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Tome second. C - I.
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H E L O I S L.

beau mutiler le pauvre Abelard ( L ), elle eut beau prendre le voile , il lui resta toûjours ungrain de cette folie ( M) : & ce n’est point par les Lettres Portugaises qu’on a commencé deconoître qu’il n’apartient qu’à des Religieuses de parler d’amour. II y avoit long - tems que les

Lettres d’Heloïse *étoient une preuve de cette vérité. Quoi qu’il en loit, cette amoureuse créa-ture emploia vainement tout son esprit, & toute son éloquence, à déconseiller le rnanage à Abe-lard. On les épousa en secret ; mais elle nia toûjours avec serment qu elle lut ía femme (c). Cetteconduite la fit maltraiter par son oncle, qui,pour couvrir le déshonneur de ia famille, puhìiou entous lieux le mariage, encore qu’il eût promis à Abelard de n’en rien dire. Les mauvais traite-mens, à quoi Heloïse étoit exposée chez le Chanoine Fulbert, firent prendre la résolution a sonmari de la tirer de ce logis , & de l’envoier chez les Religieuses d’Argenteuil ou elle avoit eteélevée. A ce second enlèvement toute patience échapa aux parens de cette femme : ils conçu-rent une maniéré de vengeance fort exquise, & l’exécutërent en gagnant le valet de LierreAbelard. Ce scélérat fit entrer de nuit dans lit chambre de son maître ceux qm dévoient taire lecoup. îls le surprirent endormi , & lui coupèrent les parties qu’on ne nomme p as Octte

action fit un grand bruit (N) : on alla le lendemain matin comme en procession a la chambre d A-belard. Les Ecoliers firent encore plus de lamentations que les autres. Les femmes se distin-guèrent par leurs plaintes très - ameres ( O ). On lúi écrivit des Lettres de consolation tres-cu-rieuses ( P ). La Justice punit sévèrement cette action ( : mais tout cela n empocha point

qu’Abelard, accablé de honte Sc inconsolable, ne s’allât confiner dans le Monasteie de 8t. Denys,après avoir donné ordre qu’Heloïse se fit Religieuse à Argenteuil. Nous avons dit aiileuis ce qu ndevint depuis qu’il se fut fait Moine, Sc comment il fut condamné a jetter lui-même au feu unLivre qu’il avoit écrit, Scc. La perte de cet Ouvrage l’affligea encore plus que n avoit sait laperte de fa virilité (R)i Sc néanmoins quand On perd un Livre on en peut recouvrer un autre, cequi n’a point lieu dans í’amre cas (S). Pour ce qui est d’Heloïse, elle devint Prieure des Reli-gieuses d’Argenteuil : mais comme òn se gouvernoit très-mal dans ce Monaíleie (ss), l’Abbé deSt. Denys qui prétendoit en être le maître chassa o u «...

les Religieuses,

Sc alors Heloïse

! ,

eut bon

îtci ejm igni-mìnia sua tfoltt 'uim (jtittrrentes-, i-litun*matrimoniurf*dìvulgare frfiiem mihìsuper hoc da<*tam vioUreceepcrunt,ill.i autan rcontra AitAthe-matiz.are frjurare , quiafalstjstmumeffet. AbíC-

lard. HistoiuCalamita- Vtura, pag, i7.

(d) Cruddìs -Jim a. fr pu-dentijjima vA-fiant punie -rmty fr quamfumma adtyi-ratione mun-dus excepit ,eis v 'ulelicetcorporis rneipartibm nm-puiatisy qtii-bus id quodpiangtbantcommiseraiìi •

Ibidem.

Í4<5) Citation

F).

Í47) circe'°iyna ,a sud Petro-n 'um

U*) Vbitz,

Comédie*"■ redantoué.

nos Remarques fur l’Ârticle Comeaeïs (46). Mais com-me les aparences font quelquefois trompeuses, je n’aprouve-rois pas que ceux qui savent ce qu’Heloïse avoit dans lecœur, sïmaginaífent qu’eile fortoit hors des règles , quand•elle fe retrouvoit avec son mari, & qu’elle ait eu quelque-fois sujet de lui écrire, Si libid'tnofa effem, quererer decepta,nunc etiam languori tuo grattas ago : ìn ambra, voluptatis diu-titts lufi (47 ).

(Z) On eut beau mutiler le pauvre Abelard.] C’étoit unremede d’amour très-capable d’opérer, s’il en faut croire cer-tains Vers de Cyrano Bergerac (48). Ils s’adressent à unhomme qu’il avoit apostrophé en cette maniéré:

7 entent que le diminutifQu’on fit de vrai trop excessifSur vôtre fiasque génitifVous prohtbe le cónjontlif.

Puis il ajoûte ,

O visage ! ô portrait nais!

O souverain expeditifPour guérir tout sexe lascifD'amour naissant, ou effeùïisfGenre neutre, genre métis,

Qui n êtes homme qu abflracíif,

Grâce à votre copulatif,

Qu a rendu fort imperfcctifLe cruel tranchant d'un canif.

(ïs) Dan,~ r f>nìdi

ABUS.

c ': ie STa. u

17 ? (7S )

r 1 Article

(51)

WlN.

Ope-

17.

(5d .A U

Mais comme il n’y à point de réglé si générale qui ne souffrequelque exception, f amour d’Heloïse fut à l’épreuve de ceviolent remede. Elle eut cela de commun avec la ReineStratonice, dont j’ai parlé ci-dessus (49).

(M) Il lui refla toûjours un grain de cette folie .] Cela pa-roît par les Passages que j’ai citez dans la Remarque (K). lisprouvent, non feulement que l’amour de concupiscence do-minoit la pauvre Heloïse, mais auffi qu’elle étoit un peu dé-montée ; car une personne bien sage n’auroit jamais parlé dela forte. Il est aparent que l’étude avoit commencé de la dé-traquer, & que 1 amour fut un grand surcroit de désordre.On volt dans ses Ecrits beaucoup de marques d’une imagina-tion déréglée, quelque chose de fi outré, & tant de dispara-tes, quelle est une preuve de la Maxime de Seneqúe, Nul-lum magnum ingenium fine mixtura dementia ( jo).

(N) Cette ailion fit un grand bruit.'] Voions ce qu’ Abe-lard en raconte ( 51 j : Mane aute'm faSlo tota a d me civitascongregata quanta stuperet admirations , quanta fe affligeralamentatìone, quanta me clamore vexa'rent, quanta planbluperturbarent , difficile imo impoffìbile est exprimi. Maxime ve-ròClerici, ac pracipue Stholares noftri, intolerabilius me la-mentis V ejulatibus cruciabant. Voiez l’Article auquel jerenvoie dans la Remarque suivante.

(O) I.ss femmes fe distinguèrent par leurs plaintes tres-ame-»■«.] C’est de quoi Abelard ne parle pas; mais nous l’apre-n qns d'un de ses Amis qui lui écrivit une Lettre de consola-rion. Voiez l’Article Foulques (5a ).

. ( p ) On écrivit a Abelard des.Lettres de consolation trìs-cu-ne«/ ej q Roulques Prieur de Deuil lui en écrivit une qui a1 ’ «Uri r ^ e dans l’Edition d'Abelard. Nous en parlons dansms .à c e Prieur, & nous renvoions là plusieurs choses’ 1 a ? artlcnn ent à Heloïse & à son mari, & qui rendraient

P 5 ! SS '?urs Articles, si elles n’en étoient pas détachéesmieiiYÏr™, aiI,e «rs. Ceux qui disent, qu’ils aimeraientfuirez VCr t0ut au wême lieu, ne fe font pas bien con-

tq.më u_

besoinde

(AA La Justice punit sévèrement cette aâlïon. ] Voiezs Article de Foulqjues (53), auquel je renvoie pour les (r;) Rmm~deux Remarques précédentes. $«« (M).

(R) La perte de cet Ouvrage Vaffligea encore plus que la pertede fa virilité.] On a bien raillé les Auteurs fur la tendresseexcessive qu’ils conçoivent poúr leurs Ouvrages, & l’on a ci-té entre autres exemples celui de i’Evêque Heliodore, qui ai-ma mieux renoncer à son Evêché, que de condamner sonRoman ‘de Thëagene (54). ' On a cité ce que Sarrasin fait di-re à Voiture (55). Mais je ne sache pas qu’on ait cité Abe-lard fur une telle màtìere: cependant, il y a dans son exem-ple quelque chose de plus fort; car enfin Job recouvra foubon état, & engendra fils & filles, & il est sûr que Voitureauroit mieux aimé être comme Job pour quelque tems, quecomme Abelard jusqu’an tombeau, & qu’il eùt jetté tous sesLivres & toutes ses Muses à la voirie > s’il savoir talu, afiride conserver son fond d’amourèttes. Où font les Prélats àqui l’on ne fit ligner la résignation de leur Evêché, íì on lesmenaçoit le rasoir en main de . . . en cas qu’ils ne la signas-sent. On auroit sans doute obtenu d’sìeliodore la condam-nation du Roman , si on sent mis dans cette fâcheuse alter-native. Mais voici un homme qui déclare qu'il compte pourpeu de chose la perte de ses parties naturelles, en comparai-son de la perte d’un Ecrit qu’on l’obligea de jetter au feu.

Afin dette parfaitement équitable, il ne faut pas attribuertoute la douleur d’Abelard aux sentimens paternels, que soncaractère d’Auteùr lui inspirait pour son Livre. II y avoit làune autre chose qui le chagrinoit encore plus; c’est qu’enl’obìigeant de jetter son Livre au feu, on lui imprimoit Unenote d’Héréfie, peine qui répond à la marque du fer chaud.

Ses murmures contre la Providence de Dieu sont une autremarque de fa tendresse. Voici lès paroles; je dois les rapor-ter, afin qu’on ne me soupçonne pas de grossir les chosespour diveith les Lecteurs, ficus qui juàtcas atquitatem quan~to tune anirni selle, quanta mentis amaritudine teipfum infa-mis arguebam, te furibundus accufabam, sapius repetens illambeati Antonit (56) conquestïonem, Jesu bone ubi eras? Quan-ta autem dolore astuarem , quanta entíescentìa confimderer,quanta desperatione perturbarer sentire tune potui , proferre nonposfum. Conferebam cum hìs qua in corpore paffus olim fueram ,quanta nunc fuftinerem,ej? omnium me astimaíam miferrìmum.

P a r V k M illam àucebam proditionem in comparationèhujus in]uria, cr longe amplius famsc quam corporis detrimen-tum plangebam (57).

(S) Ce qui n’a point lieu dans Vautre cas.] Voiez encorel’Article FotUQ.BEs, à la Remarque (F).

{T) On fe gouvernoit tres-mal dans ce Monastère. J SuggerAbbé de Sr. Denys se prévalut de la.vie déréglée des Reli-gieuses d’Argenteuil, pour rentrer en 1 a possession de ce Mo-nastère. II envola ses panchartes à Rpme, & en reçût uiie t** 11 *™™réponse, favorable. Ecoutons ce qu’il en dit dans l’Histoite mi !' errimtlde fa Vie fous fan 1117. Nuntios nosiros c? chartas antiquasfundationís & donationis , e? confìrmationum privileoia bons.memeria Papa, Honorìo Romam delegavimus , postulantes utjustitiam nostram cdncnico invefligaret b restituent ftrutinioQui, ut erat vir confilii vr justitU tutor, tam pro nostra ius-titia., quàm pro enormitate Monacharum ibidem mâle viventium , eundem nobis locum cum appendiciis fuis, ut refor-ntur ibi religionìs ordo, restituit. II dit la même chose

V“'“ k (s8 >Y Cev ' x 5 »í son. enclins à ,t u Jger de leur prochain, ne liront pas cet endroit fans entrerdans de -violens soupçons fur la vie d’Heloïíè. Eli» . I

(54) Vìiehci dtjftv-, fi-marque (B)

4e Partiel cHiìLIO-no r f, ceqn 7 il en fatilcroire,

(S S) Vn .<s4uthcu.r 3 quidans sonescrit , Cam-me moi re-poit une of-Jinfe, Sonjsriplus que Jobne souffrit ,Bien qu’il eítí(C extrêmessouffrances.Poésies,n. 87.

(S 6 ) lApud$, HierO'nym. in ejurVit a.

(57) Ab#-lardi Opcr.*î«

(î8) Petpa.tionoritís t/í>gravis fr fe~Verus , jujìi-tuim nostramde Mê*taflerÌ9^rtentoiUfifì

qu’elle semoir vivement les brûlures de fincomkc^

& st est assez ordinaire que la Supérieure d'un sWmne sogouverne pas bien lors que la débauche foi «ìu nvS larsk Communauté (60). De ces deux principes on tire assé-Xxxx z mesi t

conversations

iftfamato-ifrc*

f 59) I r oiez,ci d&jsus la

(kj;

Citations ( 41 )*• (43).

(fio) On aimeà citer furceU h Régi»ad cxeai-pium tomsco , 'np olî!Iur ..orbis ; & &

Sequiru* In-viter sib'..mains