A N G L Ù S.
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qua de ‘persévérer dans le Péripatétisme , & de résister aux lumières que Mr. Des Cartes voulutlui donner C D). II prétendit même faire servir les principes d’Aristote à l’éclaircissement des plusimpénétrables mystères de la Religion j & j dans cette vue j il se mêla de manier les matières dela liberté 8c de la grâce. II s’y embarrassa j Sc, pour avoir donné trop l’essor à s s pensées par-ticulières’ il ne plut, ni aux Molinistes, ni aux Jansénistes. II avoit l’efprit assez pénétrant,& assez vaste j mais il n’étoit pas heureux à discerner les idées qui méritoient de servir de réglé& de fondement ni a dévcloper les matières (a). C’étoit un Philosophe 8c un ThéologienHétéroclite. Quclqucs-iins de ses Ouvrages ont été flétris à Rome par la Congrégation de VIn-dex Sc en d’autrcs lieux par les Ceníùres des Académies (£).. 11 eut un sentiment fort particu-lier fur fêtât des âmes séparées du corps, 8c fur la facilite d aquem le Paiadis. Je ne íàipas bien en quelle année il est mort: il ne l’étoit pas, lors que Charles II fut rétabli sor le troncd’Angleterre. J’ai vu des Livres de fa façon, composez depuis le mariage de ce Prince avec l’In-fante^de Portugal. II ne fut point ami des Jésuites, 8c il n’auroit pas été fâché qu ils l’cussentiugé digne de leur colere (F). J’ai ouï dire, qu’au commencement des troubles qui s’élevèrententre Charles I 8c le Parlement, iì écrivit en Anglois pour soutenir avec l’Eglise Anglicane lesentiment de s obéissance passive.
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( £> ) ll résista aux lumières que Mr. Des Cartes voulut luidonner. ] Je recours encore à Mr. Baillet. Thomas Anglus,dit-il, (z) „ étoit un Péripatéticien encore plus extraordi-,, naire que Mr. le Chevalier d’Igby, 8c il le iùrpassoit as-„ sûrement pour l’obscurité de ses conceptions, & pour„ l’incompréhensibilité de ses pensées. II étoit du reste l’un„ des Philosophes les plus subtils de son tems, 8c il s’étoit„ affranchi dc f assujettissement de la Scholastique, qui re-„ tient la plupart des Péripatéticiens. Mr. Des Cartes...„ avoit conçu de l'estime pour lui, fur les témoignages„ avantageux que Mr. le Chevalier d’Igby lui en avoit ren-„ dus. 11 souffrit volontiers que Thomas Anglus lui fit des„ objections. La nature de ses objections, 8c la haute idée„ que Mr. d'Igby lui avoit donnée de. son esprit, lui firentj, espérer de le voir bientôt rangé parmi les sectateurs de fa„ Philosophie ; mais l’événement fit voir qu’il préíumoit„ un peu trop de la docilité de Thomas Anglus. Celui-ci„ se laissa brouiller la cervelle dans les questions épineuses„ de la prédestination, de la liberté, 8c de la grâce, qui„ commençoient à troubler les Facultez Théologiques de,, Louvain 8c de Paris. Persuadé que Mr. Des Cartes n’é-,, toit point a pelle de Dieu pour lui donner les solutions„ nécessaires à ces difficultez toutes surnaturelles, il aima,, mieux recourir aux lumières d’Aristote, pour percer ces„ ténèbres mystérieuses; Ce q u'il en a écrit avec cette as-;, siíîance ne ressemble point mal à des oracles pour l’obs-„ curité; 8c c’ést peut-être ce qui sa rendu inintelligible à„ Messieurs de la Congrégation Romaine de l'Index (f), 8c„ qui l’a fait regarder par les Jésuites comme un Théolo-,, gien sauvage (f). „ II ne fera pas hors de propos de direici ce qu’il répondoit à ceux qui l’accufoient d’obscurité:sa réponse peut servir à nous taire mieux conoître le ca-ractère de son génie. Je me pique de la brièveté, qui convientaux Maîtres gjr aux distributeurs des Sciences, disoit-il (4).Les Théologiens font cause que mes Ecrits demeurent obscurs;car ils e vitent de me donner l'occajion de m expliquer : enfin ,ou les gens dotles m entendent, ou Us ne m entendent pas ; s ilsm entendent, z? s'ils me trouvent dans l’erreur, il leur est fa-cile de me réfuter; s'ils ne m entendent pas, c’efl à tort qu'ilscriaillent contre ma àotlr'me. Cela sent son homme qui necherche qu’à faire parler de soi, 8c qui est marri de n’avoirpas assez ,d’ad versasses pour attirer fur la personne les yeux8c l’attention du public. Ríforunt aliqui hominem quoi evi-dentiam jaílet, cum tamen perobjeurè Ipsum feribere , quot-quot eum legant, queritentnr. Rejpondet ille , se brevïtatiscientiarum traditoribus apts fludere ; Theologos m causa ejseqiibd obscur a. marnant ipfius feripta ,dum fefi explicandi ansamprsbere réfugiant. Addit vel dotios eum intelligere poste; undeC T, f errores feribat, ipfiim cons ut are in proclivi est; vel nonintelligere, ey fie neque debere ipfi occlamitare ; cum peffimus fitanimi morbus calumniari quod nefeis. II y a quelque chosede sophistique dans ce dilemme.
( E ) &tuelques - uns de f es Ouvrages ont été flétris par laCongrégation de /'Index, ey par les Censures de diverses Aca-démies.] Le Décret de cette Congrégation du 10 Juin 1658condamna ces I V Traités de Thomas Anglus, InflìtutionesPeripatetìcs; Appendix Theologica de origine mundi; Tabulasuffragialis de terminandisfidei litibus ab Ecclefia Catholicafixa;Testera Romans, evulgatio. Les deux dernieres Pieces furentpubliées contre le fameux Pere Macedo , qui, dans lesguerres de plume, a été un véritable chercheur d’occasions,un Chevalier errant toujours prêt à rompre une lance. IIattaqua Thomas Anglus (5) ; mais au lieu de répliquer auTabula sujfragiales, ôt au Testera Romans evulgatio, qu’onavoit opposé à son attaque, il recourut à des intrigues, quifirent condamner ces Pieces par la Congrégation de l 'in-dex (6). Les Docteurs de Douai censurèrent vingt - deuxPropositions extraites des InstruSlions sacrées de ThomasAnglus. Il opposa à leur censure une SuppJícatio postulativajuflitis, où il se plaignit qu’ils se fussent contentez d’unecensure très-vague, accompagnée d’un respeâlive, fans quali-fier chaque Proposition en particulier (7). II leur montreMe c’est agir en Théologiens prévaricateurs. Et, en effet,*? e îette-t-on point par là tous les simples dans le périlde se tromper, Sc de calomnier leur prochain ? Si vousprononcez en général, sur trente Propositions, qu’ellesont respectivement téméraires, dangereuses , hérétiques,ou lera l’homme que vous n’exposiez à prendre pour héréti-siue ce qui n'est que téméraire, ou pour téméraire feule-
ment ce qui est hérésie en toute rigueur ? Cette réfléxionaura plus de force, 11 je remprunte de la Lettre d’un Ano-nyme, qui paroît homme d’esprit & de jugement. Voicidonc comme il parle sur le Décret de ïInquisition du 7 Dé-cembre 1690 contre trente cy une Propositions. „ Je 11e sai, Mon-„ sieur, dit le Prélat, en s’adreflànt au Docteur, fl vous,, avez bien compris toute l’addresse 8c tout l’artifice de la„ Censure. Vous sçavez la maniéré dont ces Messieurs ont„ accoutumé de qualifier les Propositions, non en leur,, donnant à chacune en particulier leur note & leur quali-„ té, soit de scandaleuse, ou d’erronée , ou autre ; mais,, en mettant d’abord de fuite toutes les Propositions, yen„ eût-11500: & après, fous ces Propositions en bloc & en„ tas, toutes les qualifications qu’il leur plaît de leur don-,, ner, en y ajoutant un respeóíivè au bout. De forte que,, c’eít aux Théologiens particuliers à deviner quelles de,, ces Propositions font condamnées seulement comme,, scandaleuses, 8c quelles le sont comme hérétiques, ou„ d’une autre maniéré (8).” Dans la page suivante, onintroduit un Conseiller au Parlement, qui s’exprime ainsi:
$, Sur tout, nous croirions nous moquer de la justice, &,, nous exposer à la risée & à l’indignation publique , si,, nous mettions dans nos Arrests , d’une part toutes les„ prétentions des parties & tous les chefs d’un procès, &„ de Fautre, confusément & en un tas toutes les décisions„ différentes avec un respeíîivè qui rendroit FArrést inintel-„ ligible, & seroit une source de mille procès éternels „.Voiez les Réflexions qu’a faites fur ce même Décretd’Alexandre VIII F Auteur des Difficultez proposées à Mr.Steyaert (9). Je reviens à Thomas Anglus. II formaplusieurs doutes fur chaque Censure des Théologiens deDoiìai: 8c prétendit, que íi l’on n*y satisfaifoit pas, oncouvrirait de confusion F Académie, & on le combleraitde gloire (10). Lors que la cabale a plus de part que laraison aux Censures d’un Ouvrage, le particulier censuréne manque gueres. de confondre ses Censeurs. On n’a qu’àse souvenir de la Lettre que Mr.Arnauld écrivit en i68z àF Université de Douai.
Je n’ai pas encore dit tout ce que je sai des Censures quitombèrent fur les Livres de Thomas Anglus. Dès que faStatera Morum eut paru, l’Archevêque de Malines, &FE-vêque d’Anvers, en firent des plaintes à l’Internonce deBruxelles. II y eut un important, qui passa en Angleter-re , pour extorquer des signatures contre la doctrine de cetAuteur (n); 8c il paroît que FEvêque de Chalcedoine des-aprouva le Traité de medio Animormn statu , 8c qu’on fitcourir.le bruit qu’il l’avoit censuré publiquement (iz).
Le Pere Baron observe que le Sonitas buccins fut cen-suré, Sc que F Auteur y soutient que l’Eglise n’a pas le pou-voir de définir; mais feulement de témoigner fur la tradi-tion (13). >
(F) Il n’auroit pas été fâché que les Jésuites ï eussent jugédigne de leur colere.] Cela parait par la Préface que j’ai tantde fois citée ( 14). L'Auteur de cette Préface, 8c du Li-vre qui la fuit, n’est peut-être pas différent de ThomasAnglus. 11 écrivit peut-être lui-même contre fa Statera Mo-rum, tant pour avoir lieu d’édaircir des difficultez , quepour engager le public -ï prendre garde à un Livre qui cou-rait risque de n’être point démêlé de la foule des Livresnouveaux. En tout cas, F Auteur de cette Préface, n’estpas un homme qui paroisse mal instruit des pensées de Tho-mas Anglus, ni mal intentionné contre lui. Or voici cequ’il dit touchant les Jésuites : Increbuerunt sspiujculì rumo-res commìnatam este dollar» illam Societatem se contra D. AlbiiOpéra ftriPluram cdamitm. Hoc idem ab iis maxime exspeéla-bant omnes, »? quos prscipiìe ac psne unice Scriptis fuis lacestt-verat. Attamen, five ex motivis prudentialibus fapprestì fintlábri illi jam feripti, five nulli omnino jeripti fuerint, nihildum càilum est. Hie trinmphat maxime D. Albius, ;ey cau-sant suam hoc diseurs» tuèrt filet: Minas Mas quas intenta-bant, clamores quibus ipfi pajfim obftrepebant, manifesta esteindicia non defutst'e voluntatem illum confitandi : Neque eogenio este PP.Societatis ut quicquam fima fia charius habeant;unde evidenter constare folam iis defiiste potentiam , postquamad tam infignem ignominiatn propellendam adeò tardi extiterint.Vous voiez là un homme, qui, naiant pu avoir la gloired’être commis avec les Jésuites, sc prévaut de leur silence,8c se dédommage en l’iraputant à leuv foibleffe, 8c non pasà leur insensibilité,
A N L
(a) Viîe jctquant à sonobscurité f Htz’Xmarqih
(z>J;
( 8 ) Lettred’un Abbé'à un Prélatde la Courde Rome,pag. 29. Letitre de mottEdition perteJouxte laCopie im-primée àTlioulouse,1691.
( 9 ) Diffic.à Steyaert,IX Port.pag. 249.
(10) PrsdtáStatera:, &c,Voiez. !a Ci-tcttìm ( 6 s
(n) IneâdeniPrafat. Sta-tera:.
(r2) Voiez.l’Epitre dédi-catoire du Li-vre dt Tho-mas Anglus;intitulé Vel-îicationissua: de me-dio Anima-,rum staturatio, im-primé PanIS 5 Z.
(13) Baro,ApologieLibro 1 V,pag. 144.
f r 4s PrœsatiStatera ap-pert hc , &c.Voiez la Ci-tation ( S J,