il entra au service d T Antoine Perez, Sécrétaire d’Etat fous le Roi Phi-lippe II, & il eut beaucoup de part à l’estime 6c à la confidence de son maître : de là vint quel’on s’aslura de ía personne, après la disgrâce de ce Ministre. On le détint en prison onze ans.Philippe III, parvenu à la couronne, le mit en liberté, suivant les ordres que son pere lui endonna dans son testament. Alamos mena une vie privée, jusques à ce que le Comte Duc d’Oliva-rez, Favori de Philippe IV, l’apellât aux emplois publics. On lui donna la charge d’AvocatGénéral dans la Cour des causes criminelles, 6c dans le Conseil de guerre : ensuite, il fut Conseil-ler au Conseil des Indes,6c puis au Conseil du patrimoine Roial. Il étoit Chevalier de St. Jaques,homme d’esprit 6c de jugement, 6c qui avoit la plume meilleure que la langue. II vécut 88 ans,6 c ne laisla que des filles. Sa Traduction Espagnole de Tacite , 6c les Aphorismes politiques , dont il enborda les marges, lui ont aquis beaucoup de réputation ; mais non pas fans que les sentimenssoient partagés là-defiiis f A). Cet Ouvrage, publié à Madrid l’an 1614, devoit être suivi d’unCommentaire { B ) , qui n’a jamais été imprimé, que je sache. L’Auteur avoit composé le toutpendant sa captivité, 6c il avoit même travaillé en cet état à obtenir un privilège pour l’impres-sionfC). II laiílìi quelques autres Ouvrages,qui n’ont pas été imprimez; Adzertrmientos al goviemo ,adressés au Duc de Derme, vers le commencement du régné de Philippe III; El Conquistador :c’étoient des Conseils, touchant des conquêtes à faire dans le nouveau monde ; Puntos politicos 0 deEstado. Don Garsias Tellode de Sandoval, Chevalier de Calatrava, gendre d’Alamos, a donnéconoislànce de ces manuscrits à Don NicoLas Antonio (a), duqucl j’ai tiré la plus grande partiede cet Article.

(A) Les sentimens font partagés touchant fort travail fur Ta-cite.} Ce partage concerne beaucoup plus les Aphorismes,que la Traduétion,com me on le va voir par les citations sui-vantes. ,, Quant aux Aforisines d’Alamos, ce n’est point ce,, que l’on pense; car vous n’y trouvez presque rien qui„ sente l’Aforisme, ni qui aproche même de la force de„ ce qui est exprimé dans le texte de la Version. Au lieu„ que l’Aforisme devroit être plus sentencieux que le tex-„ te, les paroles du texte font toujours plus sentencieuses,

„ que l’Afbrifme. Enfin, pour trancher court, l’Aforisme„ n'est le plus souvent qu’une Version périfraié; de la Ver-„ sion même: chose fade 8c ennuicuse pour des lecteurs,„ qui ont de l’intelligence 8c de la délicatesse. Cela siiposé,„ je ne feins point de dire, que la Traduction d'Alamos„ est beaucoup meilleure, que les Aforismes. Et c’est un,, jugement, qu’a fait avant moi l’Auteur de la Bibliogra-„ fie H.dorique-Politique dans l'article des Historiens La-„ tins. Le Tacite illustre, dit-il, (c’est le titre de la Ver-,, sien d’Alamos, ) eft fort estimé de nos voyageurs ; mais, à„ en juger sainement, les Notes n en valent pas mieux que les' impertinentes PeuJ es nouvelles de Louis d'Orléans fur cetAtt-,, tetr, m pue les Remarques astiques es? politiques du Comte„ Hannèal Scot de Plaisance , lesquelles Juste L'tpfe apelle a,, bon droit des Notes de plomb. Cependant, certain Sécré-„ taire Esp ìguol, nommé Juan Onate , n’a pas laissé de,, prendre la peine d’aranger ces Aforismes fous des ti-s , tres particuliers, par ordre alfabétique, 8c n’a pas fait„ disicuité de les intituler, Aima de Cornelio Tacito : 8c, de„ plus, un Jérôme Canini les a traduits en Italien, 8c les a„ incorporez à la Version Italienne d’Adriano Politi, com-,, me quelque chose de bien excellent, témoin ce titre:„ Opéré dì Corn. Tacito , illustrate con notabilissimi„ A F o R i S M i del Sìgnor D. Baldaff'ar Alamo (1). ”

Voilà deux Auteurs,qui parlent avec mépris de ces Apho-rismes ; 8c deux, qui en font beaucoup dc cas. On s’éton-nera moins de cette différence de sentimens, si l’on se sou-vient, qu’en Tannée 1683, Mr. Amelo: n’avoit pas la mê-me opinion là-iessus, qu’il a fait paraître en 1686 8c en1690. Consultons la Préface de son Tibere (1'. Il est bienvrai , dit-il, qu Alamos n a pas feulement traduit Tacite, maisy a fait encore un grand nombre de Remarques,qu il apelle A f0-rtfines, if qu Antoine dc Covarruvias, son Aprobateur, dit

être la principale partie de son Ouvrage (f). J"avoue

que le fien est excellent, soit pour la TraduStïon, qui est aufficlaire que l original est obscur, soit pour les Aforismes, qui fonta toutes les marges, dont la plupart font proprement des Para-frafes es? des Verpons des sentences de Tacite, es? les autres desConclupons morales ou politiques, tirées des événemens qu il ra-conte ; mais quelque aplaudiffement que ce Livre ait eu dans lemonde, je ne la'tjfe pas d efperer que le mien y fera tres-bienreçu de ceux qui font capables d être juges en cette forte de ma-tière, ex même d’autant mieux que ce que j ai fait étoit beau-coup plus difficile à faire que ce qu Alamos a fait. Car tousfes Aforismes .... font autant de pieces es? de morceaux, es?,comme dit te proverbe, du fable fans chaux es? fans ciment-, aulieu que dans mes chapitres ,je fais un discours continu de toutesles citations Latines qui font aux marges,es? m‘me un corps uni-forme de toutes pieces dìférentes. st quoi Juste Lipfe dit qu'ilfaut avoir travaillé,pour javoir combien cela est difficile. Voiciles paroles de Lipfe, telles qu’elles font citées par Mr. Ame-

lot. Nec vero nudas aut fparfas fententias dedimus, ne dìfflue-rent, c 7 effet, quod dicitur, arena fine calce: fed eas aut interse hattd indecentcr vinximus, aut interdum velut cœmento quo-dam commtfimus nostrormn verborumfe mille aliquot particulisuniforme hoc es? colurens corpus formantes. Hoc totum quamarduum miki fierit, frustra dixerim apud non expertum ....eo major mihì molestia quod per hue aliéna veftigia fie iverim,tanquam in liberrimo ingenii curfu (J).

(B) Cet Ouvrage devoit être suivi d'un Commentaires} Leprivilège du Roi fait expressément mention de ce Commen-taire. Antoine Covarruvias en parle comme d’un Livr qu’ila lu; 8c il nous en aprend même la forme, 8c les principalesparties. C’est dans l’aprobation qu'il a donnée à l’Ouvraged’Alamos, imprimée à la tête de la Traduction. Un autreAprobateur parle nommément du Commentaire. A amosdans ses Préfaces,en parle plus d’une fois,8c promet d éclair-cir là les obscuritez de Tacite: cependant Nicolas Antoinen en dit pas un seul petit mot; 8c, ce qui est plus ct range,il ne parie pas même de la Traduction: il dit feulementqu Alamos fit des Aphorismes fur les Oeuvres de Tacite.

^ (Cl II avoit travaillé en prison à obtenir un Privilège pourl'impreffìon. ] Je ne remarque pas cela, afin d’atongerl’Article, comme quelques lecteurs accoutumez à précipi-ter leuvs jugemens íe pourront imaginer. Je me proposel’instruction d’un petit procès qu’on a intenté à Don Ni-colas Antonio, avec beaucoup d’aparence de raison. 11prétend qu’Emanuél Sueiro traduisit les Oeuvres de Taciteen Espagnol, après qu’Antoine de Herreti en eut traduitquelque partie > 8c après que Balthasar de Alamos, 8c Car-los Coloma, les eurent traduites toutes entieres: PofiAn-tonìi de Herrera aliqualem, Balthafarìs de Alamos, es? CaroliColoma , illujìrium virorum integram operam in hujusmtt Au-toris interpretatione pofttam (3). Or il reconoit que laVersion de Sueiro fut imprimée à Anvers, en 1613; 8c ilest certain que celle d’Alamos fut imprimée à Madrid, en1614. C’esl la date que Don Nicolas Antonio a donnéeaux Aphorismes d’Alamos (4). D’ailleurs Alamos a ex-posé dans fa Préface les raisons qui ne l’avoient pas empê-ché de publier son Tacite, depuis que la Traduction deSueiro avoit vu le jour (;). II ne semble donc pas qu’ilsoit possible de répondre pour le Bibliothécaire des Ecri-vains Espagnols à cette objection de Mr. Amelot de laHoussaie: Témoignage, dit-il, cn citant ce que je viens deciter, que Don Nicolas Antonio s'ost mépris, quand il faitla Version d kmanuél Sueiro postérieure d celle d’Alamos (d).Je ne vois que ce seul raion d’excuse : c’est de dire quepeut-être Sueiro n’ignoroit pas, lors qu’il entreprit son Ou-vrage, qu’Alamos avoit déja obtenu un privilège, pour enpublier un tout semblable, qui avoit été vu 8c aprouvé parAntoine Covarruvias. La nouvelle avoit pu lui en venirjusqu’à Anvers; car, dès l’an 1594, le Roi Philippe IIavoit donné ordre à ce Covarruvias d’examiner tout cetravail d’Alamos ; 8c, dès l’an 1603, Philippe III avoitaccordé la permission de Umprimer. Alamos conte toutcela dans son Av : s au lecteur: ce qui, pour le dire en pas-sant, renverse la conjecture de ceux qui se voudroient ima-giner qu’il ne borda d’Aphorismes fa Traduction, quasind 'enchérir fur celle de Sueyro (7). Les Aphorismes étoientl’une des parties principales de son travail, dèsle tems qu’stfut aprouvé par Antoine Covarruvias.

ALBERT.

(6) Clan degPréface de laRéponse àJ a Perpétuité

dé la foi

défendue,fag. xxviij*xxjx.

(!) LipíÏŒriPrafrtioneDoctr. Ci-vilis.

(z) Nicol./tmonbBibl. Hiip.Tom. I.pag 273.

(4) Id. - 2 ,Lpag. 140.

( 7 ) âw-1<>r-là-mê »«■