2 . 2,4
A N C I L L O N.
( t ) Discoursfur la Viede Monfr..Ancillon »pag. Z 95 -
( u ) Là-mè-me, pag. 487.
(x) Il a pourtitre , Dis-cours íur laVie dc feu
dre , Ingénieur dc son Altesse Electorale (/). II jouît de ces agrémens, & de plusieurs autres,jusques à íâ mort j & il finit la couiié avec tous les íéntimens de piété qui conviennent a un véri-table Ministre de Jeíiis-Christ: il la finit, dis-je, de cette maniéré, à Berlin, le troifieme de Sep-tembre 1 6r>z, âgé de soixante Lc quinze ans (*)• J’eufle pu faire cet Article beaucoup plus longque je ne le fais > car le Livre dont jel’ai tiré contient beaucoup de détails > mais comme c’ettun Ouvrage qu’il fera beaucoup plus facile de consulter, que de le pourvoir de ce Dictionaire, g«j’ai trouvé plus à propos a’y renvoier le lecteur, que d’en tirer beaucoup d’Extraits (x). J’en—... u »iM„oairac n,,- Bpc h/iAmnírpc i-ncirmsrrirs Je ne m arrêterai qu’à deux
Mr. Anctf-lon,& seí
dernieres
heures.
Il
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,<!ç)8,£Ír ortil*
in i 2 *
<r«) 11 di-sait quelque-fois Uti-mtmequ’il avoitla Biblio-manie, lamaladiedes Livres.LÀ même,
r°S.
(17) vile.Iur la Viede Monír.Ancillon,t“Z- 77-
fl 8) Votezci-dejs sus Ci-tai»! ( 29 ).
(19) vile.fur la Viede Monfr.Ancillon.,fag. 102, ioz.
(20) LÀ rat-ent, pag. 328.
(21) LÀ mt-me,pag. 3S3.
(zz) LÀ mê-*»,?<%. 342 .
uferois autrement ’ fi je travaillois fur des Mémoires manuscrits. Je ne m’arrêterai qu -achoses, dont l’une regarde la Bibliothèque de feu Mr. Ancillon & fa maniéré d’étudier (Z)), &
l’autre
(X>) Je parlerai de sa Bibliothèque, & de sa maniéré d e-tudier.] Les richesses, qu’il aquit par Ion mariage, l’aiantmis en état de satisfaire à sa passion favorite çió), il achep-ta tous les Livres capitaux que l'on peut appeller les piliers d’u-ne grande Bibliothèque, tels que font les Bibles les plus cu-rieuses par l’Edition ou par les Notes, les différens Diiïtonaires,les plus excellent Commentaires des Livres de l Ecriture , lesOuvrages des Peres, les Colletlions ou Recueils des Conciles , lesHistoires Ecclésiastiques, zy divers autres de même nature, llen avou choist les plus belles Editions (17). Il eut tousjours lamême maxime à la fuite, zy en rendoit de bonnes raisons : lerécit en seroit un peu long-, mais voicy en peu de mots quelleen est au moins la substance. Il disoit qu il est certain que moinsles yeux ont de peine a lire un Ouvrage, plus lesprit a de liber-té pour en juger. %ue comme on y voit plus clair , ct" qu onen remarque mieux les grâces zy les défauts lorsqu il est impri-mé , que lorsqu il est écrit k la main , on y voit aussi plus clairquand il est imprimé en beau caraêlére zy fur du beau papier,que quand il lest fur du vilain, zy en mauvais caractères.Après avoir ainsi fait un bon fondement de Bibliothèque, il laaugmenté de tous les bons Livres importuns qui ont paru suc-cessivement k la suite. Il avoit le plaisir de la nouveauté ; carses amis de Paris, de Hollande, d'Angleterre, d’Allemagne,de Suisse, £7“ de Geneve , avec lesquels il entretenois une éxa/tiecorrespondance, les luy envoyaient des qu ils estaient exposez, envente. Le sentiment de ceux qui disent que les prémieres Edi-tions font les moindres, par ce quelles ne fervent qu k mettreau net les Ouvrages des Autheurs, ne lemportoit pas fur faCuriosité. Ii Jçavoit bien que le célébré Mr. Ménagé, Doyende St. Pierre dé Angers, parlant k Mr. Du Puy, dans lEpîtreDédicatoire de ses Origines de la Langue Françoise, luy dit qu ila autrefois appris de luy, que Mr. Loysel, célébré Advocat auParlement de Paris, avoit accoutumé de dire des prémieres Edi-tions , quelles neservoient qu k mettre au net les Ouvrages desAutheurs ; que cet homme judicieux disoit cela avec beaucoupde vraysemblance de toutes sortes de Livres ; mais que c estune vérité plus sure zy plus constante k ïégard des Ditélionai-res, qu k l'égard de toutes autres sortes de Livres, llsf avoitbien que d'autres eftimoient qu on ne doit considérer les prémie-res Editions des Livres, que comme des Essays infirmes que ceuxqui en font Autheurs proposent aux personnes de Lettres, pouren apprendre les sentimens. Mais tout cela riempêchait pasqu il n eût le mefme empressement ; zy ï événement luy ayantfait voir ensuite qu il risquât peu de chose (18), il ne t’a pointdiminué. En efsecl, on a vu jusqu k présent peu d'Autheurspareils, k cet égard, au Cardinal du Perron, qui comme luyriayt épargné ni peine, ni foin, ni dépense, pour fis Ouvra-ges : qui les ay t fait tousjours imprimer deux fois ; la prêmiere,pour en distribuer seulement quelques Copies k des amis parti-culiers , fur lesquelles ils pussent faire leurs observations; la se-conde , pour les donner au public dans la derniere forme danslaquelle il avoit résolu de les mettre: zy qui, afin qu ils ne fus-sent pas divulgués contre son gré de cette prêmiere maniéré, riyayt fait travailler que dans fa maison, oh il avoit une Impri-merie exprès.
La Bibliothèque de Mr. Ancillon étoit „ très - curieuse„ 8c très-grande, & il l’augmentoit tous les jours de tout,, ce qui paroissoit de nouveau , & d’important dans la„ République des Lettres ; de forte qu’enfin elle estoit de-„ venue une des plus belles qui fut entre les mains d’aucun„ particulier du Royaume. Les Etrangers curieux ne man-„ quoient pas de la voir en passant par la ville de Metz,
„ comme ce qui y eíìoit de plus rare (19)., Dès qu’ilvit le Catalogue des Livres prétendus hérétiques , fait parl’Archevêque de Paris, Fan 1685, il mit à part tous les Li-vres dont la suprejsion fut ordonnée (10); zy ils ont fait de-puis fa Bibliothèque dans les pays étrangers (21): la fienne
inclination zy , pour ainsi dire, fin propre cœur . Notez quela perte de cette Bibliothèque entraîna celle d’une infinitéde Lettres que l'on vouloir publier (zz), 8c que Mr. An-cillon avoit reçues de quantité d’habiles gens. On destinoitprincipalement à cet usage celles que Mr. Daillé,fon intimeami (2.4), lui avoit écrites. Quel dommage !
(a) Difc 'fur la y fide Mon».
Ancillon»
pog. 21 9 .
ft donnaient, au lieu des Titres ordinaires de Monsieur, que celuiLUS. Là mime.
de
H 7 / «é-
Mon cher A tt:
Cela peut fournir plusieurs sujets de méditations ; carn’est-ce pas une chose bien lugubre , que de voir qu’il nefaut qu’un jour pour défaire ce qui a été fait.avec millesoins, mille peines, 8c mille dépenses , pendant plusieursannées ? N’est-ce pas un fort déplorable, que d’être exposéà perdre dans un moment ce que l’on avoit aquis à la lon-gue , par des voies innocentes, 8c que l’on s’étoit préparécomme une source continuelle 8c perpétuelle d’un plaisirtrès-légitime, 8c d'une instruction honnête ? Se voir séparétout d’un coup d’une infinité de volumes, que l’on avoit ras-semblez si soigneusement , 8c dont on faisoit ses délices,n’est-ce pas une dure 8c cruelle fatalité ? Notre nature seconsolerait plus aisément, s’ils devenoient la proie desflammes; mais fans une grâce particulière de Dieu , ellene peut digérer qu’ils soient le butin d’un injuste possesseur,à qui ils ne coûtent que la peine de les faire transporterchez lui. Le Triumvirat, qui dépoisédoit de leurs terres ceuxgui les avoient cultivées toute leur vie, 8c qui les donnoità des gens qui n’avoient rien contribué à les mettre en bonétat » ne causoit point une douleur auffi sensible que l'aété celle des Savans qui ont vu dissiper leurs Bibliothè-ques, 8c tomber entre les mains d’un persécuteur, dignede haine s’il agissoìt contre fa conscience, digne de pitiéíi sa fausse dévotion lui persuadoit que c’étoit rendre unservice à Dieu.
Impius hac tam culta novalia miles habebit ?
Barbants has fegetes ( z 5 ) .?
disoient ces bonnes gens d’Italie, qui se voioient obligésde céder leur patrimoine aux soldats des Triumvirs :
En queis confievimus agros !
Inféré nunc Melibœe pyros, pone ordine vites (z 6.)
Vivi pervenimus advena nostri,
Gjjfod nunquam veriti fiumus, ut posfesjor agelliDiceret, hac mea sunt, veteres migrate coloni (zy).
Mr. Ancillon , 8c plusieurs autres, ont pu adapter à leurfortune la plupart de ces expreifions. II vaudrait peut-êtremieux n aimer rien , que de mettre son afection à une Bi-bliothèque , lors qu’on doit être réduit à F apostropher ainsi :
ayant esté comme abandonnée au pillage, après la révocation de ^ont bien paraître qu’ils font résignez à leur ignorance
VZPstitt An \7 none... 11 - 7 _ u. - fl ' _ /? _ l\ HIlMc flìmPnt" miVnvl’stnM-ÍTna -
l’Ediii de Nantes , il ne luy en fût resté aucun, fi ceux-lk,qu il avoit cachés, ri eussent esté k couvert de íavidité avec la-quelle on enleva les autres ... Il y avoit long-tems que lesMoines ey les Ecclésiastiques de Metz ztr des villes circonvoifinesconvoitaient la Bibliothèque de Mr. Ancillon (zz). Son départforcé & précipite leur fournit un beau prétexte pour fi ïappro-prier : quelques uns proposèrent de ïachepter en gros, zy d’au-tres demandèrent qu on la vendit en détail; mais les uns niles autres ri avoient point intention dé en délivrer le prix : ils necherchaient que les moyens de s en emparer. L’expédient des der-niers fut suivi, comme plus propre k favoriser cet injuste des-sein. Une foule d’Ecclésiastiques de tous ordres vint fondre detoutes parts fur cette belle zy riche Bibliothèque, qui avoit estécomposée avec plaisir zy avec choix pendant quarante ans, zyqui ne consistait qu en Livres rares zy dignes de la curiosité desplus fiçavans hommes, lis en firent des tas ou des monceaux,zy donnèrent quelqu argent en sortant a une jeune Fille de dou-ze ou treize ans qui les regardoit, afin qu iIs pussent dire, qu ilsen avoient payé te prix. Mr. Ancillon vit ainsi dissiper ce pré-tieux arnâí qu il avoit fait , zy dant lequtl il avoit placé son
Nuper fiollicitum qua miht sodium,
Nunc defiderium, curaque non levis (z8).
Mais, perdons, s’il est possible, le souvenir de la malheu-reuse 8c funeste révocation de l’Edit de Nantes, qui a étéaccompagnée de tant d’injustices. jetions plutôt la vuefur des objets qui n’excitent pas le tumulte des passions.Louez avec moi le bon goût de cet habile Théologien. IIvouloir la prêmiere Edition des Livres , quoi qu’il y eûtbeaucoup d aparence qu on les rimprimeroit avec desAugmentations 8c avec des Corrections <zp). C’estFen-tendre cela : c est ce que l’on peut nommer amour des Li-vres, avidité d instruction; mais ceux qui attendent tran-quillement à acheter un Ouvrage, qu’il ait été rjmprimé,font bien paraître qu’ils font résignez à leur ignorance , 8cqu ils aiment mieux Fépargne de quelque pistole, que l’ac-quifìtipn de la doctrine, je parle de ceux , 8c le nombreen est fort grand, qui font d’un côté persuadez qu’un Li-vre nouveau leuraprendra mille choses, 8c qui Tailleurs,aiant le moien del’acheter, diférent pourtant cet achat,parce qu’ils ont ouï dire qu’il se fera , ou de meilleuresEditions, ou de moins cheres. On ne saurait assez blâmercette patience : c’est un morne 8c froid aquiescement à laprivation du savoir. Mr. Bigot me disoit un jour, qu’unhomme de Rouen, qui s'apliquoit à F étude généalogique,aurait bien voulu profiter des Ouvrages du Pere Anselme;mais pourtant, il ne les achetoit pas : il se réservoir pourla seconde Edition , qui n’esl jamais venue; 8c aparem-ment, cet homme est mort fans avoir pu satisfaire fa cu-riosité. Mr. Bigot lui représenta plus d’une fois qu’il vautbeaucoup mieux avoir les deux Editions d’un Livre , quese priver du profit que la lecture de la prêmiere peut apor-ter; 8c qu’on juge mal du prix des choses, si l’on préférétrois ou quatre écus à ce profit-là. Ceux qui peuvent fai-re quelgue dépense , ne sauraient être mieux conseillés,
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