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a fluit enfin une plénitude de lumière. II flotta d’abord un peu entre les deux Religions, commé on lepeut voir par ses Réponses à Cochleus : mais, au bout du compte , il embraíl'a le Luthéranisme ,& il y persévéra jusques à fa mort. II elt vrai, que dans les divers partis qui s’y formèrent, il
se rangea quelquefois du côté de ceux qui paroiíToient les moins orthodoxes. C’est ainsi , qu eni f(5o , il soutint le dogme de George Major touchant la nécessité des bonnes oeuvres (C). J’ou-bliois de dire , que le changement, qui se fit en Angleterre , par raport à la Religion , eníuite dumariage de Henri VIII avec Anne deBoulen,fut caule qu’Ales alla à Londres en isZs. II y fut fortconsidéré par Crammer Archevêque de Cantorberi, par Latimer , & par Thomas Cromwel, quiétoient alors en grand crédit auprès du Roi, & il eníeigna même publiquement. La chute de cesFavoris l’obligea à retourner en Allemagne , où l’Electeur de Brandebourg le fit Profeileur enThéologie à Francfort fur l’Oder , Pan i yqo. Ales y eut une querelle , deux ans après , fur laquestion fi le Magistrat peut & doit punir la paillardise (D) ? II étoit pour l’aísirmative avec Mé-lanésie
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car, au contraire , on le mit dans un cachot épouvantable,où il demeura vingt jours. Sa liberté ne fut pas de longuedurée. . II n avoir pas cru devoir taire aux Magistrats le malqu’il avoir souffert : là-dessus, le Prévôt, qui lui avoir dé-fendu de le leur dire , le fait remettre en prison , & repré-sente à l’Archevêque, que c’étoit un homme qui avoir faitéclater son hérésie dans le Sermon synodal, Lc qui méri-toit cette peine. II se fâcha tellement, de ce que, pendantun volage qu’il avo.it fait, on avoir mis Ales hors de prison,qu’il vouloir à toute force l’y renvoier , fans lui permettred achever une Messe commencée. Mais enfin , les prièresdes Chanoines le fléchirent : il attendit jusques à la fin de laMesse à le renvoier en prison. Or , comme on savoir qu’ille feroit mettre au cachot dès le lendemain , on conseillaau prisonnier de prendre la fuite toute la nuit, & d’a-bandonner f Ecosse. II crut ce conseil, Lc s’en alla en Al-lemagne , fan i;zz (;).
(C) Il soutint le dogme de George Major , touchant la néces-sité des bonnes oeuvres. ] Le titre de son Ecrit est , De Ne-cejptate e? 1 Merito bonorum Operum Difputatio prof opta in cé-lébrs Academiû Lipficâ , ad xxix diem Novemb. 1560. CetteDispute est la cinquième inter Anti-Tapperianas ; Lc voilà unAnti à ajouter au Recueil de Mr. Baillet. Pour n’en fai-re pas à deux fois, raportons ici les titres de ses princi-paux Ouvrages : CommentarU in Euangelium Johannis , e?in utramque Epistolam ad Hmotheum ; Expofitio in PfalmosDavidis; De Justificatione , contra Ofiandrum; De SanâlâTri-nitate , cum Confutatione erroris Valentini Gentilis 3 Refpon-fio ad triginta c? duos Articules Theologorum Lovanien-jium , este.
(D) ll eut une querelle fur la question , fi le Magistrat peutCT" doit punir la paillardise ? ] On entend assez que cette dis-pute ne rouloit point fur l’adultere , mais fur la simple for-nication ; car encore que la punition de f adultéré soit unechose aussi rare cjue ce crime-là est fréquent, elle passenéanmoins pour légitimé entre les Docteurs Chrétiens. Alesn’avoit donc à combatte qu’un antagoniste , qui lui sou-tint , qúe le Magistrat ne peut ni ne doit punir la fornica-tion. On diféra de prononcer sur cette dispute ; Lc il y abeaucoup d’aparence qu’Ales, indigné de ce délai , nevoulut plus demeurer parmi des gens qui fe déclaroient sifavorables à l’impunité des fornicateurs. Cum A. 1541 ,dit Thomafius (6) , inter ipfum c r alium quendam exorta es-fet controversia de quastione , pojfitne ac debeat Magistratus Po-liticus feortationem punire ? veramque fententiam , hoc est affir-tnantem , ac Philippi quoque Melanchthonis calculo approba-tam (-f) , defendente Alefio , nihìlominus hujus difputationisdecifio juberetur differri : offensas , ut apparet , hâc boni causaprocrastinatìone Alefìus , non exfpeSlato Principis adventu, dis-ceffit (J). L’indignation ne lieoit pas mal dans un tel casà un Professeur en Théologie , qui avoir vu la naissance dela Réformation , & qui devoir naturellement espérer qu’ilne vivroit pas assez pour voir revenir la morale au prémierrelâchement. Rien ne pouvoit faire plus d’honneur à laReligion Protestante , que la sévérité des maximes qui í'eraportent à la chasteté ; car f observation de ces maximesest le triomphe le plus malaisé à obtenir sur la nature, Lccelui qui peut le mieux témoigner que l’on tient à Dieu parles liaisons réciproques de fa protection Lc de son amour.C’étoit donc un grand sujet de scandale , que dès fan 1541,nn Théologien Protestant, qui soutenoit que les Magistratspeuvent Lc doivent punir les fornicateurs, trouvât des opo-sstions , Lc y succombât en quelque maniéré. Aujourd’hui,ssue l’on est tout accoutumé à la tolérance de ce crime,Personne presque ne s’en offense. Un fort honnête hommem ’a assuré depuis peu , que les Magistrats de Strasbourg ontune telle indulgence pour une fille qui s’est laissé faire unenfant, que pourvu qu’elle leur vienne paier f amende àquoi ces sortes de fautes sont taxées, ils lui donnent lateintégrande, ils la réhabilitent dans fa prémiere réputation,us établissent des peines contre tous ceux qui oseraient àJ avenir lui faire le moindre reproche. Voilà sans doute unprivilège plus singulier que celui de donner des Lettres de^habilitation aux Familles qui ont dérogé à leur Noblesse ;** , s’il étoit permis de rire dans une matière de cette im-portance , on diroit que les Magistrats de Strasbourg ontdû nommément stipuler la conservation de ce privilège,lors qu’ils ont capitulé avec la France, Lc lors qu’après lapaix de Ryfwyck ils ont demandé le renouvellement de leurcapitulation (7). Je sai bien que par leur prérogative ilstest C u, oienc Point faire mentir cet axiome certain Lc incon-d t • 7 e ^antiquité, Nulla reparabilis arte Usapudicitia est-,
e * ent ili a jj 5 ne prétendent point rétablir, physi-
quement parlant, la virginité perdue ; ce feroit combattele vrai sens de faxiôme : mais, moralement parlant, ilsprétendent la restituer ; puis qu’ils prenent fous leur pro-tection la renommée d’une malhonnête fille , & qu’ils lamettent à couvert de la médisance , de forte qu’elle peutaller par tout la tête levée , aufíì sûrement qu’une honnêtefille. On dit même que l’efficace de leur sentence est telle,que les filles, qui ont eu des enfans, Lc qui en paiant l’a-mende ont obtenu la réhabilitation , trouvent un mari aussiaisément, Lc presque aussi avantageusement, que si ellesn’avoient point fait cette faute. Mais j'attribuerais plu-tôt cela au peu de délicatesse des hommes qui les épou-sent , qu’à leur persuasion de l’efficace de la sentence (8).Quoi qu’il en soit, nous pourrions dire à ceux qui fupo-sent que le paiement d’une amende répare les crimes decette nature , ce que l’on a dit à ceux qui s’imaginoientqu’un peu d’eau claire effaçoit la tache d’un homicide :
Ah ! nimium faciles , qui tristia crimìna cadisplumineà tolli poffe putatis aquà (9).
Ce même honnête homme m’assùra , que ce qu’il savoittrès-certainement des coutumes de Strasbourg , il savoiraussi oui dire touchant plusieurs autres endroits de f Alle-magne. De telles Loix eussent mis bien en colere le Théo-logien dont je fais ici f Article ; car tant s’en faut que cesoit punir la fornication , que c’est en quelque manière larécompenser, vu que l’avantage de se produire par tout,sans la crainte d’aucun reproche, ni d’aucune médisance,est un bien qui surpasse de beaucoup le préjudice de 1 h inon-de , que l’on a paiée, qui n’est pas quelquefois la moitié dugain que l’on a fait en s’abandonnant.
J’ai ouï dire à des personnes bien judicieuses, que f usa-ge d’une infinité de pais est plutôt une récompense qu’unepeine de la fornication. Cet usage est que ceux qui se re-conoissent les peres d’un bâtard , soient condamnez à lenourrir , & à donner à la mere quelque somme de de-niers. L’ordre de pourvoir à la nourriture de f enfant nepeut point passer pour une peine , puis que le droit natu-rel a établi clairement cette obligation. On ne peut donccompter pour peine que fargent qui est donné à la fille ;mais , outre que c’est un châtiment fort léger à f égard dupere , c’est à proprement parler une récompense à l’égardde la mere. „ Or c’est une chose bien étrange „ , di-soient ces Meffieurs-là , „ que des Tribunaux Chrétiens. „ adjugent des récompenses à des filles, pour avoir perdu„ leur honneur , en scandalisant le public ”. Quelqu'unleur répliqua , que la perte qu’elles avoient faite , qui leurrendoit à l’avenir plus difficile la rencontre d’un maride-mandoit comme un acte de justice qu’on leur procurât quel-que dédommagement. „ Non , répondirent-ils , ce n’est,, point un acte de justice : c’est une faveur ; c’est une gra-„ ce : la Justice ne demande pas que des personnes, qui,, ont souffert du dommage par la transgression volontaire„ des Loix de Dieu, Lc des Loix de l’honneur humain clai-„ renient cormes > obtiennent un dédommagement ; Lc,„ si le Souverain vouloir répandre des grâces , il devrait„ choisir des sujets plus dignes. Obligeroit-on les hommes„ à récompenser une fille, qui, tm commettant un vol„ pour f amour d’eux , Lc à leur instigation, sc feroit estro--„ piée, ou d’un bras, ou d’une jambe? Tant s’en faut qu’un„ Juge lui fit obtenir quelque gratification qui réparât le„ dommage qu’elle auroit souffert, qu’il la condamnerait„ à des peines corporelles. II arriverait la même chose,j dans tous les cas punissables où elle perdrait quelque„ membre , en éxécutant les conseils d’un homme. II n’y,, a que la fornication qui soit exceptée de çette réglé :„ apellons-la donc le déliât commun z? le cas privilégié , ter-„ mes consacrez séparément à d’autres choses (10) , & fur,, quoi il parut un Livre à Paris, l’an 1611 (11) ”. Quel-qu’un allégua là-dessus, que les Magistrats d’Amsterdam ,fatigués de la multitude de servantes, qui accusoient deleur grossesse quelqu’un des fils de la maison . avoient faitun règlement, que déformais on ne donnerait à ces sortesde créatures que 15 florins, moiennant quoi elles feraientobligées de nourrir Pensant : qu’ils avoient cru par là met-tre un frein à la débauche ; car ils voioient que le profit,qu’elles retiraient de leur mauvaise conduite, les engageoit,ou à faire des avances, ou à succomber à la prémiere sol-licitation , & qu’en un mot leur lasciveté doit être privéede toute espérance de gain , Lc non pas encouragée par l’es-pérance des sommes que les Tribunaux leur adjugeoient.Mais il y eut des gens qui répondirent qu’il n’est pas cer-- V 3 tain
(8) Onassuré tjtéilij ont les pre-miers à plai-santer, & kdtre (jue cessortes d'inju-res »’ empor-tent point lapiéce . Ilscroient apa-rerriment imi-ter ceux (jui feraillent eux-mêmes , pourénerver laraillerie desautres.
Voiez. le com-mencement dela Tsemarque(B) de B ^Ar-ticle AGE»SlLALÍS II.
(9)Ovidius*
Fastor.
Liùr. //.
F- 45í
( 10 ) On apel -le Délíct:commun lesfautes d'mEcclésiastiquesqui sont ju-gées par lesTribunaux dal y Eglise-, crCas privi-légié lessautes dstunEcdéstastìqueyqui font sou-mises à laJurisdìiïiorisétuliere.
(U) U estcomposé pat
BénigneMilletoc,Conseiller aiáParlementdc Dijon^