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Tome premier. A - B.
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À N N A T.

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puis íà sortie de la Cour. II mourut dans la Maison Profelîè de Paris le 14 dc Juin 1670. LePere Sotuel, dont j'emprunte ce qu’on vient de lire , lui attribue de grandes vertus , un parfaitdésintéressement, beaucoup de modeltie & d’humilité , un attachement exact aux observances Sçà la discipline de son Ordre , un grand soin de ne point se servir de son crédit pour son utilitéparticulière, ni pour l’avancement de sa famille, & un grand zèle de Religion {b). II futk marteau des hérésies , dit - il (c) ; & il attaqua nommément avèc une ardeur incroiabìe la nouvellehérésie des Jansénises : il travailla puissamment à la faire condamner par le Pape , (s à la tenir enbride sous Vautorité du Roi T r ès- Chrétien ; outre qu'il la réfuta par fa plume , avec tant de force , queses adversaires n'ont pu lui répliquer rien de solide. Il y a un très-grand nombre de gens, à qui lePere Sotuel ne persuadera jamais ce dernier point ; mais pour ce qui regarde le désintéressementdu Pere Annat, il n’aura pas beaucoup de peine à planter la foi ; car tous ceux qui ont voulus’en informer ont pu aprendre que ce P. Confesseur n’avança point fa famille. On prétend avoirouï dire au Roi , qu’il ne favoit point si le Pere Annat avoir des parens ( d ). II en avoir , quine s’oubliércnt pas, & qui le furent trouver au Louvre ; mais ils ne remportèrent aucun Béné-fice. II y a des tems , où le grand & le petit Népotisme font à la mode ; quelquefois le petit Né-potisme régné , pendant que le grand est aboli. Au tems du Pere Annat, le grand Népotisme (e)étoit à son comble 5 mais le petit Népotisme , quant à la branche des Peres Confesseurs, étoità Paris au plus bas dégré. Je me fers de restriction, parce qu’il y a beaucoup d’autres gens consti-tuez dans les Dignitez Ecclésiastiques , qui ne cessent d’accumuler fur la tête de leurs parens toutce qu’ils peuvent obtenir. Plusieurs d’entre eux fans doute alloìent leur train ordinaire y pendantque le Pere Annat ne souffroit'point autour de lui les loups béans venus du Rouërgue. On a pulire dans les Amours du Palais Roial, qu’il voulut se défaire de sa Charge (J) , lors de la grandefaveur de Mademoiselle de la Valiere. Si cela étoit vrai, ce seroit le plus bel endroit de fa Vie,& le plus beau sujet d’éloge que l’on puisse trouver dans la Vie d’un Confesseur de Monarque.L’Auteur de cette Satire , qui , selon l’esprit & la nature de ces sortes d’Ouvrages , cherchoit àdonner un tour malin à toutes choses , a bien vu cela ; c’est pourquoi il a fait enforte que sonLecteur n’y trouvât rien de louable. 11 a couru une Satire beaucoup plus moderne , où l’on a jointà la demande vraie ou fausse de congé tant dc faussetez de notoriété publique (A) , qu’on ne peutcomprendre qu’il y ait des gens au Monde qui veuillent mentir publiquement avec si peu d’indus-trie. Le Pere Annat a fait un fort grand nombre de Livres (C ), les uns en Latin , êc les autres

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(A) On a dit dans les Amours du Palais Roial (i) qu ilvoulut fe défaire de Ja Charge .] Voici le passage. ,, Le pau-„ vre Pere Annat, Confesseur du Roi, soufflé par les Rei-„ nés , l’alla aussi trouver , & feignit de vouloir quitter la,, Cour , faisant entendre finement que c’étoit à cause de„ son commerce. Le Roi, en riant, lui accorda tout franc„ son congé. Le Pere se voyant pris voulut raccommoder„ Taffaire; mais le Roi, en riant toujours, lui dit qu’il ne,, vouloir désormais que de son Curé. L’on ne peut dire le„ mal que tout l'on Ordre lui voulut d’avoir été fi peu ha-,, bile ”. On me pourroit demander fur cela trois choses :I, S’il est vrai que le P. Annat ait demandé permission deie retirer ; II, Si ce fut par feinte, & par complaisance pourles Reines ; III , S’il se retira en effet, ou si les Jésuites eu-rent l’adresse de raccommoder les choses. Je ne puis ré-pondre à la I question , fi ce n’est que je n’en fais rien , &que l’autorité d’un homme qui écrit une Satire ne me pa-roit d’aucun poids : je n’ajoûte foi à ce qu’il avance > qu’àproportion qu’il le prouve. Ceux qui composent une His-toire , font dispensez de prêter serment, & de fournir destémoins (2) : on les en croît fur leur parole , & fans qu’ilsjurent ; mais pour ceux qui écrivent des Libelles, c’est unefaveur , c’est une civilité , que de les en croire fur leur ser-tirent confirmé par des témoins. J’ai encore moins de lu-mières fur la II question : je ne m’ingere pas à fouiller dansles abîmes du cœur. Sur la III , je ne lai que la notoriétépublique: c’est que le P. Annat a été fans interruption Con-fesseur du Roi de France jusques au primeras de 1670.

(B) Une Satire beaucoup plus moderne (3) débite beaucoupde faussetez. fur son chapitre .] L’Auteur de cette Satire sup-pose que le Pere la Chaise servit beaucoup à porter le Papeà ce que le Roi souhaitait de lui , après l’insulte de la gardeCorse, & que le Cardinal Mazarin, en reconoiísance dece service , lui fit mille caresses , le recommanda au Roi, &le fit même admettre de fin vivant dans lè Conseil de conscien-ce , te qui étoit proprement le rendre Coadjuteur du Confes-seur (4). On met en marge l’année 1663 , pour les pré-mieres caresses du Cardinal ; & Tannée 1665 , pour Tad-miffion dans le Conseil de conscience. C’est bien savoirl'Histoire moderne ! Où est l’homme , qui ne sache que leCardinal Mazarin mourut en 1661 ? L’Auteur ajoûte , quefe Pere la Chaize suplanta le Pere Annat. en excusant lesamours du Roi pour la Valiere fur Tinfirmité de la nature ,Pendant que le Confesseur chagrinoit tous les iours le Roi là-dejfus , zsr ne lui âonnoit point de repos (y). Í1 ajoute encoreque la Valiere , aiant su les maximes du Pere la Chaize,souhaita de Lavoir pour son Confesseur , & lui fit proposerst chose par Mr. de Montauzier (6) ; mais qu’en fuite d’u-Ke . conversation qu’elle eut avec ce Jésuite , elle aimahfieux lui procurer la place du Pere Annat ; & qu’en aiantparlé au Roi , cette affaire fut conclue dans peu de jours,Parce que le Pere Annat, qui ne tarda gueres à venir an-noncer les terribles Jugemens de Dieu , & à demander sonÇongé puis qu’on ne s’amendoit pas, fut pris au mot (7).

On met en marge Tan 1667. J’avoue que je ne comprenstien à une telle hardiesse : car il est de notoriété publique ,qne le Pere Annat ne prit congé de la Cour qu’en 1670;qn un Jésuite de Rouërgue , nommé le Pere Perrier, priteh • Ce > de Confesseur de Louis XIV ; & que le Pere lan y entra qu’après la mort du Pere perrier , arrivéeTO M. 1 .

le 29 d’Octobre 1674 (8). Â quoi songent des gens quipublient des faussetez ii grossières ? Comment ne voient-ilspas qu’ils ruinent leur principal but ? car quel préjugé nedonnent-ils point contre tout leur Livre , quand ils parais-sent, ou fi mal instruits des choses qui sont exposées auxyeux de toute la terre -, ou assez dépourvus de honte, pouroser publier des faussetez évidentes ? Ont-ils les maximesde certaines gens, qui débitent une fraude pieuse à tout unpeuple , en raisonnant de cette maniéré ? Pour un Audi-teur , qui conditra que je me trompe, il y en aura mille , qui nele conoïtront point : mille feront édifiés de ma fraude , un enfera fcandalijè ; le mal fera donc petit en comparaison du bien ;il eft donc de la charité cr de la prudence d'assurer cette faussetédevant cette nombreuse Asjtmblêe. Je ne iai point si nos fai-seurs de Libelles raisonnent de la même maniéré ; maisje fai bien qu’ils parviendraient leurs fins beaucoup plusheureusement, s’ils consultoient un peu mieux la Chrono-logie , & les réglés de la fiction. Est ars etiam maledicendi,diíòit Scaliger (9), il y a un art de médire : ceux qui Tigno-rent diffament moins leur ennemi, qu’ils ne témoignentl’envie qu’ils ont de le diffamer. Au reste , c’est plus pourl’utilité publique , que pour Tintérêt d’aucun particulier ,que j’ai fait cette Remarque. II est bon que , dans ce sié-cle , nous puissions juger des Satires qui ont couru depuismille ans > & que les siécles à venir puissent juger de cel-les que nous v o ions. Pour en bien juger., il ne faut pointavoir égard à ce principe , Il rìy a point d'apparence , que stcela eût été visiblement faux , on eût osé le publier.

Ce fera fans doute l’utilité principale de cette Remar-que ; car, au reste, les Réflexions, ou les Censures les mieuxfondées seront toujours inutiles pour arrêter la plume decette espece d’Ecrivains. On a si peu profité de Tindig,ta-lion des honnêtes gens contre THìílorien fabuleux & sati-rique du Pere la Chaize , que cinq ans après on a mis aujòur tin antre Ouvrage pire que celui-là. C’est depuis lecommencement jusqu à Ta fin un tissu de fables grossières,& d’avantures chimériques, racontées avec la derniere im-pudence , & avec un style tout farci de salerez. Voici leTitre de ce bel Ouvrage, Histoire des Intrigues amoureuses duP. Peters , Jésuite , Confesseur de Jaques II , ci-devant Roid’Angleterre , oh l’on voit fes avantures les plus particulières ,er fin véritable carattere , comme aussi les conseils qu il a don-nez. a, ce Prince touchant fin gouvernement. A Cologne , chez.Pierre Marteau le jeune , Marchand Libraire', 1698. Pendantqu’il fe trouvera des gens , qui achèteront avec plaisir cessortes de Livres, il y aura des Libraires, qui en paierontla composition S: Tim pression ; & , par conséquent, il yaura des personnes assez malhonnêtes, pour consacrer à cexla leur plume vénale. Le mal est donc sans rentede.

(C) Le Père Annat a fait un fort grand nombre de Li-vres. j Ses Traités Latins, publiés en divers tems , furentrecueillis en 3 volumes in 4 , & imprimez à Paris, chezCramoisi, Tan 1666. Le I contient TOuvrage de Scientidmediâ contra novos ejus impugnatores , una cum Exercitationefiholafticâ fub nomme Etigenii Pbiíadclphi , iy“ Appendice adGuilhelmum Camcrarium. Le II contient TOuvrage qui apour titre , Augustinus à Bajanis , hoc est Janfenianis, vin-dicatus. On trouve dans Te III les Traités fuivans : Cathe-licii Difputatio de Ecclèfià pr&fintis temporis ; De incoàêlâ Li-bertate contra novum Augustimtn Iprensts Epifcopi , Vincen-

Hh tixríi

(S) Sotuel^

Eiblioth.ScriptoruniSociet. Jeííiìpev. 211.

(cjHsereíîuirtmalleus , 8cuomiiiarimnova: Jan-fenistaiumHaidïs op-pugnatoiacerrimus.

Ibidem.

( d ) .Adco utdixifsíiti-quando perhí-beètur sua.Majejtas ne-scire se an P~.^Annatiis ha-beret cliquassanguine sibiconjunùlos.Ibidem.

(e) C\st celuide Ia Cour dt‘Rome.

Avrs íùtles Satires.

(s) Ex NaX

thanael.

Sotuellï

Biblioth.

Societatisá

pag. 449 ;

(9) Scaligc-rana II,M- >-> ,