L E U C A D E. LEUCIPPE,
cérémonie dê la précipitation (B). II semble qu’il y aît eu des personnes qui s’engageoicnttous les ans, comme'à prix fait, à donner un tel spectacle (C).
(6) Strabo,Libr. x,
3 n.
(7) Pnp-tcrea dlceba-tar lotus ìlle
spávrcw,&caiig, inAuson. Cu-pid. crucif.
TÒ CCX(MCi TQ
?ovq ’épwrctçTroiveiv 7TS-vriçevp évcv.•Saitus íj-uofini rì timoréscredítum efî.Strabo, 1Libr. X,
3 11.
(á) Ptolo-mée filsd’Hephes-tion, apudPhot. Bi-bliothec.num. 197.491 .
dans la Lettre où Ovide lui a servi de Secrétaire, que D eu-calion amoureux de l’indifférente Pyrrha fit le saut deLeucade, sans se faire de mal, après quoi il cessa d’êtfeamoureux, 6 c Pyrrha commença de l'aimer (9)- Di-vers Auteurs (10) ont parlé de cet étrange remede d’a-moúr, 8c il y en a même qui ont dit qti’on faifoit âuflìce faut pour une autre cliose, savoir pout aprendre desnouvelles de ses parens.
J’ai dit qu’on ne trouve pas Calyce dans le Cataloguede nos sauteurs de Leucade. Elle étoit devenue amou-reuse d’un jeune homme nomme Evathlus, & avoir inu-tilement prié la Déesse Venus de faire ensorte qu’il vou-lût bien l’épouser. Evathlus persista dans ses rigoureusesfroideurs, & Calyce s’alla précipiter à Leucade (n). j ecroi que fi l’on comptoir bien > l’on trouveroit un peuplus de femmes que d’hommes qui firent ce faut péril-leux.
(C) ... Il semble qu’il y ait eu des fersonnes, qui s’e>t-gageoient tous les ans ... à donner ce speêlaclef] Un Pas-sage de Servius a inspiré cette Conjecture à Elie Vmet( xi ). Voici les paroles de Servius : Fœminas in fui amo-rem trahebatfYhzon) in queis fuit una qu/t. de monte Leu-cate cum potìri ejus nequiret, abjeciffi fe dicitur ; unde nuncautturare fe quotan.iìs filent qui de eo monte jaciunt in pela-gus (13). Vinet pense qu’on pourroit rétablir ce Passa-ge en cette maniéré, unde nunc aublorare fe quotannis fi-lent qui fi de eo monte jaciunt in pelagus , 8c que cela peutsignifier, qu’il se trou voir des personnes qui pour de l’ar-gent entreprenoient de faire ce faut, comme d’autress’engâgeoient pour une certaine somme à s’entretuer dans vineF inl’amphìthéatre. Les curieux feroient bien d’aprofondir Auson. Cu-rette particularité par leurs recherches. II est certain quel’on s’engageoit par vœu à faire ce faut : cela paroit parla réponse d’un Lacedemonien qui fut insulte, à causequ’il reculoit à la vue de ce précipice. Ae ne favois pas ,dit-il (14), que mon vceu atiroit besoin d'un autre weu en-core plus grand. Les Vers de Menandre raportez par Stra-bon (15) témoignent que Sappho fit un vœu à Apollonavant que de se précipiter,c’est-à-dire aparemmentquel-le consacra cette action à cette Divinité. J’ai oublié dedire qu’il y a deux Vers d’Anacreon touchant ce faut desamoureux. Scaliger les raporte ( 16), mais je pense queceux qui disent qu’Hephestion les a conservez ( 17 ) > setrompent.
in Apophth. Lacon. (is) Lii/r. X. pag. } II.
(17) Mtmsr. de Longepieire, Vie de Sappho.
{B) La cérémonie de la précipitation ] 11 y avoit fur le
promontoire de Leucade un Temple d’Apollon, & il fa-loit selon l’ancienne coutume (6), que tous les ans aujour de la fête de ce Dieu, l'on précipitât-du haut de cepromontoire quelque criminel, afin de détourner lesmaux dont on pouvoit être menacé; mais on attachoit àce criminel beaucoup de plumes 8c beaucoup d’oiseaux ,dont on espéroit que le vol rendroit moins rude la chutede ce misérable. On tâchoit de le recevoir au bas de ceprécipice fur de petites barques rangées en rond, & fi onle pouvoit sauver on le bannissoit. Voilà ce que l’onfai-soit.par 1 autorité publique, & pour le bien de la patrie;mais il y avoit des particuliers qui de leur propre mou-vement, 8c dans l’espérance de faire cesser les peines quel’amour leur faifoit soufrir, se précipitoient du haut decette montagne. De là vint que ce lieu-là fut nomméle saut des amoureux (7). Strabon nous aprend que Me-nandre avoit débité que Sappho, éperdument amoureu-se de Phaon qui la méprisoit, fut la prémiere qui se pré-cipita de Leucade,: il cite des Vers de Menandre; maisaparemment il n’a point cité tout le Passage, car on nevoit point dans ce qu’il cite, que Sappho ait fait la pré-miere ce faut périlleux. D'ailleurs Strabon ne se ran-ge pas à l’opinion de ce Poète; il dit que ceux qui ontaprofondi plus exactement l’Antiquité, témoignent quece fut Cephale qui fit le prémier essai de ce violent re-mede , pendant ses amours pour Ptaola. Un Auteur (8)dont Photius nous a donné des Extraits, remonte jusqu’àP origine de cette pratique. II dit que Venus après lamort d’Adonis le chercha par tout, 8c le trouva enfin àArgos dans File de Cypre au Temple d’Apollon Eri-thien. Comme elle ne fit point un mystère de fa paillonpour Adonis à ce Dieu, il la mena fur le rocher de Leu-cade , 8c lui dit de se précipiter de ce lieu-là. Elle le fit,
8c se trouvant délivrée de son amour, elle en voulut sa-voir la cause. Apollon lui fit réponse qu’il savoir entantque Prophète, que Jupiter se sentant saisi d’amour pourJunon venoit régulièrement s’assoir fur ce roc, 8c apai-soit ainsi la violence de fa flamme. II ajoûta qu’un fortgrand nombre de gens de l’un 8c de F autre sexe s’étoientguéris du mal d’amour,en sautant du haut de cette mon-tagne. On trouve dans cet endroit de Photius le nom deplusieurs personnes qui secoururent à ce remede; les unss’en trouvèrent bien, les autres en perdirent la vie. Jen’y ai pas trouvé Calyce, 8c j’en ai été moins surpris quede n’y pas voir Finfortunée Sappho. Elle nous aprend
LEUCIPPE, Philosophe Grec. On n’eíl point d’accord sur le lieu de sa naissancei maispresque tous les Auteurs conviennent qu’il a inventé le Syítême des atomes, & qu’il ne fautpomtsarrêter au témoignage de Posidonius (A). On ne sauróit nier qu’en certaines chosesle Syíteme Cartésien ne soit semblable aux Hypothèses de Leucippe (B) j & l’on doit blâmerEpicure, de ce qu’il n’avouoit pas qu’il eût profité des inventions de ce Philosophe (a) (C).
Ceux
(14) Plutarchusiin Virgil. pag. 69 .
( 9 ) Htric ftDeucalionPyrrha suc-cenfus amorê■Mffity Hier*fo co r porepresse atjutíSiNec mora :versus amortcíigit Icntijs*ma PyrrhaPeftora 5Dettcalionigné levatuserat. OvidíEpìftol.Sapph.f. 167.
(iò) Ampë~lius, in LibrdMemoiiali ,Cap . VIII.Athenxus,Lìhr. XIV iCap. m.Servius inEclog. VIII,Vas. 59, H.in jfineid*Libr. IIÍ yVers 274£ 79 - Voiez.Scaliger &
pid. crucifi.
(nj Steíì-cliorus, apudAthenœmn *Libr. XIV S
Ctjp. Illypag. 61 íl
(12) In All"ion Cupi-din. crucif.
(13) InLibr. IIIyVers. 279.
(16) In Cí*
(1) Strabo,Libr. X VI ypag. 512.
(a) A iiptÓKQt-roç Kcfï^TTlKOVpOÇâró(/.ovç( subaudie%cev eïveaT Ct TMV ’ÓV-twv çoixsîœ)
sì /A} Tt
àpxaiQTepxvT UVT’jV ùs-rriov.rì jyèó%xv , xaìéç ’éteyev ôT,raixòçHocreiàávtoç,
(A) Il ne faut point s’arrêter au témoignage de Pojìdo-w v ,?i° n . ce témoignage il faudroit croire qu’un. Phi-fìetrem. T. enic ^ en pommé Moschus, qui vivoit avant le
stt fbf e » T „r,;,h'a™g ' S
KUI TÒ nepi jrm âráuav Sáypcc WK xcuâv ^ sàmíai
Mmrxou trpo rw Tpv/x&e %póvm yeyovároc, lmo fi Pofidonio cre-dimus , antiquum de atomis dogma Mofiht est, hominis Sido-nii qui ante Trojant belli tempus •vixit ( i ). Sextus Empi-ricus remarque la même chose, 8c de la même maniéréque Strabon, c’est-à-dire, en citant Posidonius avec je nesai quelle marque de défiance (z), qui ne paroît pasdans Strabon à F égard des autres dogmes originaires derhemcie. Si vous joignez à cela F esprit fabuleux queCicéron a reconu dans les maniérés de son Maître ( 3 ) ,vous ferez comme le docte Thomas Burnet, qui ne croitpoint qu il faille donner à Moschus l’invention des Hy-pothèses que Leucippe 8c Democrite ont soutenues. Vi-, , „, rem t0tam m , umus Psfidoniì sidem refirri, L-- de huius
ZlSl J^^^Y ^nnsubdubitarei cum itaque Atomo-5 P 4 rum hypothefm mvextfse Leucippum aut Democritum mul-toplures, e? probatiores fidei testes affirment: es 1 inter altoshujus ipsius Pofidomi difcipulus Cicero his ego libemius as-fintior ; maxime, cum idem Cicero huic philosopha falsidicinotam adjieere non vereatur Qusedam etiam Posidoniuspace magistri dixerim, comminisei videtur (4). Apa-remment Posidonius tenoit un peu de la maladie qui ré-gné dans tous les siécles : on ôte autant que l’on peut lagloire de l’invention à ceux qui s’en glorifient, ou qui nesont pas de notre Parti; 8c l’on aime mieux chercherdans les teins 8c dans les païs les plus éloignez un autreInventeur.
(B) On ne sauroit nier qu en certaines choses le SystèmeCartésien ne Jçit semblable aux Hypothèses de Leucippe .] Lamaladie dont je viens de faire mention a paru dans notre
- Empiricus advêrfus Mathematicos, gag. 367. (3) Cicéron * va ; t
de Posidonius. (4) T. Bumetius, Aichsol. Phiiofoph. LìW, I, Cap. v/,f a S- 314 Edit, ^Imfi/Id. 1694.
<t> 0 Íl/lK 0 Ç Ktt-Tctyoyéenv,Democritus. vero & F.picu-rus ai ornas(dixeruntesse rerumomnium*elementa)
niji fi ami-<juiorern essehanc doliri-nam fit fia-tuendum , draît StoïcusPosidonius , Àfáoschp viroyuodam Phœ -n ‘ce adduc -Sextus
siecle par raport à Mr. Des Cartes ; on tâche de le dé-pouiller de toute la gloire de F invention, pour la parta-ger entre plusieurs autres Philosophes anciens 8c moder-nes. Je n’entre point dans cet examen; je me contentede dire qu’en certaines choses on a raison de prétendrequ’il n’a fait que renouveller de vieilles idées : car, parexemple, l’Pïypothese des tourbillons n eít-elle pas deLeucippe ? Le savant Mr. Huet le prouve très-clairement.In varios vortices j dit-il ( 5 ) , five mundos primam rerummateriam distribuerunt Leuçippus , Democritus, & Epicurus :unde exiftimemus meritone in vortïcum horum inventione tan-tum se jaílet Cartestana Schola. Ac de his quidem manifes-ta res est apud Diogenem Laêrtium zsr Hesychìum Illustrium.Ajebant (*) enim corpuscula ex infinitate fimul colleâla >Aivitv àvepydsífstrtìcuì vorticem efstcere ; CT* y-urìt rijv rou uéaovà/répeitriv or epiìaielirixi > sìkét<riui , 0-uçpaftTÛxt > lenitente mediocircumvolvi:ev hac vertigine particúlarum ficeffiones c? conjunc-tiones oriri ; ex conjunblionibus enasù globofum acervume-QaipoeíSef. On trouve de plus dans le Système de Leucippeles semences de ce grand principe de Méchanique que Mr.Des Cartes emploie si efficacement, savoir que les corpsqui tournent s’éloignent du centre autant qu il lour est possible.L’ancien Philosophie enseigne que les atomes les plus sub-tils tendent vêts l’espace vuide comme en s élançant (6).C’est le manege que Mr. Des Cartes auroìt donné à famatière subtile, s’il avoit suivi son principe; mais parune conséquence qu’on ne peut assez admirer, il chasseau centre des tourbillons cette matière subtile, 8c à la cir-conférence les globules les plus maísifs (7). J’ai pailéailleurs ( 8 ) de ceux qui disent qu a 1 égard des tourbil-lons, 8c des causes de la pesanteur, Des Cartes est le Co-piste de Kepler. Ils dévoient ajouter que Iíepler est leCopiste de Leucippe. ,
{C) On doit blâmer Epicure, de ce quil n’avouoit pasqu’il eût profité des inventions de Leucippe.] C’est la ma-ladie des grans esprits; ils avouent difìcilement qu’ilssoient redevables de leur science aux lumières de leurprochain; ils veulent qu on^ sache qu’ils ont tiré tout deleur propre fond, 8c qu’ils n ont point eu d’autre MaîtreN ì, que
(&) Èienloin de fa -vouer 3 il niotû<yue Leucip-pe eut existé*Voiez. Gas-sendi j inVí -ta Epicuti,Libr. Vy Cap.!*
(s) Petrus
Daniel
Huetius*
Censura
Phiiofoph,
Cartesiame
Cap. V111 %
pag. m.iziy
214.
(*) Laërt.& Hesych.in Leiicippcí,Democrito -& Epicuro.
(6) Tà ptivAesrrà
AíwpEÏi/ etç g-ZK£VÒV%<T 7 F£p
àtccTróptsvócltcs $èevVitévetv, .Exilut qui->dem ad exté-rius vacuumcontendere ve-lus dijsultaw-tia : cceteraconfifiere .Diogen.Laërt. inLeucippo 2Libr. IX,num. 31.
( 7 ) Voiez. lejournal deLeipíìc 11SS9,pag. 187,1 S 8.
(8) Dansl'ArticleKEPIER,.
%tmarq.
T O M. IIL