LISOLA. LOGES.
lès esprits, qu’il animoit à se liguer Ceux iuêmes qui avoient le plus de pasiîon de demeurerneutres. Je me garde bien d’affirmer ce que bien des gens ont'dit, qu’il ne faisoit point scru-pule de semer dans plusieurs Cours comme des Lettres interceptées, je ne siii combien de Plansct de Projets d’Alliance , & d’Instructions d’Ambassadeurs, qui faisoient voir que la Francevouloit-dévorer toute P Europe i toutes Pieces qu’il forgeoit lui-même dans son cabinet, dit-on. Je demanderois de fortes preuves de cela , avant que d’y ajoûter foi : & d’ailleurs cesfraudes sont bien bonnes pour le peuple, ad populum phaleras ; mais les Princes pacifiques s’ylaisseroient-ils tromper ? II eut le malheur de se rendre désagréable au Roi de Pologne ( F) ,comme je le dirai Ci-dessous en citant Mr. de Wicquefort. On a cru qu’il fut le prémier au-teur & le principal directeur du dessein qu’on exécuta dans Cologne fur la personne du PrinceGuillaume de Furstemberg (G), durant les Conférences de la paix, le quatorzième de Fé-vrier mil six cens soixante-quatorze.
(14) Wic-«juefort,Traité del’Ambassa-deur, TtwweII,p*g. 2.3 9 .
Os) Vfi-
daU de Suèdeà ta Haie,le Hoì.
son Maître nevoulut pointrapeller, quoique MeJJieursles Etats eneuffctt
déclare' qu’ilsne voulaientflus traiter*ote lui.
Elles avoient desja commenté à traiter fans Médiateur: lesSuédois efioient persuadés, que Vintention de VEmpereur eftoitd’aigrir les choses plutost que de les accommoder, lis fçavoientque fi la négociation se devoit faire par des Médiateurs, on nese pouvoit passer de ceux qui y avoient desja travaillé à Lu-bec : que VEmpereur avoit tasché d’obliger le Moscovite à dé-clarer la guerre à la Suede, & mesme que Lejfmsky, que leRoy de Pologne avoit envoyé à Vienne , en avoit remportéquelque ajfeurance de secours. Le Comte arriva a Thorn aumois de Decembre ; mais parce que le Roy eftoit en des mou-vements continuels , il ne luy pût parler que le 5 d'Avril deVannée suivante, & il ne le vit plus depuis ce temps-là , cs 1s 1 estant rendu avec Lisola dans l’armée de Pologne , il renonçaluy mesme à la qualité de Médiateur (14).
(F) ll eut le malheur de se rendre désagréable au Roi dePologne.'] Mr. de Wicquefort nous va réciter ceci d’unemaniéré qui fournira quelques traits pour le tableau denotre Baron. „ Je joindrai à l’exemple d 'Appelboom (15)j> celuy de François Baron de Lisola, Ambassadeur de la» part de l’Empereur à Warfovie. Ce Ministre , qui-> avoit de l'esprit, s’eftoit rendu d’abord fort agréable» au Roy & à la Reine de Pologne , qui en tiroient-» d’assés importants services; jusques à ce que voyant» en l’an 1661, que la Reine entreprenoit de faire élire» un Successeur du vivant du Roy, & qu’elle travailloit„ à faire réussir sélection en faveur d’un Prince Fran-„ çois, il s’opposa assés ouvertement aux intrigues, qui„ se faisoient pour cela parmy les Sénateurs. La Reine,„ qui ne le pouvoit pas ignorer, & qui eftoit pour le„ moins aussi capable de regner que le Roy, fit resou-„ dre, que l’Evefque de Warmie 6c le Palatin de Po-,, meranie iroient dire à Lisola , que les cabales, qu il fai-ts soit dans le Royaume , empefihoient leurs Majestés de le5i plus admettre à Vaudiance. Lisola ,pour s’asseurer de leur» intention, [8c pour sçavoir fi en cela il y avoit quelquen chose au delà du personnel, 8c fi les defenses s’esten-" , 01ent îìssftues à la Négociation qu’il avoit à faire dej, la part de 1 Empereur son Maistre, demanda à voir le» Roy, qui luy fit dire, que s il avoit quelque propofi-,1 tion à faire, il le pouvoit faire par escrit. Lisola refu-95 sa de le faire, & en donna advis à la Cour de Vienne,n d’où on luy fit réponse ; Que l’Empereur eftoit d’au-55 tant plus étonné du procédé du Roy de Pologne, que5, devant que d'en user d'une mamere fi opposée d la bonne” intelligence, qui devroit estre entre des Princes voisins, c?t, p proches parents, V- au Droit des Gens mesme il endevr0,t r ™oìr fait ses plaintes. Le Roy de Polo55 gne efcnvit depuis fur ce sujet à l’Empereur, & son„ Résident Vespasien Landscoronsky seconda de ses of-,, fices les raisons du Roy son Maistre : mais l’Empereur,„ à qui st importoit d’empescher F élection d’un Prince„ François, approuva la conduite de son Ambassadeur.„ Toutefois considérant, qu’il ne luy pourroit plus ren-,, dre service dans une Cour, à laquelle il s’estoit rendu,, désagréable, il le révoqua à son instance mesme, 8c,, sous un autre prétexte. Lisola en partit, fans prendress congé du Roy 8c dé la Reine, 8c l’Empereur l’a tous-5> jours employé depuis dans les négociations de la der-55 mere importance : a quoy il s’est appliqué avec beau-55 coup de suffisance, quoy que souvent avec peu de suc-
„ cès (16)”. L’Auteur du Traité curieux sur Venlevemcntdu Prince de Furstemberg (17) avoue que Lisola étoit mal-heureux : il lui donne d’ailleurs de grans éloges ; 8c com-me tout ce qu’il dit sert à l’Histoire de ce Baron, j’enraporterai un long Fragment. „ (18) Lisola a cru ces„ choses, mais nous avons nos (19) défaites; il est vray,, que comme on le craignoit étant vif, on fe contente„ de l’attaquer après fa mort; ce qui n’est ny généreux,,, ny honnête, 8c marque nostre foiblesse, ou nostre ti-„ midité. .... Je vous en donneray cent exemples (2.0),,, s’il faut, pour montrer que l’on accuse à faux un„ homme que l’on n’oseroit regarder en face, s’il vivoit.„ Mr. d’Ambrun (zi) parle plus modestement, 8c tout,, ce qu’il luy objecte, est qu’il l’apelle un Autheur con-„ nu par ses eferits envenimez, contre la France , fans les„ censurer ; tant ce genie eftoit fort, 8c admiré de tous,, ceux qui jugent sainement des choses. II avoir une„ force d’esprit qu’on ne peut concevoir, beaucoup de„ facilité, une pénétration grande, voyoit loin, paroit,, ou portoit adroitement ses coups, possedoit la Polìti-„ que, n’ignoroit aucun de ses ressors, avoit du zélé,,, écrivoit merveilleusement 8c sans peine , 8c enfin il„ publioit des Pieces excellentes quand on ne croyois
„ pas même qu’il les avoit commencées.(zz) Or
,, avec ces qualitez essentielles Lisola avoit du malheur,,, 8c est mort perpétuellement traversé, quand l’Empe-„ reur touché de ses services, 8c pour luy en donner le„ prix juste, l’avoit appelé à Vienne le fiatant de cent„ espérances. C’est briller fur la fin, 8c un reste d’éclat„ d’un Astre qui exfpire âpres avoir éclairé toute la,, terre”.
( G ) On l'a cru VAuteur du dessein qu on exécuta ....sur la personne du Prince Guillaume de Furstemberg.] LesFrançois fuposérent toujours comme un fait incontesta-ble , que le Baron de Lisola fut le promoteur de soulè-vement. On croit qu’il fit un Livre pour justifier cetteaction. Le Sieur Deckherus en parle ainsi. GulíelmiPrincipis Furstenbergii detentio , ad Cdsaris authoritatem,tranquìllitatem Imperii, Pacis promotionem, jufta, ferutilis,necejfaria : authore Christophoro Woltfango, AnnoM D C L XX IV publicata, illufiri stylo, experientia profun-da, consummata eruditione prorsus excellons, ab orbe eruàitoadscribi meruit Pra-lllustri Antonio Periandro, Rhte-to; qui susceptam modestam nommis deteUHomm gratiose in-terpretari non dedignabitur : Causa enim ibi pro honore Im-peratoris & Salute Imperii magnifiée defensa ; neque ftyli MarsVenusque Pob.tner.um serio dtffimulare vifi ; quamvishodie illuftrem Dom. Franciscum Baronem de Isola,negotïatorìbus irrita pacis ijnmïxtum , authorem videre Cteligere maluerint (zz). Par occasion je dirai qu’il attribueau même Auteur un Livre anonyme contre la Franceimprimé environ l'an 1673. Voici ses paroles : Eodemtempore prodiit Coníìlium status secretius Régis Galliarum,Gallice L? Germanice manifistatum, die Franzosische Raths-tube ; non fine vert conjeélura, fiuque rei > inde spe, hincmetu, à Germants arreptum, à Gallis cum indignations re-jeâlum : ut ex libello nuper in contrarium edito, DominumFranciscum Baronem de Isola authorem ìmusante, cu-rioso nofira Reipublica Vindici patescit (z4).
(tS) Wie- .quefoit,de l’Am-bassadeur,Tom. I, çag.3 °i, 302.
(17) Impri-més 167 S.
(rS) Traitécurieux,
ï a g. 13 .
( 19 )
teur par/ecomme s'Uétoit Fran -pois,
(z o) C est-à-dire d*^m~bajjkdeurspunis *
(21) Il parlede Mr, d 9 Au-buíTon, £t/c-csue de Mets ,qv,î publia un-Livre fur lesDroits du T{oia la successiond 9 Espagne Patt1674. Le sparoles qu’oncite font dansla Préface . Uregardoit Li-foia commel 9 ^Auteur à 9 un.Ecrit impriméa. Liège Fan1674 > intituleT OrateurFrançois.
C 9 étoit la Tifffutation dc laHaranguéque ce Prélatavoit faite attTipi à Mets U30 de Juillet
1673.
(zz) Traitécurieux,pag. Î6 .
(z 3) Deck-herus , deScriptisAdespotis,pog. 160.
Edit. 1686.
(24) Idem,ibid.gag, 134.
vun r* a rie Brune av ( a ), Dame Des-) a été une des plus illustres fem- Etmes du X. V II liecle. Elle fut mariée l’an ifpç avec Charles de Rechignevoisin , Ecuier , Sci- ?-» Biai-gneurDes-Loges, qui quatre ans après fut Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi. nalElle mourut le 7 Juin 1641, & fut enterrée en un lieu qu’elle avoit choisi elle-méme, à deux Iion c qs-censpas de la maison de la Pleau en Limousin. Son zèle pour la Religion Réformée, dont SU Dames,elle fit toute fa vie une constante profession, fa piété, & la grandeur de son ame, parurentavec un nouvel éclat fur la fin de fa vie, dont les dernieres annees, & quelques autres aussi ,avoient été traversées de plusieurs chagrins domestiques ( A). Cela sons doute lui fit faire detrès-bonnes réflexions fur le néant des créatures. Elle avoit eu neuf enfans (A),ct une soeur
(-d) Quelques années de fa vie avoient été traversées deplusieurs chagrins domestiques. ] C’est le fort ordinaire despersonnes de son sexe, qui se distinguent par un grandesprit fortifié des lumières del’étude; c’est, dis-je, leurfort assez souvent, lì estes s’engagent dans les liens dnmariage. Elles ne devroient pas le faire : assez d’autresauroient foin que le monde ne pérît pas. C’est beau-,coup quand leur patrie ne leur fait point Finjustice dont
qui
j n <- / \ j (1) Quant-
le Seneque au sujet de Laton fi), de ne pas com- Lm catonem■ndre le prix du thrésor qu’elle possede. Ce que c ‘ vttalpatrie ne fait pas toujours, un mari le fait encore t/iSfit
)ins. . _ ti » n, 'fi cum
[S) Elle avoit eu neuf enfans. ] 11 n en restoit que cinq prdidh.
j Seneca,
Qe Epift. '
'XIX. Ordinairement on cite cela comme si Seneque avoit dit, Catonem íuum frc'La paium intellexit. Voiez, Costat, Lettres, Vol. I, pag, 621.
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