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Tome premier. A - B.
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269
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APOLLONIUS. APONE. 269

Remarques. Si nous avions ce qu’un Philosophe contemporain , nommé Euphrates , avoit écritde satirique contre Apollonius, nous aurions un ample détail de médisances ; car lors que detels rivaux se déclarent une fois la guerre , ils déterrent bien des secrets. Philoítrate a raisonde se servir du silence de cet Euphrates , pour convaincre de calomnie ceux qui avoient méditd’Apollonius par raport à la chasieté , 6t pour soutenir hardiment qu’Apollonius dans là plusgrande jeunesse avoit triomphé de la nature , & avoit toujours vécu dans une exacte continen-ce ( 0 ). Sidonius Apollnaris a tàit une Description d'Apollonius , dans laquelle on voit un Hé-ros de Philosophie aussi grand qu’on en puisse voir (K). L’Auteur du portrait n’oublia pas debien faire ses excuses à la foi Catholique.

grand Déiste, s’il en faut croire bien des gens. Ceux quiont lu ces Notes, m’ont assuré qu’elles font remplies de ve-nin : elles ne tendent qu’à ruiner la Religion révélée , tk àrendre méprisable l’Ecriture Sainte. L’Auteur ne travaillepas à cela par des raisons proposées gravement & sérieuse-ment : mais presque toújours par des railleries profanes ,tk par de petites fubtilitez. Cest donc avec beaucoup dejustice & de sagesse, que ce Livre , qui avoit été impriméa Londres, l an 1680 (40) , a été sévèrement défendu. Cenouveau Traducteur de Philostrate étoit un GentilhommeAnglois , nommé Charles Blount. II publia , en 1693 , unTraité qui a pour Titre Les Oracles de la Raison, tk raccom-pagna de quelques autres Opuscules de même alloi. II fitune fin tragique, en la même année. 11 étoit fort amou-reux «de la veuve de Ion frere , & prétendrait pouvoir l’é-poufer fans inceste : il avoit fait un Traité pour le prou-ver ; mais il ne vit nulle aparence à obtenir le consente-ment de l’Eglife. Sur cela , il lui prit une pensée de déses-poir , & il se tua lui-même. Voiez l’Histoire des Ouvra-ges des Sa vans (41). Au reste, Mr. de Tillemont , enparlant de ceux qui ont fait la Vie d’Apollonius , s’est arrê-té à Philostrate. Allons plus loin. Nicomaque, qui vi-voit fous l’Empire d’Aurelien , fit la Vie d’Apollonius furcelle que Philostrate avoit écrite. Tafcius Victorianus enfit une autre fur celle que Nicomaque avoit composée. Si-

donius Apollinaris en fit une autre, & se régla beaucoupplus fur le modele de Victorianus, que fur celui de Nico-maque (41). Nous lisons dans Suidas, que Soterichus > na-tif d’Oase en Egypte , avoit compose la Vie d’Apollo-nius. Cet Auteur vivoit fous l’Empire d’Aurelien. Je nesaurois dire fur quoi Savaron se fonde , lors qu’il met Plu-tarque parmi ceux qui ont écrit la Vie de notre Apollo-nius (43).

(R) Sidonius Ta représenté dans une Description , ou Tonvoit un Héros de Philosophie aussi grand qu on en puise voir.]A fin que chacun en puisse juger , étalons ici les paroles deSidonius Apollinaris. II avoit écrit la Vie d’Apollonius, &en l’envoiant à un Conseiller d’Evarige Roi des Goths, voi-ci ce qu’il lui dit. Lege virum ( fidet Cathohca pace prafatà }in plurimis fimilem tut, id est , à divitibus ambitum, nec di-vitias ambientem ; cupidum scientia , continentem pétunia ; in-ter epulas abstemium , inter purpuratos Itnteatum , inter ala-bastra censorium : concretum , hispidum , hirfutum, in medioNationum delibutarum ; atque inter satrapas regum tiaratorummyrrhatos , pumicatos , malobatratos, venerabili squalore pre-tiofum. Cumaue proprio nihil esui aut indutui de pecude con-ferret, regnis ob hoc, qui pererravit, non tamsuspicioni, quàmsuisse suspectai : c r fortuna regum [ìbi in omnibus obsecundante,illa tantum bénéficia poscentem , qui mage stt suetus oblataprsstare , quàm sumere (44I.

APONE {a) (Pierre d’) l’un des plus fameux Philosophes 6c Médecins de son sié-cle, naquit l’an 1 ifo (b) , dans un village qut ell situé à quatre milles de Padoue. II étudialong-tems à Paris, 6c y fut promu Docteur en Philosophie 6c en Médecine [A). Je ne làt pass’il mourut fort riche ; mais j’ai lu qu’il se saisoit paicr de grolîês sommes pour la visite des ma-lades (B). II fut soupçonné de Magie, 6c poursuivi par l’Inquisirion fur ce pied-là (C) ; 6c,

(A ) ll étudia long-tems à Paris , cr y fut promu DoHeurtn philosophie cy en Médecine.] Naudé observe cela , dansune Harangue où il releve le plus qu’il peut l’ancienne gloi-re de l’Académie de Paris. Raportons un peu au long sesparoles , puis qu’elles nous aprendront en passant que Pier-re d’Apone fit à Paris le grand Ouvrage qui le fit nommerConciliateur. Prodeat tandem Petrus Aponeníîs ab instgniLibro , quem dum vestras Scholas frequentaret edidit, Concilia -toris nomen adeptus : certe latebat in Italia , nulli prop'e cogni-ta , nullis aliis di/ciplinis , nulli s artibus , nedum propriis ex-culia , nuila déni que , vel linguarum cognittone , vel Philoso-phu nitore décorata Medicina ; cum ecce tutelaris illius genius,ex Aponenfis balnei pago , Italiatn ab ignorant ta barbarie , ve-lus alter Cumillus Romain à Gallorum obfidione liberaturus; di-hgenter inquirit, ubinam gentium humaniores litera felicius ex-colerentur , Philosophia subtilius traderetur , Medicina puritsscy Jolidiìis edoceretur : cumque rescivistet uni Lutetia hanc lau-dem deberi , in c.im ftatim involat , ìlTtus gremio totum se tra-dit , Philosophia Medicinaque mysteriis sedulb incumbit , gra-dum , cy lauream in utra.juc consequitur , utramque pofiea ce-leberrime docet , cy post diuturnam annorum morarn divitiisvestris onuftus , im'o Philosophas , Medicus , Astrologus, Ma-thematicus sua tempestatis prastantijstmus inpatriam suam re-vertitur, cy primis omnium, Scardaoni viri gravispmi judicio,synceram Philosophiam , cy Medicinam ilTt restituit. Vnde gra-titudinis ergo compellandus venit, c y à vobis mérita gratia pro-fequendus Michael Angélus Blondus Medicus Romanus , qttodfuptriori featlo Aponenfis vestriConciliationes phyfiognomicas ele-gantioribus typis demandare volens ; c'um vidijj'et eas a doétoreyestro , P.irifiis , cy in Facultate vestra fuisse elaboratas , hastdcirco veflri Collegii nomine cy ausptcio in lucem prodire volue-rít, ut commuais locì fama benestcio frueretur (r).

(B) ll se saisoit paier de grosses sommes pour la visite des ma-lades. ] On ne marque point ce qu’il exigeoit pour les vi-sites qu’il saisoit dans le lieu de fa résidence ; mais on assu-re qu’il n’alloit point voir les malades hors de la ville àrnoins qu’on ne lui donnât 150 francs par jour (z). Onajòute, qu’étant mandé par le Pape Honoré IV , il deman-da quatre cens ducats par jour (3). Voilà ce que porte1 abrégé de fa Vie inféré dans la nouvelle Edition de Vander Linden de Scriptoribus Medicis. Camerarius raporte larnême chose (4) ; mais fans nommer le Pape qui recou-rut à ce Médecin. II n’en use pas de même à l’égard dulieu où Pierre d’Apone demeuroit. II dit que c’étoit Bou-logne. II ne laisse pas de faire mention d’Honoré IV ;rnais il prétend que le Médecin , qui exigea de ce Pape unPaiement si énorme , n’étoit point Pierre d’Apone. Voicirus paroles , selon la Version de Simon Goulart : Du temsde fies peres , un Médecin de Florence , nommé Thadée, acquittelle réputation , qu allant en.pratique hors la ville, il gaignoitpar chascun jour cinquante escus , & appellé du Pape Honoréquatriejnie , en eut cent tar jour , tellement qu à son retour deBorne >lapp orta dix mille escus (5). S’il eût consulté la Cliro-

s’il

nologie , il n’eût pas dit du tems de nos peres ; car ce Papefut élu l’an iz8; , & mourut l’an 1187. Dom Lancelotde Perouse , citant Ciaconius (<5), dit que ce Thadée, Flo-rentin , ôt Professeur à Boulogne , sc fit promettre Centécus par jour, quand le Pape Honoré IV le manda , & ilajoûte que ce volage lui valut dix mille écus ; mais il ob-serve que d’autres écrivent que Pierre d’Apono obtint dece Pape 400 écus par jour (7). II avoit dit que ce Pierrene sortoit point de la ville pour voir des malades, à moinsqu’on ne lui donnât cinquante florins. Vous trouverezdans le Théâtre de Paul Freher, qu’il étoit Professeur enMédecine à Boulogne , & qu’on l’apelloit de tous les en-droits de l’Italie pour voir les malades , quoi qu’il éxigeâtcinquante florins par jour (8). Vous y trouverez auíìi qu’ilstipula d’Honoré IV la somme de cent florins chaque jour ;& qu’aiant guéri ce Pape, il en reçut mille. Voilà biendes variations.

(C) ll fut soupçonné de Magie , cy poursuivi par T Inquisi-tion sur ce pied-là .J Ce soupçon subsiste encore parmi biendes gens : disons même qu’ils font plus que soupçonner, &qu’ils passent jusqu’à la persuasion. La commune opinion depresque tous les Aut heurs est , qu il eftoit le plus grand Magiciende son siécle ; qu il s estait acquis la cognoistance des Vil Artslibéraux par le moìen des Vil esprits familiers , qu il tenoit en-fermez. dans un cristal ; qu il avoit T industrie, comme un autrePasetes, de faire revenir en fa bourse Targent qu il avoit despen-cè (9). Celui qui me fournit ces paroles , ajoûte , qu 'il estconstant qu il fut accusé de Magie en Tan Ixxx de son aage (10),cy qu estant mort en Tan 1303 (11) , que son procès ríestait en-core finy , on ne laissa pourtant , au récit de Castellan st) , dele juger au feu cy de brufler un faquin de paille ou d’osier , quile réprésentoit , dans la place publique de la ville de Padouepour supprimer par un exemple fi rigoureux , cy par la crainted'encourir une semblable peine , la leSlure de trois Livres subers-tìticux cy abominables qu'il avoit composez, en icelle : le prémierdesquels eftoit cet Heptameron , qui est maintenant impriméfur la fin du prémier Tome des Oeuvres d'Agrippa : le second ,celuy qui est appellé par Tritheme , Elucidarium Necromânti-cutn Pétri de Albano ; cy le dernier , un qui se nomme dansle mesme Autheur , Liber Experimentorum mirabilium deannulis fecundum z8 mansiones Lunes (iz). Voilà despreuves qui semblent fortes : néanmoins Naudé n’en faitpas grand cas. II les réfute d’abord par cette Remarque ;c’est que Pierre d’Apone fut un prodige d’efprit & d’érudi-tion dans un siécle de ténèbres : or cela étoit fort propreà le faire prendre pour un Magicien , puis- que d’ailleurs ils’étoit fort attaché aux Sciences curieuses <k divinatoires.C'est un homme , dit-il (13) , qui a paru comme un prodige cymiracle parmy Tignorance de son siécle , cy qut, outre la co-gnoissance des Langues cy de la Médecine , avoit tellement re-cherché celle des Sciences moins communes , qu âpres a voir laissédes tesmoignages tres-amples par ses F.scrtts de Phyfiognomie,Geomance, cy Chìromantie , de ce qu il pouvoit en chacune d"t-

L1 3 celles,

(«) Philostr.Ldr. /, Cap,VIII,

Ux) Ex Si-donii Apol-linarisEpist. IIILibr. VIII.

( 43 )Savaroin Sidon.Apolliuar.P*£. 491.

( 44 ) Sidon.Apoll'nar.Epist. t/lLibr. VIII,peg. 48Í.

(b) Jacobin |PhilippusTomalinus,Eiog illust,Vir.paj. zz,

(S) In VitáHonoiii I V,

( 7 ) SecondaLancellotida Perugia,l’Hoggidi,Parte 11,DilincannoXVIII,

P“g- 377.

(8) Freher.in TheatroViror. 11-lustr. p.tg.120 s. ll citaBernardusScardeonus,Libr. II,Classe IX,HistoriâtPatavina:.

(s) Naudé,Apologiedes geinsHommesaccusez deMagie, .Chap. XIV,pag. 38 o.

fl o) Cela ejtfaux. Voiez.la \cmarqut

(F).

(si) Cela ejlfaux. Voiez.la mêmemarque.

(*) In Vitisillustr. Me-dicorum.

frz) Naudé,Apologiedes gransHommesacculez deMagie,

pog. 380.

(r3 j I.k-mè-m '>pag.}tì ,