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Tome second. C - I.
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258
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D A U R A T.

(f) Scalige-rana l > P*g.m. 18. VoiezGuil. Can-terus in Ly-cophr. Vers.zoS.

(q) Thuan.Hist. Libr.LXXXIX,sté fin.

(48) DamU Vie deRonsard.

(49) Libr.LVll.

fjo) DuBreul, An-tiq. de Paris,t*g- í«í.

(51) Il l’n-voit dtjìrapertcc tpa£,-4-

(jì) Sam-marrh. Elo-gior. Livr.lilypag. m .

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($3) Horat*Od. I, LikrilV,f. r.

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même en François : & fit maladie fut enfin d’en vouloir trop faire ; car il ne s’imprimoit point deLivre, 6c il ne mouroit aucune personne de conséquence, fans que Daurat fît quelques Vers furcette matière , comme s’il avoit été le Poëte banal du Roiaume , ou comme si íà Muse avoit étéune pleureuse à louage. Cela fit que si sa veine ne fut pas épuiíée jusqu’à la lie , elle fut du moinsréduite à l’état d’un tonneau bas percé (O), d’où le vin deílitué de la meilleure partie de ses espritsne coule que faiblement. 11 étoit si bon Critique , que Scaliger ne connoiflòit que lui 6cCujas qui fusi'ent bien capables de rétablir les anciens Auteurs (p) ; mais il n’a donné au public quepeu de chose de cette nature ( P ). Selon Scaliger , II commençoit à s'apoltronner (E) , C? s’a-miisoit à chercher toute la Bible dans Homere. 11 mourut à Paris le 1 de Novembre if 88 , âgé deplus de quatre-vingts ans (R). Le Recueil qu’on fit de ses Vers ne lui fut pas honorable: lesLibraires eurent plus d’égard à leur intérêt qu’à fa réputation. Us y fourrèrent des Poésies qu’iln’avoit pas faites, 6c quelques Ouvrages qu’il n’eût point voulu avouer pour siens, quoi qu’il leseût composez (f).

DAUS-

Menage étoit vraie, savoir que Daurat le chef de cette Pléia-de ne fefoit f oint de Vers François, Mr. Baillet auroit été cri-tiqué à juste titre : mais cette prétention est fausse ; car ou-tre ce qui vient d’être cité de Du Verdict Vau-Privas, ontrouve dans la Croix du Maine, que D’Aurat a escrit plu-sieurs Poèmes tr'es-doâles tant en Grec zs? Latin qu en François.Ailleurs (48) on trouve que Ronsard apella la Pleiade lacompagnie de Jean Antoine de Bays, de Joachim du Bellai,dePontus de Tyard, d'Etienne Jodelle , de Rémi Belleau, de Do-rât, c? de lui,parce qu ils estoient les premiers zs? plus excellenspar la diligence desquels la Poésie Françoise estoit mon-tée au comble de tout honneur. Conformément à cela Mr.Ménagé lui-même avoit dit dans ses Remarques fur Malher-be , qu à l’imitation de la Pleiade de Poètes Grecs, Ronsarden fit une des Portes François qui estoient de son temps . . .,ZS? que ces Poètes François estoient Ronsard, du Bellai ,Pontus de Tyard, Jodelle, Belleau, Bais, c? Dorât. Et voi-ci ce que l’on trouve à la page 186 de ses Remarques fur laVie de Pierre Ayrault, Dorât est le premier des Poètes de laPleiade; car tous ceux qui ont parlé de ces Poètes, les ont nom-mez, en cet ordre, Daurat, Ronsard, Du-Bellay, Belleau, An-toine de Bais, Pontus de Tyard, es? Jodelle. Je ne veux pointtne servir de l’autorité de Monsr. de Thou, qui dit (49) queRonsard 8c Daurat a voient fait les Vers qui furent chantezpar les filles de la Reine, au fameux Ballet dont on régalales Ambassadeurs de Pologne l’an 1573 ; car il est fort possi-ble en cette rencontre que des Vers chantez par des Damesaient été Latins, & il y a des Auteurs qui disent expressémentque d'Aurat fit les vers Latins qui surent récitez au balletqui fut représenté aux Thuilleries tan 1573 , quand Monsieurle Duc d'Anjou fut déclaré Roi de Pologne ( 30 ). Mais quoiqu’il soit sûr que Daurat a fait des Vers en fa Langue mater-nelle , il faut avouer que son mérite n’étoit pas tel de ce cô-té-là, que du côté de la Poëlie Latine. C’est aussi en quali-té de Poëte Latin qu’il a fait du bruit dans la République desLettres, nonobstant les fautes grossières qui lui échapoientquelquefois contre les régies de la quantité. Barthius lui don-ne ce coup en passant dans la page 1659 de son Commentai-re fur Stace, 8c ajoute une chose de lui qui mérite d etre ra-portée (51), c’est qu’il admiroit tellement cette Epigrammed’Aufon z,{F.pigr. 105.)

Dam dubitat natura, marem saceretve puellam ,

FaHus es, ô pulcher, pene puella puer,

qu’il foutenoit qu’un Démon en étoit F Auteur.

(O) Sa veine fut réduite ...... à l'état d.'un tonneau bas

percé.] Citons Ste. Marthe. Nullus novus liber in lucemexibat, quin fibi commendatricem Aurati Mufam pro Mercurioitineris duce ZS? auspice depofceret. Nullus in tota Gallia paulonobilior è vivis excedebat, quin ab Aurati lugubribus Camœ-nis tanquam Prtficis folemnes funeri quefius zs? lacryme fuffi-cerentur : quo fiebat ut in tanta fimjlium argnmentorum mul-tìtudine beata illa quondam uberioris ingenii vena non arefce-ret quidem, fed fundo propior languidius negligentiusque jlue-ret ac fe traheret (;z). J’ai dit dans la Remarque (B) deF Article Afer (Domitius ), que les Poëtes devroient quit-ter de bonne heure le service d’Apollon. J’ajoute que s’ilssentoient le retour de quelque accès poétique , ils devroient. Je prendre pour une tentation de quelque mauvais Génie, 8cse servir envers les Déciles du Parnasse de la prière qu’un deleurs Confrères emploia envers la Déesse de F Amour :

Par ce, precor, precor,

Non fum qualis eram bont 1

Sub regno Cynare. Define dulciumMater feva Cupidinum

Circa lustra decem fleiïere mollibusJam durum imperiis: abi

Quo blande juvenum te revotant preces ( î 3 )•

Le service des Muses sympathise en bien des choses avec leservice des Dames; il vaut mieux s’en retirer trop tôt quetrop tard, 8c dire de fort bonne heure avec une ferme réso-lution de s’en tenir-là :

Vixt puellis nuper tdoneus ,

Et militavi non fine gloria:

Nunc arma , defunHumque belloBarbiton hic paries habebit ( 54)-

On parle de certains Monarques , qui donnèrent ordre àquelqu un de leurs domestiques de leur venir dire chaquejour, fouvenez-vous d’une telle affaire (55). S’il est permisde comparer les petites choses aux grandes, il faudroit queles Poëtes fur le retour chargeassent quelque personne deleur dire tous les matins, Souvenez-vous de l'âge que vousavez. Horace se vante d’avoir eu un tel donneur d’a-vis ( 56 ) , 8c voici ce que je trouve dans le Menagiana.„ Mr. du Perler a prié autrefois ses amis d’avoir la charité„ de F avertir lors que fa veine baisseroit, 8c qu’il ne seroit„ plus en état de faire des vers avec honneur. II est teins„ de le faire (î 7 ) ”• Si Daurat se fut conduit avgc cetteprécaution, il n’eut point survécu à sa propre gloire. Maisrien ne lui a fait plus de tort que de s etre assujetti volon-tairement à versifier fur tous les Livres qui s’imprimoient.Quelle pitié, difoit Balzac (58), d’être obligé de louer tous lesLivres imprimez nouvellement, ceft-à-dire d'être de pire con-dition en prose que n étoit Auratus Poëta regius, qui faisoit debonne volonté ce que je fats en forçat Zs? en condamné. On avu de plus fraîche date un Poëte François ( 59), qui prépa-roit des Sonnets pour les Livres à venir. Volez commenton le berne dans la Suite du Parnasse réformé.

( P ) Il étoit . . . bon Critique ... ; mais il n’a donné quepeu de chose de cette nature. ] On voit quelques-unes de sesRemarques Critiques fur les Vers des Sibylles dans l’Edi-tion d’Opsopœus. II avoit fort travaillé fur ce sujet dansses Leçons, comme nous l’aprend une Lettre de Stuckiusà Goldast ( 60 ). Quàm doleo, dit-il, me Jo. Aurati pr&cep-toris mei viri ingeniofiffimi, zs? in emendandis antiquis PoétisGracis acutiffìmi dicîata, zs? annotationes in illa carmina antemultos annos, zs? ejus ore calamo exceptas cum aliis nonnullismeis libris Lutetia amifìste!

( §L) il commençoit à s’apoltronner. ] Scaliger parle autems présent, Il commence à s’apoltronner; zsrc. Sur quoivolez la Remarque (E) de cet Article.

(R) Il mourut . . . âgé de plus quatre-vingts ans .] LaCroix du Maine donnoit à Daurat dix ans moins que lesautres : il plaçoit fa naissance à Fan 1517: il auroit doncdû croire que Daurat est mort à l’âge de soixante 8c onzeans. Mr. Baillet (61) a raison de ne pas trop s’arrêter àce sentiment au préjudice de celui de Papyre Masson, duPrésident de Thou, ZS? de Scevole de Sainte Marthe, qui avoienttous conu tres-particuliérement Daurat, puis qu’il est certainque La Croix du Maine fe trompe. Voici quatre Vers deDaurat qui en donnent la démonstration : ils furent faitsfur la mort de Leodegarius à Quercu qui avoit vécu quatre-vingt-cinq ans.

Ocloginta armes quo natus quinque fupraque,

Officia funSltis, plenus honoris obit.

At tuas Auratus pare peene atate fuperstes,

Nos elegos tumulo donat habere tuo:

Mr. Ménagé s’en sert (6z), pour prouver que Daurat avécu plus de quatre-vingts ans: en quoi st est incompara-blement mieux fondé, que lors qu’il accuse Mr. Baillet (63)d avoir dit que ce Poëte n’en vécut que soixante 8c onze ;car il est vrai que Mr. Baillet le dit 'comme une chose dif-férente de l’opinion commune , mais st marque en mêmetems que cette opinion commune est préférable à celle deLa Croix du Maine. Je remarquerai une autre petite mé-prise de Mr. Ménagé. II dit que tous les Poëtes du temsfirent des Vers fur la mort de Daurat, 8c entr’autres Ron-sard son Disciple favori (64). Mais il est sûr que Ronsardmourut ( 65 ) quelques années avant son maître ; 8c st nefaloit que jetter les yeux fur ces paroles de Papyre Mas-son, pour savoir que ce Disciple n’avoit pu rendre aucunservice poétique à la mémoire de Daurat. O si hodie dis-;cipulus eius Petrus Ronfardus insignis Po’èta viveret, quas illenmias, aut que epitaphia scriberet? J’ai mieux aimé suivrePapyre Maison que Mr. de Thou. Ce dernier fait mou-rir Daurat sur la fin de Novembre âgé de près de quatre-vingts ans.

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