ANAXAGORAS
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fans fe mêler d’aucune affaire publique. Cela fit qu'on lui demanda , s’il ne se soucioit aucu-nement de son païs. Sa réponse sut admirable : les Philosophes Chrétiens ne pourroicnt pasmieux parler. Oui , dit-il, en levant la main vers les Cieux, j'ai un foin extrême de ma patrie {a).fsne autre fois, on lui demanda , Pourquoi êtes-vous né ? & il répondit, Pour contempler le Soleil,
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furent de ce nombre. Sjuiâ ergo , dit Cicéron (1), aut Ho-mero ad deleilationem anìmi ac voluptatem , aut cuiquam dotlodtfuìffe urtquam arbitramur ? An ni ita se res haberet , Ana-xagoras , aut hic ipje Democritus , agros zy patrìmonia sua re-liquijsent , haie dijcendi qunrendìque divins, delettationi toto ftanima dediffent ? C’esl à un tel abandon qu’Anaxagoras lecrut redevable de la science qu’il avoit aquise , ou de sonsalut, pour me servir de son expression. Quali porro studioAnaxagoram flagrajje credimus ? qui cum e diutinâ peregrina-tione patriatn repeiuffet ; poffeffwnesque désertas vidiffet, >, Non„ej]'em„ ,inquit, „egosalvus, nifiísta periijfent (3). „ So-urate , emploiant à son ordinaire l’ironie , montre que lesSophistes de son teins avoient plus de sagesse qu’Anaxago-ras , puis qu’au lieu d’abandonner comme lui leur patrimoi-ne , Us travailloient ardemment à s’enrichir , désabusezqu’ils étoient de la sotise du vieux tems , 8c persuadez qu’ilfaut être principalement sage dans ses propres intérêts; c'est-à-dire , avoir ì’adresse de gagner beaucoup d'argent. T
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II nous reste encore des Observations à faire fur le désin-téressement d’Anaxagoras. C’étoìt un homme , qui fe se-roit très-bien aquité des charges publiques ; car non seu-lement ses conseils servoient de beaucoup à celui qui gou-vernoit les Athéniens ; mais aussi ils lui étoient nécessai-res (17). Cependant il ne se soucia jamais de se mêlerdu Gouvernement : il ne se voulut jamais prévaloir de l’au-torité & du crédit de Pcricles, pour s’élever aux emplois ,il se borna aux spéculations philosophiques, Lc se guéritparfaitement d’une ambition qu’une infinité d’autres Savansfont incapables de réprimer, lors même, que comme lui,ils n’ont ni sintelligence des assures politiques , ni 1 a pro-tection & la faveur des Puifíànces. Je ne doute point queCicéron ne l’ait principalement compté parmi les granspersonnages dont il dit, que ce fut dommage pour les Ré-publiques qu’ils se fussent entièrement adonnez à étudierla nature. Eadem autem alii prudentia , sed confilio ad vitastudìa dijparì , quietem atque otium sequutì, ut Pythagoras ,Democritus , Anaxagoras, à regendis civitatibus toto fe ad cog-nitionem rerum tranftulerunt , qus vita propter tranquillisa-tem , zsr propter ipfius fcìentis suavitatem , qua nihìl est homi-nibus jucundius , plures quàtn utile fuit rébus publicis , delec-tavit (18). Mais non seulement il négligea les honneurs,il 11’eut pas même le foin de se procurer ce qui lui étoit né-cessaire pour sa subsistance : il ne fit aucune attention , ni àla facilité d’amasser du bien, que le crédit Lc samitié de Pe-ricles lui auroient fournie , ni aux besoins de lá vieillesse.La recherche des secrets de la nature absorboit toutes sesautres passions. II éprouva enfin que son mépris des riches-ses n’eût pas dû être si grand : ’il se vit réduit dans ses vieuxjours à n’avoir pas de quoi vivre , & il n’eut recours danscette nécessité qu’à une tranquille résolution de mourir defaim ; mais Pendes aiant su cela en prévint l’effet. Ecou-tons Plutarque : Pericles , dit-il (19) , secourut de ses riches-ses plusteurs pauvres gens , zsr mesmement Anaxagoras, entreautres : duquel on conte , qu estant Pericles fi empesché ailleurs ,qu il n avoit pas loisir de penser d- lui , il se trouva délaiffé detout le monde en sa vieillesse , csr se coucha la teste affublée enrésolution de se laisser mourir de faim. Dequoi Pericles estantaverti, s encourut aujst tost tout efperdu devers lui, zsr le pria leplus affectueusement qu il lui fut poffìble qu il retournas en vo-lonté de vivre , en lamentant non lui, mais foi mefme , de cequ û perdoit un st féal ar st sage conseiller ês occurrences des
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(t 8) Cîcero»de Oratore,L 'br. m,Cip. XV,
( ér non pasLibr. II,comme citeMr. Ména-gé fur Dio-gene Laër-ce, num. 7 )folio 91, B.'
fr9) Flu-tarch. in Vl-tâ Periclis,pag. 162. Jeme f ers de laVersion d’ A*miot.
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primerait aujourd’hui, leur semble vain Lc superflu (7). affaires publiques. Adonc Anaxagoras fe descouvrit le visage,Anaxagoras s’éloignoit beaucoup des idées de ces gens-là. z? lui dit, „Ceux qui ont afaire de la lumière d'une lampe ,
T1 ' ’ '■ r -- *•- 1 1 . J ~"-„ Pericles, ji weííe»í de l'huile pour l'entretenir ” . Voulez-
vous voir une autre preuve du peu d’ambition de ce Philo-sophe ? On mi offrit de consacrer à sa mémoire tous leshonneurs qu’il voudrait : il rejetta cette faveur, & ne de-manda autre chose > si ce n’est que le jour de sa mort fûtune journée de vacances pour les écoliers. T«§ hìofiévaç
àcpùc T-Ifià 5 , fnitrcCTO rqv r,u,éo m ix.tmv r.aisi vjv uv tcáívt-Ìft)ts; vrcuìaç àtptevai orecítfíiv F^oXáifecv àtrl t£v fcxS-OfutTav (zo\Honoribus qui offerebantur recusatis, postulavit ut ea qua dece's-fistet é vivis die , pueris scholarum vacatio zy discendi concede-retur. N’étoit-ce pas souhaiter que sa mort fût un sujet deplaisir à bien des gens, & non pas une affliction ? Et nevoit-on point là un mépris extrême de tout ce qui flate leplus 1a vanité des mortels ?
Faisons deux petites Réflexions fur le passage de la Viede Pericles. II nous aprend qu’Anaxagoras entendoit très-bien la Politique, quoi qu’il ne fît profession que de la Phi-losophie spéculative. Pourquoi donc ne croirions-nous pasqu’il composa le Traité de Regno, dont Elien a cité uneSentence 12.1) ? Je veux qu’il soit d’un autre Anaxagoras,comme Meursius Lc Mr. Ménagé le íuposent (zz), toujoursest-il vrai que la raison qu'en donne Mr. Ménagé n’est passolide (13) : il saurait compris lui-même , s’il eût songe àcet endroit de Plutarque. Voilà ma prémiere Réflexion.L’autre est que cette vieillesse, que l'on attribue à notre
II abandonnoit ses terres à 1a merci des moutons, pours’occuper tout entier à l’Astronomie Lc à la Physique, fiss-ion (8) , Plutarque (9) , Philostrate (10) , Fiimerlus (11),Lc Suidas , parient de cela. On n’oublìe guere , ni Derno-crite , ni Cratès, quand on tombe fur ce sujet. Les Peresmémes de l’Eglise en font mention (iz) : mais St. Chry-sostome (13) déclare que la conduite de ces Philosophesétoit une folie , 8c une bêtise, 8c non un mépris des riches-ses. Le Diable , ajoílte-t-il , s’est étudié toujours à décrier zy, à dìjdmer les créatures de Dieu , par l'incapacité qu on a eue deVit3.!°»íe fe bien servir de fin argent. N’est-ce point rendre la pareil-le aux Gentils, qui trairaient de fols & d’insenscz tous lesChrétiens qssi renonçoient à leurs patrimoines, 8c se reti-raient dans clés solitudes (14'). C’est ainsi qu’on trouve dubien ou du mal par tout , selon que l’on est rempli de telsou de tels préjugés. Notons qu’Apollonius de Tyanecri-tiquoit un peu la conduite d’Anaxagoras , comme Factiond’un Philosophe qui avoit cherché le profit des bêtes,plutôt que celui des hommes (15). 11 y a de la chi-cane dans cette censure; car pour ne rien dire du pro-fit qu’apportent aux hommes les pâturages publics > n’est-ilpas clair qu’Anaxagoras avoit tout lieu de prétendre queles terres qu’il abandonnoit feraient cultivées par ses pa-ïens ? Les quatre Vers, qui commencent par fie vos nonvobis dans la Vie de Virgile , contiennent un fait très-certain ; c’est qu’en travaillant pour le profit des mou-tons , des bœufs > &c , on travaille pour les hommes. Eu-sebe a été plus équitable envers Anaxagoras qu Apolloniusde Tyane ; car il raporte l’abandon des terres comme unepreuve d’un attachement à la Physique plus grand quen’avoit été encore celui de tous les autres Philosophes.
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(20) ldmiin Prxcepf.lleip. gerert-dx,p. 8zo fD\DiogeneLaëxce,comme on l y 4vu dam lecorps de cetArticle, a
cÌYconjìancteles choses unpeu autre-ment.
(21) ^EliaíuVar. Hist.Libr. IV yCap. XiK
Or):
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QvrtoZoyla,», fA.qZ.ofiolov yé toc rfi cccvréí j/cépa.» êìvc (16). Et verò superiores omnes quantum is Phyfìologu stu-dio fuperarit , vel ex to intelligi , quod agros ipfe Juos magnitu-dine paftionis uberrimos ejus amore reliquerit. Je me fers de laTraduction ordinaire, qui est celle de François Viger;®aìs j’avertis quelle est fautiveàl’égard de fiuxé/boTOfqu’il saloir tourner par agros ovïbus depafiendos, 8c non point», . Par agros magnitudinc pastìonis uberrimos.
ri ^ T) .,.
* Paroles Numatianus dans son Itinéraire, f*ai raporte ci-dejsus quelques-unes
AdqII 4 de la TUmarque (£) de /*^Article AdamitES, (15 ) Philostr.
I Q . 5 ;.^. /, Cap. VlII. Cet endroit a été misérablement traduit par
e -^ ej * A j 1 ® 1 *Auteur, qu’Anaxagoras , s*estant adonné k la nourriture des
T* e ^ es homL^ j CÍMnieaux , avoit pluto/l employé fa Philosophie pour P utilité du bestaìlyy^^'Uftì ^ Version Latine de Rhìnuccinus ne vaut pas mieux , cAjebat Cla~
quitfn naxa & or am ^regibus & camelorum armentis nutriendis intentum pecorum gratta.pi™ 1 ™™ P hilo s°phatum ejfc, (16) Euseb, Piicparat. Evangel. Libr*
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(22) Voter,
Philosophe , ne s’accorde point avec ceux qui disent qu’ìí ‘fsffZZ *vint à Athènes âgé de vingt ans, Sc qu’il y séjourna trente sur «rannées. 11 aurait donc falu , qu’avant que d’avoir plus de droit d’ E-cinquante ans, il eût reçu de Pericles la visite dont Plutar-que fait mention. Je finis pat un Passage d’Ovide, où l’onvoir que les prémiers Astronomes ont dû être des personnesépurées de la sensualité , Lc du soin de parvenir aux hon-neurs , & d aquérir des richesses. Anaxagoras en est unexemple bien parlant.
Felices animas , quibus h&c cognofiere primis ,
Inque domos superas fiandere cura fuit !
Credïbile est illos pariter vitiisque locisqueAltius humants exfiruìffe caput.
Non Venus z? vinum sublimia pettora fregit )
Officiumque sori, militiave labor.
.Nec levis ambitio , perfusaque gloriasucú ;
Magnarumve famés fillicitavit opum.
Admovêre oculis diftantiastdera nostris ;
Mtheraque ingénia fuppofrêre fito.
Sicpetìtur calum : non Ut ferat Offan Olympus }
Summaque Peliacus stdera tangat apex.
Nos quoque fui iucibus Cttlum mnabimur illis,
Ponemusquesuas adstata signa dits (zst),
lien,
(23 ) .Aliasigitur suentob ^in&xago*ta nostro iffce,Menag. inLaèrt. Libr^dl , num. 7.
II tire cetteConséquence dé" qWcAiuxa-goras ne s'étoitpas apliqué at$Gouverne -mentt
(24) OviA,Fastor.Libr. /,f c 297 .
& /--??.