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Les Anabaptistes firent beaucoup de progrès dans la Moravie ; & ils y en euíTent fait davantage ,malgré les opositions sévères du bras séculier , s’ils ne se fusiènt pas divisés en deux factions (c) -.II n’y eut point de Ville plus tourmentée de ces gens-là , que celle de Munster (C). Chacun faitqu’ils s’en rendirent les maîtres , & que Jean de Leide , le Roi de cette nouvelle Jérusalem, sedéfendit tant qu’il put ; mais qu enfin, la Ville aiant été prise, il fut puni du dernier íiiplice, l’anip 3 6 . Les Anabaptistes de Frise & de Hollande desaprouvérent en plusieurs choses la conduitede leurs Frétés de Munster, & ne laissèrent pas d’excitcr beaucoup de troubles (d). L’un deleurs principaux chefs se nommoit Mennon. On se servit des moiens les plus efficaces dont on seput aviser pour l’extirpation de cette secte ; mais on n’en vint point à bout (c). Elle s’est con-servée jusqu’à présent dans les Provinces-Unies. II est vrai que peu-à-peu elle s’est guérie de sesprincipales foibíesses {D) : elle ne se vante plus d’enthousiaimes, elle ne s’opofe point aux or-dres des Magistrats, elle ne prêche plus 1’affranchiísement total de toute forte de sujetíion, lacommunauté de biens, & choses semblables. Elle a souffert une infinité de subdivisions (A),comme il est inévitable à toute secte qui ne se gouverne point par le principe de l’autorité. El-le se vante d’un grand nombre de Martyrs (F) : son Martyrologe est un gros m folio. Je ne
utiles (ii). Ces brouillons eussent établi à Saint Gai leurlieu de fureté , si les Magistrats ne les eussent éxilez (ii).Ce fut là , que Thomas Schucker coupa la tête à ion frè-re > Fan 152.7. 11 convoqua une nombreuse astembláe , &déclara à la compagnie qu’il se sentoit saisi de l’esprit deDieu. Là-dessus, il commanda à son frere de s’agenouil-ler , & prit une épée. Son pere , & fa mere , & quelquesautres personnes, lui demandèrent ce qu'il vouloir faire.Aiez. l’esprit en repos , leur répondit-il > je ne ferai rien que cequi me fera révélé par notre Pere céleste. On attendoit avecimpatience Fissue de tout cela , lors qu’on le vit tirer sonépée , Sc faire fauter la tête de son frere. II fut puni parles Magistrats , selon léxigence He son crime; mais il nedonna aucune marque de repentir , & il déclara fur l’écha-faut, qu’il n’avoit fait qu’éxécuter les ordres de Dieu.Vous pouvez croire que la sévérité des Edits de bannisse-ment fut redoublée à la vue d’un tel fanatisme (13). AStrasbourg , il y eut & des disputes, & des Edits très ri-gides contre cette secte (14). On y emprisonna MelcliiórHofman , Fun de ses Chefs, & il mourut en prison (15).Elle se répandit dans la Moravie , dans la Bohenie , dansla Pologne, dans la Hongrie ^ dans F Autriche, dans la Si-'leste. Quelques-uns de ses Chefs furent livrez au Bour-reau. Balthasar Hubmeyer , mené à Vienne , y fut brûlé.Cette exécution passa dans la secte pour un martyre , & yré chaula le zèle (16).
Ajoutons à tout cela ; que la Reine Elisabeth , lâ pré-miere fois qu’ils abordèrent en Angleterre, Fan 1560, fitun Edit, qui leur commandoit de se retirer incessam-ment (17). L’Electeur Palatin les chassa de ses Etats , Fan1594. Les Dictes de Spire , Fan 1529 , 8c Fan 1544 , 8ccelle d’Augsbourg , Fan 1551 , firent des Décréts barbares8c sanguinaires contre eux (18). Philippe II ordonna ,en 1565 , à la Gouvernante du Païs-bas , de n’user d’au-cune remise ni d’aucun relâchement dans la punition desAnabaptistes (19). Consultez les Annales de cette secte,composées par Jean Henri Ottius ; vous y verrez une am-ple énumération des Edits qui ont été faits contre elle enplusieurs lieux de FEurope. Ce que l’on dit de F artillerie,qu’elle est la derniere raison des Rois , Ratio ultima Regum,se peut apliquer aux Loix pénales; elles sont la derniere rai-son des Théologiens, leur plus puissant argument, leurAchilles , &c.
(C) Ils tourmentèrent fort la Ville de Munster, - ] Ce qui sepassa dans cette Ville , depuis ,quê l’Anabaptisine y eut prispied , jusques au siiplice de Jean de Leide , est un des plusmémorables événemens du XVI siécle. On en trouve laRelation dans plusieurs Livres (--). Voiez nommément laLettre qui fut écrite à Erasme par Conrad Heresbachius (20),Fan 1536 , 8c qui a été imprimée à Amsterdam, Fan 1637,cum Hypomnematis ac Notis Theologicis , Hiftoricis , ac Politi-cis , Theodori Strackii , Paftoris Budericenfis. Voiez auífi leLivre de Lambert Hortensius De Tumultibus Anabaptista-rum , celui de Jean Wigandus De Anabaptifmo publicato,& la Relation d’Henri Dorpius, Bourgeois de Munster,publiée Fan 1536.
§. (a) Mr. Bayle a omis, involontairement ce semble ,le Poème Héroïque Latin en deux Livres , composé parHerman Kerssenbroeck , récité par F Auteur en pleine As-semblée de l’Université de Cologne, 8c imprimé à Colognemême l’an 1545 in 8. La Pièce est dediée à FEvêque deMunsier 8c d’Osnabrug , François, Comte de Waldeck, 8cle titre en est : Belli Monasterienfis contra Anabaptistica mons-tr a gesti , lrevis atquefiuccinda descrìptio. Rem. c ri t.
(■D) Cette sede s’est guérie de ses principales foiblejfes. ] C’estpourquoi les Anabaptistes d’aujourd’hui se plaignent qu’onles réfute comme on réfutoit leurs ancêtres. Un Théolo-gien illustre de F Académie de Hollande s’est vu exposé àCe reproche dans une Lettre qu’un Anabaptiste a publiéeFlamand ; mais il lui a répondu qu’il ne prétend pasimputer à tous toutes les erreurs qu’il a marquées. Has\Sectas) ut minime confundimus in controverfiis singulis , itanec notatos errores omnes omnibus imputamus .... minusTsluimtis imputât os illis qui intrà Waterlandorum didas Con-í e Jfiortes , boni fide , procul fallaciis Mennoniticis , hirere feseí. ro fitentur, Abfit ut cuiquam invito Z 7 deprecanti H&refimvnpmgainus ! Sed nec ìsti alïorum apologiam suscipiant , autth°r î ac ne g ent > 1 ms hic Elenclius , fui generali En-
mmstarum c? Anabaptistarum nomme , ne nefiiat Juven-
I.
c roi
tus nostra , coarguit. Fadum tamen noviffìmé , ut diximusmodo , à Rypensi Scriptore Epistolse in modum Belgico fier-mone mibi opponenda. Qui Errores hic complures notatos dkrrtà fuis Waterlandis amolitur , fi modò vere zv fincere , hoc ipfonon se aut suos in talibus Controverfiis peti , Jed familiàs aliasex ditsto grege , intellexijfe debuit. Frustra ergò est omnis ipfiusexpostulatio , quafi ignorem quid Rypenjes Anabaptiste sentiaizt ,aut quafi Leùtoribus mets imponam (2.1). Hoornbeeck a eul’équité de n’imputer point à cette Secte les hérésies dequelques particuliers. Hic qutdcm imprinûs à communibusillorum vr singularibus Cœtuum dogmatìs secernenda sunt pro-pria aliqua doclorum ipsorum (22). II en marque deux nom-mément j celle de Jaques Outreman , 8c celle de WekeWalles. Le premier admet trois essences dans la Divini-té , 8c veut que l’essence du Pere soit renfermée dans leCiel, 8c ne passe point cette borne. L’autre enseigne queJudas étoit un homme de bien 8c qu’il a été sauvé : qu’iln’a point commis de crime , en trahissant Jesus-Christ ; 8cque les Prêtres 8c les Scribes n’en ont point commis nonplus', en persécutant jusques à la mort notre Seigneur; 8cque Fun 8c l’autre des deux brigans ont été sauvez. Ou-treman enseignent à Haerlem , en 1605. Walles ensci*gnoit dans le territoire de Gronìngue , Fan 1637 ; 8c ilétoit si zélé pour ses sentimens, qu’il excommunient sirnsmiséricorde tous ceux qui ne les aprouvoient pas. Onle chassa de la Province ; 8c , comme il se retira en Frise,le Synode Protestant, qui fut tenu à Franeker lan 1644 ,fit en sorte qu’on le chassât (23).
(E) Elle a souffert une infinité de subdivisions .] Je crain-drais de fatiguer mes Lecteurs, si je raportoi's ici le cata-logue de toutes les sectes de l’Anabaptisine : je me con-tenterai donc d’indiquer un Livre où l’on pourra se satis-faire , si l’on est curieux de voir cette liste. Voiez laPréface des Annales Anabaptistiques de Jean Henri Ot-tius.
(F) Elle se vante d’un grand nombre de Martyrs.] Sielle n’avoit à produire que ceux qu’on a fait mourirpour des attentats contre le gouvernement, elle se ren-drait ridicule par son gros Martyrologe ; mais il est sûrque plusieurs Anabaptistes, qui ont souffert constammentla mort pour leurs opinions , ne fongeoient point à se soisilever. Citons un témoignage qui ne puisse pas être sus-pect. C’est celui d’un Ecrivain qui a réfuté de toute faforce cette secte (24). II remarque que trois choses ontété cause qu’elle a fait tant de progrès. La 1 , est que sesDocteurs étourdissoient par un grand nombre de passagesde FEcriture ceux qui leur prêtoient Foreille : la 2 , qu’ilsaffectoient un grand extérieur de sainteté : la 3 , que cessectaires témoignoient beaucoup de constance à souffrir q? àmourir. II prouve qu’aucune de ces trois choies n’est unemarque d’orthodoxie. Voici ce qu’il dit fur la derniere.La troisième marque , par laquelle les Anabaptistes séduisent lesfimples c;/ inconftans , est leur constance à souffrir er d mourirMats cela est bien trop fimple <j? trop froid , pour faire que leur
■ dodrine d Antéchrist soit bonne Cr saine : comme dit saint! Cy~prian. La peine ne sait pas le martyr , mais la cause. L’Es-criture (J) tesmoigne que ceux-là sont vrais martyrs bien-heureux , qui souffrent pour justice , pour la vérité , ça* pour lenom de Christ. Pour laquelle vérité les■ Anabaptistes ne souf-frent pas , qui est une chose à desplorer , mais pour une dodri-ne d’Antéchrist. Et certes les Princes cr les Rois ne tiennentpas bon ordre pour extirper cefte Seête , ils font mourir- ces po-vres gens fimples , la plus part estant féduids. lis devroyentplustofi enfuyvre les bons Rois , comme (J) Èx,echias esr Josias,lesquels ont premier rejedé hors de leur terre toutes idolâtries ,et? quant cr quant ont réformé la vraye religion : Ainsi de-vroyent-ils faire prefeher la vraye dodrine Apostolique publique-ment , lors quand cela feferoit , je croy quil ne feroit j a besoinde tant de feu pour mettre à mort ces povres fimples gens sé-duids (25). Ensuite il prouve par des exemples, que desgens, qui ne souffraient pas pour justice , ont fait paraîtreun très-grand courage. II allégué le mauvais brigand , lesEsséniens, les Circoncellions, les Martyrs Papistes, Ar-rimas , Mahumétistes, les Philosophes Zenon 8c Socrate.Mais il ne dit rien qui insinue que les Martyrs Anabap-tistes souffraient la mort pour avoir porté les armes contrel’Etat, ou excité les sujets à se révolter. II représenteleurs Martyrs comme des gens simples, Voiez ce que jcciterai ci-dessous de George Cassander.
G.c ’ Not
mée À LeideiPan 1643 .
Jean Clop-penbourg
C a inférsedans fa
GangrenaThéologieAnabaptis-tìcx, ìmprt-'/née à Frantr-
ker > Pan1 656, in &
(21) Fride-licus Span-hemius, F.filins , inElenchoControver-fiaium,t*g. *7 Ldin^ tn . 1654.
(22) Hoorn-beek, S ani-ma Contro-vcsi.pag. 1
(23 ) .
390 .
( 24 ) Guy ùeFres , Epîtredédiait o re dè.la Racine,Source, 2cFondementdes Ana-baptistes.
Ce Livre futimprimé CariHL;-
if) Matth,V. -r;
I Fier.
XV, 20 ;
1 Jean,XV. u
W « Va*
ralip. XXX,& XXXV,
(25) ÍI il ci-né , Source*&c. desAnabapt,f«g. 9-