C R I T O N.
rzr
CRíTON ( a ) (Guillaume) naquit en Ecosse au XVI siecle, 8c se fît JésuiteCn France dans le Séminaire de Rheims {b). II fut Recteur du College des Jésuites de Lion [c) ,& il fît extrêmement parler de lui, non pas par ses Livres , car je croi qu’il n’en publia aucun,Jflais par des machinations d'Etat qui auroient été infiniment plus utiles 8c à son Ordre , Lc à toutela Catholicité , que cent volumes, íî elles avoient réussi. II passa & repasse souvent la mer 8c lesroonts plein d’intrigues & de complots qui tendoient à rétablir dans la Grand’ Bretagne la Reli-gion Romaine. Cependant, si l’on veut ajouter foi à une Lettre qn’il écrivit à Walsingham, iln aprouvoit per les mauvais moiens d’établir le régné de Dieu ( A ), 8c il condamna fortement ledessein fur lequel Guillaume Barri le consulta de faire mourir Elisabeth Reine d’Angleterre. LesArmateurs d’Ostende le prirent l’an i y8y , lors qu’il retournoit en Ecosse pour une grande entre-prise (B). II fut mené par le commandement de l'Amiral des Estât s à la Reine d'Angleterre, qui futS 1 aise de ce présent , qu'elle lui en fit donner entre autres récompenses une chaîne d’or (d). On le miten prison dans la Tour de Londres, & il y fut détenu assez long-tems ; mais ensin, la Rei-ne le remit en liberté, fous la promesse qu’il donna de n’entreprendre quoi que ce fut aupréjudice de l'Angleterre (e). Elle aprit néanmoins en ippz, qu’il avoit fait divers voiages3U País-Bas , 8c en Espagne , pour avancer l’entreprise que les Catholiques d’Ecosse avoientformée de faire venir les Espagnols, afin de changer la Religion, 8c d’attaquer l’Angleter-re (/). 11 accompagna en Ecosse l'Evefque de Dublin que le Pape Sixte V y envoia pour
ofrir au Roi l’Infante d’Espagne (g). Les conditions de ce mariage étoient que le Roi seferoìt Papiste, & qu’il sc joiudroit avec le Pape 8c avec l’Efpagne contre les Anglois. II yy avoit déjà quelque tems que la mere de ce Roi d’Ecosse avoit été décapitée. L’Envoiéde Sixte V échoua dans cette Négociation; 8c s’en retournant sens avoir rien fait, il laissaCriton en Ecosse pour seconder les desseins de Robert Brufi'e , que le Duc de Parme y avoitenvoié par ordre du Roi d’Espagne. On dit que ce Jésuite tâcha d’engager Robert Brusse àfaire tuer Jean de Metelan Chancelier d’Ecosse, qui avoit rompu toute la Négociation de l’E-v êque de Dublin ; 8c que n’aiant.pu l’y porter, il le déféra au Gouverneur du Païs-bas (h).Cela est raconté fort au long dan/ un Livre d’Estienne Pasquier. Je ne sei point ce que les Jé-suites ont répondu. Criton vivoit encore l’an i6iy , comme je l’aprens d’un Ecrit où l’on assure
qu’il
(a) Son N ontÈcojfois s toi t
Chreich-
ton.
(b) De Lar-rey, Hist.d’Angtec.Tom. . 7 , pag.33 s.
(c) Pasquier»Catéchis-me des Jé-suites , Ltvr.m , a>tp. u,f“g. w. 335.
(d) Richeo-me, PlainteApologéti-que, Chap.XLIII, pag.106.
(f) Cana-rien. Annal.pag. m. 604 ,adann. 1591.
(f) Idem,tbid.
(g) Pas-quiet, Ca-téchismedes Jeliri-tes, Livr.Jll,C*ap. II spag. 3 35.
(h) Tiré ittà-meme.
\A) Si l'on vent ajouter foi » une Lettre, qu il écrivit àWalfingham, il n aprouvoit pas les mauvais moiens d’établir ler tgne de Dieu.] Voici un endroit de la Narration que Mr.
Larrey nous donne de ce que Guillaume Parri confessa.
» Morgan lui dit que toute l’Eglise Catholique attendoit de-> f°n courage une action d éclat; 8c ce malheureux l’aísû-" ra .qu’il étoit prêt à porter le poignard dans le sein du" P r rinier Mylord du Royaume. Pourquoi ne dites-vous>> pas de la Reine, interrompit Morgan ? De la Reine>> a uíìJ, fi on me faisoit voir que cela soit permis ; mais» le Jésuite Vastes ( i ) n’est pas de ce sentiment. II ajou-" ta que Criton Jésuite Ecossois n’çn étoit pas non plus;
" ^c. que pour l’en détourner il lui avoit allégué ce grand'> principe, que la Loi naturelle auffi bien que la divine»> enseigne à tous les hommes, qu’il ne faut point faire» un crime dans l’intention de servir Dieu. Qu’il avoit» fortement apuié cette morale , insistant sur une sen--> tence dont ìl faisoit une espece de démonstration , que,, Dieu aimoit mieux les adverbes que les noms : c’eft-,, à-dire , qu il le plaisoit davantage à ce qui étoit bien» 8c légitimement fait, qu’à ce qui étoit bon 8c légiti-». me (a) ”• Ce Guillaume Parri, convaincu de l’éxé-crable dessein de tuer la Reine, fut puni du dernier supli-ce le z de Mars 1585 (3). Les Actes de son Procès furentd’abord imprimez à Londres en Langue Angloise. On entrouve une Traduction Françoise dans le I Tome des Mé-moires de la Ligue. Je viens de la consulter; mais je n’yai point aperçu que Parri ait jamais parlé de notre Criton,ni de vive voix, ni par écrit; & je remarque que Camdenen raportant la Confession de cet homme y a inséré parforme de Parenthèse (4) ce qui regarde le sentiment de ceJésuite. Mr. de Thou pareillement en a parlé , non pascomme d’une chose contenue dans la Confession du crimi-nel , mais comme d’un fait accessoire & découvert par unea utre route. II est pourtant vrai que les Actes du Procès°nt fait conoitre les Maximes du Jésuite Criton ; car ilscontienent une Lettre qu’il écrivit à Walsingham (5) > dansla quelle il les a fort nettement exposées. II étoit prisoniera la Tour de Londres, pendant le Procès de Parri, 8c aiant® te interrogé par Walsingham si l’Accusé lui avoit dit quel-c hose en France ou ailleurs touchant la question s’il estaitfjible d e tuer Sa Majesté , il répondit qu’il ne s’en souvenoitP as • Mats depuis y ayant pensé, il escrivit de son propre mou-y-rrooede J‘ ment « Monsieur le Secrétaire (6) touchant ce faiCllà, z?
r . * « qui s *° ut de sa propre main en la forme qu il s'ensuit. Ces paro-j ’OM suivies de fa Lettre à la page 42, du prémier Tomees Mémoires de la Ligue.
,, J e voudrois que les mêmes Actes nous eussent apris sie>n communiqua cette Lettre à Guillaume Parri. L’ordre, Y0 .nl°ìt; car il n’étoit pas trop sûr de se fier à une Dé-laration kà dans la Tour de Londres. Criton n’eût eup*, û’avoiier en ce lieu-là qu’il eût aprouvé le dessein defahf' Pour àvoit donc s’il exposoit la vérité , il aurpitfa Lettre eût été montrée au Criminel , ou de-
ïï,l> û-ixv;s‘ vr '
ÏÏi'J'.t.
U, 1,1 ~dc-
f. Ptc ‘-
f c J> C( er->*■&"’Jhof-deUni
<Jue 1 £ a r<te
z ^
ItS^j „ ““Os
râì
Mémo'uts
àe la iÂ&ue,Tom„
m. à
|kiu.
{ft} C'ííî-i-
dire k Fr/tn*
fois Wstí*
. - - eur eie monucc " l .-L avoient’ eues en-
mander à celui-ci les conversations Q) 1 que ] c Jésuite
semble sur cet attentat. Si Parri fut ruer la Reine,
avoit condamné hautement la propoiiti y Orthodoxie denous aurions une preuve très- certaine 1 . nous
Criton à cet égard-là ; mais les Actes témoi .
soumissent aucun autre document la-deuus q
gnage que Guillaume Criton prisonnier se voulut rendreà lui-même. Je croi pourtant que l’on’fit parler Guil-laume Parri sur cet article, quoi que le Récit de la Pro-cédure n en fasse point de mention ; & qu’ainsi ce queMr. de Larrey avance a du fondement ; cal' voici unfait que Richeome débite : La Royne . fit deman-
der à Parri s'il cognoijfoit point Guillaume Critton Escos -[ois Jésuite , qui respondit qùoïty , c* que cestoit luy quicy devant luy avoit distuadé cefte entreprise , comme il luydemandoït advis à Lion. La Royne fut estonnée de ceftedescharge , Zir pour en estre bien informée commanda à sonSecretaire , François Vualfingan , de sçavoir de Critton fiParri luy auoit rien communiqué en France ou ailleurs deson saisi. Vualsengan va trouuer Critton aujfi tofi cr luysaiôl la demande , vrc (7). Richeome ajoute ce qu’ona vu ci-dessus (8) & raporte toute entiere la Lettre deCriton tirée des Mémoires de la Ligue , après quoi stcontinue de cette maniéré : „ La Royne ayant otiy le
,, contenu de cesse Lettre: Comment donc ? dict-elle,
„ on publie que les Jésuites me veulent tuer en Angle-„ terre, 8c cestuy-ci me defend en France? Et com-» manda âpres qu’il fut eslargi, & fa Lettre publiée, non» ta nt en faveur d’iceluy , que pour faire sçavoir au„ peuple que les Jésuites n’enseignoient ‘pas qu’il fut loi-,, sible de si tuer (p) ”. II y auroit eu plus de politi-que que de^ sincérité dans ces paroles de la Reine ; carelle sivoit très-bien que l’innocence de Criton ne déchar-geoit pas les deux Jésuites que Parri avoit nommez com-me les aprobateurs de son complot ( 10 ). Disons doncque Richeome a tiré de la Lettre de Criton une consé-quence trop étendue , lors qu’il a dit Tant s'en faut queles noftres foyent autheurs de cest attentat de Parri , qu ancontraire ils l'ont empesché tant quils ont peu, selon le tes-moignage mesme de nos ennemys. Car ïlìijloire c? la Let-tre a esté inférée au Recueil des choses mémorables advenuessoubs la Ligue, mis en lumière par ceux de la prétendue Reli-gion l’an 1588 (n). II eût donné plus de poids à fa Re-marque , s’il eût dit que cette partie du Recueil n’étoitque la Traduction Françoise dune Relation publiée en An-glois à Londres.
(J 5 ) Les Armateurs d'Ostende le prirent l'an 1585, lorsqu ilretournoit en Ecojje pour une grande entreprise. ] ” 11 avoit eu„ la précaution de jetter ses papiers dans la mer, après les„ avoir rompus en plusieurs morceaux ; mais le vent les„ soutint, & les rejetta même dans le navire, fans qu’il y„ en eût rien de perdu ni de gâté: ce que Criton ne put,, s’empêcher de prendre pour un miracle en faveur d Eli-„ zabeth. Ils furent ramassez 8c portez à Vaad , qui les„ rejoignit avec tant d’adresse, qu on y trouva la Narra-,, tion entiere de l’entreprise dont le Jésuite Ecossois por-„ toit le projet aux complices. On y aprenoit que le Pa-„ pe, le Roi d’Espagne, 8c les Guises, préparaient des trou-„ pes 8c des Vaisseaux pour faire une irruption en Angle-„ terre, 8c que ce dessein devoit être bientôt exécuté. L’E-» crit en aiant été rendu public , tout le Royaume s’en» émut (iz) ”. Mr. de Thou n’étoit pas bien informé,lors qu’il difoit que pendant que Parri étoit en prison, il yeut des gens qui firent savoir que Criton étoit passé en An-gleterre sous un habit déguisé , ce qui fut cause qu’on lesaisit (13).
(7) Rícheo-i«c, MainteAjïo/ogétL-que,/>. rS6.
(*) Citation( 6 ).
(?) Richeo~PlainteApoiogéti-
163, I6§.
(îo) L'uns’apelloit Be*nedìfto PaI~mio 5 {il C a,*voit consultek Venise . )l*autre senommaitnibal à Co-dreto. II j’/-toit confessé x
lui à Paris*
(u) Ri-ch eome,PlainteApoiogétí*que, pag.
J 6p. VeiíZ,
auffi Eudse-mon Joan-nes , dans
0 Apologieûe Garnet,154.
(n) DeLarrey,Hist. d’An-gleterre,Tom. //,
r‘s- 3*5,
3*6. Votez.a *$ Caiii-den, fag.m - 3*4.’ od“’>n. r 1 S 4 .
f >3) Thuan,
LX. IX,cìrca st».