LONGUS.
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trop promtement (C). On croit que Longus a fourni l’idée d’une galanterie fort plattequi régné dans quelques Romans: la Bergerc verte à boire, 6c boit un peu la prémiere, 6çpuis elle présente de telle sorte le verre au Berger, qu’il faut qu’il aplique les levres précisé-ment à l’endroit où elle avoit apliqué les siennes (D). Personne parmi les Anciens ne parlede Longus, ce qui fait qu’on ne sauroit bien dire en quel teins il a vécu. On a plusieursEditions 6c plusieurs Versions de son Ouvrage (E).
is) Petras
Moll. Snecd.-J . V. O.& Gr. Unguafrtfejsor or~dinarius in*Aca.d. Fra •toekcrana ,Epìstola. De-dicator. Lon-gi Pastora-Iaun,
C«) Huet.
«le Orig.ïabul. R.o-*nancní;
67.
(7) Pejusctiam vìtìumtst pervers a<b* prœpofteraipcrts œcono -paflo’-tum cunabulìsinepte orditur ,& w* in eo~rum nuptiìsdéfinît : adtorum ufcjue
libiros , imo &fcne&utemsua narrationeprogreditur.
Idem.ibid.(t) Longus,
Libr. I, pair.22, Edit.Fra-n ‘k r - in 4.
si*) K afafxsv
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luapec-Uri illius ad-
"•«*. Ibid.
í ro ) Ibidem,
18 .
J 11 ) Ibidem ,f«. 19.
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* ^rtidecf ll \de1 Ed “ d'eA-f‘lon.
traduire ce Roman , & de le donner au public avec desavantes Notes l’an 1660. II craignit la censure de cer-taines gens, dont l’humeur austere 8e chagrine ne peutsouffrir que l’on publie des Avantures de mauvais exem-ple. Voici les devans qu’il prit contre eux: ses parolesméritent d’être raportées, parce qu’il y a bien des Au-teurs dont la vertu & la sagesse pourroient être chicanées,fi l’on n’oposoit à la Critique farouche & maligne desfaux Catons le bouclier de ce Traducteur de Longus.Dicam hic quod fintio , dit-il (5) : Non feram judices nostraìn caufiâ , Caperatâ fronte Catones, qui fine dub'to me al-tum stertere, aut cucurbitas pingere maliens , qu'am tantoconatu , tam immanes nugas agere, vitioque fartasse mihi ver-sent , quod logos hosce amatorios ( quid enim quafi est , quodnon vellicare malignitas pojfit ? j haud tamen ìllepidos , nec in-ficetos, latine conversos, grandior Mate, xuì ytyooiic ptèi/ Ha<-xixc My vpóimi , in lucem edere fategerim. O formidabilem cen-sorum severitatem ! Quorum censura aíîum erìt de Homero,homine ab ipfis gratiis fiêlo, venereos amores, adulteria, in-festa , ficeler a prolixe deficrìbente : quem tamen Alexander tan-ti fecit , ut fiuo pulvillo noblibus fingulis fiubdiderit : Ablum deAristophane , quem nihilominus Johannes ille Antiochenus ,fummorum Theologorum lumen, quipropter aureum eloquen-tia flumen , Chryfioftomi cognomen obtinuit, noélurna diurna-que versasse manu, à viris fide dignis memorìtt proditum est.Nullum equidem Poëtarum inventas , quin multa multorumficelera nef aria narret, non quidem ad bonos labefaôlandos ,corrumpendofique mores ; Je d potius ad eófidem emendandos ,atque fiagitta illa deteftanda , abominanda. Multo minusvitilitigatores , (quorum fieges in ho c fieculo denfia est) homines,ut Plinius ait , ad venena natos , qui nullum aïtud abomina-it fiptritus pramium novere , quam odifife omnia : At potius re-rum humanarum aquos mihi astimatores exopto. Ce Pro-fesseur de Franeker s’est vu indispensablement obligé dansson Commentaire à toucher les impuretez de Longus ;mais il l’a fait en y apofant fa détestation. Que pouvoit-il faire davantage ? Opus alioqui tam obficenum est , ces pa-roles font de M. Huet (6), ut qui fine rubore légat eumCynicum ejfie necejfe fit , Cet alioqui se raporte à un granddéfaut qu’il venoit de remarquer. C’est que Longuscommence son Livre à la naissance de son Berger & desa Bergere, & le continue jusques à leur mariage, ôc àleurs enfans, Si à leur vieillesse (7). C’est sortir entiére-■ment du vrai caractère de cette espece d’Ecrits. II lesJaut finir au jour des noces, & fe taire fur les suites dumariage. Une Héroïne de Roman grosse 8c accouchée estun étrange personnage.
{C) La Bergere de Longus . accorde des baisers trop
promtement. ] Vous n’avez pas lu cinq ou fix pages que•voùs trouvez Daphnis extasié du plaisir qu’un baiser desa Bergere lui cause, t euro Qíwuu xeuvìv, s’écrie-t-il ,
I 5rV£B í i *’ ï|«AA£ t«« h xapìíx , TtíxeTXt ij },xxì
íTrliriluî 4,1 Hocce ndmirabile est ; quip-
pe fpirttus meus exultât cor exilit, anima Uquescit ■ attamentterum suavtart cupto (8). Une lacune qui est dans la mê!me page nous empêche de savoir les circonstances de cebaiser. Peu après on trouve qu’il manie les tetons de faBergere (9) fans qu’elle s’en fâche. Cette pauvre fillel’aiant vu tout nud fondit d’amour, elle ne vit rien enlui que de très-aimable : elle fut si peu effraiée de cet ob-jet, qu’elle s’en aprocha hardiment, & qu’après avoirbaisé son Berger, elle l’aida à reprendre ses habits.
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XXÌ ITtíxeTO , ptìfSÌV XUToO uéf°C MìSpX’jiui Sováftévu .. ù bh
rìjv saô^rx uvroiï ÀovopUvo 1 * uxì yu[ivuôévToç evsbveTO , orpárspov xxìxvrij <pt*ú<rx<Tx, llla enim nudum conspicata Daphnidem , ef-fiorescentem in ejus pulchritudinem incìdit , atque contabuit ,cum nullam ejus partem vilipendere pojfet (10). . . . At il-la vicifijim , dato osculo , vestem illius , jam loti atque denu-dati , induebat (n). Toutes ces choses seroient des mons-tres dans les Romans d’aujourd’huì. On ne pardonnepoint au Marquis d’Urfé les faveurs légères qu’il fait ob-tenir à Céladon: on lui fait un crime du plaisir qu’il luiprocure de voir Astrée toute nue. Voici les termes del’Accusation ; c’est Astrée qui parle. C'est vous, dit-elle(ii), en jettant les yeux fur Dursé, c est vous qui étés l'au-teur de l'injure dont je me plains , cr votre plume temerairea jette des traits dans mon Histoire qui me blessent dans lapartie de l’ame la plus sensible. Je ne suis pas plus délicatequ une autre, poursuivit-elle , s excuse les emportement amou-reux , lors qu une passion toute pure les produit : un baiser sur-pris galamment n éfaroucha jamais ma pudeur , c ? je fdyquily a de petites privautés que l'amour inspire , esr que la raisonne condamne pas. Mais quand je conjidere que je fuis unedes trois Bergeres que vous présentez, à Céladon toutes nues, dequel œil puis-je regarder une avanture fi injurieuse à ma vie îEt ne puis-je pas croire , ou que vous avez, eu mauvaise opi-nion de ma pudeur , ou que vous m avez. prise pour une escla-ve que vous vouliez, vtnàn à « Berger, Si se ne me flatte
point dans ma beauté , je croy que mon visage tout seul pou-voit bien faire une conquefie : il y avoit assez, de feu dans mesyeux pour brûler un coeur-, eff je puis dire fans présumer trop,que ma nudité n’eftoie point de l’essence de ma viâìoire. C’estun défaut trop ordinaire aux Auteurs des Romans Grecs(13): les femmes y font les prémieres avances; les hom-mes y font trop sages. Mr. Huet ne disconvient pas quecerte conduite des hommes ne soit fort louable selon lesréglés de la Morale; mais il soutient avec raison qu’elleest absurde selon les loix du Roman. Frior amat Hysmina ,dit-il (14), en parlant du Livre d’Eustathius, où le Hé-ros ne répond rien à une Déclaration d’Amour que luifait son Héroïne : prior amorem esr satetur & offert fine mo-destia, fine pudore , fine arte: Atque his blanditiis neque mo-netur Hyfminias , neque respondet. Laudabile id quidem est,fi ad leges Moralis Philosophitt-, ineptum fi ad Romanenfiapracepta exigatur. Volez ci-deffùs (15) Theagene railléde ce qu’il donne un soufflet à Chariclée parce qu’elle levouloir baiser. On diroit que Mademoiselle de Scuderiest la prémiere qui ait bani du Roman une œcOnomiequifaisoit tort à son sexe, 8c en général à la bienséance ; ellecrut introduire des nouveautez en donnant aux Héroïnesbeaucoup de pudeur, 8c aux Héros beaucoup de tendres-se; c’est pourquoi elle se crut engagée d’en proposer sesraisons dans la Préface de son Ibrahim qui est le prémierde ses Romans. Voici ses paroles (16) : Vous y verrez. ,Lebleur, (Jì je ne me trompe ) la bienséance des choses gy desconditions assez, exaôlement observée : u* je n ay rien mis enmon Livre, que les Dames ne puissent lire sans baiffer lesyeux fans rougir. Que fi vous ne voyez, pas mon Héros per-sécuté d'amour par des femmes ; ce n est pas qu il ne fust ai-mable , etr quil ne peust estre aimé ; mais c est pour ne choquerpoint la bienséance en la personne des Dames, e? la vray-semblance en celle des hommes , qui rarement font les cruels ,cr qui n y ont pas bonne grâce. Enfin, soit que les choses doi-vent être ainfi, soit que s aye jugé de mon Héros par ma foi-blesse , je n'Uy point voulu mettre sa fidélité a, cette dangereu-se espreuve, ev je me suis contenté de rien faire pas un Hilas,
fans en vouloir faire un Hipolite.
( 2 ) ) Le Berger .... aplique ses levres précisément à l’en-droit oìt la Bergere avoit apliqué les siennes] Le Traduc-teur de Mr. Huet explique cela de cette façon (17). Abhoc (Longo) (18) Euftathius sumfiffe videtur hoc elegansurbanitatis genus, quâ Hyfininam pocula miniftrantem indu-xit, & qua parte poculi labra delibans labris fuis ipsa tetige-rat, eadem Hysminia bibituro tangenda leniter offerentem. Eu-stathius pourroit avoir tiré de plus haut cette belle galan-terie ; car nous la trouvons dans Lucien. Ce railleur in-troduit Junon qui reproche à Jupiter de boire les restesde Ganymede, & d’apliquer fa bouche précisément aumême endroit de la tasse que Ganymede. E’v/«re Sì xxìâmysuráiztrot u 6 w», ’ébaxxç ìxeíva. xxì máerot àxoAxpàv T>fv xú-Atxx, 'ózov vxóAoiirov h xÎitÇi > otíveif, iISftv xxì abris ’éme, xxì’dvôx otfoontpore rx %eítoì > "va xxì ztlnfiç aux, xxìInterdum autem ub'tJolum degustasti, porrigis tpst • “ e,> j.J.‘zjo bibente calicew arrifis » quantum tn ïfso rej at 9 et ts 9
qua parte tpfe bibit , ubi labia applfÇUtt 9 Ut CT 1 btbds
O 1 ofculeris (19).
Du tems d’Ovide les Dames ne présentoient point leverre où elles avoient bu, mais le galant tâchoit de leleur ôter, afin d’apliquer ses levres au même endroit oùles leurs avoient été apliquées. C’est un précepte d’Ovi-de (20). Je croi que cela est encore en usage dans plu-sieurs pais du monde. Molière le fait pratiquer dans l u-ne des Scenes de son Etourdi (21).
Saint Jerôme, décrivant les impertinences des galans,ne dit rien de cellé-là: mais il s’en aproche un peu; caril parle des viandes qu’on présentoir après les avoir goû-tées (22). Crebra munuscula sudariola, vrfasciolas , z?vestes orì applicitas , er oblatos & degustatos cibos ,blandasque esr dulces literulas sanâlus amor non habet. Melmeum , lumen meum , meum defiderium, omnes delicias, e?lepores, cr risu dignas urbanisâtes , cr esteras ineptias ama-torum in comœdiis erubescimus. II dit ailleurs (23) speSlabisaliéna oscula cr pr^gustatos cibos. Volez le Pré-cepte d’Ovide (24).
(E) On a plusieurs Editions & plusieurs Versions de finOuvrage. ] Ce Roman traduit en François par Amiot futimprimé à Paris en iííP- Laurent Gambara en a faitune Version, ou plûtôt une Paraphrase en Vers Latins,qui est fort blâmée par Voisins (25). II trouve que nonseulement Gambara y change, y ajoûte.y retranche plu-sieurs choses ; mais aussi qu il ignore souvent ce que Lon-gus a voulu dire. La Version en prose de Godefroi Jun-german est fans comparaison meilleure. Elle fut impri-mée à Hanaw avec le Texte Grec & des Notes l’an 1605.II en avoit déjà paru une autre Version à Heidelberg l’an1601 (26) : 8c avant cela l’Ouvrage avoit été impriméseulement en Grec, à Florence ester Philippe Tunctaî’an- ' V i ' 1598,
(15) Confí*rez. ce qui aété dit dàns Ia% emAr<j . ( c)de l 1 ^Articled? HYPSI-PYIE.
(14 Huet.de Orig. Fa-bul. Roma-nens,^ 4 £,
(xí) Dansl 9 ^ArticleH E LI o DORE, ‘Isemar—que ( C).
( r6 ) Préfacéd 9 Ibrahim
Bassa ,folioi i i /. Notezique ce n 9 estpas elle , maisMr. de Scu-deri fan Frerequi parle,
(17) Huet.de Oiig. Fa-bul. Roma-nens. pag. 64,
(i!) VideLongi PaS-toraiia,
Libr.III,pag. 75 EditéFranekpr.
(19) Lucia-nus, in Dia-logo Deo-lum ,pag. m.I29 Terni I,
(20) Focprimas r api asillius tais*labellisPocula, qua-que bibetparttpuella bibas .Ovid. deArte amat.Libr. I,
f. S 7S-
(zt) La IVdu l V Aise.
(22) Riero-nym. Epist.II ad Nepo-tian. pag. m.
213.
(23) Item -EpistolaXLVII.
(24) Etquoddeunque cibidìgitis liba-oerit illa,
Tu pete:dumque petes,fit tib! taHamanus. Ovi-dius, de Ar-te amat.
Lib. I,
t■ 377 .
(23) Voffihs,de Histor,Gracis,
{dg, S U.
(26) Je n’a-vnnee cela quefur la foi du
Catalogued’Oxford,où vous trou -vez. à la finde la page307 & Gr.Lat. Heid*1601. S.