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Tome second. C - I.
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GUISE.

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GUISE (François de Lorraine Duc de) fils aîné du précédent, fut un desplus grans Capitaines de son íîecle. II rendit des services très-importans à l’Etat, par la défensede Mets contre l’Empereur Charles-Quint, & par la prise de Calais, Sc en plusieurs autres ren-contres: mais on peut dire que les maux dont il fut cause surpassent sans comparaison les avanta-ges que fa valeur Sc là conduite procurèrent à la France. Son ambition & celle du Cardinal Char-les de Lorraine son frere, encore plus déréglée que la sienne , plongèrent le Roiaume dans uneaffreuse désolation; outre que l’esprit sanguinaire, dont ils furent animez contie ceux qu on apel-loit Huguenots, donna lieu aux Guerres civiles, qui réduisirent tant de fois la France aux dernie-res extrémitez. Cette haine ne fut d’abord qu’une grimace de Politique 5 car s’ils avoient elpere

une plus haute fortune dans le Parti de la Réforme, ils l’auroient lans doute embralle (A) 5 mais

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Coudé.

{A) Si les Guises avoient espéré tine plus haute fi > ./b Tlt Parti de la Réforme, ils l’auroient fans y an

L’Auteur d’un petit Roman ( 1 ), stQ P arat en r - Luirai1675, introduit le Prince de Condé parlant amde Chatillon. La Religion dom vous êtes, V 0 l ique parce que les Guises rien font pas {car ]e f e . V0 /-J; e me

que s ils s avisoient de fi faire Huguenots, le lendemainfer ois

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1 Catholique :) cette Religion, dis-je, défend-elle á unonnète homme £ aimer la plus belle personne que l'on puijsevoir ? O n p eut: à ire tort à ce Prince en lui prêtant ce langa-§e ; mais ìl est vrai généralement parlant que les chefs desgrandes factions ne fe déterminent à une chose, que parce9 Ue leurs rivaux font engagez à une chose opofée. Et il netaut point douter que les Guises ne fe soient bien affermisdans leur Religion , parce qu’ils voioient dans l'autre Partileurs plus redoutables ennemis. Si le Prince de Condé &c lesChaulions avoient affecté un grand zèle pour l’extirpation desProtestans, & si cela leur eût mis ■ en main dequoi oprimerles Guises , ne doutons point que ceux-ci n’eussent quittél’Eglise Romaine, afin de se faire craindre à la tête des Hu-guenots. ' On veut qu’ils aient été en balance pendant quel-que rems fur cette affaire: Mr. Varillas, qui le nie, prétenden avoir de bonnes raisons. Voici cequ’il dit {r). „ C’est,, icy le lieu de réfuter une erreur d'amant plus dangereuse,

„ que les Historiens les plus habiles ne l’ont pas toujours évi-„ tée. On dit que la Maison de Guise délibéra dans la con-„ joncture dont ìl s’agit (z), s’ìl lui estoit-plus avantageux„ de demeurer Catholique, ou de se mettre à la teste des„ Calvinistes; Sc qu’après une exacte discussion de ses inté-„ têts, elle préféra l’andenne Religion à la nouvelle. Les„ deux frétés Messieurs du Puy íì célébrés pour leur suffisan-», ce, infínuoient ce fait à l’oreille de tous les Doctes qui les», astoient visiter à la Bibliothèque du Roy, comme un se-„ cret des plus importans de l’Histoire de France. Ils soute-», noient que ce secret estait contenu dans le Livre contre la», Ligue de Gonzague Duc de Nevers. Ils avoient fait relier„ tout-à-fait bien ce Livre, & le gardoient fort précieuse-„ ment. Cependant aprés leur mort on a examiné ce Livre„ avec d’autam plus d’exactitude Sc de curiosité, que l’on se„ souvenoit de ce qu’on leur en avoir ouï dire plus d’une„ fois, & l’on ne l’y a pas trouvé. De plus, Marin le Róy„ de Gomberville ,s’étant chargé de l’impreílion des Mémoi-„ res du Duc de Nevers, emprunta le mesure Livre, il le„ transcrivit, &lc mit dans le prémier Volume de ses Mé-moires (*). Cependant il ne s’y trouve rien de cette pré-tendue délibération de la Maison de Guise , quoy que„ Gomberville n’ignorast pas ce qu’en avoient dit Messieurs,, du Puy. Enfin toutes les circonstances d’alors conspirent,, à persuader que ce fait est chimérique ; car la Maison de„ Guise d’un costé ne gagnoit rien, 8c de Vautre costé per-„ doit tout, en.se faisant Calviniste. Elle ne gagnoit rien»

„ puis que ce Parti quand elle y eût entré n’auroit eu garde„ de la mettre à fa teste à Vexclufion des deux premiers„ Princes du sang, Sc sur tout du Prince de Condé, trop», ambitieux pour ceder à des Etrangers le commandement„ dans une faction qu’ilavoit formée en partie, Sc où il,, avoit déjà ses mesures prises pour faire toutes choses fous le,, nom de son frere, 8c pour lui succéder en cas qu il retour-„ naît à la Communion des Catholiques. De plus, quand les,, Princes du Sang auroient eu dé la déférence pour la Mai-,, son de Guise sur un point si délicat, les trois Chastillons,, n auroient pas esté de mesme humeur; 8c fe fussent dès} ors àblis dans la direction générale du Calvinisme, quileur fut depuis fi solennellement deferee âpres la désertion„ du Roy de Navarre, 8c la mort du Prince de Condé§ («.) Non pas dans le premier Volume, mais dans lesecond. Du reste, l’Original de ce Traité, qui est de 583.pages j» 8. ne contient effectivement pas un mot de ce queVarillas débite que Mrs. du Puy fe félicitoient d’y avoir trou-vé. 11 est de Vannée r590. fans nom de lieu, ni d’imprimeur,mais vrai-semblablement de Jamet Métayer , 8c imprimé àTours, où cet habile Imprimeur avoir suivi le Roi Henri III.Rem. C ri t.

Je me rendrois sans beaucoup de peine à ces raisons deVariVias, quoi que je sache que ceux qui publient des Mémoi-res en ôtent 8c y ajoûtent ce que bon leur semble (4). Jene voi point de tems où les Guises aient pu s’imaginer que ladésertion du Catholicisme leur pourroit être avantageuse, 8cjamais ils n’ont eu moins de sujet de former cette pensée, quesous l e Régné de François II. D’où scroit donc venue la dé-libération qu e Mrs. du Puy aprenoìent à leurs amis commeun grand secret ? Ce que je trouve de fort vraisemblable, estque si les Guife S avoient vu les Chatillons beaucoup plus ac-créditez qu’eux dans le Parti Catholique, ils se feroient jet-tez dans le Parti Huguenot; car selon toutes les aparences ilsne tenoient à la Communion Romaine qu a cause des biens

temporels, 8c ils ne faisoient paraître de Va version pour Vau-tre Parti, qu’afin de gagner les cœurs de la populàce, 8c l’af-fection du Clergé. Je parle du tems où les Querelles particu-lières 8c les Libelles n’avoient pas encore remué Vmteneur dela machine ; car enfin lors que la haine de Politique les eutrendus Vexécration du Parti qu’ils persecutoient, ils le haïrenttout de bon, 8c néanmoins ils dissimulaient finement, lorsque des raisons de Politique le demandaient. J’ai lu dans l’undes Ecrits qui parurent en ce tems - là ( 5 ), que 1 e CardinalCharles de Lorraine faisait entendre que par son conseil, leSieur d’Aumalle son frere favorisoit en tout ce qu il pouvait fi-lon ÍF.diSl les Eglises deBourgongne CP* de Champagne iqu’d a-voit saisi brufler à Chaalons , en fa prefence, les informationsqui avoyent esté saisies contre ceux de la Religion depuis la dé-claration de la paix', qu il feavoit que Madame de Guy fe fasœur eftoit de la Religion, CJ* quelle faifoit secrètement ínstrui-re le Sieur de Guyfe fin fils en la confession d’Auguste ; est cela ,disoit-il, ne me déplaît aucunement (6). On lui répond entreautres: choses : Je fcay bien que vous entretenez, quelques Prin-ces d’Allemagne en ccste opinion que vous faites instruire voftrenepveu en leur confejjion : mais c'efl seulement pour avoir mo-yen de l'investir des quatre Baronnies de l’Evefché de Mets ,pour le faire Prince de l’Empire. Et à ceste occasion vous luifeistes faire à vos derniers hommages la harangue à la Nobles-se en Alternant, pour peu à peu guigner la saveur du pais.Quelques pages auparavant on lui avoir reproché, d’avoirdonné d’une main des coupes d’argent doré aux Ministres d’Al-lemagne à Saverne , 8c d’avoir de l’autre main exécuté le mas-sacre de Vaffi. Au massacre de la Saint Barthelemi le Duc deGuise retira dans fin hôtel plus d’une centaine de Huguenots,qu il crut pouvoir gagner à fin service (7 j.

L’Auteur de la Réponse à l’Epitre du Cardinal de Lorraineétoit un bon Protestant. Or voici ce qu’il avoue touchant lahaine que ceux de la Religion avoient conçue contre les Gui-ses. Le consentement général de toutes nos Eglises, dit-il (8) ,est o* fera toufiours de faire teste à toutes les parties defquellesvous ferez, ou díreílement ou indireílement , & 1 de prendre par-ty avec tous vos ennemis, de quelque qualité on religion qu ilsfiyent. Et mesbahìs comme vous ignorez encore nostre volonté ,que le Pape n ignore pas , veu qu il déclara dernìerement à l’E-Vefque d’Auxerre , qu il vouldroit qu il luy eust cousté cent mil-le efeus , c? que vous fuffiez Huguenot : s affeurant , pour l’ini-mitié irréconciliable que nous vous portons , que nous abandon-nerions nostre Religion fi vous en efiiez.Puis donc que ce consente-ment général qu ont toutes nos Eglises de vous résister, ne peultvenir que de la fpeciale bonté de Dieu , nous devons certaine-ment efperer qu il nous préservera de l’ejfeH de vos dejjeins, parlesquels vous faites un appareil de guerre mortelle contre nosbiens , nos foyers , or nos vies.

Notez bien ces paroles de Brantôme. Le Cardinal de Lor-raine ” estait fort religieux, 8c pour ce fort haï des Hugue-„ nots : mais pourtant le tenoit-on pour fort caché 8c hypo-„ crite en sa religion, de laquelle il s’aidoit pour fa grandeur;„ car je l’ay veu souvent discourir de la Confession d’Aus-» bourg, 8c l’aprouver à demy,voire la prefeher, plus pour„ plaire à aucuns Messieurs les Allemans,que pour autre cho-„ fe, ainsi qu’on disoit; comme je vis une fois à Reims,„ pour une semaine sainte, 8c devant Madame sa mere pu-

(s) Imprimé/'a,r 1565. lta pour titre »Réponse àI’Epistre deCharles deVaudemonr,Cardinal deLorraine.

Cette Epitreavoit été pu-bliée fous leNom d 9 nnGentilhommede Hainault,tant pour ex»euftr le portd'armts cfuele Cardinalaveit fats atêmois de J.i»",vìer à Paris+contre lesOr-~donnanus defa Majesté y(jm pour ac-cuser le Ma-réchal deMontmoren-cy,

( 6 ) Réponseà i’Epitrede Charlesde Vaude-jnont , foliaO iiìi.

(7) Meze-rai, AbrégéChronolog..lomé Vyptg- IS7.

(S) Réponseà TEpitrede Charlesde Vaude-mont , foliaC iii.

bliquement, où il le faifoit beau ouïr (9) ”. Joignez àceci la Remarque (J,) de l’Article Lorr aine.

Le Passage que je vais citer n’est pas moins notable. Je letire d’un Ecrit que Mr. du Plessis Marnai composa au moisd’Avril 1589, pour justifier Henri III fur son union avec leRoi de Navarre. II s’agissoit de répondre aux vacarmes dela Ligue touchant cette confédération du Roi 8c des Hugue-nots. Mr. du Plessis allègue non seulement les Alliances quele Roi d’Espagne entretenait avec les Princes Protestans, maisasiffi ce qui avait été fait par Mrs. de Guise. „ N’allons point,, plus loin que nos Ligueurs. Combien de fois le Duc de,, Guise a il tasché de traiter avec le Roi de Navarre, 8c,„ ceux de son Parti? A combien de Gentils-hommes Hugue-„ nots a il escrit ? Qu’ils reconnaissent ici son stile. _ Je n en„ veux, l’ami, à ta Religion, ni a ton prefihe; Si tu nés„ saoul d’un Ministre , aies en deux. Et qui ne sçait les allées„ 8c venues dú Vis-Seneschal de Montelimart à la Rochelle,

>> de la part du Duc de Maienne; les propos qu’il lui faifoittenir, qu’il voulait estre son serviteur, qu’il n’en vouloir„ point à sa Religion, que sa mere lui avait donné ceste pre->, miere nourriture, qu’on trouverait un moien d’accommo-„ der les choses, que fur fa parole il le viendrait trouver„ avec quatre chevaux, qu’il lui baillerait ostages de fa foi„ ses enfans 8c fa femme; Au temps toutes fois qu’il re’" c , ournoit de ^àllon Au temps qu’ils ne sonnaient que„ dévotions, que zele de 1 Eglise. Aussi ne faifoit-st pas scru-

” nuisis i f VU ' Reistres, qu’on voioit pu-

„ bliquement faire la Cene en son armée; Et les lettres qu’il

„ escrit

(s) Brant.Eloge daDuc àeGuise , at*III Tomede fes Mé-moires, pag£r», rzz.