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DEJOTARUS.
c’est lui qui obtint en Tannée 714 de Rome les pais que Déjotarus 8c Attalus laissèrent vacansdans la Galatie par leur mort. Déjotarus eut un autre gendre contre lequel il entreprit une guerrede Religion (H) ; car comme il étoit le patron du Temple 8c des Prêtres de la Déesse Gybele ,il ne put souffrir que Brogitarus son beau-fils profanât ce lieu sacré : il arma donc contre lui8c l’en chasià. 11 étoit entêté de superstition pour les augures autant qu’homme du monde (/)•Cicéron a fait fur cela de fort bonnes réfléxions (K). On ne démêle pas bien en quel tems Bru-
tus
(36) Strabo,Libr.XlI,p*g. 387.
0.7) v-0,
pag. 488.
(38) Strabo,ibidem.
(3 s) Libr.
XII y pag.
3 91 .
(40) Le P.Abiam lasmt constam-ment dans fanCommen-taire lu rFOraifòn deCicéronpour Dejo-tarus.
(41) Cicero,Orat. deHamspicumresponíìs,Cap. XIII .
(4-)
gn'ez. à cecieet endroit derOraisonpour Sex-tius, Cap.XXVI . LegetribunitìaMatrìs Mag-na Pefjinun -tins ille fa-cerdos expul-sas , & fpo-liatus facer-dotio est ;fanumejuefaniïifjìma-rum , atcjueanticjuijstma-rum religio-num vendi -tum pecunia,grandi Brogi-taro , impurohomini > atcjueindigna illareligion* ,
prajertimettm ea stbiille noncolen-di, fed violanii cdufsaappeiivilst .
vie de César, est apparemment celui dont Dion a fait men-tion , comme de celui qui succéda à Déjotarus. Pour cequi regarde Déjotarus Philadelphe Roi de.Paphlagonie , filsde Castor (36), j'avoue que je ne sai d’où tirer son extrac-tion. Je ne sai point si son pere est le même Castor quiaccusa son aieul ; cela pourroit être : je sai seulement qu ilabandonna Marc Antoine dans la guerre d’Actium pour sejoindre à Octavius (37) , 8c qu’il fut le dernier Roi de Pa-phlagonie (38).
Je ne finirai point cette Remarque fans avertir mon Lec-teur, que quand j'ai parlé de Saocondarius gendre de De-jotarus, j'ai pris les paroles de Strabon autrement qu onn’a coutume de les prendre. T» t» L--v--L--s rS
Sceaixíivícef 1» , ìii ài e*T« -rSroo Arliírapof ,
t nìy B-vyarigot, €<xvt 3* Voila. les. paroles de Sua-
bon (39) : elles peuvent signifier, La capitale' de Castor Sao-condarius dans laquelle Déjotarus son beau-pere le stt mourirlui z? fa femme : ou bien, La capitale de Castor fils de Saocon-darius, dans laquelle ce dernier fut mis à mort avec fa femmepar Déjotarus son beau-pere. Cette derniere Traduction (30)m’a semblé meilleure que l’autre , parce que je suis certainque Castor étoit fils de la fille de Déjotarus, 8c que ne sa-chant point comment s’apelloit son pere, il m’est aulîì bienpermis de l’apeller Saocondarius , que de lui donner unautre nom. Remarquer en passant un avantage de notreLangue fur la Langue Greque. Celle-ci ne condamnoitpas un arrangement de mots où l’on pouvoit prendreun terme aussitôt pour le surnom , que pour L pere d’unhomme.
On m’allcguera peut-être Suïdas, qui a donné au gen-dre de Déjotarus le nom de Castor; mais l’autorité de Suï-das est ici tout-à-fait nulle. II supose que Déjotarus fut ac-cusé par son gendre auprès de César. C’est un grand défautd’éxactitude. Cicéron l’Avocat de l’Accusé , & par consé-quent plus croiable que cent mille Suïdas , déclare nette-ment 8c formellement en plusieurs endroits de son Plai-doié , que Castor petit-fìls de Déjotarus fut l’Accusateur,& il ne parle que faiblement, 8c en termes indirects, de lapart que le pere de ce Castor pouvoit avoir au complot. Jene doute pas que le fils n’ait eu l’agrément de son pere , nique Déjotarus n’ait pris cela pour prét.xte de la barbariedont il usa envers son gendre ; mais après tout l’éxactitudedemande que l’on suive ici le témoignage de Cicéron. Deplus, le bon Suïdas n’a-t-il pas dit que Déjotarus étoit Séna-teur Romain ? N’est-ce pas une ignorance fi craffe , qu’ellele rend tout-à-fait indigne d'être cru fur cet article ? Nousverrons ci-dcssous file gendre de Déjotarus a été savant, 8cAuteur de plusieurs Livres.
( H) ll eut un . . . gendre , contre lequel il entreprit uneguerre de Religion.'] L’abominable Clodius aiant trouvé unhomme dans la Phrygie prêt à donner une bonne sommed’argent, à condition qu’on l’investît du Pontificat de P es-timante , lui en expédia les provisions. Cet homme étoitmarié à une fille de Déjotarus, 8c s’apelloit Brogitarus. Onle mit en possession du Temple, & l’on en chassa les Prê-tres. Mais Déjotarus , plein de rêle pour le culte de Cy-bele , chassa cet usurpateur qui profanoit toutes ces saintescérémonies. Voler un peu comment l'éloquence de Cicé-ron se déploia sur cette Avanture. Sed quid ego id admiror ? ils’adresse à Clodius (41), qui accepta pecunia Peffinuntemipfam,sedem, domiciliumque Matris Deorum vaftaris, zsr Brogitaro( 42. ) Gallo-greco impuro homini ac nefario totum illum locumfanumque vendideris : facerdotem ab ipsts aris pulvinaribufquedetraxeris: omnia illa que vetuflas, que Perse, que Syri, quereges omnes, qui Europam Afiamque tenuerunt,femper fummareligions coluerunt , perverteris ? que denique nostri majores zsrc.Sjuod quum Déjotarus religione sua caftistìme tueretur, quemunum habemus in orbe terrarum stdelistìmum hutc imperio at-que amantilstmum nostri nomìms, Brogitaro, ut ante dixì,ad-
diètum pecunia tradidisti . Gjuum multa regia funt in
De'otaro, tum illa maxime, quod tibi nullum munus dédit:quod eam partem legis tue , que congruebat cum judicto Séna-tus-, ut ipfe rex effet , non repudiavit : quod Peffìnuntem per fee-lus à te violatum , csr facerdote facrifque fpoliatum recupera-vit, ut in priflina religione fervaret : quod ceremonias ab omnivetustate acceptas, à Brogitaro pollui non finit, mavultque gene-rum f aim munere tuo, quàm illud fanum antiquitate religio-nis carert.
( I) Déjotarus étoit entêté de superstition pour les au-gures autant qùhomme du mondes II n’entreprenoit rienfans consulter le vol des oiseaux , & il se conduisoit telle-ment par cette sorte d’auspices, qu’il discontinua ses voia-ges, 8c s’en retourna cher lui, aiant déjà fait plusieurs jour-nées. II n’avoit point d’autres raisons d’en user ainsi, queles présagés qu’il découvroit en chemin. Le vol d’un aiglefut une fois cause qu’il interrompit son voiage , 8c bien luien prjt ; car s’il l’eût continué, il auroit été écrasé sous lesruines de la chambre qui lui étoit destinée. Elle tomba lanuit suivante. Comme il étoit fort habile sur ces matières,il étoit lui-même son Prophète , Sc son Devin. II n’avoit
pas oublié de se pourvoir de la qualité la plus. nécessairedans la profession : c’est de ne demeurer jamais court, den’avouër jamais qu’on se soit trompé , Sc d’avoir toujoursquelque subterfuge dans la manche. II en trouva un quiétoit rempli de moralité , lors qu’il eut perdu la plupart deses Etats, Sc une grosse somme d’argent, pour avoir portéles armes contre César. II mena ses troupes à Pompée ; lamarche fut longue , 8c il n’eut jamais dans fa route que debons présages ; aussi s’étoit-il flaté que César seroit batu.Les choses prirent toute une autre face ; César triompha,
fit sentir son ressentiment à Déjotarus d’une maniéré très—incommode. Que fit Déjotarus ? eut-il aster de bonne foipour reconoitre que fa Science étoit trompeuse ? témoigna-t-il quelque regret, quelque repentir de sa trop grande cré-dulité ? Point du tout : il se retrancha dans les plus bellesMaximes de la Morale ; il dit que les augures , qui l’avoientpoussé à continuer son voiage au camp de Pompée, étoientréellement de bons augures, puis que sous leur direction stavoit suivi le parti de la justice. II est vrai qu’il lui en cod-toit la plupart de ses Etats ; mais, disoit-il, la gloire d’a-voir rempli mes devoirs m’est plus précieuse que tous lesbiens de la terre. De peur qu’on ne me soupçonne de so-phistiquer ce Passage de Cicéron , je le mets tout entier en
I strarge (43). Notez, que cet homme , qui respectent avectant de religion les ordres de la providence par raport à ladoctrine des augures, ne fit point difficulté d’usurper lesEtats de ses voisins , 8c de faire mourir son gendre 8c fafille pour des querelles que fans doute l’ambition avoit faitnaître. Aparemment il n’auroit pas fait plus de quartier àson pere, dans une semblable concurrence.
(iC) . . . Cicéron a fait fur cela de fort bonnes réfléxions. ]II observe que les principes des Romains dans la Sciencedes augures étoient étrangement différens de ceux de De-jotarus, 8c qu’en certaines choses l’oposition arrivoit jus-ques à la contrariété. Cette Remarque est très-forte con-tre la doctrine des présages; car puis qu’il n’y a que Dieuqui conoisse l’avenir , c’est Dieu seul qui les envoie. OrDieu ne se contredit point lui-même , il ne fait donc passervir les mêmes choses à présager le bien 8c le mal. Sole-bat ex me Déjotarus percontari nostri augurii difcìplinam, c?ego ex illo fui. O dii immortales quantum differebat, ut que-dam effent etiam contraria (44)/ Voici une Considération deplus grand poids. Que pouvoit-on dire de plus frivole,que de soutenir qu’on ne se repentoit pas d’avoir suivi lesauspices que le ciel avoit présentez , pendant qu’on alloitjoindre Pompée ; qu’on ne s’en repentoit point, dis-je ,puis qu’on avoit toujours préféré la gloire à la possessiond’un Roiaume ? Que fait cela pour les auspices ? Ne fa-viez-vous pas, avant qu’ils vous fussent présentez, ce quevous deviez à l’amitié du Peuple Romain; ce que la fidé-lité , ce que la justice éxigeoient de vous ? N’étiez-vous pastrès-persuadé que la gloire , que l’honneur, que la vertusont préférables à une couronne ì Ce n’est donc pas pourvous aprendre ces véritez , qu’une corneille a chanté furvotre chemin. Vous les saviez déjà tout comme présente-ment. Les augures n’aprennent point les doctrines de Mo-rale , mais les bons ou les mauvais événemens: s’sts vousont promis un bon succès, ils vous ont trompé, vous avezfui avec Pompée, 8c vous avez été dépouillé de vos Etatspar le vainqueur. Nam illud admodum r 'tdiculum, quod ne-gas Dejotarum, auspiciorum que fibi ad Pompejum proficifcentìsabla funt, non pœniterç, quod fidem fecutus, amicitiamquePo. Ro. funùlus fit officio. Antiquiorem enim fibi suisse lau-dem z? gloriam quàm regnum c y pojfejjìones suas. Credo idquidem, fed hoc nihil ad auspicia. Nec enim ei cornix cancrepoterat recle eum facere, quod Po. Ro. libertatem defendere pa-raret : ipfe hoc fentiebat stcuti fenfìt. Aves eventus stgnificantaut adverses, aut fecundos. Virtutis auspiciis video este ufumDejotarum, que vetat fpeblare fortunam, dumpreftetur fides.Aves vero fi prosperos eventus ostenderunt, certe fefellerunt.Rugit e prelio cum Pompejo, grave tempus : dìfcestit ab eo ,luc-tuofa res : Cefarem eodem tempore zjr hoftem zsr hospìtem vi-dit, erc (45). II est très - certain que Déjotarus n’avoitpoint examiné les auspices, afin d’aprendre fi en se joi-gnant à Pompée il embrasserait la bonne cause , mais afind’aprendre si son voiage seroit suivi d’un heureux succès.
II ne consultoit, il n’étudioit les augures, que pour savoirs’il agissoit prudemment ; il étoit persuadé de reste qu’ilagissoit justement; car puis qu’après avoir vu l’entiere rui-ne du parti républicain , il demeurait fermement persuadeque le parti de Pompée avoit été le parti de la justice, iln’avoit garde d’en douter pendant que Pompée étoit biendans ses affaires. C’étoit donc la mauvaise foi, la mauvaisehonte , qui le faisoit recourir à cette chicane ; les auguresne m’ont point trompé ,, puis que j’aime mieux avoir agien homme de bien 8c d’honneur , que d’avoir gagné unRoiaume. Cela me fait souvenir d’une échnpatoire fortcommune à ceux qui dans les guerres de Religion prêchpntà leurs gens que Dieu leur promet un bon succès, que tousles présages sont favorables., 8cc : il arrive assez souvent
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