D E M O C R I T E.
(d?) Tiré deDiogeneLaërce, Libr,JX , în VitaDcmociiti»
tf-nt. Í4
(ï$) PuelUm
Hìppocratiseornitem vir-girttrn primo ,secjHtiïti verodie fxmirutms&l*tavir ,
Star tutdrfiorationisvCjïizix inejus oculisperciperety in~vif* fieneris
tournant dimi-dto sagacita-te. Joàn.Chrysost.Magneitus,in Vtta Dc-mocnti, pag.7-
(17) Gasparà Keies, inElysio -u-cundarumQuxltion.Campo,QuítfiioneXX XIX yvtsm. 7 , p&&>m. 474-
( t 8 ) Idem |
ibidem.
fr S») Tom.Xy
Lettre iVyP*S-
(20) L*ejî-k*dire , commePherccydeetvoit prédit
un tremble-ment dcterre parTodeur «Tu-ne eau depuits.
(*) Diog.Lacit.
(ìi) Ments.
Aucfc. Phi-lol. CapittXXXVI,apud Alme-
lov. Specim.
Antiquit. èsaeiis profa-narum, pag.
*7 .
tyo
Liais il ne faut point croire ce qu’on a dit là-dessus ; il faut plutôt s’imaginer que l’on s’est plu àrépandre fur l’Hiítoire des Philosophes autant d’Avantures prodigieuses que fur celle des Paladins ;& il eiì sûr qu’en matière de bravoure les exploits du fameux Roland ne feroient point plus admi-rables , qu’en matière de secrets de la nature ces deux découvertes de Democrite. Quelques-unsont dit qu’il vécut top ans ( D ) ; & qu’en faveur de fa sœur il recula de quelques jours l’heurede fa mort (£). 11 composa un très-grand nombre de Livres {d) : il ne s’en faudroit pas éton-
ner
h perte du pucelage diangeroit quelque chose dans l’ex-térieur , il n’en faudroit pas inférer qu’aucun homme aitjamais conu ce changement : 8c quoi qu’il en soit , je de-meure persuadé que Democrite n’a point conu les deuxchoses dont il s’agit. Je puis néanmoins les raporter fansêtre coupable de mensonge ; car je ne fais qu’alléguer ceque je trouve dans Diogene Laërce.
Je ne ferois pas aussi innocent de menterie que je le .fuis,íì je me hazardois de débiter cette Historiete avec quelquesAdditions que je ne trouverais pas dans les vieilles sour-ces ; 8c c’est pourquoi j'accuse ici de mensonge 8c de falsi-fication, ceux qui ont dit que Democrite conut aux yeuxde la fille qui accompagnoit Hìppocrate, quelle avoit pas-sé la nuit avec un homme (16). Ce qu’ils ajoutent quecette sagacité est odieuse à la moitié du genre humain pour-rait paíìër, s’ils ne le tiraient dune fausse suposition ; caril est vrai que ce ferait une chose très-importune > que d’a-voir à redouter des gens qui conoitroient aux yeux dunefille si elle a perdu fa virginité. Ceux qui aiment les frau-des pieuses devraient travailler à faire accroire qu’il y aquantité de gens qui le conoissent ; mais il ferait à crain-dre que cette erreur ne fût plus fortement 8c plus efficace-ment combatue qu’aucune superstition. Une infinité degens feroient esprits forts , 8c dogmatiseraient en espritsforts contre cette fraude pieuse. II y en a qui disent quece fut à la voix de cette fille que Democrite reconut la dé-floration (17). II remarqua , disent-ils, qu’elle n’avoit pasle ton de voix du jour précédent ; 8c fur cela ils nous con-tent qu’Albert le Grand, fans sortir de son cabinet, reco-nut la faute dune servante. On l’avoit envoiée chercherdu vin dans un cabaret; elle revint en chantant. Albertapliqué à ses études ne laissa pas de remarquer que la voixde cette fille étoit devenue moins claire quelle n’étoit, 8cil conclut qu’on avoit dépucelé cette servante durant ce pe-tit voiage. Nec minus vocis mutat'tonem ob eandem fere cau-sam , quo tantum figno serunt Albertum Magnum ex mus&osuo puellam ex œnopolio vinum pro hero apportantem in itinerevitïatam fuiste deprehendiffe, quod in reaitti subinde cantan-tis ex acuta in graviorem mutatam tiocem agnoviffet (l8).Voiez le dernier alinéa de cette Remarque.
Je n’ai rien à dire contre Mr. de la Mothe le Vaier; cars’il dit que Democrite conut à Todeur du lait les qualitezde la chevre , il nous déclare en même teins que selonDiogene Laërce ce fut la vue, & non l’odorat, qui fit co-noitre cela à Democrite. Ainsi la Mothe le Vaier ne noustrompe point ; il ne nous donne pas lieu de croire que faConjeélure soit un fait qu’il ait tiré des anciens Auteurs.On ne fera pas fâché de trouver ici le fondement de faConjeélure : Democrite , dit-il ( 19) , se fit admirer dans faconférence avec Hippocrate, jugeant de mefime (10) que le laitqu 071 leur avoit présenté estait d’une chevre noire , ex qui rìa-voit encore porté qu une sois. Je spai bien que l’Ecrivain de saVie (*) parle de ce discernement comme d’un effet de la veue.Mais ce que nous lisons dans Philostrate d’un jeune Pasteur,quireconnut au flairer que le lait nestoit pas pur, me fait penser lamême chose de Vattion de Democrite. Ce Rustique, grand exfort à merveille, se nommait Agathion, ex avoit prié le So-phiste Herode de luy tenir prest au lendemain un vase plein delait pur à son égard, cest-à-dire, qui neust pas este tiré de lamain d.’une femme. Mais il s’apercent aujst-toft qu on le luy of-frit , comme il nestoit pas tel qu il V avoit demandé, protestantqtie todeur des mains de celle qui t avoit tiré luy offenfoit l’odo-rat. Philostrate le nomme Divin là-deffus.
Quelque frivole que puisse être le Conte que j’ai ra-porté de la découverte d’Albert le Grand, on peut dire quede très-habiles Médecins s’amufent beaucoup à raisonnerfur les raports, qu’ils prétendent qui fe trouvent entre lesorganes de la génération, 8c le gosier; 8c c’est une choseassez ordinaire que de voir des gens, 8c des gens même ducommun peuple , qui remarquent qu’un Prédicateur, laprémiere année de son mariage , a un ton de voix plussec , plus casse , plus entoilé. Meursius assisté qu’ancien-nement les nourrices mesuraient tous les matins avec unfil le cou des filles qu’elles avoient fous leur garde. qu’el-les le mesuraient , dis-je , afin de conoitre si la virginités’en étoit allée, ou non (11). II prouve cela par un Pas-sage de Catulle; mais j’aimerois mieux dire que ce Passa-ge montre seulement qu’on leur mesurait le cou le jour desnoces, & le lendemain. Voiez les Nouvelles de la Répu-blique des Lettres, au mois de Janvier 1686 , page 17.Ifac Voisins commentant ce même Passage a fait une No-te , où il est parlé d’un prétendu Livre de Democrite, danslequel on marque de quelle maniéré il faut mesurer le cou.Cela donc apartient de droit à cette partie de mon Com-mentaire. In veteri scripto de sympathia ex antipathìa, quodperperam tribmtnr Democrito, ita he.c referuntur : Aapàiist}.oípìo'i xa-TaptS'rpsyrov ù.zrò écrits eiç ojt‘ôv. xàv r'-'-* irov y ;,w«íí 3 ívc« f<■<•«’ bi uy , ttpst XCTttK Nempe fi filum aut fu-nicultim ex lino aut papy r 0 accìpìas, ex anterioris colli spatiumab aure ad aurcm , ex deinceps cervtcem feu averfam metiaristolli partem fitniliter ad aures , fuerìntque hue intervalla in«-
qualia, defloratam este fponsam, contra fi aquales fuerint ifiifemicirculi, esté etiamnum virginem. Al 'tud quoque addit fig-num , scilicet fi collum fuerit calidum ex nates frigids., ex hocquoque amiffa virginitatis este indicium ( 21 ). 11 y avoit une
autre méthode de mesurer: Severin Pineau en parle dans leV chapitre du prémier livre de Notis Virginitatis , & Gasparà Reies dans fa Question XXXVIII.
(J>) Quelques-uns ont dit qu il vécut 109 ans.~\ On netrouve rien de certain, ni fur le tems de fa. naissance, nifur le tems de fa mort. Aussi voions-nous que Scaliger nefait autre chose que marquer en quoi les Auteurs fe con-tredisent (23). Democrite dans la Chronique d’Eufebe fleu-rit au commencement de la 70 Olympiade, & meurt l’an2 de la 93 ( 24). Sur ce pied-là, il faudroit qu’il eût vécubeaucoup plus dc 109 ans, ou qu’il eût fleuri dès fa 19 an-née. Diodore de Sicile le fait mourir âgé de 90 ans, la rannée de la 94 Olympiade (25). Lucien assure que De-mocrite fe laissa mourir de faim à l’âge de 104 ans (26). Sil’on avoit quelque chose d’assisté touchant l’âge d'Anaxago-ras, on conoitroit mieux la Chronologie de Democrite ; carce dernier assiste dans quelcun de ses Ouvrages (27), qu’ilétoit de 40 ans plus jeune qu’Anaxagoras. Mais on ne trou-ve que discorde entre les Auteurs qui marquent les tems d’A-naxagoras. II avoit 32 ans, dit-on (28), quand Xerxes pas-sa en Europe : il vécut 72 ans, & il mourut la 1 année de la78 Olympiade. Je laiíîe plusieurs autres brouilleries qui nefont pas plus aisées à démêler cjue celles-ci. On peut assisterhardiment qu’Elien s’est abuse (29), en supofant que De-mocrite se moqua bien d’Alexandre, sur l’inquiétude où étoitce Prince par la considération qu’il n’avoit pas encore conquisun Monde, & qu’il y en avoit une infinité selon Democrite.Les 109 ans que l’on donne à ce Philosophe ne peuventpas le mener jusques aux conquêtes d’Alexandre. L’opiniond’Aulugelle est solide; il lavoir aquise par de bonnes voies:il assure que Socrate étoit plus jeune que Democrite (30).Or Socrate mourut la 1 année de la 95; Olympiade , âgéde 70 ans (31 ) : il faloit donc que Democrite fût alors âgéde 80 ans pour le moins. II en aurait donc eu plus de140, s’il eût été en vie lors qu’Alexandre monta fur le thrô-ne la 1 année de la 111 Olympiade. N’oublions pas legenre de mort que Marc Antonin (32) attribue à Demo-crite contre tous les autres Ecrivains. II le fait mourir dela maladie pédiculaire : il prit aparemment l’un pour l’autre,Pherecyde pour Democrite. Vous verrez dans la Remar-que (E) diverses autorisez touchant la mort volontaire denotre Philosophe. On les peut joindre à ces trois Vers deLucrèce :
Denique Democritum pofiquam matura vetuflasAdmonuit memorem motus languescere mentis,
Sponte sua leto caput obvitis obtulit ipfe ( 33).
(E) En saveur de fa Sœur , il recula de quelques joursVheure de fa mort. ] Sa Sœur s’attristoit, non pas de voirqu’il alloit mourir s mais de voir qu’à cause de cette mort el-le n’affisteroit pas aux fêtes de Ocres. Pour la tirer de cetteinquiétude, il fe fit porter du pain chaud tous les matins,& avec la feule odeur de ce pain il soutint sa vie jusques àce que les trois jours (34) de la fête fussent passez: aprèsquoi il se laissa tomber tout doucement entre les bras de lamort. C’est ainsi que Diogene Laërce le raconte (35).Cela sent fort l’invention d’un esprit osseux. Athenée neraconte pas la chose avec les mêmes circonstances. II ditque Democrite las de la vieillesse résolut de hâter sa mort,en diminuant chaque jour son ordinaire. Les fêtes de Gé-rés aprochoient, & les femmes du logis eurent belle peurqu’il n’allât mourir pendant cet anniversaire ; car ellesn’eussent pu avoir paît à cette cérémonie, s’il fût mort ence tems-là. Elles l& J priérent donc de renvoier son trépasaprès la fête, afin qu’elles pussent la célébrer joieufement:il y consentit, & donna ordre qu’on lui aportât un pot deMiel. La seule odeur de ce miel f entretint en vie durantquelques jours : ensuite de quoi il le fit ôter , 8c mou-rut (36). Un Moderne s’est mêlé témérairement de criti-quer Athenée (37). II lui impute d’avoir dit que la Sœurae Democrite, Prêtresse de Gérés, pria son frere de ne mou-rir pas pendant la fête, 8c que Democrite fe fit porter ungrand pot de miel, 8c ne mangea que du miel pendant plu-sieurs jours. Cela n’est guere probable, dit notre Mo-derne , il est beaucoup plus vraisemblable de dire que cebon vieillard prêt à expirer , 8c incapable de nourriture ,ne prolongea sa vie qu’en flairant le miel, comme moncompatriote Celius Rhodiginus Fassûre. Et hac quidem mi-nus probabiliter Athenms cum vero fit propius moribundum fi'nem omnisque alimenti incapacem non tpso melle, fid fila mel'lis evaporatione vitam produxiffe, ut afferuit Rhodiginus meus- ( lib .
autre chose. Néanmeins » dans fes Notes íîlt Athenée , pag. 51ib,nés ils ne duroient que 3 jours. (,;) In ejus Vita, Litr.lXAthen Libr. II, Cap,faloit dire cap. 7 .
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