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ALEXANDER AB ALEXANDRO. 159
coup d’émdition , a fleuri vers la fin du XV siécle, & au commencement du XVI (B). IIs attacha au Barreau avec ardeur, prémierement à Naples, 8 c puis à Rome (a) ; mais tout letems qu’il pouvoit dérober aux embarras des procès, il le consacrait à l’étude des belles Let-tres ; & enfin , il abandonna entièrement le Barreau, afin de mener avec les Muses une vieplus tranquille & plus agréable. Voici la raison qu’il allégué pourquoi il renonça à la profes-sion d’Avocat (C) : il dit que ce fut à cause de l’ignorance ou de la méchanceté de ceux quirendoient la justice, & qu’il aima mieux vivre en repos, que prendre beaucoup de peine àbien étudier la Jurisprudence , puis que cette peine ne servoit de rien contre la témérité d’uninauvais Juge (h). 11 avoit vu à Rome bien des éxemples de ce désordre, lequel il cita à Ra-
phaël Volaterran , qui lui avoit demandé la cause de sa retraite. 11 est un peu étrange , quede ce grand nombre d’hommes doctes , qui vécurent de son tems, ou qui ont fait P éloge desSavans de ce tems-là, il n’y en ait presque aucun qui faste mention de lui (D). Nous fau-tions très-peu de choie de íà Vie, s’il n’en avoit touché lui-même quelques particularités dansson Ouvrage (c). C’est là que nous aprenons qu’il a été logé à Rome dans une maison où iltevenoit des esprits (d) : ÔC ainsi voilà un témoin à citer a nos incrédules ; un témoin, dis-je , qui se vante d’avoir vu , & qui raconte des fingularitez étonnantes du spectre qui tourmen-toit cette maison. II dit aulli, qu’étant fort jeune , il alloit aux Leçons de Philelphe , qui ex-pliquoit à Rome les Questions Tusculanes de Cicéron (e). On peut recueillir du chapitre XXIdu IV Livre , qu’il étoit à Rome , lors que Nicolas Perot, & Domitius Calderinus, y faisoientdes Leçons publiques fur Martial ( E ). Je ne sache point qu’il ait parlé de la charge de Pro-tonotaire du Roiaume de Naples, qu’on prétend qu’il a glorieusement exercée (/). Je ne saipoint quand il mourut ; mais je íài qu’on l’enterra dans le Monastère des Olivcts (g). Toutle monde l’a blâmé de l’aífectation qu’il a témoignée de ne point citer les Auteurs qui lui four-nifloient ce qu’il débite (h). Tiraqueau a rémédié à ce désordre par un docte Commentaire,qui fut imprimé à Lion, en 15-87 (i). On l’a rim primé à Leide, en z volumes in 8 , l’an167Z , avec les Notes de Denis Godefroi, de Christophle Colerus, & de Nicolas Mercerus,fur le même texte. J’aprens de la Bibliothèque de Gesner, que l’Edition qu’on fit à Paris decet Ouvrage d ’Alexander ab Alexandro , Pan 15- 3 z , étoit plus éxacte que les autres , & queGérard Morrhius de Camper, , qui la corrigea, avoit collationné aux Originaux les endroitsque P Auteur avoit pris d’autrui. II avoit donc collationné bien des choses -, car les six Livresdes Jours géniaux ne font presque que des pièces de raport. C’est un mélange d’une infinitéde recueils concernant P Histoire & les Coutumes des anciens Grecs Sc Romains : on y trouveaussi plusieurs questions de Grammaire. L’exactitude n’y est point dans fa perfection (F). Jene croi pas que la Traduction Françoise , que Bernard de 1 a Roche en fit (k) , ait été jamaisimprimée. L,’Auteur de la Bibliothèque Napolitaine n’a nullement réussi dans P Article de no-tre
f£)Barclain$ tde Regno,Lihr. VI,
Cap. y-,Cyprans,de Sponsal.Cap. XIII,num. 6l;Vossius , d<2Hist. Lat.pa%. 609;Meibomius,de Vitâ Ma:-cenatis,
P A &* *38.
(ì) Sous UTitre deSemestriain Genia-lium Die-rum Ale-xandre abAlexandroLibros VI.C'est un infolio . On Urimprima ÀFrancfort yen j j 94,in folio .
00 La Crois4u Maine >476 .
(B) Il a fleuri vers la fin du XV Siécle , Cr au commence-ment du XVI. ] Ce qui me fait parler ainsi , est que notreAuteur , en parlant des calamitez du Roiaume de Naples,les a conduites jusques à la mort de Frédéric , fils de Fer-dinand I (4) , c’est-à-dire, jusques à l’an 1504; outrequ’il parle de Jovien Pontan , comme d’une personne quin’est plus (5). Or Jovien Pontan n’est mort qu’en Tan-née 1505. C’est à quoi n’ont pas pris garde ceux qui ontplacé la mort de notre Alexander à Tan 1494, en quoi Mr.^loréri leur donne beaucoup plus de témoignages de sona probation , que de son incertitude.
(C) Voici la raison qu il allégué pourquoi il renonça d la pro-fession à'Avocat .] Je croi que pour en montrer toute la for-ce . je suis obligé de Ta raporter dans les propres termes de1 Auteur. &u& cum viderem , dit-il (6) , patronisque contravim potentiorum aut gratiam nihìl pr&fidii ejfe , nihil opìs ,frustra nos in legum controverfiis zy edi/cendis tot cafuum va-rietatibus tam penficulate editis , tantum laboris zy vigilia-rum fufeipere, tantoque nos studio fatigari dìcebam, cum adignavijfimi impurijstmique cujusque temeritatem , qui juri di-cendo prafìderet , quem leges virum bonum esse volunt , nonaquo jure sed ad gratiam c r libìdinem judicia ferri, decreta-que legum tanto confilio edita convelli zy labefaítari viderem.U fit beaucoup mieux d’abandonner le Barreau, que d’i-witer quelques autres Avocats, qui, aiant perdu plusieurstonnes causes, prenent le parti de se charger des plus’Uauvaises. Je liioìs T un de ces jours , qu un Avocat desplus fameux de ce fiecle , d. qui ses Confrères demandoientpourquoi il se chargeait de méchantes causes , leur répondit ennant, que c étoit qu’il en avoit perdu quantité de bonnes. C'estun c mauvaise excuse , poursuit T Auteur : un Avocat , qui ,a pres avoir éxaminé une cause , la trouve insoutenable , estobligé de l'abandonner (7). J’ai trouvé un autre endroitdans le Livre à’Alexander ab Alexandro , qui marque ladroiture de son cœur (8). Un de ses amis, voiant qu’ilne poussoir point fa fortune , lui conseilla de se servir desexpédions qui avoient si bien réussi à tels 8c à tels qu’il lui^ornmoit : c’étoient toutes personnes, que Ta faveur avoitlevées aux honneurs 8c aux prélatines, malgré le meri-te de leurs concurrens , 8c qui étoient parvenus à la fa-v eur p ar âes voies illégitimes. Notre Auteur n’ignoroitPas ces éxemples, & il en savoir de pires. II avoit vu ,vans fa jeunesse, un fort honnête homme , savant & enf^atin 8c en Grec , qui n’aiant fait que luter contre une ex-re me pauvreté pendant qu’il se fioit à sa vertu 8c à sa scien-»E > se résolut de tenter une autre voie : il se jetta dans un1 vilain métier, qu’on n’oseroit le nommer ; St, peu après,5 voilà riche 8c puissant, 8c pourvu de bons Bénéfices.■° vefanU processif, ut coaâius inopià obscœnìs zy libero hominetn l £ n Ì s artibus vacaret , ( quibus vero artibus non libet dice-
e - ita sonda, zy pudend& sunt , ) confeSlaque fuit fibi res exjententia, namque haud multopost zy sacerdotio zy opibus auc-us , affluent o* beat u s tranquillijfme vitam egit (9). Mais
ces éxemples n’ébranlérent point notre Avocat : il aimamieux se contenter de fit médiocrité , que de risquer saconscience. Longe igitur multumque praftat , satiusque fuituti ingénia meo , vacuumque his molestïis modico civilique ctil-tu contentum ejfe , neque in ambitionem non neceflkriam incur-rere , quam bona animi , fl qua fibi homo studio zy labore pa-ravit , ea turpi quuftit pejflmo exemplo fiedare (10). Le con-seil , qu’on lui donnoit, ressemble fort à celui-ci :
Aude aliquid brevìbus Gyaris zy carcere dìgnum ,
Si vis esté aliquis. Probitas laudatur zy alget (11).
II dédia son Livre au Duc d’Atri. Ce Duc étoit sort sa-vant , comme nous le dirons fous A qu aviva.
(D) il rìy a presque aucun Auteur de son tems qui fastemention de lui. ] Cependant, si nous en croions Mr. Mo-réri , tous les grans hommes de ce siécle-là , un George deTrébizonde , un Théodore de Gaze , un Domitius Calde-rinus , un Pontanus, 8tC, étoient ses amis zy ses admirateurs.Tout ce que Ton peut recueillir du Livre même. à’Alexan-der ab Alexandro , est qu’il ouït en fa jeunesse les Leçonsque Philelphe déjà vieux faisoit à Rome (12) ; ik qu’il man-geoit quelquefois avec plusieurs personnes de Lettres chezJovianus Pontanus (13) , chez Hermolaus Barbants (14) ,chez Sannazar (15) , chez Gabriel Altilius (16) , 8tc. IIfaut un fondement plus solide que celui-ci, pour affirmerque certaines gens admirent certaines gens. Voiez la Re-marque suivante.
(E) ll étoit à Rome , lors que Nicolas Perot zy DomitiusCalderinus y faisoient des Leçons publiques fur Martial.] Voilàtout ce que l’on peut recueillir de ce qu’il raporte touchantNicolas Perot 8c Domitius Calderinus ; car pour cettegrande familiarité , que Panzirole prétend qu’il eut aveceux (17) , il Ta faut chercher quelque autre part : 8c je nesai s’il est possible d’en trouver les preuves. Je ne doutepoint que Panzirole n’ait dit cela à vue de pais, 8c fur lafoi de fa mémoire , fans prendre garde que la mémoire estun moule où les objets changent de forme très-aisément.
( F) L’éxafíitude de son Ouvrage ri est pas dans fa per-feélion.] J’aime mieux le dire par le témoignage de Tundes Commentateurs, que de mon chef. Voici donc ceque dit Nicolas Mercerus. Est proseíh , mi Linoceri (18) ,verum quod ajunt. Luit Alexander vir eruditus zy multa lec-tionis .- multa ad utilitatem publicam scripfìt eleganter , multatamen , ut hominum est infirmitas, minus accuraté vel memo-rìa vitìo , vel imprudentia lapsus. Sjua letíoribus indicari ma-gni inter fuit. Je ne fuis pas le seul , qui trouve mauvaisque ceux qui nous donnent des Variorum , retranchent lesÉpitres dédicatoires 8c les Préfaces (19). Ils devroient tousfaire ce qu’on a fait dans la derniere Edition de DiogeneLaërce (zo). Si on l’avoit tait dans celle d 'Alexander abAlexandro , j’aurois pu donner plus de lumières fui- cet Au-teur , 8c fur son Livre.
(10) Alex.ab Alex.Gen. Dier.Lihr. VI,Cap. XVI.
sn) Juven.Sat. /, f. 73.
(11) Alex. abAlex. Liir, I,Cap. XXIII.
(13) Id. ìhii.Lìlr. I, Cap, I tVoiez. aujjiLivr. III,Chap. VIII.
(14) ïbìd.Lihr. III,Cap. I.
(15) Ihid.Lihr. II,
Cap. I.
(16) Ihid.Lihr. V,
Cap. I.
(17) Mdmo-éim fami-liaris fuit.íanzirol.dc ClarisLeg. Interp,Lihr. II,
Cap. CXXII.
(18) C'ejh ce-lui à qui ildédie f es N li-tes.
(19) Voiez.Mr. Crenius,au Chapitre Ide la 1 Partiedes Animad-veriionesl’Iiiologica:,
& la T^emar-í.\) del’Article
M A R O T,à la fin.
( 20) Celled’Amsterdam^en 1692 : on ytrouve la plu-part des Pré-faces, tfyc,des Editionsprécédentes.