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Tome premier. A - B.
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BOURGOGNE. 655

De là procédèrent une infinité de meurtres , de faccagemens , & de proscriptions (D). Les Or-leanois bloquèrent Paris, bien résolus de le piller. Le Duc de Bourgogne , avec un secours d’An-glois , les obligea de se retirer , & fut reçu dans la Pille comme, le Libérateur cle la France (t). II fittomber sur eux toutes les disgrâces que souffre un parti en déroute : il les fit excommunier , il mitleurs biens à l’encan , il leur donna la chasse par tout. Cela les contraignit à s’allier avec les An-glois , fous des conditions tres-ruineuses four la France. Le Roi l’aiant su jura leur perte,, & alla enpersonne assiéger Bourges , & les fit attaquer ailleurs par ses Généraux ; mais de grandes raisons lecontraignirent à leur accorder la paix. Après mille confusions dans la ville de Paris, le Duc deBourgogne , ne se sentant pas le plus fort, se retira au Pais-Bas l’an iqiz. On deffitua ses créa-tures , oc on le détesta comme un meurtrier exécrable (v). II revint avec une Armée, Ôc se présentadevant Paris , nonobstant que le Roi lui eût défendu d'en aprocherfur peine de leze-Majesté (v). Rienne branla en fa faveur : il se retira confus , après la Déclaration fulminante qui fut faite contre luipar Charles VI. Ce Prince le poursuivit comme l’ennemi de T Etat (j) , & ne lui accorda lapaix (z) qu’à des conditions bien rudes. L’autre parti fut supérieur , jusques à ce qu’en 1418 , lesamis de la faction Bpurguignone introduisirent dans Paris Philippe de Villiers Tille-Adam (aà). Cefut alors que Tannegui du Chatel sauva le Dauphin, comme je T ai dit ailleurs sb). Les cruautez,que Ton exerça fur les Armagnacs, furent terribles. La Reine, que le Roi avoit reléguée , s’unitau Duc de Bourgogne, & fit son entrée dans Paris avec lui. Ils eurent le Roi en leur puisiànce, &abusèrent de son nom, pendant que le Dauphin faisoit tout ce qu’il pouvoit contre le Duc. Ontâcha de pacifier ces troubles : le Dauphin & le Duc s’abouchérent en pleine campagne , & sedonnèrent un autre rendez-vous à Montereau-faut-yonne, pour régler tous les articles de leur Traité.Le Duc sc rendit à l’assignation le 10 de Septembre 1419 , & y fut massacré par les amis du Dau-phin (cc). II eut un fils & six filles légitimes, 6c quelques bâtars (E). Sa mort fut tout autrementvangée que celle de TOrleanois, tant il y a d’inégalité 6c de caprice dans l’efprit humain !

Bourguignon. Jean , Duc de Bourgohgnt, Comte d’Artois,deFlandres , ter de Bourgougne , Palatin , Seigneur de Salines cy deMalines: A toy Charles, qui te dis Duc d’Orléans, à toy Phi-lippes , qui te dis Comte de Vertus , esc ct toy Jean , qui te disComte d‘Angoulesme,qui n'agueres nous avez. efeript vos Lettresde deffiance ; Faisons siavoir , cy voulions que chascunfâche,que pour abatre les tres-horribles trahisons , tr'es-grandes mau-vaisties, cy aguets à pensés, conspirées, machinées cy faibles fe-lonnement d l'encontre de Monseigneur le Roy nojìre trés-redoubtécy Souverain Seigneur, cy le vojlre, cy contre fa tres-noble géné-ration, par feu Louis vojlre pere, faux cy dejloyal trahiftre, deparvenir à la finalle exécution detejìable, d. laquelle il a con-tendu d l'encontre de noftredìbl trés-redoubté Seigneur cy le sien,cy auffì contre fadiâle génération , fi fausse cy nottoirement, quenul prud’homme ne le debvoit laijfer vivre : cy mefmement nousqui sommes cousin germain de mondibl Seigneur, Doyen desPairscy deux fois Pair, cy plus afirainSls à luy cy à fadiSle généra-tion, que autre quelconque de fadiSle génération , ne devions unfi faux, desoyal, cruel, cy fellon trahiftre, laisser fur terre pluslonguement, que ce nefuft d noftre trìs-grande charge , avonspour nous acquiter loyaument,cy faire noftre debvoit envers nos-tre tres-grand cy Souverain Seigneur, cy fadiSle génération, faiSlmourir ainsi qu’ildevoit lediSlfaux cy dejloyal trahiftre, cy ain-si avons saisi plaisir à Dieu , service loyal a nostrediSl trés-te-doubté cy Souverain Seigneur, exécuté à raison; cy pour ce quetoy cy tesdits frétés ensuivez la trace faujse, defloyale, cy félon-ne de vosirediSl feu pere , cy cuidans venir aux damnables cydestoyaux faits d quoy il contendoìt : Avons trés-grande liesse aucoeur desdites défiances ; mais du surplus contenu en icelles, toycy tesdits freres avez menty, cy mentez faussement, mauvaise-ment, cy defloyaument, trahiftres que vous estes ; dont à l'aidede noftre Seigneur qui fiait cy cognoift cy la tres-entiere cy par-faiSle loyauté, amour cy bonne intention que toujiours avons cyaurons tant que vivrons à nostrediSl Seigneur , fadiSle généra-tion, au bien de son Peuple, cy de tout son Royaume ; vous ferons•venir à la fin' cy punition telle que tels faux cy destoyaux trahìs-tres, rebelles, cy desobéiffans félons comme toy cy tesdits freres,doibvent venir par raison .- En tefmoin de ce nous avons faitsceller ces Lettres de noftre Seel ; donné en noflre Ville de Do'úay,fto) En- le 14 jour d’Aouft, l'an de grâce mil quatre cens onze (10).

guerrand de (D).De là procédèrent une infinité de meurtres ...

Monstre]et, & de proscriptions .] On peut comparer cette division à cel-

fxxtu^' Ie à Marius 8e de Sylla , Le au malheureux Triumvirat deMarc Antoine , d’Octavius, Se de Lepidus. Voions dequelle maniéré un Historien partisan des Bourguignons s’estexprimé : ,, Pendant que ces choses se traictoient , Mefíire„ Pierre des Essards , entrât sécrettement dedans Paris , Le,, treuvat uloien de gaigner les bouchers, escorcheurs, Le,, autres, semblables de la populace, qu’il sçavoit porter,, amitié au Duc de BoUrgougne , Le leur persuadât Ja re-„ cherche,des Orléanois. Pour raison dequoy , les paou-„ res Orléanois , 8e, mal-heureux , furent battus, chassés,,, massacrés , justiciés, 8e en fin, traictés en façon , plus„ que d'ennemis. Ce que douât la prémiere entrée au mé-„ contentement, que le Roy, le Dauphin, la Roine, Le„ tous les bons, conceurent contre le Duc de Bourgougne:„ confier ans ces sapons estr anges , plus tost dignes de quelques„ Syllans, Marians , Triumvirs , cy autres barbares ethniques,„ que de Princes Chreftiens, nourris en Ì EcclifedeJefus-Chrift,,, pere de paix, cy de doulceur : cy prévdians, que {à leur tour),, les Orléanois feroient occaftonés de faire ainsi dedans la ville-, mesme de Paris, C y autres, efquelles ilspourroient treuver cy„ attraper quelque fubjeél, serviteur , ou partial, à la fablion1, de Bourgogne. De quoy feferoit une boucherie , maudite cy„ inaccoustumée, par toutes les villes de France, avec la jablu-» re v mort des bons cy innocent, Voilà k poinbl, auquel ceste

,, discorde cy mat-heureusie guerre civile , conduifl cy rangedt,, [infortuné peuple de France, cy les útoiens de toutes les Villes„ qui font en ìcelle. Voila , comme les folies , les passions lesdistendons, cy les vengeances des Princes , s’ejpanchent à la,, ruine du paouvre peuple innocent (r i) .

(F.) ll eut . . . quelques bât ars.'j Servotis-nous des ex-pressions du même Auteur. Il fut me fois feulement marié ;mais il ne fe contentât, ny contint , en son mariage: car Usélicentiat en amours eflrangêres , favorisant quelques amies, des-quelles la derniere, cy la plus favorite, fut la Dame de Giac, quiparticipât à la trahison dressée contre luy : de laquelle toutefois iln'heut enfans ; car les deux bastards, Jean Evefque de Cam-bray , cy Guy {qui fut vaillant capitaine ) estoient d'autre (n).Je m’étonne que Gollut ne dise rien de la bâtarde de cemême Duc. Elle s’apelloit Philippe , Le fut mariée avecAntoine de Rochebaron Sieur de Breze-le-Chastel (13). UnHistorien moderne des Ducs de Bourgogne ne dit rien nonplus de cette bâtarde (14) ; mais il observe qu’orz parla maldu Duc Jean cy de la Reine de France,qui,depuis fa délivran-ce de Tours , lui avoit été fortement attachée , elle qui aupara-vant ne respirait que les Orléanais (i 5). II n’oublie pas la tra-hison d'une seconde Dalila la Dame de Giac... (16 ), qui per-dant tout à la prise de Montereau , la capitulation excluant lesdomestiques du Duc de Bourgogne, subit la peine de son impudi-cité cy de son infâme déloiauté (17). Pontus Heuterus avoitdit les mêmes choses, Le nommément ce qui concerne lesmauvais bruits de la Reine (18). Cette Princesse ne fe fitpoint estimer par fa chasteté: on crut qu elle s’étoit mal gou-vernée avec le Duc d’Orléans, Le qu’ensuite le meurtrier dece Duc se gouverna mal avec elle (19). Joignez à cela cesparoles de Mezerai : Comme on vivoit avec beaucoup de licencedans la Maison de cette Princesse , U fut facile au Connétabled’Armagnac d'en donner de la jalousie au Roi : tellement qu ilfit prendre cy setter à leau un nommé Bouredon, qui esloit decette intrìgue-là ; cy après , il estoìgna la Reine fa femme , cylenvoya comme prisonnière à Tours. Oncque depuis elle ne pût ferésoudre à luy pardonner cette injure , ny mesme au. Daufin sonfils, pour ce que cela s'étoit fait de son adveu, quoy qu’alors il nefut aagé que de seize ans (20). Depuis que le Duc de Bour-gogne Peut remise en liberté, il ne fut pas difficile de la por-ter à des procédures préjudiciables aux Armagnacs dont el-le avoit esté injuriée en tant de vilaines fortes : par ce qu'ilsha-voient estes, jusques là tant pajsionés cy oultrageux , que de lacharger vers le Roy, cy le Dauphin son fils , de fauble, faible enson mariage, cy d’havoir entretenu plus familière accointance cyprivaulté, avec un gentilhomme, qu il ne convenoit à l'honeurcy à la foi d’une Dame mariee , cy a la grandeur d'une tantillustre Princesse, qui estait Raine, cy femme du Roy des François.A quoy ils havoient adjoufte une injure, qui fut de la dépouillerde toutes les richesies qu elle havoit espárgnee cy reserrée en quel-ques Ecclises : afin de s’en servir, pour un dernier secours, en teltemps de ces guerres civiles (21). Les Anglois, à qui elle avoittant d’obligation , ,ne gardèrent pas le silence fur le chapitrede son impudicité. Voici ce que l’un de nos plus gravesHistoriens raporte : ,,Le dernier de Septembre 143; , mou-,, rut la Reyne mere Isabelle de Bavière, dans l’Hostel de,, SaìnctPol à Paris, où elle vivoit en pauvre estât depuis,, la mort du Roy son mary, haye justement des François,„ & mesprisée ingratement des Anglois. On a eferit, que„ pour efpargner les frais de ses funérailles, ils furent por-„ ter son corps dans un petit bateau à Sainct Denis, accom-„ pagné de quatre personnes feulement. Quelques-uns at-„ tribu,ent fa mort à un saisissement de cœur, qu e ] U y„ Causèrent leurs outrageuses railleries ; car ils prenoient„ plaisir de lui dire en face , que le Roy Charles n’eíloitpas fils de son mary (zr) ”.

10 M. I,

Llll t B OURS

(V) Mezéráî*AbrégéChroiiol.Tom. ///,pag. 180, ^

C ann. 1 ^. 12 .

(y'Lk-mime y

lSff,

(at) Là-msme 9

187.

(y) Là-mêmCf

Pag. 188 .

(z.) En Sep -

timbre 1414 .

(«*<1) Meze-rai, AbrégéChronoJ.

To n. /;/ >roi.

(Ib) E> 4 n$t* ^Articlede ce Djj

Chatel;

(cc) Tir/dûMezerai,AbrègeChronol.

Tom, ///,roi,

& fmv^

<n) Go!-Jur, Mé-nmires deBourgogne:,'

Livr x,Chap. XXII,f“I’ S S 7 , 65*,

(tz) Lk-mtlvu, Livr. X»

chip. XLlX,pag. 70 j.

(u) Voitz tePere Labbe,Tabl. Gé-neal.xag.r57,'le PereAnselme,Hist. Gd-néal.

210.

Mauvais*'

Réputationtio la ReineMere deCharles VII,

( r 4) Fabert.Hift. desDucs deEourgog.t*&. 68 .

(’S) Là-n.l-D«1 Là-mi-

m ‘> t*g. « 4 -

(A)

m ‘>pa%. 68 . ‘

( IS ) PontusHeuterus,

Rcr. Burg.Lér. m ,l“g. SZ.

(19) Meze-rai, AbrégéChronol.Tom. m >-«j.

( :Q ) Là-mc-

^•pog. i s8>

4 ' ann . 1417,’

Oi) Gol-lut , Mé-moires deBourgogne,’

Chap. XLIl,pag. 6 ga.

(zz) Meze-rai, AbrégéChronol.

Tom lupsi-zsì, ;

‘ mn ' Hrr,