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Tome troisieme. K - P.
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LOUIS VIL

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qu’elle causa à son mari dans cette Croisade, ne furent pas les moins sensibles diígraces à quoicette expédition l’exposa. St. Bernard n’avoit point promis ces mauvais succès (A) : au con-traire, il avoit fait espérer de grandes victoires, 6c s’étonna si peu des murmures qu’on fitéclater contre lui, qu’il salut que des personnes moins zélées, 6c par conséquent plus capablesde raisonner fur les suites, l'empêcbanent de s’engager à une seconde Croisade (/)• Louiscut lieu touteMâ vie de se repentir de la faute qu’il avoit faite, en permettant que Théritagedu Duc de Guienne passât entre les mains des Anglois. II fut obligé, pour résister au Roid’Angleterre, de tenir une conduite très-injuste en elle-même, 6c d’un pernicieux exemple àtous les Rois: c’est qu’il excita les fils de ce Prince à se rebeller contre leur pere, Lc qu’il lesprotégea dans leur rébellion ; mais il le fit íoiblement, 6c avec si peu de bonheur, qu’il con-tribua beaucoup plus à la gloire de son ennemi, qu’il ne lui causa de préjudice. Eleonor setrouva très-mal de son second mariage. Elle fut pour le moins aussi jalouse du second mari (A’),que le prémier l’avoit été d’elle. Mais le second mari lui fut bien plus rude que le prémier :il la fit mettre en prison, 6c l’y tint étroitement enfermée toute sa vie, comme on le verradans nos Remarques, avec la fuite de l’Histoire de cette Reine (G). Louis mourut le 18 ouzo de Septembre 1180 (g), deux ans après avoir fait un volage de dévotion en Angleterre. II

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Tom. II,

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■vert comme en pleine campagne; & que possible son humeurestait d'aimer les gens ■vaillants, zy qu une vaillance attireVautre , ainst que la vertu .- car jamais celuy ne dit mal, quidit, que la vertu ressemblait le foudre, qui perce tout. Vosezla fuite à la marge (25).

( E ) St. Bernard n'avoit point promis ces mauvais succès. ]Aiant ordre de prêcher la Croisade par toute la Chré-tienté, il commença par la France. „IÍ fit assembler un„ Concile national à Chartres, dans lequel il fut choiiì„ pour Chef Généralissime de cette expédition: mais II„ le refusa, & se contenta d’en estre la trompette. 11 la,, publia par tout avec tant de ferveur, avec tant d’assu-„ rance de bon succès, &, comme on le croyois, avec„ tant de miracles, que les villes & les bourgs demeu-„ roient déserts, tout le monde s’enroollant pour cette„ guerre (26)”. L’Empereur Conrad partit avec une ar-mée de soixante mille chevaux, & arriva à Constantino-ple sur la fin de Mars 1147 (2.7). Louis sc mit en marchela deuxième semaine d’après la Pentecôte de la mêmeannée, & arriva en Syrie pendant le Carême de l’an 1148.Manuel Empereur de Constantinople fit mêler du plâtre& de la chaux dans les farines qu’il fournissoit à Conrad,& lui donna des guides qui, après avoir promené farinée parde longs détours oìt elle consuma toutes ces munitions, la livrè-rent demi-morte zy languissante entre les mains des Turcs, quila taillèrent toute enpieces, en forte qu il rien resta pas la di-xìeme partie (2,8). Louis courut les mêmes risques queConrad; néanmoins il s’en sauva avec plus de bonheurque de prudence. Il gagna une bataille au passage du fleu-ve Méandre, mats il n en tira aucun fruit: car âpres cela neJe tenant pas fur ses gardes, il reçut un notable eschec à undestrott de montagne. Enfin il parvint à Antioche , dontRaimond oncle paternel de la Reyne sa femme ternit alors laPrincipauté. Ce fut là qu’il découvrit le commerce de lafemme avec Saladin, & qu’il se vit sollicité à la rupturede son mariage. II ne trouva peint d'autre remede pour évi-ter ce scandale, que de tirer son épouse la nuit d'Antioche,cr de l'envoyer tóújours devant en Jérusalem. Lui 8c Con-radaffiégérent Damas, & réussirent dans cette entrepriseau i mal que dans tout le reste, par Vénorme trahison des

tans Z? u ** “ -à/- », deux Princes détes-

tant leur mechancete . ... ne songèrent f lus qu à leur re-

tour (2.9). LjOUÏs étant monté fur fies vaisseaux rencontra furfa route Varmée navale de ces perfides, qui guetoient pour l’en-lever. Comme ils en estaient aux mains, ou mesme,selon quel-ques Auteurs, qu ils l’emmenaient prisonnier, arriva par bon-heur Varmée de Roger Roy de Sicile leur ennemy capital, con-duite par son Lieutenant, qui leur fit bien lascher prise, ayantbrusté,pris, L? coulé à fond quantité de leurs vaisseaux (30).Le mauvais succès de cette Croisade, qui avoit tant faitde veuves & d'orphelins, tant ruiné de bennes Maisons, eytant dépeuplé de pays, excita des murmures zy des reprochescontre la réputation de Saïnéî Bernard (31) , qui semblaitavoir promis tout un autre èvenement que celuy-là. De forteque lors que le Pape voulut, à deux ans de là, luy faire pref-cher une autre Croisade , zy Vobliger à. passer luy-même en laTerre Sainâle, afin que plus grand nombre de gens le suivis-sent : les Moines de Ciseaux en rompirent toutes les mesures,de crainte d’un second malheur, qui euft pu estre plus grandque le premier (32).

, (p) Eleonor fut .... jalouse du second mari.] Servons-nous des expressions d’un Historien moderne que nousavons déjà cité (33). „ La Reine Eleonor, la personne» du monde à qui il convenoit le moins d’estre jalouse» d’un mari, l’estoit à outrance, 8c en avoit sujet. Henri>, estoit décrié pour les femmes, & le monument qui» nous est resté de la fameuse Roscmonde est un témoi-» gnage à la postérité du dérèglement de ce Prince. Cel-» le, qui au temps dont je parle causoit la jalousie de la» Reine, estoit Alix de France, accordée avec le Prin-» ce Richard, Lc donnée comme sa sœur Marguerite à» élever à son beaupere , qui en estoit devenu amou-» reux. Piquée de cette passion, & en mesme temps de» k crainte, que si le fils estoit vaincu, le pere irrité ne„ se portast à quelque extrémité contre luy , Eleonor’> f ceut 6 bien persuader à Richard Lc à Geoffroy, qu’il

r To m. ur.

„ estoit de leur interest de ne point se séparer de leur„ aisné, qu’elle les engagea à entrer dans la ligue des„ mecontens”. Afin que tous mes Lecteurs entendentceci, je dois dire que le fils aîné du Roi d’Angleterre,& de la Reine Eleonor, s étoit rebellé contre son pere.11 avoit enlevé la Princesse Marguerite de France fille deLouis VII, qui devoir être fa femme, & que le Roid’Angleterre élevoit dans son Palais. Selon quelquesHistoriens (34) c’étoit elle qui causoit la jalousie d’Eleo-nor, Lc c’étoit Eleonor (33 ) qui poussa son fils aîné à larébellion, comme dans la fuite elle engagea ses deux ca-dets à se joindre à leur aîné. Cette affaire fut traméependant que le Roi étoit en Irlande. Dès qu’il fut repasséen Angleterre, la premiere chose qu il fit, ce fut de fairemettre Eleonor dans une prison sort étroite, oh elle demeuratout le temps que son mari vécut depuis, zy paya bien chere-ment lasatisfatlìon quelle avoit cherchée dans une vangtan-ce qui ri avoit respeélé ni les droits du Trône , ni ceux du lienconjugal (36).

(Gj ... qui... la fit mettre en prison . . . toute fa vie,comme on le verra ... avec la suite de l’Histoire de cette Rei-ne.] Pour ôter le sens équivoque de cette Phrase, je doisdire qu’Eleonor fut prisonnière jusqu’après la mort duRoi son époux. Ce Prince mourut l’an n 88. Richard!son troisième fils lui succéda. II étoit alors en France,où il avoit fait la guerre à son pere à toute outrance. Lapremiere chose qu’il fit après son retour en Angleterre,ce fut de deltvrer la Reine Eleonor sa mere, qui étoit prison-nière depuis seize ans (37 ). II la fit Régente du Roiau-me (38) lors qu’il s’en alla dans la Terre Sainte. Lajalousie, qui duroit encore dans son ame, la porta à faireun voiage en Navarre, pour y chercher une femme auRoi son fils. Pour entendre ceci il faut savoir, qu’o»raporta à cette Reine dans fa prison que Henri avoit desseinde la répudier. ..afin d'épouser ensuite la Princesse Alix (39).La crainte qu’elle en eut luy fit háir mortellement cette Prin-cesse; zy lors quelle fut en état de s’en vanger, elle porta leschoses à l'extrémité. Comme elle avoit tout pouvoir fur l'es-prit de Richard, elle tâcha de le dégoûter de ce mariage, enluy donnant des soupçons de la conduite que son pere avoit te-nue avec cette jeune Princejfe ; zy voyant que ses soupçons nesuffifoient pas, elle ajouta que Henri V avoit violée, e’- qu ilen avoit eu un fils. Enfin craignant que les charmes d une stbelle Princesse ne prévalussent dans le coeur de Richard fur sesparoles , elle fe hâta de le marier avec une autre. C'est pourcela quelle étoit allée à la Cour du Roy de Navarre , vou-lant faire le mariage de la Princesse Berengere avec Richard,dont elle avoit obtenu la permission, avant qu'ilpartift d'An-gleterre, de negocier ce Traité. Il ne luy fut pas difficile d’envenir à bout, ayant autant d'habileté quelle en avoit, zy leparty paraissant d’ailleurs au Navarrois aujst avantageuxqu’il l'étoit effeélivement (40). Elle amena ensuite la Prin-cesse de Navarre en Sicile à son fils, qui consomma lemariage avant que de faire voile vers la Terre Sainte".Eleonor retourna en Angleterre, d’où elle passa en Alle-magne l’an 1194, pour delivrer Richard prisonnier duDuc d’Autriche (41). Richard étant mort l’an 1199, el-le cabala pour faire tomber la couronne sur la tête deJean son fils, Comte de Mortaing, à l’exclusion d’Artusson petit-fils, quoi qu’elle eût plus de tendresse pour Ar-tus que pour Jean, & quelle fût persuadée que les pré-tentions de Jean croient injustes (42). Mais son ambi-tion fut la feule réglé de fa conduite. Elle appréhenda quefi Artus régnait, il ne fe laijfaft gouverner par la DuchesseConstance sa mere, femme d'un esprit solide zy d un courageferme, qui ne luy seroit aucune part de l autorité. Ainst el-le luy préféra le Comte de Mortaing, Prince sansfoy zy fanshonneur, parce quelle crut qu ayant besoin d'elle, il la seroitrégner avec.luy (43). Ce Comte est le même que celuiqui est nommé Jean fans terre. Par la paix qu il fit avecPhilippe Auguste Roi de France lan 1201, il fut dit quePlissante de Castille fa nièce épouserait Louis fils uniquede Philippe. La Rejne Eleonor nonobstant son grand âge al-la quérir cette Infapte ía petite-fille , à la Cour de Tolede ,zy Vamena en Normandie (44). Elle fut assiégée dans Mi-rebeau par le Prince Atzus son petit-fils Pan uoz. MaisY Jean

(g ) Meze- .rai > AbrégéChrono-log. Tom, II,t*£. J*3.

(L) De

larrey, Hé-ritière deGuienne,

P“g. 86.

( 35 ) Lk-mê-n>c,pag. 87.

(3 6) Lk-mê-me,pag. s>o,

àl’arn. 1173,

(37) DeLarrey, Ha»ritiere de

Guienne,

fag. 137, £l’ann. II 8p.'

fî8) Lk-mì-me,çag. 14T ,à l’ann. n 8p.

( 39 ) FUI f dcLouïs V11,qui n’étantencore qtt’en-fans avoit étéfiancée k Ri-chard, irmise en lagarde du RoiHenri jufquetst ce qtftlltfût nubile.

(40) DeLarrey, Hé-ritière deGuienne,

P“g- iss.

( 4 1 ) Lk-mx-m ‘> pag. 210,

(42) Lk-mê-me,pag. 240.

(43) Lk-mê-me. Votez,aussi le P.

d’Orléans,Révolus.d’Angle-terre, Tom. H{ag. 281.

(44) DeLarrey, Hé-ritière deGuienne,pag. 241.