V I I.
(s) Meze-rai, Hist.de France,Vol. II,pag.
■103.
(7) De D ai-re/, Héri-tière deGuienne,{*&• 45.
(8) Là me-nte 46.
(9) C'est-à-dire le Con-quérant Sa-
(to) Meze-xai ; AbrégéChronolo-gique, Tom.Xlyp.m. $66.
(ïi) Lk-mc -
(12) Heri-tiere deGuienne,f a & 59.
(iz) Suposéqu 3 en cetems-Ik il fut Sou-dan } ou À latête d 9 unegrande ^Ar-mée ; ce queje réfuté ci-dejfous.
C r 4) Paladin
^ été Chef desTurcs , ér nonsas des Sara-Tjns.
(15) Anna-les Galan-tes, I Par-tie, 31Edit. de Hol-lande ,1677»
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L O U I S
tín théâtre assez spacieux dans l’Europe, le Roi de France l’avoit menée en Asie, où l’on pré-tend qu’elle acheva de se perdre (C ), faisant très-peu d’attention à la sainteté des lieux qu’ellealloit voir avec les Princes croisez. Je raporterai cé qu’en dit Brantôme (Z)). Les chagrins ,
qu’elle
7 , VAbbé Suger, lequel mourant Tannée d’auparavant Tâ-,> voit laissé aussi étonné, que le seroit un homme qui„ auroit perdu son guide en un pais desert & inconu.„ Les plus gens de bien trouvèrent étrange cette scrupu-,, leuse restitution, & les gens d'honneur s’étonnerent„ encore de voir que Henri, à qui Estienne n’ayant,» point d’enfans avoir après fa mort cédé le Royaume„ d’Angleterre, épousât cette Princesse dont le libertina-,, ge étoit st public, que le Roi n'eût jamais pensé qu'un„ simple Gentilhomme eût la lâcheté de mettre ce des-„ honneur dans fa maison (6) ”• ,
(C) II avoit mené fa femme en Afie, oie l’on prétendqu'elle acheva de se perdre.'] Le Pere d’Orleans vient denous dire qu’elle y eut un commerce suspect avec unTurc nommé baladin- Cela mérite d’être ici dévelopé ,de la maniéré qu’un Historien apologiste de cette Reinele dévelope. Pendant le séjour de Louis VII à Antio-che , la Reine écrivit à baladin pour la liberté d’un de sesparens qu’elle aimoit beaucoup, 8c accompagna sa Lettred’une somme considérable pour fa rançon (7). Il accor-
da à la Reine la liberté de son parent sans en prendre de ran-çon, & fit à fa Lettre une reponse fort spirituelle çr fort ci-vile (8). Le prisonnier en fut le porteur, 8c la rendit àla Reine sans en rien dire au Roi. II parloit souvent de lagénérosité de baladin avec la Reine , 8c il contoit par tout fabonne mine ZSXson mérité, avec cette exaggeration qui est na-turelle d ceux qui parlent de leur bienfaiteur. Le Roy en futaverti, zc voulut savoir le détail de cette avanture. Le mys-tère que la Reine luy avoit fait de ce quelle avoit négocié avecSaladin luy parut sufpeâl, zsx le procédé du Sultan luy semblafi extraordinaire pour un Turc, qu il ne put croire que fa géné-rosité sût desinterejsée. Il pensait qu un Avanturier commeSaladin, un Chef de voleurs, tels quêtaient alors les Turcs ,ríauroit pas esté capable d-’une aélion aussi noble que celle qu ilvernit de faire, s’il n avoit eu le dessein de fe dédommagerpar quelque chose de plus avantageux que la rançon qu'il avoitrefusée. Il ne chercha pas long-iems quel pouvott être ce des-sein. Ce qu on luy dit de la bonne mine ©" de la galanteriede Saladin, de la Lettre quê la Reine luy avoit écrite, <& dela réponse qu il luy avoit faite, luy fit regarder la Reine com-me une femme qui le trahijsoit , cv qui avoit avec Saladin uncommerce criminel. Il ne fit point réflexion sur l’éloignementdes lieux, ni fur la qualité des personnes, qui rendoient cécommerce impojfihle ; cy s’imagina que ce Sultan venòit dégui-sé a Antioche, z? que la Reine le voyoit chez. son oncle.Ajoutez, à cela, que cette Princesse, irritée de ses soupçons, neprit pas foin de l’en guérir', mais qu étant poujfée par son on-cle , qui vouloit fe vanger du refus du Roy, au lieu d avoirde la douceur, er de la complaisance, elle lui témoigna ungrand mépris, zv luy proposa la dissolution de leur mariage ,que la parenté, disioit-elle, qui étoit entreux rendoit illégiti-me. Ce fut alors que le Roy craignit quelle ne le quittât aupremier jour pour suivre son amant : & ce sut la peur qu il eneut qui l’obligea à la faire partir d'Antioche à une heure ex-traordinaire , ne doutant point après une telle proposition ,quelle rien eust formé le dessein. Voilà ce que /’Histoire nousaprend de cette Avanture, qui pouvoit donner lieu aux dé-fiances d’un Prince aujfifoible z? aujfi soupçonneux que l’étoitLouis VII, mais qui ne devoitpas servir de sujet aux calomniesdont lapluspart des Historiens ont noirci ïinnocence de cette Reine.
Je tombe d’acord avec Mr. de Larrey, que les médi-sances qu’on a fondées fur cette Avanture, comme si ac-tuellement baladin (9) avoit couché avec la Reine Eleo-nor, font frivoles; mais je ne crois pas avec lui queLouis V 11 ait donné des marques d’un Prince très-foible8c très-foupçonneux, lors qu’il crut trouver là-dedans unmystère d’iniquité: le Prince le plus ferme 8c le plusgrand auroit eu un juste sujet de s’en allarmer. Les His-toriens les plus réservez avouent que la Princesse étoitcoquete (10), 8e que brûlant àiamour & d’ambition , elleépousa quelques mois après son divorce Henri Duc de Nor-mandie & Roi présomptif d’Angleterre, Prince jeune, ardentc? rousseau, bien capable de contenter tous ses defirs (n). El-le étoit amoureuse avant qu’elle fût répudiée, 8e ce futcette passion qui l’engagea à presser la dissolution de sonmariage, comme Mr. de Larrey T avoue (iz). Elle étoitfort capable par un motif tout pareil de courir après Sa-ladin (13). J’ai lu dans un Livre de la Dame de Ville-dieu une chose qui me paroît singulière, Le que je rapor-terai sans la garantir pour véritable. „ L’Histoire a ren-„ du la beauté de cette Princesse si fameuse, qu’il seroit,, inutile de la dépeindre. Ce fut elle qui charma le cou-„ rage du brave Saladin Chef désarmée des Sarrasins (14);
„ 8e qui luy ayant fait connoître, qu'elle ne croyoit les„ protestations d’Amour que dans fa langue, força ce>> grand Capitaine à cet effet d’Amour surprenant, d’ap-» prendre la Langue Françoise dans quinze jours (15)
Mr. de Larrey voudra bien fans doute, qu’aprcs être•convenu avec lui qu’il n’y a nulle aparence qu’Eleonorait eu à faire avec le grand Saladin, j'avertisse mon Lec-teur que les bons Historiens> qui parlent du dérèglement4 e cette Reine, ne luposent pas que son amant tût le
même Saladin qui s’est rendu si illustre par ses conquêtes.Ils disent qu’elle avoit commerce dans Antioche avec unnommé Saladin Turc batisé (16). D’autres, fans spécifierla conversion de ce personnage, disent simplement quec’étoit un Turc nommé Saladin ; Sí il y en a même quiluposent qu’il n’étoit pas batisé ; ils nous la dépeignent cou-rant âpres un soldat Turc dont elle avoit fait l’objet de sapassion au mépris de fa Religion ex de fa dignité. C’est Mr.de Larrey qui parle ainsi dans son Avertissement au Lec-teur. Tout cela insinue manifestement qu’il ne s’agitpoint ici du grand Saladin; car un bon Historien n’estpoint capable en parlant d’un si grand homme de fe ser-vir de la Phrase un nommé Saladin, un Turc nommé Sala-din (17). Au reste, quand cette Reine se gouvernoitmal dans la ville d’Antioche, Saladin n’étoit point Sultand’Iconie, comme Mr. de Larrey le supose (18), 8c jenepense pas que ce païs-là ait jamais été fa conquête. IImaria l’une de ses filles long-tems après avec Melich filsdu Sultan d’Iconie (19). Ceci donne quelque atteinte àl’Apologie d’Eleonor.
Jhan Bouchet dans ses Annales d’Aquitaine a sir meque les soupçons de Louis VII furent que fa femmeavoit eu envie de se marier avec le Soudan Saladin, 8cque cette raison fut alléguée de la part du Roi quand ontraita du divorce. Aucuns ont escript que fi lediél Roy Loysrieuflfaiêl emmener son espouse Alienor, par le conseil de sononcle Duc Haymond, elle avoit délibéré de laíjser le Roy, zjxfe marier avec le Soudan Saladin : par le moyen duquel ma-riage ledits Duc Haymond recouvrerait toutes ses terres , enhayne de ce que lediêl Roy Loys avoit refusé luy donner secourspour les recouvrir: ce qui fut rapporté audifi Roy Loys, quin en difi jamais rien à Alienor , jusques à ce qu il fut enFrance, comme nous verrons cy âpres (zo). Voions ce quiest contenu dans l’endroit où il renvoie (zi): „ Le con-„ seil assemblé,la matière fut mise en délibération parl’Ar-,, cevesque (zz) de Langres, lequel y fut semblablement„ appelle : disant ce qui sensuit. Vous fçavez Messieurs„ jacoit ce que nostre Seigneur J e s u s-C h r i s t ayt„ dict que l’homme ne peut séparer ceux que Dieu a„ conjoincts par mariage, toutesfois il en a excepté un„ cas, qui est quand T un ou l’autre commet adultéré;„ car s’il advient, peuvent estre dissoubs & séparez. Or„ Messieurs il est vray, comme le Roy me faict dire,,, qu’on volage d’oultre mer ( duquel a Dieu grâce il est„ retourné) par le grant amour qu’il avoyt a Madame„ Alienor son espouse, il la mena avec lui; tant pour vi-àr les saincts lieux de Hierusalem, que voir Hay-„ mond Duc d’Antioche oncle de madicte Dame, & par„ le moien desquelz le Roy s’attendoit bien avoir secours„ & aide ondict païs, pour parfaire son entreprinse :„ neantmoins madicte Dame fans propos, cause, ne rai-„ son, & pour une legiereté voulut laisser le Roy son„ espoux, 8c s’habandonner au SouldanSaladin,dont elle„ avoyt veu limage 8c pourtraicture, 8c en ce faisant tra-„ hir le Roy 8 c toute son armée, le tout par le conseil„ dudit Haymond son oncle. Laquelle maulvaise 8c„ damnée entreprinse ne fut executée, comme Dieu le„ voulut, ou moyen de la grand diligence que le Roy,, feit de se retirer de ce danger, dont il ne se déclassa„ jamais a madicte Dame. Toutesfois il a tousiours por-„ té ce faix fur le cœur, & ne se fie aucunement en el-„ le, 8c vouldroit bien faire divorce fil voyoit que la„ chose fust raisonnable, 8c que Dieu n’y fust offensé.
„ Car ainsi qu’il dict, ne sera jamais assuré de la lignée„ qui viendra delle”. L’Auteur ajoute qu s l’Arcevesquede Bourdeaux désirant qu’on fit la séparation pour aultrecause que pour la petulence zp* mauvaise volonté dont on char-goit ladiàe Alienor proposa un aultre moien plus honneste,qui fut que le Roi 8c elle étoient parens, voyre en degrez.prohibez de contraster mariage. Cette ouverture fut accep-tée, 8c Ton fonda là-dessus la dissolution du mariage. LaReine advertìe de ce qui s’étoit passé tomba esvanouie d'unechaire ou elle efloit assise , ZV fut plus de deux heures fansparler, ne povoir plorer , ne desserrer les dens. Et quand ellefut un peu revenue, commença de ses clers ZV vers yeulx re-garder ceulx qui luy avaient premierement dit la dure nouvel-le, en leur disant, zvc. (2,3).
(F>) fe raporterai ce qu en dit Brantôme.] II parle d’E-leonor fur un méchant pied : il blâme Edouard III d’a-voir confiné fa mere dans un château pour des amouret-tes. Petit forfait, dit-il (2.4), puis qu il est naturel-, zv quemalaisément, ayant pratiqué les gens de guerre, zv quelles estait tant accoustumée à garçonner avec eux parmy les ar-mes, tentes, ztr pavillons, elle fe pouvoit contenir, quelle negarçonnaft aujfi entre les courtines; comme cela fie voit fou-vent. f e m en rapporte à nostre Roy ne Leonor, DucheJJè deGuyenne, qui accompagna le Roy son mary outre mer zv enla Guerre Sainte, pour pratiquer fi souvent la gendarmerie zyla soldatesque , elle se laijsa fort aller à son honneur, jusquesla qu elle eut affaire avec les Sarazius, dont pour ce le Roy la répu-dia ; ce qui nous coufta bon. Pensez quelle voulut esprouverfi cet bons compagnons estoient aujfi braves champions à cou-. • ver}
(i«) Meze ;rai, Hist.de France,Terne II , pag.lez.
(17) Conférez
ce que dejsns%em. (^ 4 )de C JirncleEPICURE.
( 18 ) Pnjr.44-43-
(1») VolezMaim-bourg, Hist,des Croisa-des, Livr. V,Tom. II,pag m177 F.dit.de Hoil. àPann. 1150,
f2o) Bou-chet , Anna-les d’Aqui-taine , folio78 Edit. dePoitiers IJJ7in folio.
(zi) Lì-mê-me, folio 73
IIJZ.
(zz) 11 salaitdire l’Evc-que.
•)
(23) Bou-chet , Anna-les d’Aqui-taine , folio80.
(24) Bran-tôme, Mé-moires desDames Ga-lantes , Tons.
ILpog.ìU,
3 iz.