DAMASCENK.
charge de Conseiller d’Etat auprès du Calife des Sarrazins. C’étoít un homme fort riche 8c soitcharitable , 8c qui se plaisoit principalement à racheter les captifs, 11 racheta un jour un forthabile homme nommé Cosme que l’on avoit pris fur Mer , & le fit Précepteur de son fils uni-*l Ue - L’enfant profita beaucoup fous cet excellent Précepteur , tant pour ce qui regarde les Scien-ces , que pour ce qui concerne le zèle de Religion. II devint ardent zélateur des Images , 8c se-des Lettres dans l’Empire , qui soutinrent merveilleusement la Cause contre les efforts de1 Empereur : je parle de l’Empereur Léon Nsaurique grand ennemi des Images. On dit que cePrince brûlant du désir de se venger de Jean Damascene , qui remplifl'oit alors auprès du Calife lacharge de Conseiller d’Etat que son Pere avoit exercée, le servit d’une suposition de Lettre { C)•wee un si grand succès, qu'elle fut cause que le Calife fit couper le poing à ton Conseiller. Onà aussi q ne Jean Damatcene s’étant recommandé aux prières de la Sainte Vierge recouvra íàroain , 8c fit hautement paraître son innocence. Le Ministre, qui répondit au Calvinisme deAlaimbourg, rejetta fièrement ce conte comme une sable impertinente ; 8c non content de cela ,sise servit d’une preuve, qui, à proprement parler, eít un blasphème (D). C’eít une plaisanteimagination que celle de Bzovius : il a mis Damafcene au nombre des Médecins que leur lainte-te a rendus illustres (E). On a plus de raison de dire que c’eít lui qui a commencé parmi les
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(C) Léon l’Isaurique . . . se servit contre lui d'une supositionde Lettre .] Quelques-unes des Lettres que Jean Damafceneavoit écrites contre les Iconoclastes tombèrent entre lesmains de Léon, qui en fit fi bien étudier le caraélere par unEcrivain tr'es-habile en l’art de contrefaire zsf de falsifier uneécriture, qu il étoit impossible de distinguer la véritable de lafausse (4). Là-deffus il fit écrire une Lettre (5), où il íù-pota que Jean Damafcene l’exhortoit à faire avancer destroupes vers Damas, 8c lui promettoit, en qualité, de Gou-verneur de la place , de disposer toutes choses d’unc ma-niéré que la prise seroit infaillible. H envola cette Lettre2N Prinee des Sarrazins, 8c se fit un grand honneur de nevouloir pas profiter de la perfidie d’un traître ; mais d a-voir la générosité de découvrit au Calife la trahison d unde fe S sujets. Le Calife , fans écouter les protestationsd innocence que faisoit Jean Damafcene, 8c sans lui per-mettre de découvrir Yartïfice de Léon , lui fit couper sur lechamp la main droite dont il prétendoit qu il eut écrit une Let-tre fi criminelle, zy commanda quelle fut exposée dans la placefur un gibet à la vue de toute la Ville (6). Damafcene s é-tant retiré dans fa maison fit suplier le Calife de lui faire ren-dre sa main : on la lui fit rendre ; il se prosterna devantUne image de la Vierge , 8c ayant apliqué fa main a la pla-ce où elle devoit être naturellement, il suplia la Sainte Vierged employer fa puissante intercession aupr'es de son fils, afin qu illa lui remît en état de poursuivre a soutenir la cause qu il avoitjusqu alors fi heureusemeut défendue contre les Iconoclastes (7 ).II s’endormit en priant, & il crut voir en songe la SainteVierge qui l'assùroit que sa priere étoit exaucée. Sur celas etant éveillé tout à coup, il trouva fa main fi parfaitementrétablie qu d en avoit Vusage libre comme auparavant, avec unpetit cercle qui marquait autour du poignet ïendroit où il avoitreçu le coup qui la lui avoit séparée du bras, afin que l’on neput pas dire qu un autre qui se fùt substitué volontairement àja place eût subi la peine pour lui. Tome la Ville . . . accou-rut le matin a ce spectacle. Le Calife averti d'une fi surpre-nante merveille . . ., la voulut voir , cy s en éclaircir par lui-même ... il avoua son injustice zy sa précipitation, il détes-ta l'infâme trahison de l’Empereur (8), 8 c voulut rétablir Da-mascene dans toutes ses dignitez; mais. il le trouva troprésolu à se rendre solitaire.
(D) Un Ministre ... se servit d'une preuve, qui, a pro-prement parler , est un blasphèmes] On auroit tort de trou-ver étrange que les Protestans soient incrédules envers lemiracle que je viens de raporter ; car il est sûr qu’un grandnombre de Catholiques ne le croient pas; 8c de la manié-ré que les Ecrivains de la cause des Images ont composéleurs Histoires , ils ne font propres qu’à rendre suspectes leschoses mêmes qu’ils raportent véritablement. Ainsi Mr.Jurieu n’auvoìt rien fait' que de raisonnable, s’il s’étoit con-tenté de rejettes comme un conte monachal la main cou-pée, & remise de Jean Damafcene. Sa réflexion sur la lé-gérété du Châtiment est très-bonne ; on ne se contente pasde couper la main à un Gouverneur qui promet de livrerla place à l’ennemi de fou Prince. Mais, quand ce Minis-tre ajoute que puis que les Sarrazins ne se convertirent pasà la vue d’un tel miracle, 8c que la Ville de Damas n'abju-r a point le Mahométisine, il faut conclure que ce qu’ondit de Jean Damafcene est, faux , il me permettra de lui di-te qu il avance une, impiété. Les Sarrazins de ce tems-laet oient bien durs, dit-il (9); car je fuis persuadé que fi l’onffijoit un semblable miracle dans la Mecque, elle seroit incon-tinent Chrétienne. N est-ce pas fournir des armes aux Infi-dèles pour réfuter tous les miracles de Moïse, 8c de Jefus-Christ? Les Egyptiens crics Juifs de ce tems-la étoient biendurs, pourroit-on dire: fi l' on avoit fait de tels miracles' dans■Athènes cy dans R orne, elles firoient devenues incontinent Jui-y es , zy puis chrétiennes. II est un peu étonnant qu un Théo-logien fe laisse éblouir par une raison qui n’est pas moinsrorte contre les veritez évangéliques que contre les fablesdes Moines : mais enfin , quand on songe au pouvoirsttte prennent sur les gens Imaginatifs les premières penséessttu leur viennent, on ne s’étonne pas que le Ministre dontje parle ait raisonné comme il a fait. Ce qu’il y a de bienétonnant est qu’il ne se soit trouvé qu’un homme, qui aittait paraître qu’il avoit pris garde à cette dangereuse doc-
me ; 8c il est remarquable que personne ria fait sem-
blant de s’apercevoir que le public en eût été averti. II estencore très-remarquable que Mr. Jurieu, qui pouvoir aisé-ment sauver son Orthodoxie, en déclarant qu’il avoit avan-cé cela sans y songer , & fans en pénétrer les conséquen-ces ; mais qu’en aiant conu le venin , depuis qu’il a étécensuré sur ce sujet, il désavoué cette pernicieuse Maxi-me: il est, dìs-je, très-remarquable que cet Auteur a né-gligé cette voie courte 8c facile de faire voir son innocen-ce , 8 c qu'il a mieux aimé fournir à toute la terre, en nedisant mot, un prétexte légitime de l’accuser qu’il persistedans la même persuasion, savoir que si l’on rétabliísoit au-jourd’hui dans îa Meque une main coupée, cette Ville seroitincontinent Chrétienne. Il ne fe peut rien dire de plus impie,ce sont les termes de celui qui a dénoncé quelques erreursde Mr. Jurieu (10): car c’ejt déclarer hautement ct la facedu ciel zy de la terre, qu il est persuade que tous les miraclesde Moise , de Jesus-Chrift, zy de ses Apôtres, font des fa-bles , zy par conséquent que l’Ecriture du Vieux zy du Nou-veau Testament n est qu un Roman zy une Légende. %ui peutouir cela sans horreur í Et avec un semblable raisonnement nejetteroìt-on pas par terre tout le Judaïsme c T le Christianisme ?Si parce que toute la Ville de Damas ne s'est pas convertie , lemiracle du P. Maimbourg est faux, il s'ensuit, diront les in-crédules , que Moïse ria point fait de miracles en Egypte, queJesus-Chrift n en a point fait dans la Judée, que Saint Pier-re ne fit pas marcher le boiteux qui lui demandoit í aumône aumilieu de Jérusalem ; car les Egyptiens, ni les Juifs, ne sesont pas convertis. Notez que ce boiteux étoit porté chaquejour à la porte du Temple, 8c qu’ensuite tout le Peuple levit cheminer, 8c le reconut pour le même qui avoit été boi-teux (n), & qu’il fut reconu pour le même par les Ma-gistrats ( IL j , 8c néanmoins Jérusalem demeura Juive. Lemiracle de Jean Damafcene, tel qu'on le raconte, rient riende plus éclatant que celui du boiteux, & ne fut point suivicomme cclui-ci d’une exhortation pathétique.
( E ) lìzovius l'a mis au nombre des Médecins que leur sain-teté î> rendus illustres .] Bzovius, dans le petit Livre qu’ila composé des Médecins qui ont été saints, assure que JeanDamafcene est de ce nombre. La conformité qui est en-tre Manfur 8c Mesué paroit être à quelques-uns la cause decette, méprise (13). Jean Damafcene s’apelloit Manfurc est-à-dire racheté : Constantin Copronyme , qui le haïs-soit, l’apella Manier , c’est-à-dire bâtard ( 14). On aurapu confondre Manfur ou Manier avec Mesué, & s’imagi-11er que Jean Manfur de Damas , est le même que JeanMesué , aussi de Damas ; & que, puis que ce dernier estMédecin , l’autre l’est aussi nécessairement. Mais on feseroit aisément délivré de cette saute, si l’on se fùt souve-nu que Jean Damafcene vivoit au VIII. siecle , 8c queMesué a vécu après Van 1140. Guillaume du Val (15) asuivi l’erreur de Bzovius, comme Bzovius a suivi celle dequelques autres Auteurs. Prenez bien garde à ce que ditGesner ; car après avoir parié d’un Jean Damafcene Moi-ne & Prêtre, Auteur des IV. livres de la Foi orthodoxe,il cite un Passage de Symphorien Champier , qui porte quec’étoit un docte Médecin : vir fuit in Medìcinis dodus, 8 cqui pour fa Science, 8c pour la pureté de fa Vie, fut élu Su-périeur d’un Monastère dans Constantinople. Ensuite Ges-ner parle d’un Jean Damafcene surnommé Manfur, quientre autres Ouvrages a fait divers Parallèles fur l’Ecriture.II réfute ceux qui prennent ce Jean Damafcene pour Mesué,ou qui croient que ces deux personnages ont été contem-porains; il les réfute, dis-je, par une raison de chronolo-gie: c’est, dit-il, que Mesué est postérieur à Vautre de plu-sieurs siécles, aiant vécu fous Frideric Barberousse l’an1163. II donne k Titre des Livres de Jean Mesué, 8c ditqu’il ri y avoit pas long-tems qu ils étoient sortis de dessousla presse à Baie fous le nom de Janus Damascenus. Enfinil parle d’un Jean Damafcene Auteur des Livres de la Foiorthodoxe , 8c des Parallèles. Chacun voit que c’est con-fondre 8c multiplier prodigieusement les Auteurs. Tira-queau s’est un peu embarrassé; car il met (16) dans leCatalogue des Médecins nobles un Jean Damafcene Man-fur. Ce dernier mot est la preuve de son erreur, puis qu’ilempêche qu’on ne puisse dire qu’on a seulement voulu par-ler de Jean Mesué, dont les Oeuvres de Médecine furentimprimées à Bâle fous le nom de Janus Damascenus.
(î o) Volez. ULivret intitu-lé Déclara-tion de Mr,Bayle tou-chant unpetit Ecritqui vient deparaître fousle Titre de
Courte T^c-vue des Ma-ximes de Mo-rale,àc pag.1 j : U fut im-primé Pan1691.
fn) Actesdes Apô-tres, Chap ,///, Vers. p>10, «&* n.
(12) Là mi-me, Chat> xVers. 14,
(í?') VoícZThéophileRaynaud,de malis acbonis Li-bris, Partit.I, ErotemateX,nur». * 14 ,pag. m. 137 *
(14s Idem,Hoplothe-ca, pag- 53 -
(lî) ìn His-toria Mo-nogramme88. Medi-corum , aptti
Th Ray-naud. demalis acbonis tri-bus , pag,l|«.
(16) In Opé-ré de Nobi-litate, apitdTheophil.Raynaud.Hoplotb,pag. J 3 .