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Tome premier. A - B.
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B R U T U S. 68§

tóut 1c tort que l’on s’iiïiaginé (D). C’est dòrntnage qu il ait terni par 1 aílaíîinat de ion bien-faiteur un des plus beaux assemblages de grandes qualitez qu’un homme puislè posséder (£ ).

Cette action ' fut condamnée par plusieurs Romains de ce tems-la ( b ) j & l’on ne peut prés-

que point disconvenir que pour le moins elle n’ait ete disproportionnee aux circonstances, je veux murant (F)ì

dire qu’elle n’ait été commise maí-à-propos: Vous en trouverez la preuve dans Dion Caflius (F).

11 Tacise»

Je ne croi pas que l’on fâche qùi étóit ce Poëte, puis qu’unsavant homme s’elt contenté de lui donner le titre vaguede Poëte tragique. C’est en traduisant un des Opuscules dePlutarque où ces paroles font alléguées. Si l’on n’y voltpas tout ce que Dion fait dire à Brutus, on y volt en récom-pense quelque chose que Brutus ne disoit pas, St qui estune luite assez naturelle de ce qu’il disoit. Selon Plutarque,celui qui faisoit ces plaintes d’avoir suivi la vertu commeune chose réelle , ajoûtoit qu’il avoir quitté l’injustice lasource seconde des richesses, 8c l’ìntempérance la dispensa-

de puissance du promoteur de celui dont on prédiíoit lémauvais succès, cent autres choses furent alléguées (/r). Vouscroiez. avoir tout dit, s’écria fort brusquement un François

qui n’avoit point encore parlé ; mais c est un abus: je vaisvous fournir une raison qui est des plus sortes. Un tel a le droitde son coté : son élettion est régulière ; il faut qu il succombe.L’éleílion de l’autre a tous les défauts possibles -, elle esi contrai-re aux formalisez, les plus essentielles , cy aux Loix l'es plus fon-damentales de la nation : cela seul seroit capable de lui assurerla supériorité cy le triomphe. On se moqua de cet Argument,

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( ïï ) Voitr.ci-dijsm UCitation (82}de C.Arnc'ede EÉL-

(e) plut. deSuperstitit.

fag. 1S4.

í 7 ) Mr. leFevre de.S ’ÀHmnr,

( 8) Florus,Liír. IV,Cap. VII,circa fin.

pag. 41S.

lNLe copieuse de toutes fortes de plaisirs. A’çeìç vìv 6c il y eut des personnes qui voulurent bien le donner lá

ToTnùôv ctS'tKictv y xctì ?jjy yóvtfAeoi uttc&q -ïjç yê'ovyç ùifÀcitríav. peine de 1 examiner de sens froid, 6c quidìrent quelin-Omijsa divttias largiente injuftitiâ , omnis voluptatis ferâce iiiftùv* n^r ctle-meme est plus propre a. preiudicier a une

tntemperanttâ (6). Je ne fai pourquoi le Traducteur dontje parle (7) à donné tout un autre sens à l'Original. Ce qu’ij

K r'f U T Á-

ïiûn deteux quiptctendentque Plnjuf*tice est unmoien dcprospérer.

(9) On écritttti én 1698 .

(ro) Cela ejietrrivé ejfec-tivtmint .

substitue ne vaut pas ce qu’il a laissé, & ne représente pas fibien l’indignation d’une personne qui se repente d’avoir sui-vi le chemin de la vertu, 8c qui supose que c’est un ter-roir ingrat & stérile.

Notez que Florus a donné son aprobation à cette plain-te de Brutus. Sed quanto efficacior est fortuna, dit-il (8),quatn virtus! cy quam verum est, quod' moriens ejstavit, nonin re, sed in verbo tantum, esse virtutem ! Vittoriam Mipretlio error dédit.

(J?). il n’avoit pas tout le tort que l’on s imagine s\

Tant s’en faut qu’on doive le condamner à tous égards,qu’au contraire nous devons dire que jamais peut-être au-cun Païen n’a rien dit de plus raisonnable, ni de plus juste.Mais, asm de voir cela, il faut se mettre à la place de ceRomain. II avoir considéré la vertu, la justice, le droit,comme des choses très réelles, c’est-à-dire comme des êtresdont la force étoit supérieure à celle de l’injustice , 8c quimettoient enfin leurs fideles sectateurs .au dessus des acci-dens 8c des outrages de la fortune ; Sc il éprouvoit tout lecontraire. II voioit pour la seconde fois le parti de la justi-ce, la cause de la patrie, aux pieds du parti rebelle : ilvoioit un Marc Antoine, le plus scélérat de tous les hormmes, qui, les mains toutes dégoûtantes du sang des plusillustres citoiens de Rome, venoit de terrasser ceux quimaintenoient la liberté du peuple Romain. 11 se voioitdonc malheureusement abusé par l’idée qu’il s’étoit faite dela vertu ; il n’avoit gagné à son service que l’alternatìve dese tuer, ou de devenir le jouet d’un usurpateur, pendantque Marc Antdine avoir gagné au service de l’injustice lapleine puissance de satisfaire toutes ses passions. Voilà cequi faisoit dire à Brutus que la vertu n’avoit aucune réali-se ? & que íì ion ne vouloir pas être pris pour dupe, il fa-loit la regarder comme un vain nom , & non pas commeune chose. Mais n'avoit-il pas tort de dire cela ? Distin-guons. Dans la Thèse générale, & absolument parlant, ilavançoit une grande absurdité une fausseté impie. Selonson Hypothèse , & vu le Systeme qu’il s’étoit fait sesplaintes étoient bien fondées. On peut même dire que lesPaiens, dans l’obscurité où ils vivoient par raport a uneautre vie, raifonnoient peu conséquemment sur les réalìtezde la vertu. C’est aux Chrétiens à raisonner de la sorte,

& st l’on ne joignoit pas à l’exercice de la vertu ces biensà venir que l'Ecriture promet aux fideles, on pourroit met-tre la vertu & l’innocence au nombre des choses fur les-quelles Salomon a prononcé son Arrêt définitif, Vanité désvannez, tout est vanité, S’apuier fur son innocence seroits’apuier fur le roseau cassé, qui perce la main de celui quis’en veut servir. Dieu sur la terre, entant que dispensa-teur des événemens, & distributeur des bons succès 8c desmalheurs, n’a pas moins soumis aux Loix générales la Vertuëc l’innocence, que la santé 8c les richesses. Un des plusconsidérables Etats de l’Europe perdoit 8c gagnoit pendantqu’il ne faisoit la guerre qu’injustement; il gagnoit mêmebeaucoup plus qu’il ne perdoit. Depuis qu il n’a que desguerres justes à soutenir, il ne fait que perdre. D’où vientcela? II étoit alors puissant, & il ne l’eft plus. Concluons:quiconque s’engagera dans le Système de Brutus, 8c re-gardera la vertu comme la source des bons succès tempo-rels, courra risque de se plaindre un jour comme lui d’a-voir pris pour une chose ce qui n’est qu’un nom.

Mais gardons-nous bien des Observations fougueu-ses de ces esprits extrêmes , qui prétendent qu'avoir tortdans une cause, est un bon moien de la gagner. Disonsau contraire, que toutes choses étant égales bailleurs, c’estun très-bon adminicuse pour remporter la victoire, qued’avoir de son côté la raison 8c la justice. Les désordresdu genre humain, quelque grans qu’ils soient, ne sont pasencore parvenus à un tel comble, qu’on puisse dire que ledroit éloigne ou retarde la victoire. II n’y a pas long-terns (9) que je me trouvai dans une Conversation, où l’onparloir de deux Princes qui avoient été nommez à unetrès-haute dignité. 11 n’y eut point de partage de conjec-tures : on s’accorda à prédite que tel rendioit nulles les pré-tentions de son concurrent (10 ). On se fondoit fur plu-sieurs raisons qu on articula : l’intérêt de toute l’Europe àfavoriserl’un des deux Antagonistes, la situation des paixd ou chacun d’eux devoir attendre du secours, la trop’gran-

justice par elle-même est plus propre à préjudicier a unecause, qu a la faire réussir, 8c que ce n’est que par acci-dent qu’eíi plusieurs rencontres la justice est un obstacleaux bons succès. II arrive très-souvent, que ceux qui agis-sent pour la bonne cause sont moins actifs que leur Adver-saire. Ils se flatent comme faisoit Brutus, que le ciel sedéclarera pour eux : ils s’imaginent que le bon droit n’âpas besoin d’autant d’apuis'que l’injustice: là-dessus, ils re-lâchent leur vigilance, 8c quelquefois même ils font si hon-nêtes gens, qu’ils ne voudroient pas emploier de mauvaismoiens pour soutenir le bon parti Mais ceux qui s’en-gagent à faire valoir de mauvaises causes, ne font pointscrupule d’ajoûter iniquitez à iniquitez; 8c dans la défiancequ’ils ont, ils recourent avec une extrême activité à tousles expédìens imaginables : ils n’oublient rien de ce qui peutou avancer leur afaire, ou retarder les progrès de l’enne-mi (iz). On peut même suposer dáns l’Hypothese des bons8c des mauvais Anges, que parles mêmes principes, ceux-ci sont bien plus actifs. Quoi qu’il en soit, il n’y a nulleconséquence à tirer de la justice, ou de l’injiistice d’unecause, à son bon succès; 8c, hormis les cas où Dieu agitpar miracle, ce qui n’arrive que rarement , le sort d’uneafaire est attaché aux circonstances, 8c au concours desliioiens que l’on emploie. C’est par là qu’il arrive quelque-fois que l’injustice succombe, & que l’on peut secrier*tandem bona causa triumphat.

(E) ll a terni par ïassassinat de Jules César un des plutbeaux assemblages de grandes qualitez qu mpuisteposséder.'] Lesflateurs les plus outrez des defeendans de César ne trou-voient que cette tache dans Brutus. Hune exitum M. Erutìpartim septimum cy trigesimum annum agentis fortuna este vo-lait : corrupto anìmo ejus in diem qua illi omnes virtutes uniustemeritate faíii abstulit (iz). Celui qu’il fit mourir, je l’a-voue, méritoit la mort: cent mille vies, s’il les avoir eues,n’auroient pas suffi à l’expiation de son crime ; mais cén’étoit point à trois ou quatre particuliers d’entreprendrede le punir. Apîiquons donc ici la Maxime, Pastìo justaaSlio injústistima. Leur entreprise d’aillcurj étoit sort con-traire aux intérêts de la patrie : l’événement le montra, 8cìl n’étoit pas mal-aisé de le prévoir. Volez Seneqtie, quia dit si noblement qu’en l’état où étoient alors les choses,il ne faloit pas espérer le retour du Gouvernement Répu-blicain. Les mœurs des Romains étoient changées: lc prixde l’ambition étoit trop grand ; le poste, d’où l’on vouloirfaire tomber le vainqueur dtt grand Pompée, étoit telle-ment envié , qu’il étoit facile de pressentir, qu’à mesurequ’on l'ôteroit à une personne, plusieurs autres se préscn-teroient pour le remplir. Cum vir niagnusfuerìt (M. Bru-tus) in aliis , in hac re videtur vehementer errasse ; ibi speravitlibertatemfuturam , ubi tam magnum pramìum erat vr imite-randi, cyserviendi; aut exisiimavit cìvitatem inprìorem for-mam posté revocari, amistls prìstinis morìbus : futuramque ibiaqualitatem civilis ]uris, cy siaturas fui loco leges, ubi vide-rai tot milita hom'mum pugnantia , non an servirent ; sed utriQuanta vero ìllum aut rerum natura , aut urbisfiu ternit obli-vio , qui uno interempto , defmurum crédidit alium , qui idemvellet , cum Tarquinius estes invetitus post tot reges serro acsulmmibus occisos ( 14 ) ?

(F) ,,, , Cette Atiknfut .... tommìsé hial-à-protosVous en trouverez la preuve dans Dion Cassius 1 Cet Histo*rien observe deux choses, I. qu’une fureur de scélérats empara de quelques-uns qui portoient envie à Jules Cé-sar » 8c les pouffa à le tuer injustement : 11, qu'encorc

(ri) Âtaíjs

qiCtn <]uti-lités remon-tres ils échou-ent-, parieqii ils -? ofen*.pas être ajftZ-mesbAnSu

(13) Fatfi-

Culus , L:Lr,M, Cap,LXU.

(s 4) Sènest,de Bénef.

J ,ir, 11,

CaI', JC.&4

, , .. , X -p | r J ‘V4HV.UI. . * x f VJW V-lJ'-UiC

qu ils alléguassent le beau prétexte de rétablir la liberté,leur action fut réellement impie, 8c replongea dans les sé-ditions un Etat qui cornmençoit à goûter les avantages d'u-ne bonne administration. Il déclare ensuite, que la Mo-narchie est préférable au Gouvernement Démocratique, 8cque l’Hìstoire Greque, & même l’Hiíloire Romaine, prou-vent que les villes 8c que les particuliers ont senti plus dédouceurs, 8c beaucoup moins d’adversiteí, fous l’Autoritéd’un seul, que fous le Gouvernement populaire; que s’ily a eu des Etats qui aient fleuri fous un tel Gouvernementcela n’a duré que jusques à ce qu’ils eussent aquis un cer-tain point de grandeur 8c de puissance, ati delà duquel onn’a vu que des discordes causées par l’envie 8c par l’ambi-tion; 8c qu’ainfi, puis que la ville de Rome se voioit alorsmaîtresse d’tme infinité de nations, 8c comblée de riches-ses 8c de gloire, il étoit impossible que les habitans n’y lâ-chassent point la bride à leurs passions au milieu de la 11-Rtn 3