D I O G E N E.
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ment (C) > il regardoir toute la terre de haut en bas, & il éxerçoit fur le genre humain une censuremagistrale, & se croioit lans doute fort lupéiieur au relie des Philosophes. On ne fauroit s’empêcherde trouver de la grandeur dans tes maniérés, lors qu’on les envisage d’un certain sens ; & puis qu’A-lexandre y en trouva ( D) ì lui qui iur un tel chapitre étoit si bon conoisseur, il faloit bien qu'ily en eût. iNe nous fions pas à ceux qui ont critiqué Alexandre fur ce sujet (E) , ni à ceux quiont blâmé la conduite de ce Philosophe envers ce Prince ( F ). Ceux qui trouvent dés contra-dictions
„ Bettheau le pescheur, dit Ronsard, se fit ensevelir dans„ son bateau. C’elt ainsi que Diogenes demeurait jour 8c„ nuit dans l’on tonneau, bien marry , pensés, qu’il lut vui-„ de : c’elt ainli que nos beaux esprits prétendus demeurent„ jour 8c nuict dans la taverne (11) ”■ Jamais homme nemérita moins que Diogene d’être accusé de goinfrerie. IItrouvoit fort étrange que ceux qui ont soif ne boivent pas àla prémiere fontaine qu’iis rencontrent: il les trouvoit plusdéraisonnables que les bêtes; 8c pour lui il ne cherchoit pointd'autre remede à fa soif, que celui que la nature lui sournis-íòit dans une rivière, ti»,»» i£ fi»*™, Sìtercf , b «« «*■
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(C) d ne saut pas croire qu il fut plus humble que ceux quise traitent délicatement, j li disoit que toutes les malédictionsdu Théâtre étoient tombées fur lui, puis qu’il etoit vaga-bond, qu il n avoit ni feu ni lieu, qu’il mendioit, qu’il étoitmal-habillc,& qu'il vivoit au jour la journée. Lt néanmoins,ajoute IHistorien,il tirait autant de vanité de toutes ces cho-ses , qu’AIexandre en pouvoir tirer de ia conquête de toute laterre. Átayíir,;!, - Xttuanuí o-onyZt, ívi'Atytt òme fxv.tt, óti
ita zpe'.y&iò tact, àpà$ Iz-TrÁtipoï, y.ai ÒTioffesíi. ehxt
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r’tTov , b t\'xi^U'.èpot tort ob 7 zç oíKupilvìjç àoyr, or7 X£l. Ivèâç
£ÀÒf“ etc hccfioìava ù irevpefits Diogenes Sinopenss de seipso di-cere solttus est, se implere z? ferre tragicas e..ecrationes. Islamerronem fe esté, domo zjx patna carere, mendicum agere, maievestiri, ZV m diem vivere. Nihdommus tamen m his fibi nonminus placebat, quàm Alexander in terrarum orbts tmperìo,quum Jubadis Indis in Babylonem revtrteretur (15).
(D) Alexandre le Grand trouva de la grandeur dans sesmaniérés . j II salut bien qu’il y en trouvât, puis qu’il dit ques’il n etoit Alexandre, il voudrait être Diogene (16). Je nem’ctoiiiie point qu’il ait admiré un homme qui pouvant ob-tenir de lui toutes fortes d’avantages ne lui voulut rien de-mander, 8e l’avertit même fans compliment ni cérémonie,de ie mettre dans une situation qui ne lui dérobât pas la pré-sence du soleil (17). Un l’rince qui le voit toujours obsédéde loups béans, 8c qui quelque puitlânce qu’il ait aquile fetrouve incapable de contenter tous les importuns > n’ádmire-roit-il pas un paiticuiier qui retul’e les richesses qu’on lui of-fre? Alexandre avoir vu vemr à lui de toutes parts les hom-mes d'I'.tat 8t les Philosophes (18): chacun s’étoit empresséà lui aller faire la cour. Diogene fut le seul qui ne bougea defa place; il salut qu'Alexandre ne le volant pas venir vers lui,comme il s'y étoit attendu, l’allàt trouver. Si cette indiffé-rence iui parut quelque chule de peu commun, il admirala grandeur dame qui parut dans la réponse de ce Philoso-phe (191. On a eu raison de dire qu’en cette rencontreAlexandre f t vaincu par un simple particulier. Eadem regloriari Socrates potuit, eadem Diogenes à quo vifíus est ( Ale-xander). Quid : ni vtclus fit lllo die quo homo supra mensuramhumant:, superbia tumens, vidit aliquem cui nec dare quid-quasn postée nec eripere (20) ? Ces paroles témoignent fort clai-rement , que Seneque a cru qu’AIexandre n’eut cet entretienavec Diogene qu’après la conquête de la Perse, 8c dans letems que ce Prince éblouï de l’éclat de fa fortune fe faifoittraiter de Dieu. Mais si quelcun ne trouvoit pas assez claire-ment fous ces paroles cette opinion de Seneque, je le prie-rais de recourir à celles-ci : Neceffe est à Socrate benestcio vin-car : neceste est à Diogene, qui per médias Macedonum gazasnudusincéstit,calcatis regiis opibus. Nonne Hie tune merttocs'stbit? ceteris,quibus ad dispiciendasn veritatem non erat ost'usa cait-go, supra eum eminere visus est, infra quem omnia jacebant !Multo potentior, multo locupletior fuit, omnia tune pojfidenteAlexandro. Plus enim erat, quod hic nollet accipere, quamquod ille postet dare ( z i ). Nous avons ici un de ces menson-ges où l’on tombe faute d’attention. Tout le monde fait, I,qu’AIexandre ne revint jamais en Grece depuis qu’il fut passéen Aile; II,que Diogene ne sortit point de la Grece pendantqu’AIexandre subjugoit l’Asie: c’est donc par un défaut d’at-tention , 8c pour s erre trop apliqué, aux Antithèses, que 8e-neq e a brouillé ici les tems. II est fùr que Fentretien d’Ale-xandre Lc de Diogene précéda la Guerre de Perse. Alexandrevit ce Cynique á Corinthe, dans le tems qu’il fut déclaré Ca-pitaine général de toute la Grece pour faire la Guerre à Da-rius (zz). Oiitrouve, ou peus’en faut, l’Anachronisme deSeneque dans Diogene Laërce (Z3).
tfms efu'tl vtt Dioptene, il n étoit que Jimyle Tioi d t Macédoine, & ce n'étoit pas à iuià t’aptller le grand ’ígt.
(ti) Garas-se, DoctrineCurieuse,
pag. iî 4 ,
iss-
Us) OioCìirysi'st.Orat. VI,
pag. en. 89.
(14) Diog.Laërt. Ltlr.V. , n;im. 52.
Us) /Eiian.Var Histor.Libr. lit,C-p. XXIX.
(16) Plut.in Aleaand.peg. 671.
(17) Idem,ihid. Val.Maxiir.us,Libr. IV,
Cap. 11l»sub fin .Diogen.Lrtcrriuj,Libr. V ,
(18)
in Ucxaud.pag. 671.
(ip) Aî>«-<r o.i ròvA 'yíç'fvd'ço?ît» íFí* li-'à-»-
loti ■'Jtq d\*t/-fA-ÍTxt Ksflx-■vrQtv'lat«T*v V7€»-0-l>í*v , <54«rc /utye-
t£ aci»*«Tçcr nç-SaTerhibtîur intantum per-motus ,,</*-xander fuijse& cbjhtpuijsecohternptusdefpic-ertiiamhomin s &*nimt ceífitu-iinernm ire,Plut in A-lexand. pa
6 ? ' * itemde Fort u n.vel V’irtí’teAlex
(zo) Sfne-ca. dc Be-nesic. Libr,
V , Cap, VI,
(21) 1dm ,ibtd. Cap, IV,
(22) Plut.in Alexand.page 671.
(23) U *a-porte , Livr .Vi y num. 60,qu* Alexan-dre vint trou-ver inopiné-ment Diogene,ér lui dit ,
Je fuis legrand RoiAlexandre.
tì/ui
A ’ht^xyé^çç• Mí>*c0‘i>.túç, Etmoi. lui ré-pondit l* au-tre , je fuisDiogene lechien. «V*yrèt cphff’lAtoytretC 0
xím C estsuçoterqu'AItxan-dre a voit dé)Avaincu Da ■rias 5 car au
{E) .... Ne nous fions pas à ceux qui ont critiqué Ale-xandre fur ce sujet. ] „ Si Alexandre n’eût pas été Alexan-
„ dre, ii eût voulu être Diogene : tant la pauvreté vertueuse„ fe fait estimer par la royauté 8» par la grandeur ”. Ces pa-roles fe trouvent dans un Sermon que Balzac a critiqué ; 8Cvoici en quels termes il les censure (14). „ Le Prédicateur,, a trouvé ce mot extrêmement bon, 8c moi je le trouve„ extrêmement mauvais. Car à vôtre avis, 8c dans la véri-„ té de la chose, qu’est-ce que detre Diogene? Je vais vous„ le dire, en traduisant feulement le Texte Grec, fans aucu-„ ne addition de ma part. Etre Diogene, c’est violer les„ coutumes établies Sc les Loix reçues; c’elt n’avoir ni pu-,, deur ni honnêteté ; c’est ne connoître ni parent, ni hôte,» ni ami; c’est ou japper, ou mordre toujours; c’est man-,, ger en plein marche une fole crue, ou de la viande toute„ sanglante ; c’est offenser les yeux du Peuple par des actions„ encore plus sales 8c plus vilaines, des actions pour lesquel-„ les il ne doit point y avoir d’aiîez grand secret, ni d allez„ profonde solitudq. Voilà ce que c’est que detre Diogene,„ 8c ce qu’AIexandre vouloir être, s’il n’eût été Alexandre.,, II ne pouvoit pas sortir un plus mauvais mot de la bouche„ du Disciple d’Aristote, 8c le Prédicateur ne pouvoit pas„ désobliger davantage ceux qu’il avoir dessein de louer,„ qu’en íê servant d’une comparaison si odieuse , pour le„ moins à quiconque n’est pas étranger dans les bons livresOn critique la deux personnes, Alexandre, 8c le Prédica-teur. Ce dernier me parait digne de la censure qu’on luidécoché, car il faut empêcher le plus que l’on peut quandon loue la mendicité des Moines, qu’un Lecteur ne fasseattention à celle des Philosophes Cyniques. Mais pour Ale-xandre , je le garantis mal critiqué , 8c j’en allégué pourpreuve ces paroles de Mr. Costar (zç) : Vous semble-t-il,Monfieur, que ce soit là pénétrer astez avant dans la penséedu grand Alexandre ? Ce Conquérant ne savoit point cette dé-finition de Diogene, zv ne defiroit de lui que ce qu il venoit d'yreconnaître c r d'y remarquer’,un dédain extrême de tout ce quiparoistoit dans la vie de plus éclatant cr de plus pompeux. Il luiavoit offert ses richeffes a 1 son crédit ; cr ce sage tout déchiré luiavoìt dtmandé pour toute faveur qu il se retirât de son soleil ;comme s’il eút voulu dire, ne mitez point les biens de la Na-ture , v je vous lai fie ceux de la Fortune, que je tiens au des-sous de moi. Alexandre comprit admirablement la vigueur z?la fermeté d'une ame fi haute ; ZV fie tournant vers les Seigneursde fa Cour, Ne vous moquez point, leur dit-il, de cet homme-là,fi je n étois ce que je fuis, je voudrais être ce qu'il est-, ceft-à-dire , fi je ne poffedois tous les biens zjz tous les honneurs , je mttiendrais bien heureux de les mépriser comme fait ce Philosophe.Quoi qu en die Monfieur de Balzac, ce sentiment est assez déli-cat ar astez fin pour un disciple f Aristote. Pour peu qu’on aitl'esprit juste, on sent que Costar a frapé au but, 8c que laCritique de Balzac est une très-fausse pensée. Plutarque aparaphrasé ce mot d’Alexandre dune maniéré qui mérited’étre lue (z6).
(E) . . . ni à ceux qui ont blâmé la conduite de ce Philo-sophe envers ce Prince. ] „ II estoit si brutal, qu’estant enquis
„ par Alexandre, qui l’alla voir un jour dans son tonneau„ pour avoir le plaisir çntier , qu’il lui parla justement en,, mesures termes que Brusquer (2.7) avoir cousiume de„ parler au Roy, 8c après lui avoir fait la grimace le tu-,, toyant par familiarité à la vieille Gauloise, n’as tu point de„ peur, dit-il, Alexandre, que je te morde, car je fuis un„ chien enragé, c’est-à-dire enragé contre le luxe , contre tes,» excès, contre ta Majesté trop insolente ; 8c puis estant en-„ quis de quelques-uns de la fuite d’Alexandre , qui s’en„ joiioient comme d’un badin de Comedie, s’il avoir jamais„ veu de bons 8c sages Princes; il se prit à rire, un ris Sar-,, donien, 8c dit en bouffonnant, yoXmav .Trireizs^uv, j en" ay veu, dit-il, autant que de corneilles 8c de hanetons au,, printemps : tel fut l’esprit 8c la civilité du personnage, qui,, meritoit bien un chastiment exemplaire (28) ”. 11 y a làbien d autres choses à censurer que celle que le Prieur Ogiery censura ( 29 ). I. Alexandre n’alla point voir Diogene pourrire; ce fut une visite sérieuse. II. Quand on agit de bonnefoi, on nc raporte pas les choses telles qu’on les trouve dansdes Auteurs Apocryphes : on les emprunte des Ecrivains lesplus dignes de foi, comme font à l'égard de cette visite d’A-lexandre ceux qui ont fait la Vie de ce grand Prince, ouceux qui ont fait la Vie de Diogene. Qu'a fait le Pere Ga-rasse ? II a fuprimé la narration de Plutarque 8c celle de Dio-gene Laërce, 8c en a donné une toute différente dont il n’apoint indiqué la source (30). III. 11 n’y a rien de plus ab-surde que de recourir à cette visite d’Alexandre, quand onveut couvrir d’infamie la mémoire de Diogene; car où sontles Lecteurs qui ne sachent Fadmiration que ce Prince conçutpour lui ? 8c lors que l’on songe à un tel admirateur, n’est-onpas bien plus porté à admirer Diogene, qu’à le mépriser? Etainsi quoi que Garasse se soit bien gardé de dire ce qu’AIe-xandre déclara sur ce sujet, il n’a pas laissé de faire ie coupd’un très-méchant Orateur: il a mis ses Lecteurs en train àese souvenir d’une chose qui ruinoit son but.
Qui voudra voir la réponse aux invectives de Garasse
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