A M Y R A U T.
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pour les Leçons de Théologie que pour les Sermons. II íâvoit le monde , & il pouvoir fournir enconversation cent sortes de choses qui étoient hors de son métier : & c’est sans doute ce qui contri-bua autant ou plus que la réputation de fa science au bonheur qu’il eut toute si vie d’être considéré& honoré des grans Seigneurs de contraire Religion. J’ai déja dit que le Cardinal de Richelieueut de l’estime pour lui : je n’ajoûte point qu’il lui sit parler de son grand dessein de réunir les deuxEglises {!) ; car ce ne seroit pas une preuve d’une considération aísez distinguée , ce Cardi-nal aiant fondé là-desius plusieurs Ministres, qui étoient bien inférieurs à celui-ci. Le Maré-chal de Brezé ( K) , & le Maréchal de la Meilleraie ( L ), doivent être mis au nombre desgrans Seigneurs qui firent un cas tout particulier de notre Amyraut. Mr. le Goux de laBerchere ( M ), prémier Président au Parlement de Bourgogne , & les Inténdans de la Provin-ce d’Anjou (N) , font de ce nombre ; & nous y pouvons même joindre des Evêques & des Arche-vêques (O) , Sc par dessus tous le Cardinal Mazarin ( P ), dont les honnêtetez pour ce Professeur
furent
lotio Religionis conftituenââ. II traita depuis plus amplementcette matière de la réunion des Calvinistes &: des Luthé-riens , dans l ’Irenicon qu’il fit imprimer lan 1662.. Son Li-vre de la Vocation des Pasteurs parut en 1649. 11 avoit prê-ché fur cette matière devant Mr.le Prince de latente, pen-dant la tenue d’un Synode Provincial dont il fut Modéra-teur. Ce Prince souhaita que ce Sermon fut imprimé , 8cque la matière fut traitée plus amplement ; car c'étoit ungrand lieu commun entre les mains des Millionnaires. C’estpourquoi Mr. Amyraut ne fe contenta pas de faire impri-mer son Sermon , il publia auffi un Traité complet fur cetteimportante controverse , & dédia le tout à Mr. le Princede latente. Sa Morale Chrétienne , en 6 volumes in 8,dont le prémier fut imprimé l’an 1651 , est le fruit des con-verserions qu’il avoit souvent avec Mr. de Villarnoul, Sei-gneur d'un mérite extraordinaire , Sc l’un des plus favansGentilshommes de l’Europe , héritier, en cela auíìì, de sonaieul maternel Mr. du Pleffis Mornai. II y a peu de ma-tières fur quoi Mr. Amyraut n’ait écrit. II a publié unTraité des Songes ; deux volumes fur le régné de mille ans ,
. où il réfute un Avocat de Paris , nommé Mr. de Launaì,
ttr ï° !e t- qui étoit un grand Chiliafte (14) ; la Vie du brave la Noué *
lo n ' surnommé Bras-de-fer ; 8c plusieurs autres Ouvrages, dont
f-?»' ij* je ne parle pas, ou dont je parle dans le reste de cet Ar-l3 M« fr,-, ride. II monta même fur le Parnasse; car ìlfitunPoë-■ft# Vr We 1 me ’ n ri tu lé , VApologie de St. Etienne a ses Juges. On atta-Ee Crit- an ~ qua cet Ouvrage du côté qui donnoit le moins à craindre3 e Lit t ^ Ue à certains égards, puis que ce ne furent point les Poètes
'“te. a ' qui s’élevérent contre , 8c que ce furent les Miífionaires.
On prétendit que l’Auteur avoit parlé du St. Sacrement del'Autel avec la derniere irrévérence ; mais il publia un Ecritpour fa justification . duquel je ne puis rien dire de plus(, s > > à propos que ce que Mr. Daillé en a dit. Ecoittons-le donc.
««p 4 ' " Quant à Y Apologie de St.Etienne à ses Juges, que VOUS (15)
aù»,* ,, employez ensuite, pour nous convaincre d’avoir mal-
,, traité votre Sacrement, fi vous , 8c ceux qui s’en font si„ fort offensé , aviés daigné lire la Lettre que l’Auteur a,» fait imprimer pour fe justifier, vous 8c eux n’en auriés„ pas cette mauvaise opinion, 8c peut-être même que vous„ vous étonneriez de Illusion que les préjugés de votre„ passion ont causée dans votre esprit, lui faisant prendre„ comme dites contre vous 8c contre votre tranfubstantia-# „ tìon , des choses qui n’avoient été écrites que contre les
,, extravagances de l’idolàtrie des Payens (16) ”.que (st Ee Cardinal de Richelieu lui fit parler de son grand des-
'j i e us Liv tes sein de réunir les deux Eglises. ] Le jésuite , qui s’entretintSç là-dessus avec Mr. Amyraut , s’apelloit le Pere Audebert.it Mr. de Villeneuve , qui étoit alors Lieutenant de Roi à
Sauraur, les aiant fait dîner ensemble , 8c cela avec tantP«;. la8 de complaisance pour le Ministre , qu’il lui donna le hautbout sur le Jésuite, & qu’il n’y eut point pour le coup de’Benedicite à sa table , fit ensorte que l’après-dînée ils se pus-sent entretenir en particulier. II est vrai que Mr. Amyrautdéclara qu’il ne pourroit s’empêcher de communiquer à sesCollègues tout ce qui fe passerait. Le Jésuite débuta paravouer que le Roi 8c son Eminence l’envoioient faire despropositions d’accommodement fur le fait de la Religion ;& puis, étant entré en matière , il fit entendre qu’on sacri-fieroit au bien de la paix l’invocation des créatures, le pur-gatoire , &c le mérite des œuvres ; qu’on limiteroit le pou-v oir du Pape , & que si la Cour de Rome refusoit d’y con-sentir, on en prendroit occasion de créer un Patriarche;qu’on donneroit la coupe aux Laïques, & qu’on pourroitMême se relâcher sur d’autres choses, si l’on remarquoituans les Protestans un véritable désir de paix 8c de réunion.Mais il déclara , lors que Mr. Amyraut le mit fur les dog-mes de l’Eucharistie , qu’on ne pvétendoit pas y rien chan-§ ei ‘ ; fur quoi l’autre lui répondit, qu’il n’y avoit doncàn à faire. Leur conversation dura environ quatre heu-Ms. Le Jésuite voulut éxiger le secret. Mr. Amyraut luiProtesta , que selon la déclaration qu’il en avoit faite d’a-bord à Mr. de Villeneuve , il communiquerait à ses colle-£ Ue s l’entretien qu’ils venoient d’avoir ; mais qu’il lui ré-Ppndoit de leur discrétion. Dès le soir même , il leur ren-“jt compte de la conférence , 8c il ne fit point scrupuled en parler dans l’occasion, après que le Cardinal de Ri-chelieu 8c le Pere Audebert furent morts.
(V) il fut tres-eftimé du Maréchal de B rezé.] II étoit Gou-verneur de Saumur, 8c il n’y alloit jamais fans envoler5 '® r s Mr. Amyraut de le venir voir. II le prioit même. ouyent daller à son Château de Milly , où il demeu-xoaí rement ’ êc » lors qu'il reçut la nouvelle de la
mort du Duc de Fronsac son fils, Amiral de France, ilvoulut avoir toujours auprès de lui Mr. Amyraut. II enreçut plusieurs visites durant fa derniere maladie , &c il lerecommanda même à ses prières, 8 c voulut que l’on priâtDieu pour lui dans le Temple de Saumur. Il mourut dansle Château de Milly , en 1650.
(E) Du Maréchal de la Meilleraie. 1 Du teins qu’il étoitde la Religion , il avoit étudié à Saumur avec Mr. Amy-raut. II s’étoit toujours souvenu de cette ancienne conois-sance ; 8 c , dès le lendemain de son arrivée à Saumur, lorsque la Cour y étoit en 1651 , il envola faire un compli-ment à ce Ministre , qui ne manqua pas de lui aller fairela révérence tout auffi-tôt 8 C d’en être reçu comme à l’or-dinaire avec mille marques de considération. Ce Maré-chal aiant apris la derniere maladie de Mr. Amyraut , le fitvisiter par un Gentilhomme, 8 c lui témoigna , que si fagoûte lui eût permis de suporter le carosse , il seroit venule voir. II étoit alors à son Château de Montreuil-Bellai,à 4 lieues de Saumur.
(M) De Mr. le Goux de la Berchere. ] II fut relégué à Sau-mur , l’an 1Ó37 , 8 c il y demeura jusqu’en 1644. Commeil avoit beaucoup de mérite , & beaucoup d’érudition , ilaimoit les gens de Lettres, de quelque Religion qu’ils fus-sent. II voulut d’abord conoître Mr. Amyraut, & il letrouva si digne de son amitié , qu’il se forma entre euxune grande liaison. Ils se voioient ordinairement deux foisla semaine ; ainsi l’on ne doit pas s’étonner que le Mi-nistre ait pu fournir des Mémoires pour la Vie du Prési-dent. II n’est pas besoin de dire ici que Mr. de la Bercheremourut prémier Président au Parlement de Grenoble , &que Mr. son frere lui succéda ; mais il est bon de dire quece dernier, voulant faire écrire la Vie de l’autre , pria Mr.Amyraut de lui communiquer des Mémoires touchant cequi s’étoit passé entre eux de particulier. M. Amyraut luienvola entre autres choses le récit de la Conférence qu’ilavoit eue avec le Pere Audebert ; car dès que le bruit fefut répandu dans Saumur qu’il s’étoit entretenu secrètementavec ce Jésuite , Mr. de la Berchere voulut savoir de Iui-même ce qui en étoit. Mr. Amyraut lui en récita unebonne partie , en lui recommandant le silence. Cet en-droit de ses Mémoires n’a pas été emploié dans la Vie deMr. de la Berchere, qui a été donnée au public. íl dédia,en 1648, son Livre des Droits dy Mariage à cet illustre Ma-gistrat , qui étoit alors prémier Président de Grenoble.
(N) Des Inténdans de la Province d’Anjou. ] II ne man-quoit jamais de les aller saluer , & ils lui rendoient tous favisite , 8 c lui mavquoient une grande considération. Lorsqu’en 1658 , il alla prendre les eaux de Bourbon , il reçutmille honnêtetez à Bourges de Mr. Mandat, Intendant dela Province. II ne tint qu a lui daller loger chez cet In-tendant , qui l’en pria , & chez qui il dîna avec l’Archidia-cre de Bourges , 8 c avec quelques autres Ecclésiastiques.
(O) Des, Evêques c r des Archevêques.] Voiez ce qui a
été dit ci-dessus (17) concernant Mr. l’Evêque de Chartres.J'ajoute ici, qu’en l’année 1662 , Mr. l’Archevêque de Pa-ris , Hardouïn de Péréfixe , étant allé à Saumur , pour unvœu que la Reine Mere avoit fait à Nôtre Dame des Ar-dilliers Q 8) , fit dire à Mr. Amyraut. qu’il seroit bien aisede le voir. Mr. Amyraut fut rtès-disposé à lui rendre unevisite : mais il fit entendre qu’il ne lui donneroit point letitre de Monseigneur. L’Archevêque y aiant donné lesmains, reçut deux visites de ce Ministre , s’entretint aveclui près de deux heures chaque fois, Sc le traita fort civi-lement. On parla entre autres choses des Livres de Mr.Daille , dont le Prélat dit beaucoup de bien par raport àl’érudition.
(P) Et par dejfus tous du Cardinal Mazarin.] II arrivaà Saumur , en 1652 , quelques jours après que le Roi 8 c laReine Mere y furent arrivez : Lc , comme il a prit qu’à latable de la Reine on avoit parlé amplement d’un Sermondu Sieur Amyraut, il pria le Comte de Comminges detémoigner à ce Ministre qn’il seroit bien aise de le conoi-tre. Ce Comte étoit Gouverneur de Saumur, & avoitbeaucoup d’amitié pour Mr. Amyraut : il lui a voit promisque ceux de la Religion pourraient s’assembler à l’ordìnairele Dimanche , quoi que le Roi fut dans la ville ; mais illui déclara en même tems, qu’il faloit qu’ils interrompis-sent leurs assemblées les trois premiers jours après l’arrivéedu Roi. On tint ce qui avoit été promis. Mr. Amyrautprêcha le Dimanche fur ces paroles , Craignez Dieu , hono-rez le Roi, 8 c fut ouï de beaucoup de personnes de la Cour,qui en furent très-íatisfaites, Sc qui parlèrent de son Ser-
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