dans là jeunesse. Ce fut à des Vers d’amour qu’il consacra les premiers fruits de là Muse (/) ,niais ensuite il entreprit un Ouvrage plus sérieux. J 1 le commença en vers Latins , & l’acheva enycrs Italiens. La cause de ce changement fut qu’il sentoit trop d,e lenteur dans les mouvemensde là veine poétique quand il emploioit la Langue de l’ancienne Rome. Il fit bien de fe tour-ner vers fa Langue maternelle, puis qu’il excella dans la Poésie Toscane (g). II auroit été plusfieureux , s’il ne s’étoit mêlé d’autre chose ; car aiant eu de l’ambition, & étant même parvenuaux plus belles charges de la République, il fut accablé fous les ruines de la faction qu’il embras-se- La ville de Florence divisée en deux factions, l’une nommée les Blancs, l’autre nommée lesNoirs, sc trouva réduite à un état si tumultueux, que le Pape Bonifacc VIII y envoia Charlesde Valois (b) l’an 1301 , pour y remettre la tranquillité. On ne trouva pas de meilleur moiende pacifier la ville, que d’en chasser la faction des Blancs. Voilà pourquoi notre Dante , qui l’a-v °it favorisée , fut envoie en éxil (C). J’ai dit ailleurs (i) que cela fut cause qu’il débita unm eníonge ridicule fur l’extraction de Hugues Capct. II ne fuporta point constamment cette dis-grâce : son ressentiment fut extrême ; il tâcha de se venger aux dépens de fa patrie, & il ne tintpas à lui qu’elle ne fût exposée à une guerre sanglante (D). Tous les efforts qu’il fit pour y êtrerétabli furent inutiles : il ne put jamais y rentrer ; il mourut dans son éxil, au mois de Juillet*311. II eut la force décomposer son Epitaphe en Vers Latins un peu avant que d’expirer (£).Souvenons nous qu’il s’apliqua diligemment à l’étude pendant son bannissement, & qu’il compoíàdes Livres où il fit entrer plus de feu & plus de force qu’il n’y en eût mis s’il avoit joui d’une con-dition plus tranquille (F). On croît que i’indignation contre fa patrie donna une nouvelle vi-gueur
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Ne fait point comment ces trois femmes s’apelloient. Uxo-res tres habuìffe dicìtur, quarum incertum efi nomen ct' mìhifrorsus obscur um ( i ó ). II ajoûte que Dante laìíTa un fils<juî fut Avocat, & qui s’établit à Vérone, & dont la pos-térité a été illustré. U marque entre ses defeendans unP 1 E R R e D a N t e , à qui l’on dit que Philelphe adressa laVie de notre Poète-, & un Dante troisième du nom, quifut exhorté par les Florentins à revenir à Florence lan1495 , & qui rejetta leur exhortation. II dit aussi quilsquitérent tous le nom Aligheri , & ne prirent que celui deDante, & qu’en cela ils témoignèrent que la gloire de leurfamille ne venoit que de ce grand Poète ( 17). Aparem-ment il ne favoit pas ce que Pierius Valerianus nous a apnstouchant ce troisième Dante. C’est qu’il mourut dansla derniere mifere. II étoìt docte, & favoit faire de bonsVers Latins. Lors qu’il commençoit à mettre en ordreses compositions, afin de les publier comme un viati-que de son immortalité (18) , les ennemis que Jules IIavoit,suscitez aux Vénitiens prirent Verone ( 19). Dante,qui s’étoit sauvé à Mantoue avec fa femme Sc les enfans,s’y trouva réduit à l’indigence ; 8c comme fa vieillesse lerendoit moins propre à résister aux duretez d’un si tris-te état, il tomba malade , & mourut misérablement danscet éxil, après de longues douleurs ( zo ). Gyraldi afait mention d’un Dante, que l’on comptoir pour Je cin-quième: Fuere ex cadtm familia , dit-il (2.1), CT alii, in qui-tus Verons. natus Danthis ct ipfe nomìnt qui, ut audivi, quin-
tus ab illtt est, ct latina CT vernacula lingua non fine laude■versus fcrjbìt.
a r-) r>ante , ■ - - sut envoie en éxil .] La présence
, _r.íl ai , . Y alois, bien loin d’assoupir les troubles dontla Ville etoit agitée, ne servit qu’à les augmenter. La fac-tion des Noirs , fe sentant favorisée par ce Prince , com-mit mille violences, elle chassa ceux de la faction con-traire , elle brûla ou abatit leurs maisons, & cela ne fe fitpoint fans le meurtre de plusieurs personnes. Notre Dante,qui étoìt alors du Conseil des huit (n), St l’un des chefsde la Ville qui étoient nommez Prieurs , avoit été députéau Pape pour négocier une paix. En son absence , il futcondamné au bannissement, sa maison fut abatue, & toutesses terres furent pillées (23 ).
(D) Il ne tint pas a lui que fa patrie ne fût exposée à untGuerre sanglante . J II anima Can de la Scale Prince de Vé-rone à faire la Guerre aux Florentins (24) , & il mena1 Empereur au siégé de Florence (15). On parle d’uneLettre qu’il écrivit à ce Prince pendant le siégé de Bres-ce (a6). Je m’imagine qu’il y sit une description passionéedes injustices qu’il avoit soufertes dans fa patrie, & qu’il ex-horta l’Empereur à la châtier.
(£) ll mourut dans son éxil. ... ll eut la force de compo-ser son Epitaphe . ... un peu avant que d’expirer. ] Ce futdans Ravenne qu’il mourut, & l’on croit que le chagrinlui causa la mort. II joiiissoit d’une retraite honorable au-près de Guy Polentan Prince de Ravenne , quand la Ré-publique de Venise se prépara à la Guerre contre ce Prin-ce (27). Celui-ci le dépêcha à Venise, pour y traiter dela paix,. Les Vénitiens firent les fiers; ils ne voulurent nirecevoir Dante, ni f écouter. II retourna donc à Raven-ne , fans aucun fruit de son volage, & il tomba peu aprèsdans la maladie dont il mourut, & dont le chagrin passaPour la cause. Revertens ìtaque Ravennam rébus infeâlis pau-lo poft morbo contratìo uti exifiimatur ex animi dolore extinc-tus est (28). Papyre Masson a parlé de cette Ambassade,lans rien dire du mauvais succès: il insinue au contraire queDante fut bien reçu; car il prétend qu on lui fit voir l'Ar-mai . Rr - v.--/ -o -— --c- rs T1
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ci mon Auteur (30). Obiit, adeo mentis compos quod sexversus in extremo vit s. sua edidit pofimodutn m proprio tumuloincises : CT sunt hi ,
Jura Monarchix, Superas, Phlegetonta, LacusqueLustrando cecini, voluerunt fata quousque :
Sed quia pars ceísit melioribus hospita caltris,Auctoremque suum petiit, felicior astrisHic claudor Danthes patriis extorris ab oris,
Quem genuit parvi Florentia mater amoris.
Mr. Moreri ne devoir pas oublier la circonstance de tems,lors qu’il a dit que Dante i étoìt lui-même composé cette Epita-phe. II ajoute , quau commencement du XVI fiecle, Ber-nard Bembo fit refaire le tombeah. Cela ne s’accorde pointavec le Poccianti, qui marque que cette réparation fut faitel’an 1433 (31); mais il y a tant de fautes d’impreffion dansle Livre de cet Italien, que je me garderais bien de garantirla justesse de cette date.
(F) Il fit entrer plus de feu & plus de force dans quelques-uns de ses Livres , qu il rìy en eût mis s’il çvoit jotii d’une con-dition plus tranquille. ] Cette Observation est de Paul Jovc.Sed exilium, dit-il (31) > vel toto Etrurin prìncipatu ei majus,CT gloriofius fuit ,quum illam sub amara cogitatione excitaiam ,occulti, divinique ingénu vim exacuerìt ,CT infiammarit. Ena.-ta fi quidem est in exilio comxdìa triplex Platonics. erudìtìonislumine perilluftrìs , ut abdicata patria totius Italie, civitate do-naretur. Latomus explique la même pensée dans les six Versqu’il a fait fur Dante , & que vous pourrez trouver dansPaul Jove (33). La question est si le souvenir de son éxiln’excitoit pas trop de colere ; car il arrive souvent queceux qui écrivent en cet état outrent la Satire. Repor-tons la Paraphrase de Mr. Bullart (34) : ll médita de prendredes autheurs de son éxil cette vengeance signalée , que l’on voltéclater dans son triple Poème du Paradis , du Purgatoire , CT deïEnfer. Il détrempa fa plume dans le fiel de fa colere , autantque dans les sources vives de l Hélicon: il joignit l’aigreur de soname a la douceur de sa Poèfie: il fut animé en un mesme tempsde fa docle Muse , CT de son refientiment. Les partialitez desGrands, avec la corruption des mœurs, fournijfans à son esprittoute la matière qu il pouvait defirer pour un semblable sujet ,11déploya aux yeux de toute l’Italie cette Satyre merveilleuse, quiportant ses traits jusqu aux trosnes des Souverains Pontifes , desEmpereurs, CT des Roy s de la terre, découvre leurs aillions pri-vées avec une licence qui semble ne redouter, ny leur puijjanct,ny leur indignation, ll noircit particulièrement la réputationdu Pape Boniface VIII, pane qu il avoit appuy é le party de sespersécuteurs, ll déshonoré par ses Vers la mémoire CT lu race deCharles de Valois, le principal instrument de son éxil; disantque Hugues Capet efioit fils d’un Boucher. . . . liante pouffeencore dans ce Poème son indignation contre la Ville de Floren-ce, lu compurunt à une retruite des brigunds, CT a une fille pros-tituée; en ce quelle mettoit toutes les Charges publiques en ven-te , er changeoit continuellement de Magistrats, de Monnoye ,C 3 *de Coutumes, pour supporter avec moins de peines les incommo-dités de son gouvernement. 11 auroit falu ajouter qu il la dé-crie comme une Ville où les femmes s abandonnoient auxdésordres de l’impureté. II introduit Forese (35), qui ad-mire dans le Purgatoire que fa veuve vive chastement au mi-lieu de tant d’impudiques. Je raporte ses paroles, selon laVersion de Grangier:
A Dieu tant plus est chere, CT tant plus agréableMa vefve, que beaucoup au monde f ay aymé,
Que plus feule à bien faire elle est par trop louable.
four ce quk le pays de Sardaigne estimé
Barbare, efi bien plus chaste en ce qui est des femmes,
Que là où je U luise au milieu des infâmes.
O frere bon CT doux que veux tu que je dye?
Desjà le temps futur. m est au devant des yeuxQui fuivrà non de loing l heure qui nous manie.
Lors l’on interdira pour advifer au mieux
En la chaire publicqite aux Dames Florentines
E>e monstrer leurs teírns, çr leurs molles poitrines (36).
Hli i Rapor-
(/) Tapirs.
Masto-, tla-
gior. Tom*
Ig) Idem»ibidem.
(h) Frire dePhilippe leBel, Roi île
(i) DantF.Article
Capet,
(30) íoe-ciautius, deScript. Flo-rent. pag. 45»46. Peint axjjìPaul Jove,Elogior.
Cap. IV,pag.st. Je cor-rige les fautescP Impressionepui font auxVers de l'Epi-taphe dans i»Poccianti.
(31) Poc-cianti, il/id,pag. 46.
f3 2) JoviusElogiorumCap. IV, pag.iy.
(33) Ibidem ,pag. zo.
(34) Bullart,Académiedes Scierie.Tom.U,pag %î°7.
(;s) ll étoleOncle paterneldu Jurifcon-Jtdtc Franpois, A.carfc.Grangier,Comment,fur le Pur-gatoire deDante, pag.40 t.
(36) Dante,ChantXXIII duPurgatoire,pag. m. 39 f %