Band 
Tome premier. A - B.
Seite
186
JPEG-Download
 

A M Y R A U T,

r86

furent extraordinaires. II y a beaucoup d’aparence qu’il trouva grâce auprès de ce Cardinal, en-tre autres raisons , par ce qu’il se déclara hautement pour la docti me de 1 obeisiance des íujets. IIje fit utilement pour la Cour de France, pendant les desordi.es de la Fionde, ou la foi tune du Car-dinal Mazarin fut fi balotée ; & , en plusieurs autres occasions, il témoigna que c’étoit son dogme(n P , ;% . siivori ( ©) , jusques à s’en quereller avec un Ministre de la Rochelle ( 2 ) : mais cela n’empêchaVìncan. point <w cn de qui regardoit la conscience , il n’exhortat a désobéir (R). II n est pas besoin de

dire en quelle considération il étoit chez les grans Seigneurs Protestans : cela s’entend assez de soi-même II fut brouillé avec un Ministre de Saumur , nommé Mr. d’Huisieau ; & il n’eut pas tou-wa . Sí , te la satisfaction qu’il attendoit de cette affaire au Synode National de Loudun (k). On a cru

( I) Konigdans fa Bi-bliothèque,& Witte,dans sonBiaiium,mettent malsa mort en1665.

que la gloire dont il jouïífoit lui avoit ete contraire en cette rencontre ; comme s’il eut été ungrand arbre , qui faiíbit ombre aux petits , & qu’il faìoit abaisser. Outre que les parens de ceuxqui s’étoient déclarez chefs de parti contre le dogme de la Grâce Universelle , favorisèrent son en-nemi le plus qu’ils purent. II auroit aparemment été de la Table dans ce Synode {S) , où il assistade la part de fa Province , si l’on ne l’eût cru personnellement intéressé aux affaires que Mr.d’Huisseau avoit avec l’Eglise de Saumur. II mourut fort chrétiennement le 8 jour de Janvier1664 (/) , 8c fut enterré selon toutes les cérémonies. Académiques. II eut pendant íâ derniere ma-ladie une grande liberté d’esprit, qui lui donna lieu de tenir plusieurs discours très-édifians, 8c dedonner de'beaux témoignages de fa foi en présence d’un bon nombre de personnes de différente Re-ligion. Entre ses autres vertus , on doit remarquer fa charité pour les pauvres. II leur donna les

gages

(tç) Il étoitCapitaine desGardes de la7 \etne , &oncle de Mr.de Commin -L"-

(20) Apo-logie pourceux de laReligion,75.

{2í) P<g.7«.

mon avec éloge , non feulement au Roi , dès qu’ils ftirentsortis du Temple ; mais aulsi, le soir, pendant le souper deJa Reine. Ce fut alors, que le Cardinal Mazarin ouït par-ler de ce Sermon , 8c qu’ìl aprit de la bouche de Mr. deGomminges le zèle que Mr. Amyraut, & tous ceux de laReligion de ces quartiers-là avoient témoigné pour le ser-vice du Roi dans les derniers troubles. G envie qu’eur leCardinal de voir ce Ministre fut st grande, qu’il la lui fittémoigner dès le lendemain matin par le Juge de ]a Pré-vôté : de forte que Mr. de Comminges, aiant vu qu’il n’a-voit pas été le premier porteur de la nouvelle , dit à Mr.Amyraut en riant : As vois bien , Monsieur , qu au premierjour nous aurons besoin de vôtre intercession auprès de son Emi-nence ; ce qui vous prouvera ïutilité de ïinvocation des Saints.La prémiere visite fut assez courte ; mais on pria Mr.Amyraut de revenir le lendemain à huit heures. Le Car-dinal lui fit toute forte d’honnêtetez , il le fit assoir auprèsdu feu , il lui parla d’affaires d’Etat, il lui étala tous lesefforts que l’on faifoit en Xaintonge pour entraîner ceuxde la Religion au parti des Princes , & le pria de travaillerà rendre inutile toute cette machination. Mr. Amyrautl’assûra qu’il n’y avoit rien à craindre de la part des Pro-testans de France , 8c qu’il écriroit à plusieurs Ministres deXaintonge , afin que le Synode qu’ils dévoient tenir bien-tôt témoignât authentiquement lá fidélité. La chose futexécutée. Deux jours après cette Audience , le Cardinal,fous prétexte de voir le College de ceux de la Religion , &la Bibliothèque de Mr. du Pleíïis Mornai, eut une autretête-à-tête avec Mr. Amyraut dans le cabinet de ce der-nier. Ils parlèrent de l’Edit de Nantes ; & , fur ce queMr. Amyraut, interrogé si Henri IV avoit été dans l’obli-gation de le donner , avoit répondu qu’oui , mais quequand même ç’auroit été une grâce au commencement,l’obsemtion en seroit aujourd’hui une chose nécessaire , leCardinal lui dit qu’il avoit raison , & lui cita cette maximedu Droit, Quod tritíio fuit voluntatïs , ex pofi faélo fit necesfi-tatis. On sera peut-être bien aise de voir ici ce que Mr. deGuitaut (19) dit à Madame de la Trimouillc, en présencede la Reine. Son Eminence efi chez. le Ministre Amyraut - cefont deux Ecclésiastiques ensemble ; mats je fuis sûr quils neparleront point de Religion : son Eminence n y trouverait pas soncompte. Pendant les cinq semaines que le Roi fut à Sau-mur , Mr. Amyraut fit plusieurs visites au Cardinal, & enfut toujours bien reçu ; 8c, lors qu’il prit congé de sonEminence , elle lui dit de lui écrire directement toutes lesfois qu’il auroit à demander quelque chose , soit pour leparti en général, soit pour ses intérêts particuliers. 11 nese servit d’une telle permission , qu’après 1e volage qu’il fità Paris fur la fin de Tannée 165 8. II vit trois ou quatre foisson Eminence, qui lui fit beaucoup de civilitez. II lui parladu Synode National, dont on demandoit la convocationdepuis tant d’années. Le Cardinal répondit, que les rai-sons qui avoient empêché de l’accorder fubsistoient encore,& voulut que Mr. Amyraut lui en écrivit. On se donnal’honneur de lui en écrire deux fois : il répondit de fa pro-pre main ; & depsiis, toutes les fois qu'il lui fit réponse,il se servit à la vérité de la main d’un Secrétaire, maisjl signa prosrio pugno.

( §L 3 ít temoigna. en diverses occasions, que l'obéissance des su-jets étoit son dogme favori.j Dans Y Apologie qu'il publia pourceux de la Religion , 1 an 1647, Jl excuse le mieux qu’il peutleurs guerres civiles dé France ; mais il déclare néanmoins,&n ìl m veut nullement entreprendre la défense de la prise desarmes contre son Prince , pour quelque cause que. ce puisseeftre ... : & qu’il a toutjours cru qu il convient beaucoup mieuxà la nature de l'Evangile, t? a la pratique de l’Eglise ancienne,de riavoir recours a autres armes qu à ta patience, aux larmes,& aux prières .... (zo). Et à toutes les fois , dit-il (2,1) ,que je repasse les yeux de b esprit dessus l Histoire âe nos peres , jene puis que je ne regrette tr'es-fenfiblement qu ils n ayent couron-né tant d'autres belles vertus , dont ils nous ont laissé les exem-ples , de ïimitation des premiers Chrefiiens, en cette invinciblepatience quils montrèrent fous Us persécutions des Empereurs,

un uent Látm (22J, qu’il publia deux ans après j fait voircomment il soutint cette cause contre les plaintes d’unMinistre de la Rochelle , qui auroit bien mieux fait de nese pas reconoître au Livre de Mr. Amyraut, que de s’enformaliser. Le Livre de la Souveraineté des Rois , publié enióyo;, à Foccasion de la mort tragique de Charles I Roid’Angleterre , témoigne encore avec plus de force les sen-timens de notre Mr. Amyraut fur la prise d’armes des su-jets contre leurs Princes. 11 n’y avoit pas moìen de se tai-re ; car on ne cessoit d’imputer cette tragédie au partiPresbytérien, 8c d’en tirer mille conséquences odieusescontre les Protestans de France. Mr. Amyraut ne crut pas.devoir laisser fans réponse l’injustice de ces reproches. Pen-dant les troubles de la derniere Minorité , ce Ministre ins-pira toûjours aux peuples par ses Prédications le parti del’obéïssance ; &, lors qu’on le consulta sur la maniéré donton se devoir conduire , il répondit qu'il riy avoit point d.'au-tre party à prendre que de se tenir au gros de Varbre. Apa-remment, les personnes qui le consultèrent y alloient debonne foi, 8e ne pénétroient pas l’artifice perpétuel quirégné dans ces sortes de confusions. Les rebelles ne man-quent jamais de soutenir qu’ils ne veulent que remédieraux abus, 8e chasser d’attprès du maître les mauvais con-seillers qui l’environnent. II faut être bien simple pourdonner dans ce panneau , 8e pour avoir besoin de consul-ter son Directeur de conscience. La distinction du PapeLe du St. Siégé n'est pas un sophisme si grossier. EnfinMr. Amyraut déchargea pleinement son cœur dans l’Epitredédicatoire de fa Paraphrase Latine des Pseaumes. C’est làqu’il soutient, & qu’il établit , que par les véritables prin-cipes du Christianisme les sujets ne doivent point prendreles armes contre leurs Souverains. II se déclara hautementpour ce qu’on nomme ï obéissance passive. Cet Ouvrage futdédié au Roi d’Angleterre Charles II, peu après que cePrince fut remonté fur le Trône. L’Auteur avoit fait co-noissance à Paris avec un Chapelain de ce même Prince,Fan 1658. Deux ans après, il lui témoigna fa joie du ré-tablissement du Roi, & le félicita de F Evêché de D urbain.On lui fit réponse que le Roi le remercioit. C’est ce quiencouragea Mr. Amyraut à lui dédier sa Paraphrase desPseaumes : mais il ne le fit qu’après avoit su de l’Evêquede D urbain que ce Monarque en seroit bien aise.

{R) En ce qui regardoit la Conscience , il exhortoit a déso-béir .] Cela parut, lors que le Sénéchal de Saumur lui com-muniqua un Arrêt du Conseil d’Etat, qui ordonnoit à ceuxde la Religion de tendre devant leurs maisons le jour de laFête-Díeu. II le lui communiqua la veille de cette fête ,& le pria de donner ordre qu’on s’y conformât, de peurque la désobéissance ne fît soulever le peuple contre ceuxde la Religion. Mr. Amyraut lui répondit , qu’au contrai-re il s’en alloit exhorter ses ouailles à ne point tendre, 8 cqu’il seroit le premier à ne tendre point, qu’il avoit toû-jours prêché qu’il faut obéir aux Puissances supérieures,mais qu'il n’avoit jamais entendu cela à F égard de sembla-bles choses, qui intéressent la conscience. En sortant du lo-gis du Sénéchal , il alla de maison en maison exhorter sesParoissiens à tout souffrir plutôt que d’exécuter cet Arrêt.Le Sénéchal le fit publier à son de trompe : le Consistoires’affembla , remercia Mr. Amyraut de fa conduite, 8r char-gea les Anciens de tenir la main à ce que personne ne ten-dît. Le Lieutenant de Roi refusa de prêter main forte auSénéchal, 8c empêcha le tumulte qui commençoit à se for-mer. L’Arrêt fut révoqué quelque tems après.

(S) Hans 1 e Synode de Loudun , il auroit été de la Table,m.] Si tous ceux qui liront ce Livre croient des Françoisde la Religion , cette Remarque seroit superflue ; mais ellene le fera pas à l’égard des autres Lecteurs. II y avoit ordi-nairement dans nos Synodes de Fiance quatre personnes quiformoient ce qu’on apelloit la Table. L’une de ces quatrepersonnes étoit le Président de 1a Compagnie, (on l’apelloitle Modérateur ) les trois autres croient FAdjoint au Modé-rateur , le Sécrétaire , & celui qui recueilloit les Actes.

(22) I«nr«;

lé, A dverM

Epistols

histories

Crimina*

tiones MTsis Amy-raldi D<rfensio.