AL CYONIUS.
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ALCYONIUS (Pierre) a été un de ces doctes Italiens, qui cultivèrent les belles Let-tres dans le XVI siécle. II aquit une intelligence fort raisonnable du Grec & du Latin , & fitquelques Pièces d'Eloquence , qui ont mérité l’aprobation des conoisseurs. II fut Correcteur d'Im-primerie pendant long-tems, à Venise , chez Aide Manuce (V) ; & il doit par conséquent avoirpart aux éloges que l’on donne aux Editions de ce savant Imprimeur. II a traduit en Latin plu-sieurs Traités d'siriftote (á) , & n’y a gueres réussi. Sepulveda écrivit contre ces Versions , & yremarqua tant de fautes, qu’Alcyonius ne trouva point de meilleur remede à fa disgrâce , que d’a-cheter autant d'Exemplaires qu’il lui fut possible de P Ecrit de Sepulveda , pour les jetter dans lefeu (B). Paul Jove l’accuse d’un second défaut , qui est plus honteux que le prémier : c’est d’a-voir été un impudent parasite (C) , qui ne faifoit point difficulté de manger deux ou trois foishors de chez lui dans un même jour. je ne lai s’il en faut croire tout-à-fait Paul Jove ; car il sebrouilla avec Alcyonius sb) , dès qu’il eut ouï dire qu’il avoit en lui un rival dans la commissiond’écrire l’Histoire (Z)). Le Traité qu’Alcyonius fit imprimer touchant l'Exil contenoit tant debeaux endroits parmi d’autres assez chétifs, qu’on crut qu’il avoit cousit à ses pensées plusieursmorceaux d’un Traité de Cicéron de Gloria , & qu’ensuite , pour empêcher qu’on ne le convain-quît de ce vol, il jetta au feu ce manuscrit de Cicéron (E) , Punique qui fût au monde (c). Lesdeux Harangues , qu’il fit après la prise de Rome , où il représenta fort éloquemment l’injusticede Charles - Quint, 8c la barbarie de ses soldats, dissipèrent un peu les mauvais soupçons qu’onavoit formez contre lui {d). Ce font deux fort bonnes Pièces. On parle d’une Harangue ,
qu’il
(a) Voiez-enla Lifte dantla Biblio-thèque deGelhei.
M Volez, lesEpitres des.PrincesIto 91 verso.
(c) Jovius,Elogior.
Cep, CX XIII.
(d) Jovius,ibid.
(A) Il fut Correcteur d’Imprimerie pendant long-tems , àVenise, chez. Aide Manuce .] Paul Jove n’en dit pas tant. Cumdiu in Chalcographorum Officinis, dit-il (i) , corrigendis errorì-bus menfiruâ mercede operam navaffet , multa observatione adpncellentem scrilendi facultatem pervenit. C’est de Mr. Va-sistas , que je tire ce qui concerne Aide Manuce; & sa-vane que je le fais en tremblant, vu le grand nombre defautes que cet Ecrivain a commises touchant les beauxEsprits dont il a parlé dans ses Anecdotes de Florence. Lepublic lui est redevable , dit-il (z) > de l’exactitude dont ttfoitAide Manuce dans l’ìmprejston des meilleurs Auteurs Grecs CP"Latins que nous admirons aujourd'hui ; car il a été toute fa•vie Correcteur de cette fameuse Imprimerie. Cette derniereparticularité est fausse ; car Alcyonius était Professeur àFlorence , fous le Pontificat d’Hadrien VI.
(B) Il acheta ce qu’il put d’Exemplaires de l'Ecrit de Sepul-
veda contre ses Versions d’Aristote , pour les jetter dans le feu. ]Paul Jove remarque cela : <S)uum aliqua ex Ariftotele perpe-ram insolenterque vertijset , in eum Sepulveda vir Hispanus ,egregie de literìs méritas , edito volumine peracuta jacula con-torstt. , tanto quidem eruditorum applaufu , ut Alcyonius
ignominis dolore mi/ère confternatus , Hifpani hostis libros in ta-bernìs , ut concremaret , gravi pretio coémere cogeretur (3).Volez les Epitres des Princes recueillies par Ruscelli, &traduites par Belleforêt, folio 93. Volez aussi la XXVII8c la derniere Lettre du III Livre de Longolius. Si bene tenovi, ipfe tu denumiabis ; c’est-à-dire, que l’Ouvrage de Se-pulveda étoit imprimé , ut hominis ad tant& contumelia nun-cium , vultum videas : quod unum fane fpeétaculum tìbì mag-nopere ìnvideo. Nunquam enim is ex oculis laborabit, qui tume jus frontem fpeêlarit (4).
(C) o» l'accusa .... d'avoir été un impudent parasite. ]Raportons les termes de Paul Jove. Cìim nullâ ex parte in-genuis , fed plané plebeis ZA sordidis moribus foedaretur , eratenim impudens guis, mancipium , ita ut eodem sape die bis zsrter alienâ tamen quadrâ cœnitaret ; nec in eâ fœditate malusomnino medicus, quod domi demum in leCti limine per vomitumipso crapuls onere levaretur (5). Mr. Varillas ne parle quede l’ivrognerie d’Alcyonius : il ne l’accuse que de s'être eni-vré toutes les fois qu il en trouvoit l'occason. Latomus, dontPaul Jove raporte les Vers, fait mention des deux excès dece personnage, de celui de boire, & de celui de manger.
(. D ) P. f ove le crut son rival dans la commifston d'écrirel’Histoire.'] Celui qui nous aprend cela , ajoute qu’il n’étoitpoint vrai qu’Alcyonius dût composer une Histoire ;& qu’onne savoir dit à Paul Jove , qu’afin de les brouiller ensem-ble (6). Le Cardinal de Médicis se divertissait à ces querellesdes Sa vans : il se faifoit un plaisir des inquiétudes où il j et toitAlcyonius, en protégeant Sepulveda (7). Notez qu’Al-cyonìus loua magnifiquement la prémiere Décade de l’His-toire de Paul Jove , dans la II partie de son Traité deExilio.
(E) On l’accufa de s'être aproprié pluseurs morceaux dé unTraité de Cicéron de Gloria, c? ensuite de lavoir jetté au feu.~\Paul Jove n’est pas le seul qui raconte cette supercherie fu-neste. Paul Manuce , dans son Commentaire sur ces paro-Ls de Cicéron , Librum tibi celeriter mittam de Gloriâ (8) ,un parle ainfi : Libros duos sgnifeat , quos de Gloriâ scripst :qui ufque ad patrum noftrorum statem pervenerunt. Nam Ber-nardus Jufinianus, in Indice Librorum fuorum nominat Cice-ronem de Gloriâ. Is Liber postea , cum universam BibliothecamEernardus Monacharum Monafierio legajfet , magnâ conquifitusc urâ , neutiquam est inventas. Nemini dubìum fuit , qui nEetrus Alcyonius , cui Monachs Medico suo ejus traílands Bì-blìothecs poteftatem fecerant , homo improbus furto averterit.Et fané in ejus Opusculo de F.xslio, aspersa nonnulla deprehen-duntur, qus non olere Alcyonium Auóíorem, sed aliquanto pr&s-tantiorem artificem videantur. Nous aprenons de ce passagequ’Alcyonius étoit Médecin de profession. Voiez la Re-"aarque (I). Or puis qu’il l’a été d’un Couvent de Re-> il ne saurait être vrai, ce me semble, qu il aitpane toute sa vie dans l’Imprimerie de Manuce. C’est unenouvelle preuve de l’erreur de Varillas.
J ai deux choses à remarquer contre cet Historien. La
prémiere est , que dans le Fragment de son Louis XI, ilimputait à Philelphe le plagiat & la destruction du Traitéde Gloriâ , & citoit les petits Eloges de Paul Jove. On l’a-vertit (9) que cela n’y étoit point. 11 a profité saris doutede cet avis , en publiant son Louis XI ; car après avoirobservé touchant Philelphe les mêmes choses que dans leFragment, il ajoûte : Il n est pourtant pas certain qu’il ait étécoupable de ce crime , qui paflê pour un des plus grands qui secommettent en matière de Lìtérature ; or il y a des Auteurs ,qui limputent â un Savant du même tems, nommé Alcyonius,or soutiennent qu'il s’apropria ce Livre de Cicéron , âpres enavoir changé le Titre , qui étoit de la Gloire , en celui de i’E-xil (40). II aplique à ce dernier fait la citation de Paul Jo-ve. S’il avoit entièrement suprimé ce qui regarde Philel-phe , il se ferait mieux tiré de tout embarras ; car où trou-veroit-il que l’on ait acculé Philelphe de cette supercherie ?D’ailleurs , on n’accuse pas Alcyonius d’avoir publié le Li-vre de Cicéron , & d’y avoir feulement changé le Titre :on lui pardonnerait aisément sa vanité, s’il n’étoit coupa-ble que de cela ; la joie d’avoir l’Ouvrage de Cicéron fe-rait oublier la fraude : mais on l’accuse d’en avoir tiré uneriche broderie > pour la mettre fur ses lambeaux , & puisd’avoir brûlé tout l’Ouvrage de Cicéron. Ex Libro de Glo-riâ Ciceronis , auem nefariâ malignìtate aboleverat , mtiltorumjudicio confectum crederetur. In eo enim tanquam vario ccnto-neprsclara excellentis purpura fia , languentibus uteris colori-bus , intertexta notabantur ;ll).
Ma seconde remarque est , que quand Mr. Varillas faitmention de François Philelphe , dans les Anecdotes de Flo-rence (xz) , il ne lui attribue rien par raport au Livre de ■Gloriâ : c’est Alcyonius seul, qu’il accuse de ce forfait. IIdit (13) que ce mijérable Plagiaire fut obligé de consoler le Pro-vediteur Cornaro dans l’Exil où il avoit été condamné , pouravoir été batu faisant la guerre aux Turcs , quoi qu’il n y eútpoint de fa faute. Algionus (14) lui envoia le Livre intituléDe fortiter toleranda Exilii fortunâ ; er, comme ce Traité n'é-toit composé que de sentences fort mal ajustées du Livre de laGloire de Cicéron , il ne laiffa pas d'être beaucoup estimé , quoique les plus judicieux remarquajj'ent bien qu’il n’y avoit aucuneliaison. Algionus , ravi du succès de son Ouvrage, changea ledestém qu’il avoit eu de faire imprimer la pìete de Cicéron. Etcomme il savoit bien que personne tien avoit de copie , il le jet-ta dans le feu , de peur qu on ne trouvât un jour parmi ses pa-piers de quoi 1 e convaincre de larcin. Si l’on compare ce nar-ré avec celui qui se trouve dans la Vie de Louis XI , on yadmirera qu’un même homme puisse raporter un fait avectant de variétez incompatibles. Comme je n’ai point ceTraité d’Alcyonius , je ne puis déterminer par moi-mêmefi Mr. Varillas en a bien marqué le sujet Lc Toccasion. Jepuis dee seulement, que le titre qu’il luy donne n’est pointconforme à celui que Gesmr a marqué, Mcdices Legatus,five de Exilio liber ; & qu’un passage de ce Livre (1 f m’afait conoître que Jean de Medicis, qui a été le Pape Léondixième , y parle. Mais ce que je ne puis déterminer parmoi-même , je puis l’affirmer fur la parole d’un de mesamis , dont Téxactitude & les lumières me font très-co-mtes (16). Or voici ce qu’il vient de me marquer. ,, Le„ Legatus Medices,feu de Exilio , de Petrus Alcyonius, bien„ loin d’être écrit pour servir de consolation au prétendu„ Provéditeur Cornaro , est adressé par s Auteur ad Nico-,, laum Schonbergium,Pontiscem Campanum (17^,ôc dans tout,, le Livre il n’y a pas un mot qui puisse directement ni in-,, directement regarder Cornaro. Cet Ouvrage . imprimé,, à Bàle, en 1546, est divisé en 1 Livres, dont voici lc titre„ de mot à mot : Pétri Alcionii Medices Legatus, feu de Exi-,, lio , ad Nicolaum Schonbergium, Pontificem Campanum. II„ est écrit en Dialogue , dont Jean de Medicis , qui a été,, depuis Léon X , Jules de Medicis , & Laurent de Me-,, dicis , font les interlocuteurs. Voilà pourquoi on a mis„ Medices au titre ; & , parce que l’Auteur supose que ces„ interlocuteurs s’entretinrent peu de tems après que le Pa-,, pe Jules II eut envoié Jean de Medicis comme son Lé-„ gat à la tête de l’armée qui devoit reprendre Boulogne,„ on a joint le mot Legatus à celui de Medices Voici,
à coup
( 9 ) I>ans lesNouvellesdelaRépu-blique desLettres ,Juin 1685 »
<.Artide /,vers la fin.
(îo) Varil-las , Hist.de Louis XI,Liv.r,pa£. 39Edition deHollandce
( ií) Jovius,Elogior.
Cap, CXXIIT}pag. 266.
(12 )?agel 6 ^ é(l 3 )Pa£ei 62 *.
(H) C'est
ainji cftfon amis toujoursdans l*Editiondes Anecdo-tes.
(15) //*/? cu-rieux : lisez.-le dans les O* 4puscuies deColomies ,Chap, XV,
(16) Mr. deLarroque.
(17) H fm
dtpuis CardPtial : je parlede lui fous( Nicolas )
S C H O M -BERG ,